‹ Histoire de France de 1870 à 1873 (volume 2)Chapitre 93 sur 102 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'Assemblée nationale venait d'entrer en vacances, lorsqu'on apprit que le comte de Paris se rendait à Vienne, auprès du comte de Ghambord et que l'on se dit que la fusion, si longtemps recherchée entre les princes de la maison de Bourbon, allait se faire. Les monarchistes se crurent alors triomphants. Après que la branche d'Orléans, qui avait essayé de survivre à la branche aînée et de continuer la royauté, eut à son tour été renversée en 1848, on vit bien que la défaite, commune à tous les Bourbons, naissait en partie de leurs divisions. Le sentiment monarchique s'était universellement affaibli ; si les hommes qui le gardaient intact se combattaient entre eux, il ne leur resterait aucune chance de lui regagner le pays. Une réconciliation des deux familles royales et l'accord de leurs partisans devait donc précéder toute tentative de restauration. Il fallait rétablir l'unité en fusionnant les deux branches. L'entente à poursuivre s'était dès lors appelée la fusion.

Tant que les monarchistes, légitimistes et orléanistes, considéraient leur malheur commun en face de la Révolution, ils reconnaissaient qu'il existait entre eux des motifs forcés de rapprochement; mais, lorsqu'ils se mettaient à débattre un accord, le souvenir des dommages infligés par l'une des familles royales à l'autre, la divergence des vues, rendaient la réussite impossible. La fusion, à l'étude

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dans toutes sortes de conciliabules, restait un long avortement. Cependaut, lorsqu'il fut certain que le comte de Chambord demeurerait sans enfants, elle apparut réalisable. Puisque la branche aînée s'éteignait, il semblait que son chef dût se prêter à un arrangement avec cette autre branche, qui perpétuerait la dynastie. Au contraire, les obstacles se dressèrent de son côté.

Le comte de Chambord se tenait immuable. La foi religieuse et la foi monarchique, indissolublement unies, revêtaient chez lui un caractère de rigueur qu'elles n'avaient jamais pris chez les rois de l'ancien régime. Ceux-ci avaient pu être des princes très chrétiens, mais ils étaient en même temps des politiques; ils avaient contenu les empiétements de l'Église et la notion du droit divin était, de leur temps, restée indéfinie, puisqu'ils régnaient par hérédité et tradition immémoriales. Chez le comte de Chambord, le catholique l'emportait. Ses discours, ses pratiques le montrent plein d'une foi ardente, étroitement lié au pape Pie IX et aux ultramontains. Et, par un travail connexe, son droit au trône était devenu d'ordre tout à fait surnaturel. Il se maintenait en rapports suivis avec les légitimistes et répondait fréquemment à leurs lettres et à leurs actes d'hommage. Il avait, à plusieurs reprises, adressé des proclamations à la France entière. Tous ces documents, étendus à de longues années, témoignent de la même certitude en la valeur de sa mission, et toujours il se présente comme le dépositaire d'un principe supérieur qui seul, par ses vertus, peut offrir à la France un port et le salut. D'un caractère élevé, étranger à toute ambition mesquine, il se montrait donc avant tout préoccupé de sauvegarder la majesté du principe monarchique. D'ailleurs aucun motif privé n'existait, pour le faire dévier de sa voie rigide. Il était sans enfants, à l'avenir desquels il pût songer ; sa femme, ses parents, princes italiens ou espagnols, partageaient ses idées; élevé en exil, il ne connaissait point le regret amer du sol natal; il ne découvrait en France aucun élan vers lui.

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