Maréchal Bazaine, L'armée du Rhitit p. U
battant. Le général Coffînières, commandant la place de Metz, déclare que le manque de vivres empêchera de poursuivre la résistance après le 19 octobre. Il ne croit pas qu'il y ait le moindre espoir de forcer les lignes ennemies. Il ajoute qu'il se produit cependant une opinion fort respectable : c'est qu'on ne saurait traiter avant un suprême effort. Le maréchal Canrobert et ses généraux sont d'avis qu'en présence de la supériorité numérique de l'assiégeant, du manqué de chevaux, de l'impossibilité de se soustraire, si l'on parvenait à sortir, à une poursuite obstinée, il y a lieu de rechercher une convention honorable, « c'està-dire de partir avec armes et bagages et sous condition de ne pas servir contre la Prusse, pendant un temps qui n'excédera pas un an. » Ils disent, du reste, que si les conditions de l'ennemi sont inadmissibles, ils préfèrent, plutôt que de les subir, mourir les armes à la main. Le général Frossard, examinant les difficultés d'une attaque, les déclare presque insurmontables ; il suggère donc une convention, qui permettrait de sortir avec armes et bagages, et il joint aux arguments militaires des considérations politiques ; il fait valoir qu'en agissant ainsi, « l'armée demeure debout, entière, organisée, prête à être portée sur les points où la nécessité de sauvegarder Tordre social nécessiterait son intervention. »
Le maréchal Bazaine, lorsqu'il eut reçu les rapports de ses chefs de corps, réunit le Conseil de guerre le 10 octobre ; se trouvèrent présents : les maréchaux Canrobert, Lebœuf, les généraux Frossard, de Ladmirault, Desvaux, Coffinières, Soleille commandant l'artillerie, Lebrun intendant en chef. Le général Coffinières et l'intendant Lebrun font connaître le manque de vivres prochain. Quatre questions sont posées : 1° Doit-on tenir sous Metz, jusqu'à épuisement des subsistances? Oui à l'unanimité, car on immobilise deux cent mille ennemis; 2° Doit-on essayer de nouvelles sorties pour se procurer des vivres et des fourrages? Non, à l'unanimité, par suite de la certitude de n'en point trouver ; 3* Peut-on négocier avec
dOf HISTOIRE DK FRANCE DE 1870 A 1873.
rennemi une convention militaire? Oui, à runaaimité, à condition d'entamer les pourparlers sans retard, pour éviter de les voir durer jusqu'à l'épuisement des vivres; 4"" Doit-on tenter encore une fois le sort des armes? Le général Cofifinières précisant demande si ce n'est pas là la conduite à tenir, avant d'ouvrir les négociations. Ce parti est écarté à la majorité. Les membres du Conseil déclarent, du reste, unanimement, avec mention au procèsverbal, que la convention devra être honorable et que, si l'ennemi élève des demandes contraires au devoir militaire, ils tenteront le passage les armes à la main. Mais quelles sont les conditions qu'ils jugeraient acceptables ? Le procès-verbal est muet sur ce point. Ils avaient pourtant délibéré pendant quatre heures^, avant de tomber d'accord sur les ouvertures à faire à l'ennemi. Ce qu'ils dénommaient laconiquement c convention militaire > était un arrangement à double face. En fait de termes militaires, ils ne voulaient admettre que les honneurs de la guerre et le départ de Metz avec armes et bagages, et, pour se les assurer, ils introduisaient des stipulations politiques. L'armée sortie de Metz s'obligerait à ne pas porter les armes contre l'Allemagne pendant un an ; elle serait neutralisée, et, comme elle ne pouvait reconnaître le gouvernement de la Défense nationale, avec lequel on disait que l'ennemi refusait de traiter, elle se mettrait à la disposition d'une Assemblée à élire, pour conclure la paix^ On paraît s'être demandé, dans le Conseil, si l'on continuerait d'adhérer à l'Empire et si l'Assemblée serait convoquée en son nom; mats on fût entré ainsi dans une voie d'immixtion directe en sa faveur, que la majorité des membres refusa de prendre. Il fut donc entendu que l'armée se tiendrait simplement aux ordres des représentants du pays à élire. Quant aux problèmes soulevés par