‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 12 sur 178 · Benedetti, Ma mission en Pruue^ p · texte numérisé non relu

Benedetti, Ma mission en Pruue^ p

qu'on ne devait point craindre que le prince de Hohenzollern s'offrît de nouveau comme candidat, et lord Granville, le secrétaire d'État d'Angleterre aux affaires étrangères, se refusait à intervenir dans ces termes auprès du gouvernement prussien.

H. Benedetti, le 13, avait successivement informé M. de Gramont de ses démarches. A dix heures et demie du matin il lui avait appris le résultat négatif de son entrevue avec le roi sur la Brunnen promenade. A onze heures et demie, il lui avait dit qu'il venait de recevoir son second télégramme et qu'il agirait en conséquence. M. de Gramont, sur ces deux dépêches, télégraphie, le 13, à huit heures du soir, à l'ambassadeur : (l Faites un dernier effort auprès du roi; dites-lui que nous nous bornons à lui demander de défendre au prince de Hohenzollern de revenir sur sa renonciation. Qu'il nous dise : Je le lui défendrai, et vous autorise à me l'écrire, ou qu'il charge son ministre de me le faire savoir, cela nous suffira. Dans tous les cas, partez d'Ems et venez à Paris, avec la réponse négative ou affirmative. Il faut que je vous aie vu vendredi avant midi. j>

M. Benedetti reçoit ce télégramme dans la nuit du 13 au 14; mais, comme le jour même le roi l'a déjà informé qu'il ne voulait se prêter à un nouvel entretien ayant trait à un engagement d'avenir, il ne peut faire directement ce dernier effort que lui prescrit son ministre. Il trouve cependant une voie détournée. Le 14 au matin, il rencontre le ministre de l'intérieur de Prusse, M. d'Eulembourg, en ce moment à Ems, auquel il explique le sens précis de l'engagement demandé au roi. M. d'Eulembourg lui promet bien de soumettre ses observations au roi et même de lui donner une réponse, mais quelques instants après il se borne à lui faire dire qu'il n'a point de communications à lui transmettre. M. Benedetti, mandé à Paris, quittait Ems le soir même, il prie l'aide de camp de service d'exprimer au roi son désir de prendre congé. Le roi lui fait répondre que, partant lui-même pour Coblentz à trois heures, il le recevra à la gare dans son salon réservé. Cette dernière

entrevue garde le caractère courtois qui n'a jamais manqué à leurs rapports, le roi se sépare de M, Benedetti d'une manière amicale en lui serrant la main ^ Il déclare qu'il n'a plus d'explications personnelles à donner et que les négociations qui pourraient être continuées le seraient par son gouvernement.

Âvanl de dire la déclaration de guerre, il faut maintenant exposer les faits qui ont, en France, dominé la négociation. Lorsque la candidature Hohenzollern éclata, on fut porté à y voir une cause de conflit suscitée* par la Prusse. Cependant on ne découvre personne chez elle qui cherche d'abord à en tirer avantage, pour amener une rupture. En France il n'en est point ainsi. Là le parti bonapartiste montre immédiatement qu'il a trouvé l'occasion de la guerre dont il a besoin.

C'est le parti bonapartiste qui a établi l'Empire, aussi le conçoit-il d'une certaine manière et tient-il à lui maintenir sa physionomie propre entre les autres gouvernements. Il veut que la conception qu'il se fait de l'Empire soit appliquée, parce que cette application donne la forme politique qui satisfait le mieux les penchants des hommes qui se rallient à lui, et parce que le seul moyen qu'il ait de garder le gouvernement entre ses mains est de le conserver sous sa forme première. Toutes les tentatives de réformes libérales ont donc été combattues par les bonapartistes. Les sénalus-consultes par lesquels l'Empereur avait modifié les institutions de 1852,1a formation du cabinet du 2 Janvier et la prépondérance des parlementaires étaient autant de changements réalisés malgré eux, qui les avaient fait passer à l'état de vaincus. Mais leur résistance, d'abord inutile, avait été couronnée de succès le jour on le cabinet du 2 Janvier avait touché au pouvoir constituant du Sénat. Lorsque l'Empereur s'était entremis pour conserver sa prérogative césarienne d'appel au peuple, ils avaient enfin obtenu qu'il revînt à ses traditions. Le plébiscite lui avait

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