II
avant son retour, il le laissait subsister provisoirement. Mais si, quand il proposera cette solution qui doit introduire le drapeau blanc, l'Assemblée la repousse, se décidera-t-il alors à accepter le drapeau tricolore? M. Chesnelong l'ayant, au dernier moment, comme suprême concession, pressé de céder dans ce cas, il avait répondu, par trois fois : « Jamais*. »
Dès lors, puisque le centre droit, sans lequel on ne pouvait rallier de majorité, et le maréchal de Mac-Mahon, sans lequel on n*eût pu se faire obéir, refusaient d'abaisser le drapeau tricolore pour prendre le drapeau blanc, il fallait renoncer à la restauration. La Commission des Neuf n'y renonce pas. Elle la poursuit d'une manière désespérée, grâce à un voile qu'elle jette sur les déclarations du comte de Chambord, rapportées par M. Chesnelong, et à une équivoque qu'elle laisse créer. MM. Lucien Brun, Cazenove de Pradines et de Carayon-Latour, à Salzbourg, avaient dit à M. Chesnelong qu'ils acceptaient, eux et leurs amis, de voter l'article maintenant le drapeau tricolore, sauf à se rallier, plus tard, à la solution que proposera le comte de Chambord. Avec eux, on pourrait donc grouper une majorité à l'Assemblée, et, comme le comte de Chambord ne demande point qu'on change le drapeau avant son retour, on espère faire passer la proposition due à la Commission des Neuf en son entier, sans qu'il intervienne. On obtiendrait ainsi ce résultat, auquel on sacrifie tout, qui apparaît comme une dernière chance : un vole de l'Assemblée déclarant la monarchie rétablie. Après, on se démêlerait avec le roi et le drapeau blanc, selon les circonstances.
Mais il y a les déclarations du comte de Chambord rapportées à la Commission des Neuf par M. Chesnelong, qui aliéneront sûrement les partisans du drapeau tricolore. La Commission des Neuf, dans son procès-verbal, omet
1. Les véritables responsabilitésy p. 39. — La vérité sur la fusion, p. 79.
d'abord le mot péremptoire, le «jamais», puis, comme ce qui subsiste du compte rendu de M. Chesnelong dans son procès- verbal, est encore tellement clair qu'on va bien voir que le comte de Chambord a repoussé l'article sur le maintien du drapeau tricolore, la Commission laisse son procès-verbal absolument secret. Elle ne fait elle-même aucune communication; elle se dissimule et passe la parole à ceux qui l'ont nommée, aux députés formant les bureaux des groupes de droite, qui, réunis chez M. Anisson-Duperron, rédigent, pour le public, la note suivante : « Les bureaux des réunions parlementaires, qui avaient déjà conféré le 4 octobre dernier, convoqués aujourd'hui, 18 octobre, se sont trouvés unanimement d'accord pour reconnaître que l'adoption des propositions préparées par la Commission des Neuf était impérieusement commandée par l'intérêt du pays. D'après ces propositions, la Monarchie serait rétablie; toutes les libertés civiles, politiques et religieuses qui constituent le droit public de la France seraient garanties; le drapeau tricolore serait maintenu et des modifications ne pourraient y être apportées, l'initiative royale restant d'ailleurs intacte, que par l'accord du roi et de la représentation nationale. Les réunions que ces bureaux représentent seront immédiatement convoquées. »
Le public savait seulement qu'on est allé à Salzbourg et qu'on en est revenu. La note ci-dessus lui apprenant maintenant que le drapeau tricolore doit être maintenu, il conclut tout de suite que le comte de Chambord a fini par l'accepter. La note ne l'a pas dit, elle a laissé les choses sans explication, dans l'équivoque, mais les commentaires surviennent qui le disent. Le soir même, le Journal de PariSf l'organe des princes d'Orléans, déclare que l'accord est complet, sur tous les points, entre le comte de Chambord et les délégués de l'Assemblée. Les autres journaux monarchiques renchérissent et s'écrient : Le drapeau tricolore est maintenu, le roi l'accepte, la Monarchie sera rétablie.
Le public, avide de renseignements, veut savoir comment l'entente s'est produite. Le procès-verbal de la réunion du centre droit, tenue le 22 octobre, sous la présidence du duc Pasquier, va le satisfaire. M. Chesnelong avait été entendu par le centre droit et, comme les explications qu'il a précédemment fournies à la Commission des Neuf restent, ignorées, ce sont celles qui vont être connues, par l'intermédiaire du centre droit, qui apprendront ce qui s'est passé à Salzbourg. Les secrétaires du centre droit sont des jeunes gens, MM. d'Haussonville et Savary. Soit que M. Chesnelong, en présence des hommes attachés au drapeau tricolore, ait forcé, dans leur sens, les déclarations du comte de Chambord, soit que les secrétaires, pleins de zèle, aient dénaturé ses explications — probablement les deux étant vrais, — toujours est-il que le procès-verbal, livré à la publicité, fait du comte de; Chambord un homme subitement transformé, converti) au drapeau tricolore, un prince devenu l'adepte de cette sorte de Monarchie parlementaire chère aux libéraux, « L'accord, disait le procès-verbal, est complet, absolu entre les idées du comte de Chambord et celles de la France libérale. Le drapeau tricolore est maintenu, il ne pourra y être apporté de modification que par l'accord du roi et de la représentation nationale. M. le comte de Chambord a déclaré que, puisque le drapeau tricolore était le drapeau légal, si les troupes devaient le saluer à son entrée en France, il saluerait lui-même avec bonheur le drapeau teint du sang de nos soldats. M. le comte de Chambord aurait ajouté qu'il se réservait de proposer au pays, par l'entremise de ses représentants, une transaction compatible avec son honneur et qu'il croyait de nature à satisfaire à la fois l'Assemblée et le pays. » Le procès-verbal apprenait en outre que le duc Pasquier avait expliqué qu'après l'accord intervenu entre le roi et la nation et le maintien du drapeau tricolore, on ne saurait plus hésiter, que l'expérience de la République conservatrice ayant échoué, le parti conservateur offrait au pays la
Monarchie constitutionnelle, avec la maison de France réconciliée. Ces paroles étaient couvertes d'applaudissements et le duc Pasquier se faisait autoriser à une démarche auprès du centre gauche, pour l'amener à la monarchie.
Lorsque la tentative de restauration aura échoué, le duc Pasquier subira les plus violents reproches des légitimistes pour s'être ainsi prodigué. 11 ne pouvait cependant se ménager, car de ses efforts dépendait le succès même de l'entreprise. On avait besoin de conquérir à TAssemblée la majorité indispensable. Les monarchistes, peu ambitieux sur ce point, se déclaraient satisfaits par une majorité d'une voix, encore fallait-il l'obtenir. Or il était douteux qu'on y réussît. Les journaux se livraient alors à un « pointage » des députés, les rangeant pour ou contre la Monarchie. Les supputations variaient; le résultat restait incertain. Les monarchistes décidés, à eux seuls n'avaient pas de majorité. Il leur fallait pour en former une de quelques voix — leurs calculs les plus favorables ne dépassaient pas quinze à vingt voix — rallier un certain nombre de députés indécis, sur les confins des centres droit et gauche. On ne disposerait évidemment d'eux que si le drapeau tricolore était maintenu; et c'est pour les entraîner, que le duc Pasquier et les siens se montraient si affirmatifs au sujet du drapeau.
Loin de gagner des sympathies, la tentative de restauration suscitait une hostilité de plus en plus vive. Les bonapartistes, demandant l'appel au peuple, la repoussaient à régal des républicains. L'aversion s'étendait à l'armée,où le général de Bellemare écrivait qu'il remettrait son épée, si le drapeau blanc était jamais déployé. Les monarchistes ne pouvaient donc se grossir. Aussi, lorsque le duc Pasquier fit auprès du centre gauche la démarche autorisée par le centre droit, éprouva-t-il un échec absolu. Le président du groupe, M. Léon Say, lui répondit par un refus péremptoire, et les membres réunis votaient une nouvelle déclaration d'attachement à la République. Cependant des assertions réitérées ont dissipé lesdoutesr
On est bien obligé de croire à un accord entre le comte de Chambord et les délégués de l'Assemblée. Il est vrai que VUnion, l'organe officiel de la légitimité, garde un silence de mauvais augure, que M. Chesnelong a publié une sorte de rectification au procès-verbal du centre droit, mais ces incidents passent inaperçus. Les républicains qui avaient affecté jusqu'alors de mépriser l'entreprise des monarchistes, s'en reposant, pour la voir échouer, sur l'ancienne parole du comte de Chambord de maintenir le drapeau blanc, craignent de s*ètre trompés et se demandent, inquiets, quelle conduite ils auront à tenir, si la restauration est réellement votée. Les monarchistes, eux, sont dans l'ivresse. Le roi va être rétabli. Les carrosses, pour son entrée à Paris, se préparent. Il n'y a plus qu'à régler la cérémonie. Cependant il faudrait se hâter. Si ce procèsverbal de la Commission des Neuf, contenant les véritables déclarations de M. Chesnelong et tenu avec tant de soin secret, venait à être connu; si le comte de Chambord qui est silencieux, allait parler! Le centre droit a donc pensé qu'il y aurait lieu de devancer la date du 5 novembre, mise à la rentrée de l'Assemblée, pour la convoquer immédiatement. Lorsque, sans laisser le temps d'agir, le comte de Chambord intervient.
Depuis le désistement du comte de Paris, sollicité à des concessions, il s*était réellement assoupli. Il avait multiplié les déclarations libérales, atténué le côté militant de sa foi catholique, promis de débattre avec l'Assemblée la Constitution à établir, reculé l'heure où l'on introduirait le drapeau blanc et annoncé alors des ménagements. Mais sa condescendance, sous la forme où elle se produisait, ne lui amenait point l'Assemblée. Elle exigeait l'abandon des points sur lesquels il se retranchait, résolu qu'il était à maintenir le caractère essentiel de la vieille royauté. Quand il demandait au député Combier : Qu'on reconnaisse d'abord mon droit! et quand les légitimistes disaient : Que le roi soit rappelé sans attendre ! ils étaient ensemble dans le vrai, voulant restaurer un monarque, qui s*assît sur le
trône au même titre et de la même manière que les anciens. Les rois de France étaient rois par eux-mêmes. Ils régnaient parce qu'ils faisaient partie de la vie même de la nation et coexistaient avec tout ce qui existait en elle. La restauration s'était accomplie d'après ces principes en 1814. Le roi Louis XVIII n'avait rien reçu du dehors, trouvant en lui-même son droit et son prestige. Et l'on refusait maintenant au comte de Chambord la part de ses aïeux !
Cet accord qu'il avait consenti à établir avec l'Assemblée, par une Constitution débattue, commençait singulièrement à lui donner le caractère de roi légitime de la Révolution, qu'il avait déclaré ne vouloir jamais prendre. On comprend dès lors sa rigidité sur la question du drapeau. Il n^avait plus que sa couleur à maintenir, pour garder quelque chose qui lui assurât une existence propre au milieu et au-dessus de la nation. Or les actes et les déclarations de sa vie entière indiquaient chez lui la ferme volonté de ne monter sur le Irône que s'il pouvait préserver son caractère antique. Il était l'héritier d'une lignée illustre qui, pendant mille ans, avait dirigé la vie d'un grand peuple. Permettrait-il qu'on abaissât ce passé en sa personne? Il le continuerait sur le trône ou en maintiendrait l'image dans l'exil, sans le laisser jamais fausser ou diminuer. Lors donc qu'il devint certain que l'Assemblée n'allait point rétablir la Monarchie traditionnelle dans sa majesté, mais ne créerait qu'un gouvernement quelconque avec un roi abâtardi, toute la teneur de sa vie obligeait le comte de Chambord à définir une fois de plus son droit et ses principes.
• Il fallait donc qu'il parlât. Les promoteurs de la restauration se conduisaient en outre de façon à l'y contraindre. La Commission des Neuf représentait tous les groupes de la majorité monarchique, elle avait rédigé la proposition à déposer pour restaurer le trône et devait la soutenir à l'Assemblée, elle tenait le secret du maréchal de Mac-Mahon. Aussi à M. Chesnelong, l'envoyé d'une
réunion d'hommes investie d'une telle autorité, le comte de Chambord avait-il, à trois reprises, accordé l'attention la plus bienveillante et la plus soutenue. Enfin, il lui avait renouvelé toutes ses déclarations libérales et, en outre, pour la première fois, expliqué les ménai,^ements qui accompagneraient la substitution du drapeau blanc au tricolore. M. Chesnelong revient à Paris et, pendant plusieurs jours, le comte de Chambord ne voit apparaître aucun rapport. La Commission des Neuf garde un silence profond sur le succès de son ambassadeur; elle se cache du public, après avoir reçu les déclarations du prince à remettre sur le trône. Il y avait là de quoi singulièrement froisser. Puis tout à coup éclate le procès-verbal du centre droit. Cet ambassadeur envoyé à Salzbourg, ce sont les orléanistes qui publient le compte rendu de sa mission. Le comte de Chambord, à ce moment, a dû se sentir bouleversé. Cet homme, qui après l'hommage reçu des princes d'Orléans, avait refusé de se détendre à leur égard et les avait laissés repartir, sans s'inquiéter de leur appui et de leurs vues, qui vivait en étroite communauté d'idées ; avec une femme, des parents, des familiers pénétrés pour la branche d'Orléans d'une haine inextinguible, il se sent saisi, en France, par les orléanistes. Seuls, ils parlent et agissent. Ils accaparent l'ambassadeur que d'autres lui envoient et s'arrogent le droit de communiquer au monde ses intentions, qu'ils dénaturent. Ils lui font saluer avec bonheur le drapeau tricolore, ils annoncent qu'il a trouvé et va proposer une transaction. Ils le harnachent et l'affublent de leurs couleurs!
Le 27 octobre, le comte de Chambord écrit de Salzbourg une lettre à M. Chesnelong. Il charge à Paris M. de Dreux- Brézè d'en remettre l'original au destinataire et d'en* porter copie au journal V Union ^ où elle paraît le 30.
« J'ai conservé, Monsieur, de votre visite à Salzbourg un si bon souvenir, j'ai conçu pour votre noble caractère une si profonde estime, que je n'hésite pas à m'adresser
loyalement à vous, comme vous êtes venu vous-même loyalement à moi.
« Vous m'avez entretenu, durant de longues heures, des destinées de notre chère et bien-aimée Patrie, et je sais qu'au retour vous avez prononcé, au milieu de vos • collègues, des paroles qui vous vaudront mon éternelle reconnaissance. Je vous remercie d'avoir si bien compris les angoisses de mon àme, et de n'avoir rien caché de l'inébranlable fermeté de mes résolutions.
« Aussi ne me suis-je point ému quand l'opinion publique, emportée par un courant que je déplore, a. prétendu que je consentais enfin à devenir le roi légitime de la Révolution. J'avais pour garant le témoignage d'un homme de cœur, et j'étais résolu à garder le silence, tant qu'on ne me forcerait pas à faire appel à votre loyauté.
« Mais puisque, malgré vos efforts, les malentendus s'accumulent, cherchant à rendre obscure ma politique à ciel ouvert, je dois toute la vérité à ce pays, dont je puis être méconnu, mais qui rend hommage à ma sincérité, parce qu'il sait que je ne l'ai jamais trompé et que je ne le tromperai jamais.
c< On me demande aujourd'hui le sacrifice de mon honneur. Que dois-je répondre? Sinon que je ne rétracte rien, que je ne retranche rien de mes précédentes déclarations. Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse.
« Il est de mode, vous le savez, d'opposer à la fermeté de Henri V l'habileté de Henri IV. La violente amour que je porte à mes sujets, disait-il souvent, me rend tout possible et honorable.
« Je prétends, sur ce point, ne lui céder en rien, mais je voudrais bien savoir quelle leçon se fût attirée l'imprudent assez osé pour lui persuader de renier l'étendard d'Arqués et d'Ivry.
« Vous appartenez. Monsieur, à la province qui Ta vu
naître, et vous serez, comme moi, d*avis qu'il eût proraptement désarmé son interlocuteur, en lui disant avec sa verve béarnaise: « Mon ami, prenez mon drapeau blanc, il vous conduira toujours au chemin de l'honneur et dé la victoire ».
« On m'accuse de ne pas tenir en assez haute estime la valeur de nos soldats, et cela au moment où je n'aspire qu'à leur confier tout ce que j'ai de plus cher. On oublie donc que l'honneur est le patrimoine commun de là maison de Bourbon et de l'armée française, et que, sur ce terrain-lâ, on ne peut manquer de s'entendre !
« Non, je ne méconnais aucune des gloires de ma patrie et Dieu seul, au fond de mon exil, a vu couler mes larmes de reconnaissance, toutes les fois que, dans la hoane ou dans la mauvaise fortune, les enfants de la France se sont montrés dignes d'elle.
« Mais nous avons ensemble une grande œuvre a accomplir. Je suis prêt, tout prêt à l'entreprendre, quand on le voudra, dès demain, dès ce soir, dès ce moment. C'est pourquoi je veux rester tout entier ce que je suis. Amoindri aujourd'hui, je serais impuissant demain, i « Il ne s'agit de rien moins que de reconstituer sur des bases naturelles une société profondément troublée, d'assurer avec énergie le règne de la loi, de faire renaître la prospérité au dedans, de contracter au dehors des alliances durables, et surtout de ne pas craindre d'employer la force au service de l'ordre et de la justice.
« On parle de conditions ; m'en a-t-il posé ce jeune pHnce, dont j'ai ressenti avec tant de bonheur la loyale étreinte, et qui, n'écoutant que son patriotisme, venait spontanément à moi, m'apporter au nom de tous les siens des assurances de paix, de dévouement et de réconciliation?
« On veut des garanties: en a-t-on demandé à ce Bayard des temps modernes, dans cette nuit mémorable du 24 mai, où l'on imposait à sa modestie la glorieuse mission de calmer son pays, par une de ces paroles
d'honnête homme et de soldat qui rassurent les bons et font trembler les méchants?
« Je n'ai pas, c'est vrai, porté comme lui l'épée de la France sur vingt champs de bataille, mais j'ai conservé intact, pendant quarante-trois ans, le dépôt sacré de nos traditions et de nos libertés. J'ai donc le droit de compter sur la même confiance et je dois inspirer la même sécurité.
<i Ma personne n'est rien; mon principe est tout. La France verra la fin de ses épreuves quand elle voudra le comprendre. Je suis le pilote nécessaire, le seul capable de conduire le navire au port, parce que j'ai mission et autorité pour cela.
«r Vous pouvez beaucoup, Monsieur, pour dissiper les malentendus et arrêter les défaillances à l'heure de la lutte. Vos consolantes paroles, en quittant Salzbourg, sont sans cesse présentes à ma pensée : la France ne peut pas périr, car le Christ aime encore ses Francs, et, lorsque Dieu a résolu de sauver un peuple, il veille à ce que le sceptre de la Justice ne soit remis qu'en des mains assez fermes pour le porter.
« Henri. »
Le comte de Chambord, par cette lettre, maintenait l'unité des déclarations et des actes de toute sa vie. Il établissait de nouveau le caractère de la royauté, à laquelle il restait fidèle. Il voulait, comme ses ancêtres, se tenir au-dessus de la nation, lui donner son drapeau et régner de son droit propre. Mais aussitôt que la France eut vu, sous une forme précise, quelle sorte de système on lui présentait, l'impossibilité de le faire revivre éclata. Le régime que le comte de Chambord évoquait s'était perdu dans Tabîme des temps. Les idées, les croyances et les mœnrs changées n'avaient plus d'affinité avec la vieille Monarchie. On admira le caractère d'un homme repoussant toutes les offres, pour maintenir un idéal et conserver l'image d'une antique grandeur. Ce fut tout.
Personne, sauf quelques légitimistes, ne jugea qu'un prince aussi absolu dans ses prétentions pût être mis sur le trône. Les tentatives de restauration cessèrent brusquement. La Monarchie un instant entrevue s'était évanouie.