Scbnéegans, La guerre en Alsace, Strasbourg, p
il devait le négliger complètement, pour retourner à TEmpire.
La catastrophe de Sedan avait fort aggravé le péril de Tarmée dans Metz. Aux difficultés de rompre le blocus, il faudrait maintenant ajouter, si Ton devait rejoindre le territoire français libre, la tâche de traverser sans secours le pays envahi. Le strict devoir obligeait cependant le maréchal Bazaine à essayer de se délivrer coûte que coûte. Si les chances étaient nulles de ramener Tarmée entière, on pouvait peut-être se promettre, en multipliant les tentatives, de faire échapper des fractions de corps. Échouât-on, après avoir fait de son mieux, le jour où la famine contraindrait à se rendre, on succomberait sans déshonneur. Il y a cependant une autre conduite à tenir au cas où, méconnaissant ses obligations militaires, on envisagerait certaines perspectives politiques. La France a perdu ses forces organisées et se trouve sans gouvernement régulier, et il est assez supposable que Tarmée du Rhin, si elle pouvait intervenir à l'intérieur, serait à même de régler les affaires du pays. Si le maréchal Bazaine, d'accord avec l'ennemi, parvenait à sortir de Metz, il peut s'imaginer que son autorité deviendrait au dehors irrésistible. Il faudrait cependant tenir compte du gouvernement de la Défense nationale qui a surgi. Mais, bloqués dans Metz, le jugeant d'après leur intuition, le maréchal Bazaine et même ses lieutenants s'en préoccupent peu; ce n'est à leurs yeux que le produit de l'émeute; ils le croient incapable de maintenir l'ordre, de défendre le territoire et de présenter des garanties suffisantes pour que l'ennemi veuille traiter avec lui.
La tentation offerte au maréchal Bazaine était si bien indiquée, qu'au moment même où il se livrait aux réflexions qui le porteront à s'aboucher avec l'ennemi, celui-ci lui faisait spontanément des invites. Le 11 septembre. Vindépendant rémois expliquait, dans un communiqué; par quels intermédiaires l'Allemagne pourrait traiter avec la France ; du nombre était le commandant de l'armée du
RhiD, tandis que le ^ourenieiBeiit de la Défense natmale se tfooTait excla.
Le 15 septembre, le niaréehal Bazaine se laissait aller à ooe première démarche. En violation des r^enents qui interdisent à nn commandant assiégé d'entretenir des relations avec l'ennemi, il écrivait an prince Frédéric- Charles, pour Tintem^r sur les éTénements accomplis en France. Le prince lui envoyait le soir même sa réponse, avec un extrait de journal. Il Ini apprenait la captivité de l'Empereur, la retraite de Tlmpératrice en Angleterre, la fonnation d'un gouvernement irrégulîer à THôtel de Ville, qui, disait-ily n'était même pas reconnu par toute la France, enfin Tarrivée des armées allemandes sous les murs de Paris. II terminait par ces mots : c Du reste. Votre Excellence me trouvera prêt et autorisé à lui faire tontes les communications qu elle désirera. > Le prince Frédéric-Charles allait donc au-devant du maréchal, et, à partir de ce jour, l'échange de lettres va continuer. Les déclarations de YJndépendant rémois^ les nouvelles transmises par le prince étaient de nature à persuader que le gouvernement improvisé à Paris manquait de racines; aussi, désormais, soit dans ses rapports avec les Allemands au dehors, soit dans ses actes à l'intérieur de Metz, le maréchal Bazaine n'en tiendra-t-il aucun compte. Le maréchal se préparait maintenant à nouer des relations plus intimes avec l'ennemi ; il avait écrit au prince Frédéric-Charles pour obtenir l'envoi de son aide de camp, le colonel Boyer', au quartier général du roi Guillaume; la réponse favorable du prince lui était déjà parvenue, lorsqu'un négociateur inattendu arrive à Metz.
Le sieur Régnier, au moment de la déclaration de guerre, habitait le département de Seine-et-Marne avec sa famille. L'invasion lui avait fait chercher refuge en Angleterre. Là il avait, de son autorité privée, formé le projet