Rampon, Enquête parlementaire, t. Il, p
qui n'avaient pu être expédiées à temps, 60000 quintaux ; les hospices, 7000: on eut ainsi un premier stock de ^5000 quintaux, représentant, à 7000 quintaux par jour, la consommation de cinquante-six jours ^ Le gouvernement avait, le 29 septembre, réquisitionné par décret tous les grains et farines entre les mains des particuliers. L'inventaire de ces existences donna, tant pour les réserves des boulangers que pour celles des négociants et des cultivateurs réfugiés, une nouvelle quantité de 408000 quintaux^, qui, avec celle qu'on s'était d'abord procurée et des cessions supplémentaires obtenues de l'intendance, assurait des vivres pendant plus de quatre mois.
Pour veiller à l'alimentation, le gouvernement avait nommé une Commission présidée par M. Jules Simon, et formée d'hommes spéciaux. Une Caisse de la boulangerie délivra chaque jour aux boulangers une quantité de farine en rapport avec leur clientèle. Les farines épuisées, il fallut utiliser les grains. L'industrie de la mouture, sans précédent à Paris, fut créée de toutes pièces. L'administration impériale avait fait venir six cents paires de meules. Le personnel des chemins de fer construisit des moulins dans les gares. L'usine Cail établit elle-même trois cents paires de meules d'un système nouveau, et alors on put moudre, au jour le jour, la quantité de grains nécessaire. Le gouvernement disposait de bœufs et de moutons achetés par l'administration impériale, entretenus sur pied. Il avait rationné la viande à partir du 10 octobre. Les mairies faisaient distribuer les 200 grammes alloués à chaque bouche, tous les deux jours. La mise en pratique du rationnement fut plus ou moins heureuse, selon le savoirfaire des administrateurs des mairies, les facilités ou les obstacles naissant des circonstances locales. Dans le courant de décembre, la viande de boucherie se trouva épuisée et l'on mangea les chevaux. On les recensa chez les
1. Jules Simon, Le gouvernement de la Défense nationale, p. 204. ± Jbid., p. 219.
particuliers, pour les réquisitionner ensuite, au fur et à mesure des besoins.
Des circonstances si anormales faisaient surgir toutes sortes de rouages nouveaux. Tout le monde participait donc plus ou moins à la défense ou aux affaires publiques. Les ingénieurs s'employaient aux fortifications, les industriels fondaient des canons, transformaient les vieux fusils, confectionnaient des équipements. Les savants avaient formé des Commissions d'hygiène ; ils dirigeaient la fabrication des poudres ; ils appliquaient Téleclricité à l'éclairage du terrain devant les forts, ils manipulaient les substances susceptibles d'être transformées, par la chimie, en produits alimentaires ^ Les mairies d'arrondissement se partageaient un énorme travail, que n'eût pu accomplir à elle seule la mairie centrale. Ou avait établi, dans chaque arrondissement, des comités chargés d'équiper la garde nationale, de recenser la population, de distribuer les cartes de rationnement, de faire fonctionner les cantines municipales destinées à nourrir les nécessiteux. Aux mairies d'arrondissement incombait encore le soin de réquisitionner les appartements vacants, pour loger les populations de la banlieue réfugiées dans Paris. De toutes parts, en dehors de la grande Société internationale de secours aux blessés, s'étaient formés des comités, dont les membres recevaient chez eux et soignaient les blessés.
Il ne fallait rien moins qu'un énorme effort pour durer, car, à mesure que le siège se prolongeait, on sentait tarir les sources de la vie. Le gouvernement avait accaparé tout le combustible, qu'il réservait à la mouture, à la cuisson du pain et à la fabrique des armes. On ne faisait plus de gaz, les rues restaient obscures, ou ne s'éclairaient que par de rares lampes à pétrole. Les théâtres s'étaient fermés les uns après les autres et un grand nombre de boutiques n'ouvraient plus. Les journaux, faute de papier,