Général Ducrot, La défense de Paris, i. III, p
334 HISTOIRE DE FRâT^CE DE 1870 A 1873.
général Renault, du 2' corps, le commandant des éclaireurs à cheval de la Seine, Franchetti, devaient succomber h leurs blessures. Dans les régiments de marche* qui composaient presque toute la ^'^ armée, la pénurie de sujets après Sedan avait empêché de compléter les cadres d'officiers^ les pertes subies laissaient donc les cadres et le commandement désorganisés. Les troupes étaient exténuées par deux jours de combat suivis de bivouacs au froid, sans abri; car, pour s'alléger en vue de marches rapides, au cas où l'on fût parvenu à percer, on n'avait emporté ni tentes, ni bagages. Enfin, si dans la seconde bataille on s'était maintenu, ou n'avait cependant pu se reporter sur Yilliers et Cœuilly, devenus inattaquables; il n'existait donc plus d'espoir de forcer par là le cercle d'investissement et, en persistant à demeurer, on s'exposait à être jetés dans la rivière à dos. Tout commandait ainsi de repasser la Marne. Le 3 décembre, les convois et l'artillerie de position étaient ramenés, puis les troupes suivaient. Les défenseurs de Paris avaient perdu dans l'ensemble de ces opérations, en tués, blessés ou restés prisonniers, 12085 hommes; les Allemands, 6172.
L'armée avait repassé la Marne déjà fort découragée, lorsque, le 5 décembre, les nouvelles du dehors venaient ruiner par ailleurs presque toutes ses espérances. Le gouverneur de Paris recevait une lettre {lu général de Moltke, qui lui apprenait la défaite de l'armée de la Loire, la réoccupation d'Orléans par les troupes allemandes, et lui offrait de laisser passer un de ses officiers s'il voulait s'assurer de ces faits. Le général Trochu répondit au général de Moltke qu'il se refusait à profiter de son offre et le gouvernement, en publiant les deux lettres, ajoutait : « Cette nouvelle, qui nous vient par l'ennemi, en la supposant exacte, ne nous ôte pas le droit de compter sur le dévouement de la France accourant à notre secours. Elle ne change rien à notre résolution, ni à notre devoir. Un seul mot les résume : combattre! » Les Parisiens étaient restés incrédules ou indifférents
à Tannonce de la perte d'Orléans*, et leur détermination se trouvait tout aussi ferme que celle du général Trochu et du gouvernement*. Mais en ce qui les regardait, les hommes de guerre ressentirent, comme un coup terrible, le recul de l'armée de la Loire par delà Orléans. Lors de la sortie de Champigny, ils comptaient, pour les aider au dehors, sur un appui. Désormais l'armée qu'ils emmèneraient de Paris, en supposant qu'elle réussît à percer, comment, sans soutien, parviendrait-elle à franchir le long espace qui la séparait des armées de province? Comment elle-même, sans cavalerie, réussirait-elle à se nourrir pendant le trajet, ou à préserver, contre la nombreuse cavalerie ennemie, les convois indispensables, si elle doit vivre avec ce qu'elle emportera? Il ne suffit donc plus, pour se délivrer, de percer le cercle d'investissement et de se joindre à une armée de secours qui ne vient pas, il faudrait battre complètement l'armée assiégeante et l'obliger à soi seul à se retirer!
Le général Trochu ne pouvait, malgré tout, rester înactif sur l'insuccès de Champigny et, ses cadres réorganisés, il combine une nouvelle sortie, cette fois dans la plaine Saint-Denis. La 2® armée s'avancera sur le Drancy, flanquée à gauche par des troupes qui se jetteront sur le village du Bourget, à droite par une partie de la 3* armée longeant la Marne. Le Bourget, point avancé des positions prussiennes, devait être le premier attaqué. Le 21 décembre au matin, les forts, des canons placés sur des locomotives blindées, l'artillerie de campagne de la 2* armée le couvrent d'un feu violent, qui cesse, au moment où trois colonnes sorties de Saint-Denis se lancent à l'assaut. La colonne de gauche, composée de marins sous les ordres du capitaine de frégate Lamothe-Tenet, dans son premier élan, s'en empare en partie et s'y établit^. Les autres colonnes, arrêtées par des barri-