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la certitude d'obtenir la ville, par le blocus ou un siège en règle que Timperfection de la défense rendait facile. Les horreurs du bombardement produisirent une colère qui tendit tous les courages et la volonté de résister n'en fut que plus ferme.
Le bombardement n'amenant point à lui seul la reddition, les Allemands y ajoutent l'attaque régulière des ouvrages; Strasbourg va être ainsi accablé jusqu'à la lin de toutes manières ; de nouveaux édifices publics, la préfecture, le théâtre, seront brûlés de fond en comble. La forteresse, autrefois de premier rang, avait perdu, car on l'avait laissée sans l'agrandir. Elle manquait de forts détachés, son approche était devenue facile depuis que le feu de l'artillerie s'est allongé. Elle se trouvait dominée, au nord-ouest, par les hauteurs de Schiltingheim. Dans la nuit du 27 au 28 août, la première parallèle fut ouverte de ce côlé. La prépondérance de l'assiégeant se révéla tout de suite. Il emploie des pièces nouvelles du plus gros calibre, très supérieures aux pièces françaises, de moindre justesse et portée ; la garnison ne dispose sur les remparts que d'abris insuffisants, qui sont percés et bouleversés*.
Le sort de Strasbourg excitait une commisération générale. Quoique les Allemands répétassent sans s'émouvoir que le bombardement d'une ville est dans les droits de la guerre, l'Europe saignait au spectacle des habitants périssant sous les bombes. Nulle part, ils n'inspiraient plus de pitié qu'en Suisse, où l'on se rappelait les anciens rapports de leur voisinage avec eux. Le docteur BischofT, secrétaire d'État de Bâle, se mit en mesure de les secourir. Il organisa un comité chargé d'obtenir des logements et de recueillir des dons dans toute la Suisse. Une députation partit avec des lettres de l'ambassadeur de Prusse à Berne et du président de la Confédération helvétique pour
1. Dupetit-Thouars, Le siège de Strasbourg. Le Correspondant, 25 décembre ^871.
le général de Werder. Elle lui demanda de laisser sortir des vieillards, des femmes et des enfants. Il y consentit. La députation entra dans la ville le 11 septembre, forma plusieurs convois, et deux mille Strasbourgeois, emmenés en Suisse, y reçurent rhospitalité.
Les Suisses annoncèrent à Strasbourg la capitulation de Sedan et la chute de TEmpire. L'avènement de la République fut accueilli avec enthousiasme ; malgré le deuil public, un grand nombre de maisons se pavoisèrent*. Le préfet de l'Empire, baron Pron, se démit ; le général Uhrich adhéra au nouveau gouvernement et Ton installa une administration républicaine. M. Valentin avait été nommé préfet du Bas-Rhin par M. Gambctta. Aidé par la population qui secondait ses tentatives, il se cacha dans la maison même où le général de Werder prenait ses repas. Après avoir étudié les travaux de l'ennemi, il franchissait la tranchée, s'élançait vers les remparts sous les projectiles, traversait les fossés à la nage et, le 20 septembre, se faisant reconnaître, prenait possession de son poste. Il n'arrivait que pour assister à la chute de la ville.
Le 30 août, les Allemands tenaient vingt et une batteries en position. A partir du 9 septembre, ils opèrent avec quatre-vingt-seize pièces et trente-huit mortiers. Ce jour-là un des ouvrages avancés, la lunette 44, était réduit au silence; les lunettes 52 et 53 succombaient tour à tour et l'ennemi battait enfin le corps même de la place. Le 27 septembre, on vint annoncer qu'une brèche allait être praticable; le Conseil de défense assemblé reconnut l'impossibilité de repousser l'assaut, et le général Uhrich dut capituler^.
Les pertes des assiégeants s'étaient élevées, au cours du siège, à 900 hommes ; celles de la garnison, à 2900. 340 habitants avaient été tués ou devaient succomber à leurs