Sorel, Histoire diplomatique y t. II, p
2. Général Changarnier. Discours à rÂssemblée nationale, 29 mai
vue militaire, d'étouffer les tentatives de Tarmée du Rhin pour se délivrer. Elle assure ainsi sa capture et épargne la perte d'hommes, que coûteraient les combats avec elle, même heureux. Ces avantages, M. de Bismarck les a maintenant recueillis, il peut rompre; l'ennemi, qu'il endort et berce d'illusions depuis un mois, est à bout de ressources, à sa merci.
On ne pouvait plus éviter à Metz de capituler, et le général de Cissey est envoyé au chef de l'état-major prussien, le général de Stiehle, pour s'enquérir des conditions. Celui-ci déclara que l'armée du Rhin subirait le sort de Tarmée de Châions à Sedan. Il remit un protocole sommaire, portant que les troupes et la forteresse seraient rendues, avec le matériel de guerre et les drapeaux. Le Conseil de guerre, réuni le 26, prit connaissance du protocole. Les clauses furent plusieurs fois lues et commentées, on cherchait les moyens de les faire atténuer; mais les généraux Changarnier et de Cissey, qui avaient éprouvé par eux-mêmes la dureté de l'ennemi, déclaraient qu'il ne fallait point s'attendre à des adoucissements. Le Conseil de guerre voyait donc venir les plus cruelles humiliations. Il se trouvait dans cette conjoncture, qui avait fait l'objet de la réserve expresse, qu'avant de se résigner on sortirait les armes à la main. Mais ce suprême effort ajourné en septembre, alors que l'armée possédait toute sa vigueur, remis encore le 10 octobre pour négocier, lorsqu'elle conservait une certaine force, il est devenu réellement impossible. Les chevaux sont morts : on n'a plus ni cavalerie ni artillerie; 20000 malades encombrent les hôpitaux; les soldats qui campent dans le camp retranché, véritable cloaque, sans autre nourriture que la viande de chevaux étiques à manger sans sel, sont tombés dans un état débile, qui ne permet plus de rien en attendre*. Dès lors on ne saurait songer à franchir le cercle d'investissement que
1. D' Quesnoy, Armée du Rhin, p. 195. — Procès Bamine. Déposition du général de Ladmirault, p. 376.
■H.-^ly»tt. OH niMCE DE 1870 A 1873.
■ 1 ;i lussé Jb rorlîlïer; il n'y a môme aucun espoir
"■'i siu ruuibut brillanr, qui soil autre chose qu'une
"i.'io (ivwi'hvi'ie, 11 faut donc passer sous le joug, et le
' •-'l.k-iii,i|i,i' lie l'armée, le général Jarras, se rend au
. ' ""'i ^l'Ui'iiil ennemi arrêter les clauses détinitîves de
'fluLiiiii,,, U dm seulement faire en sorte d'obtenir
' 'Uuuuuhijus aux conditions sommaires rapportées par
U' ^•-Hiiral ^^.• Cissey.
'■' i(<'iniial Jarras trouva l'ennemi inflexible; le général "'■ ^li'lilb lui dit qu'il s'en tiendrait au protocole déjà iLiiiis, Ll- ^l'néral Jarras demanda qu'un détachement de liuiniuH de toutes armes pût se retirer librement en Algé- I lis, l'cltt- faveur lui fut refusée ; il insistait au moins pour iilni'iur In- lionneurs de la guerre et pour que les officiers 1 ijii.-i [\.i-M-iit leurs armes et leurs bagages. Le lendemain,
■' * -iiMiirli; pDtrevue, le général de Sliehle lui dit que
II' l'ii iiiiill:iuLne cédait sur ces deux points; mais, comme ie^ lionncLLcs de la guerre entraînaient un défilé devant renocnii. auquel le maréchal Bazaine se refusait, ils furent i.'ii difinitivi' écartés de la convention, qui ne contint de iLTiues favorables que l'abandon de leurs armes et bagages au\ officiers. Les ailées et venues au quartier général tMinemi preiiitient du temps, et ce ne fut que le 27 octobre iiiL soir qiM' se trouva signée la capitulation par laquelle :\ Mincirliaiiv de France, 50 généraux, 60(X) officiers et ITiKinii lii.Diimcs, y compris la garde nationale de Metz, ili'voii;iii'j{| jii'isonniers de guerre.
I.i: ~2(i. la nouvelle de la capitulation se répandit dans les cniniis. Le '21, le général Cofflnières annonçait que le sort de la viiit' t'tait lié à celui de l'armée; les soldats se voyaii'iil d<inc prisonniers, pendant que les babitants
siiiii-is iii la conquête étrangère. Dès le commencement
d'i>i'l<j!Fi^', i|itpl(jues officiers, inquiets des négociations piiur.Miivii'- [lar le maréchal Bazaine, s'étaient entretenus L'o Sri ii'i ili'^ moyens de changer le commandement. La cipiiiiialiiii amena de nouveaux conciliabules. Des officiers ilo luules armes, parmi le capitaine du génie Rossel,
STRASBOURG, METZ ET BaLfORT. 317
se joignent aux orficiers (te la garde nationale ; ils veuleni se soustraire à la caplivilé, en appelant les troupes à se frayer passage; mais ils durent reconnaître que, dans l'élat de prostration de l'armée, ils n'entraîneraient qu'iii) nombre d'hommes infime'. Le général Clinchant, qni devait diriger l'entreprise, si on lui amenait une force suffisante, ne la voyant point paraître, se tint à l'écart et la tentative avorta. En ville, ta journée du 28 est remplie par des scènes de tumulte et de désespoir: on sonne le tocsin ; le peuple cherche à envahir l'hôtel du commandant supérieur; il voile d'un crêpe noir la statue du héros messin, le maréchal Fabert, érigée sur une des places de la ville. C'était la dernière convulsion de l'agonie; ensuite le silence se fit.
Le 29, la ville et les forts furent remis à'I'ennemi. On avait pendant le blocus achevé les foris, incomplets au début. Il semblait ainsi que l'armée du Rhin ne fiit restée à Metz que pour terminer une forteresse, destinée à consolider la base des armées allemandes. On livrait en outre intacts les fusils et les canons de campagne de l'armée, tout le matériel de l'arsenal, 16ti5 canons, 9000 affûts, 3 millions de projectiles, 23 millions de cartouches, 419000 kilogrammes de poudre'. Ces ressources seront utilisées contre la France, en particulier contre Thionville, assiégée avec des canons pris à Metz. On n'avait pensé au démantèlement qu'à la dernière heure, et dans le Conseil du 26, lorsqu'on en parla, le temps eût manqué; le délai sufTisait encore, il est vrai, pour briser les armes et le matériel, cependant on préféra s'en abstenir.
Au nombre des demandes contenues dans le protocole rapporlé par le général de Cissey, se trouvait la remise des drapeaux. Dans le Conseil de guerre du 26, les chefs de corps s'émeuvent de cette clause; l'un d'eux, le général
1. iteti, campagnes ei negocialiuns, p. 395. ^ Coloi Les derniers jours de Met», t. Procès Bavtine. DépDE<itinn de II. Raymond, p. 396.
'KANCE DE 1870 A 1873.
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sur sa table*. Aulant'^SL ."!?'• ^'^'''^^' '« «-««en? pourquoi, ^ " P^"* s expliquer le fait, voici
lorsque, le 25, le général rf/. «.• i.i
' ^"'-'^''^^Stiehle avait demandé au
'■ 'M. Déposition d^ LStsVd e'ïa- . n
*^»s8e de Saint-Ouen, p. 380.
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général de Cissey la remise des drapeaux, celui-ci avait répondu que, portant des aigles, ils avaient dû être détruits, après la chute de l'Empire, au 4 septembre*. Le maréchal Bazaine s'est approprié le subterfuge : lorsque, le 27, le général Jarras se rend une seconde fois au quartier général ennemi, il le charge de dire au général de Stiehle que les drapeaux ont été brûlés comme emblèmes politiques. Si le chef de Tétat-major prussien se contente de cette défaite et n'insiste pas pour les obtenir, on pourra alors les détruire; mais, s'il les exige au contraire absolument, comme le maréchal Bazaine, plutôt que de voir aggfraver les clauses de la capitulation, a déjà pris son parti de les livrer, on enverra à l'arsenal l'ordre de les conserver pour l'ennemi. Et l'ordre est écrit d'avance, car on peut bien prévoir que le général de Stiehle ne croira pas que les aigles aient été brûlées après le 4 septembre, alors qu'il sait que le maréchal Bazaine n'a cessé d'adhérer à l'Empire et de négocier son rétablissement. En effet, lorsque le général Jarras a prétendu que les drapeaux ont été détruits comme emblèmes politiques, il n'a obtenu aucune créance. Le général de Stiehle a insisté au contraire, plus énergiquement que jamais, pour que la remise en fût faite. Le général Jarras a dû céder. Lorsqu'il revient le 27 au soir avec la capitulation signée, il est trop tard, à Metz, pour les détruire, puisqu'il y a parole donnée et engagement formel de les livrer. Alors le général Soleille fait porter, le 28 au matin*, au colonel de Girels, à l'arsenal, l'ordre écrit la veille de les préserver et 56 aigles^ passent de la sorte aux mains de l'ennemi. Ne sachant comment expliquer tant de soumission, ne voyant en échange des dépouilles livrées que l'abandon aux officiers de leurs armes et de leurs bagages.
1. Lettre du général de Cissey. Plaidoirie complète de M^Lachaud, p. 137.