Amiral La Roncière, La marine au siège de PariSy p
cades infranchissables, réussissent tout au plus à conquérir quelqmts maisons avancées. Des renforts arrivaient à Tennemî. Les marins de Lamothe-Tenet furent bientôt réduits à la défensive. On voulut alors reprendre la canonnade contre le village, mais les combattants s'y trouvaient tellement enchevêtrés, que les obus les frappaient sans distinction. Le capitaine Lamothe-Tenet, exposé de toutes parts, dut lâcher prise et le Bourget fut ainsi tout entier reperdu. Pendant ce temps, la 2" armée se déployait. L'ennemi tint son infanterie invisible derrière ses retranchements, pour engager du plus loin un violent combat d'artillerie. La possession du Bourget le laissant maître d'un point fortifié sur le flanc gauche de la 2* armée, le général Trochu jugea impraticable de la porter en avant, dans ces conditions, et il la fit revenir. La 3" armée s'était emparée, pour sa part, de la Maison-Blanche et de Ville-Évrard, sur le bord de la Marne. Pendant la nuit, une bise glaciale abaissa la température à 14 degrés audessous de zéro, il y eut neuf cents cas de congélation*, des milliers d'hommes tombaient malades. Les souffrances causées par le froid eurent sur le moral des troupes, que la disette de nourriture éprouvait déjà, une influence désastreuse. Aussi, à la fin de décembre, les soldats de la 2" armée, profondément découragés et mal contenus par la discipline, demandaient-ils à haute voix la paix.
Cependant toutes sortes de soins accessoires venaient s'ajouter à la partie purement militaire de la défense. On avait inutilement cherché, au début, à se maintenir en communication avec le dehors, de diverses manières. Les tentatives de messagers s'efforçant de franchir la ligne d'investissement n'avaient point réussi. Un câble télégraphique, coulé dans la Seine, avait été d'abord découvert par l'ennemi. L'envoi de corps flottants remplis de papiers et abandonnés au fil de Peau ne donnait aucun résultat. De tous
1. Général Trochu,' Une page d'histoire contemporaine , p. 123. — Général Ducrot, La défense de Paris, t. III, p. 188.
les moyens mis en œuvre, il ne restait donc que les ballons et les pigeons voyageurs. On confectionnait des ballons à la gare d'Orléans qui s'élevaient, à peu près tous les deux jours, avec des pigeons, les sacs de la poste, les fonctionnaires envoyés en mission ou même des passagers civils. Les pigeons rapportaient les nouvelles du dehors. On photographiait en province une réduction microscopique des dépêches à transmettre, sur des pellicules excessivement minces, on en mettait plusieurs dans une plume de corbeau attachée à la queue du pigeon messager, et un seul oiseau passait ainsi jusqu'à cent mille dépêches ^ Mais ce double moyen d'échange par ballon et par pigeon était soumis à toutes sortes d'accidents et de retards, des ballons furent entraînés sur le territoire occupé par l'ennemi ou même en Allemagne, d'autres allèrent tomber très loin, jusqu'en Norvège, ou disparurent en mer. Les pigeons avaient à braver les neiges et les brouillards qui leur cachaient la route, les oiseaux de proie qui les dévoraient, beaucoup se perdaient ou ne retournaient qu'après de longs délais. Parfois on tirait quelques renseignements de conversaiions aux avant-postes ou de papiers trouvés sur les prisonniers; mais on n'obtenait ainsi que des bribes, qui, loin de le satisfaire, ne faisaient qu'irriter le besoin des nouvelles.
L'obligation de nourrir la ville, en économisant les subsistances, donnait lieu à un grand travail. Un premier relevé des grains et farines avait permis de porter à trois mois la durée des vivres; cependant, crainte de mécomptes et pour ne pas surexciter les espérances, le Journal officiel n'annonçait de ressources que pour deux mois. Les premiers approvisionnements provenaient des achats faits par le ministre du commerce de l'Empire, M. Clément Duvernois, 148000 quintaux; la ville avait acquis elle-même 210000 quintaux; l'intendance céda, sur les denrées réunies pour les armées du Rhin et de Châlons,