‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 13 sur 178 · Louis Sclincider, ^empereur Guillaume, t. II, p · texte numérisé non relu

Louis Sclincider, ^empereur Guillaume, t. II, p

LA CANDIDATURE DU PRINCE DE HOHENZOLLERN. 63 j

ensuite rendu la domination sur des assemblées retombées /

à unrangsecondaire. Or l'Empereur s'estassuré cet avantage par un appel direct à la nation. Mais qui lui a donné la •'

prise qu'il possède ainsi sur elle? Avant tout Téblouissement produit sur l'imagination par la grandeur militaire de Napoléon Bonaparte. C'est par l'ascendant de la victoire, par l'éclat de la guerre que le Napoléon est devenu un être gigantesque, c'est par là qu'il a pu s'introniser une première fois et plus tard être rétabli. Cependant à l'époque actuelle l'Empereur a subi une énorme diminution de prestige, par la puissance militaire que la Prusse a développée, après être entrée avec lui dans des intrigues où elle Ta déçu. Les racines que le Napoléon a jetées se trouvent donc affaiblies, et, lorsqu'il faudra transmettre la couronne du père au fils, si Ton n'a qu'un empereur diminué, d'abord le passage sera difficile, puis le pouvoir du nouveau souverain demeurera précaire. Le fils a été associé au père au plébiscite, il faut l'unir an père dans la guerre, pour lui obtenir la gloire des armes. Si l'Empereur français a sur sa frontière un rival qui projette sur lui son ombre, comment en effet pourrat-il rester dans la nation ce que les bonapartistes veulent absolument qu'il soit, un être sans pareil, chef absolu, maître de toutes choses. Déjà Napoléon I" s'était trouvé en présence du même dilemme : ne voulant pas subir de diminution, il s'était vu condamné à la guerre sans fin et avait dû s'attaquer à toutes les monarchies militaires du continent. La fatalité qui avait poussé Napoléon V domine en ce moment les bonapartistes. II faut, pour qu'ils puissent résister aux entreprises des républicains, des parlementaires, des libéraux, que l'Empereur retrouve toute sa grandeur et, pour cela, une guerre qui amènerait une diminution de la Prusse est nécessaire.

Le parti bonapartiste n'est pas très nombreux et son importance sociale, sa valeur propre, sont peu considérables; mais sa fidélité à TEmpire et l'ascendant qu'il tire du plébiscite lui assurent des avantages décisifs, pour influencer l'Empereur et le gouvernement. Il pèse sur le

Corps législatif par la droite, qui a fait échec aux parlementaires, il domine le Sénat, avec lui sont les chefs de l'armée, les courtisans et surtout l'impératrice Eugénie, que le sentiment maternel porte à la guerre, qui seule peut redonnera la dynastie le prestige nécessaire pour que la couronne passe du père au fils avec sécurité.

A côté des bonapartistes sont les purs « chauvins » qui veulent la guerre quand même, parce qu'ils ne peuvent tolérer les agrandissements de la Prusse et l'éclat de ses victoires. En assez petit nombre, mais passionnés, ils vont former une combinaison redoutable unis aux bonapartistes. Si ces derniers étaient seuls, leur intérêt de parti ressortirait avec trop d'évidence, tandis que les <r chauvins )», coalisés avec eux, prêtent à l'action commune les sentiments d'un patriotisme spécial, qui touche une grande partie de la nation.

Les hommes qui dirigent le gouvernement, laissés à eux-mêmes, ne sont point belliqueux. Vieilli, malade, l'Empereur répugne à courir de nouveaux hasards. Le chef de cabinet, M. Emile Ollivier, n'a cessé d'exposer un programme essentiellement pacifique. Le ministre des afiaires étrangères, M. de Gramont, était, en dernier, ambassadeur à Vienne où toutes les tendances sont à la paix. Le ministre de la guerre a concédé des économies sur son budget et une réduction du contingent. Les minisires choisis dans les centres droit et gauche ont signé, avec leurs groupes, des déclarations dont un des principaux articles est le maintien de la paix. Ces mêmes hommes débutent cependant le 6 juillet par faire lire une note tellement comminatoire, que l'on doute tout de suite de leur désir d'éviter un conflit. C'est qu'ils ont subi la pression du parti de la guerre.

Les bonapartistes décidés à rompre aVec la Prusse sont sans scrupules, prêts à tout pour réussir. Ils entourent l'Empereur et les ministres, les harcèlent, leur commandent d'agir. Ce sont les familiers, les amis de vieille date, tellement dévoués à la dynastie qu'ils ne craignent

point de s'engager sans l'Empereur et même contre lui^ Ils ont déjà tenu cette conduite après le 2 janvier, lorsqu'ils ont résisté aux réformes et aujourd'hui encore, qu'ils comprennent les intérêts du trône autrement que le souverain, ilâ n'hésitent point à y revenir. On voit ainsi, tout à part, un parli exalté qui assiège l'Empereur, enveloppe le Corps législatif, inspire de nombreux journaux et qui, se multipliant par son activité et s'imposant par son audace, exerce une influence dominante sur le gouvernement.

Mais, tandis qu'au Corps législatif la droite bonapartiste s'efforçait d'envenimer le conflit, la gauche républicaine cherchait à préserver la paix. Dès le premier jour, la note lue par M. de Gramont lui avait fait craindre que le gouvernement ne désirât la guerre. Elle s'inquiétait donc du secret gardé sur la négociation. Pour le dissiper, MM. Picard et Jules Favre demandaient, le 7 juillet, qu'on discutât le lendemain même l'interpellation déposée par M. Cochery. M. Emile OUivier priait au contraire la Chambre d'ajourner le débat, ce à quoi elle consentait, et M. Jules Favre s'écriait : « C'est après des discours comme celui de M. le garde des sceaux que l'expédition du Mexique a eu lieu et l'on sait ce qui est arrivé, i^ Cependant le besoin d'éclaircissements était si universel que le 11 juillet M. de Gramont prenait la parole : <l Messieurs, le gouvernement comprend l'impatience de la Chambre. Il partage ses préoccupations, mais il lui est impossible de porter à sa connaissance un résultat défmitif. Il attend ta réponse dont dépend sa résolution. Tous les cabinets auxquels nous nous sommes adressés paraissent admettre la légitimité de nos griefs. J'espère être très prochainement en mesure d'éclairer la Chambre; mais aujourd'hui je fais appel à son patriotisme, pour la prier de se contenter de ces explications incomplètes. » M. Emmanuel Ârago pressait en vain le ministre

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