‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 119 sur 178 · Haréclial Canrobert, EmiuiiU yaiUrnsntaire, t. IVi · texte numérisé non relu

Haréclial Canrobert, EmiuiiU yaiUrnsntaire, t. IVi

3. L'agonie de l'armée du Hbiii, par un orUcier — De Meiisns. Journal d'un aumânier, divine de J/«U, p. !3.

dans Tordre politique, que ce qu'on leur apprend. 11 n'y a rien de si aveugle qu'une armée, dit Montesquieu; et toutes les doctrines inculquées à l'armée depuis vingt ans devaient la conduire à ne connaître que l'Empereur. La patrie, la nation, la république, sont des abstractions, de vaines images depuis longtemps bannies. Aussi, tandis que par tout le pays se réveillaient des passions profondes amenant un effort désespéré, l'armée du Rhin restait inerte et sans âme, la France lui paraissait anéantie et elle ne découvrait plus de salut qu'auprès de l'Impératrice ^

Le général Boyer repartit de Metz le 19 octobre, muni d'une lettre officielle du maréchal Bazaine et d'une lettre particulière du général Frossard; son voyage par le Luxembourg et la Belgique fut long et il ne put arriver à Londres et voir l'Impératrice, à Chislehurst, que le 22. Les vivres, à Metz, étaient presque épuisés; il fallait donc, avant tout, essayer de se ravitailler et de gagner du temps. L'Impératrice, dans ce but, fit transmettre une dépèche à M. de Bismarck, pour demander un armistice de quinze jours avec ravitaillement. Puis elle réunit les chefs du parti bonapartiste réfugiés à Londres, MM. Rouher, duc de Persigny, Jérôme David, Chevreau et le général Boyer, leur exposa les propositions de M. de Bismarck. En résumé, si l'Impératrice voulait signer les préliminaires d'un traité, la Prusse lui accorderait la libre sortie de l'armée dans Metz. Mais quelles étaient les conditions mises à la paix? Le général Boyer ne pouvait le dire, car M. de Bismarck les lui avait lues. L'Impératrice télégraphia à l'Empereur, à Wilhelmshœhe, lui demandant s'il les connaissait. Il répondit qu'elle devait les connaître aussi bien que lui. Le général Boyer alla se renseigner auprès de M. deBernstoff, l'ambas-

1. Le plus grand nombre comptait sur rimpéralrice. On considérait que son adhésion à la politique du général en chef s'imposait à elle, comme un double devoir vis-à-vis du pays et vis-ù-vis de l'armée, qui ne pouvait attendre que d'elle la délivrance. — Général Deligny, L* armée de Met», p. 56.

sadeur à Londres de la Confédération de l'Allemagne du Nord, qui lui donna à entendre qu'on n'accorderait point la paix sans une cession de territoire. 11 ne pouvait, en effet, subsister de doutes à cet égard. Lorsqu'il fallut enfin se décider, l'Impératrice déclara qu'elle ne consentirait jamais à un démembrements Le général Boyer remarqua que M. de Bernstorff lui avait laissé entrevoir que les exigences pourraient être moindres envers elle qu'envers le gouvernement de la Défense nationale. Comme ce n'était pas l'étendue du territoire à céder qui l'arrêtait, mais le principe même d'une cession qu'elle repoussait, elle se refusa absolument à négocier sur ces bases. Elle tenait ainsi une conduite identique à celle de M. Jules Favre à Ferrières et à celle que le gouvernement de la Défense nationale allait suivre, à l'occasion des propositions d'armistice rapportées de Russie par M. Thiers. L'Impératrice, empêchée de signer les préliminaires de paix, chercha de nouveau à gagner du temps. Elle se mit en rapports personnels avec M. de Bernstorff; elle lui envoya des télégrammes pour M. de Bismarck, où elle réclamait plus que jamais un armistice. Elle s'adressa directement à la générosité du roi Guillaume. M. de Bismarck répondit que l'Impératrice n'avait rempli aucune des conditions posées au général Boyer, que rien ne présageait que la paix pût être conclue, que, par conséquent, la demande d'armistice avec ravitaillement était inacceptable. Le roi fit une réponse analogue.

Sur ces entrefaites la Délégation de Tours, informée des rapports entretenus par l'ennemi avec le maréchal Bazaine et l'Impératrice, en avait conçu de vives inquiétudes. Allail-on essayer, à pareil moment, de rétablir l'Empire et la fin du siège de Metz annihilerait-elle la résistance qui s'organisait à Paris et sur la Loire? La Délégation fit connaître ses craintes à l'Impératrice par l'entremise de M. de Metternich, l'ambassadeur d'Autriche.

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