‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 136 sur 178 · De la Rue, <Sou« Paris pendant Vinvasionf p · texte numérisé non relu

De la Rue, <Sou« Paris pendant Vinvasionf p

2. F. Husson, Paris bombardé, p. 83. — De la Rue, Sous Paris, etc., p. 160.

3. Guerre franco-allemande, 2' partie, p. 147. — Amiral La Roncière le Noury, La marine au siège de Paris, p. 457.

jusqu'à l'arrivée des renforts. Alors ceux de Paris n'avaient plus aucune chance de réussir. Ils finissaient donc par être invariablement repoussés et, désavantagés comme ils l'étaient, on ne saurait entrevoir de combinaison militaire qui eût pu leur assurer une meilleure fortune.

Aussi, en décembre, les généraux auxquels la connais-, sance du métier interdisait les illusions, ne conservaient-ils plus d'espérance. A un Conseil de guerre tenu le 31 décembre, devant le gouvernement, l'avis unanime des officiers fut qu'il était désormais impossible de percer au dehors. Les habitants de Paris et l'armée ne s'accordaient donc point et portaient sur les affaires militaires les jugements les plus dissemblables. La population, dans l'optimisme où elle se maintenait, attribuait de plus en plus les insuccès aux hommes à la tète du gouvernement et de l'armée. Si l'on ne battait pas l'ennemi, si l'on ne forçait pas ses lignes, c'est que les chefs étaient des incapables ou même des traîtres.La pensée que les généraux se refusaient à vaincre, par regret de l'Empire déchu et pour nuire à la République, finit donc par s'emparer de beaucoup d'esprits*. Le flot grossissant des soupçons et des colères se fixait, en dernier lieu, sur le général Trochu. Ses partisans avaient peu à peu diminué et disparaissaient enfin complètement, à l'occasion d'un incident qui prit, aux yeux du public, une très grande importance, l'évacuation du plateau d'Avron.

Ce plateau isolé ne pouvait être gardé, dès qu'il serait soumis au feu de la grosse artillerie, d'autant plus que la nature du sol empêchait de s'y retrancher profondément; mais il commandait le cours de la Marne, et, pour aider le passage lors de la sortie de Champigny, on s'y était établi. Lorsque les Prussiens démasquèrent leurs batteries contre les forts Est de Paris, ils dirigèrent d'abord leur feu sur Avron. Le plateau reconnu intenable fut abandonné dans la nuit du 28 au 29 décembre. De là, comme pour la perte

1. Jaliette Lamber, Journal d*une Parisienne, p. 204, 305. — M" Edgar Quinet, Paris, journal du siège, p. 254,296.

:M HlSTOlRIfi DE FRANCE DE 1870 A 1873.

ciu Bourget, un violent accès de colère. Le déchaînement contre le général Trochu devint dès lors universel. On l'accusa de toutes parts de manquer d'énergie et Ton entendit lui imposer une conduite plus vigoureuse.

Ce qui rendait particulièrement puissante la demande 'de nouvelles sorties, c'est que la population exigeait qu'elles fussent grossies par la garde nationale prise dans son sein. Les Allemands renonçant à un siège en règle, la garde nationale chargée de surveiller le mur d'enceinte était tenue loin du danger. Le rôle dénué de risques auquel on la restreignait avait donc fini par la mécontenter profondément : a Eh quoi! disait-on dans ses rangs, nous sommes plus de 300000 hommes armés, l'ennemi nous bloque depuis cent jours, bombarde nos monuments, tue nos femmes et nos enfants, et nous persistons à ne pas nous ruer sur lui! Laisserons-nous les vivres s'épuiser et rendrons-nous les armes, sans avoir tenté au moins un suprême effort? » Il était impossible de méconnaître ces réclamations d'un sentiment généreux, qu'appuyaient les maires de Paris, les membres du gouvernement. Le général Clément Thomas, dans le Conseil de guerre du 31 décembre, avait demandé une grande sortie, à laquelle la garde nationale sous ses ordres participerait. Le général Trochu avait répondu qu'il fallait combattre aussi longtemps que possible, qu'un succès imprévu couronnerait peut-être une suprême tentative, qu'en conséquence on livrerait une dernière bataille où, selon le désir universel, la garde nationale serait envoyée.

On s'était appliqué avec ardeur, depuis le 4 septembre, à la former. La solde avait été fixée à 1 fr. 50 par jour, pour fournir aux hommes des moyens d'existence. Ils s'étaient exercés, sans relâche, même la nuit à la lueur du gaz. Les résultats obtenus étaient donc considérables, mais seulement par comparaison, et la nature des choses ne permettait pas davantage. S'il eût fallu résister derrière les murs, dans des tranchées ou sur des barricades, on eût pu se reposer sur le courage de la garde nationale,

sa discipline et son instruction, telle qu'elle était alors commandée, eussent été suffisantes. Mais il s'agissait de l'offensive, et les hommes de guerre ne pouvaient croire qu'une troupe improvisée en trois mois, avec des citadins sans instruction militaire, dût réussir où la ligne et la mobile avaient échoué. Aussi son emploi dans les opérations actives, contre lequel les généraux n'avaient cessé de s'élever, continuait-il à soulever chez la plupart d'entre eux de très vives répugnances.

La divergence dans les jugements portés par les hommes de guerre et la population sur les choses militaires, était surtout très grande à l'égard de la garde nationale. Dès qu'elle avait eu un commencement d'instruction, on avait, en ville, exalté ses mérites sans aucune réserve. L'éloge fournissait des motifs d'encouragement et, puisqu'il fallait se battre, le doute et l'hésitation eussent paru lâches et criminels. D'ailleurs, comme c'était soi-même que l'on vantait, les louanges avaient été vite prises au pied de la lettre. La participation de la garde nationale aux sorties avait été l'une des demandes persistantes faites, dès le début du siège, par les partisans de la Commune. Le refus d'y accéder, alors qu'aucune organisation n'existait encore, puis les délais apportés à y faire droit, lorsque les préparatifs furent commencés, était un des principaux griefs exploités par les mécontents. Aux clubs, dans les journaux, on proposait de réunir tous les hommes armés, pour se jeter sur les lignes ennemies. On réclamait une sortie « torrentielle ». La surexcitation des esprits était telle que ce projet avait beaucoup d'adhérents convaincus, tandis que chez les autres la crainte de paraître lâches retenait les critiques, et il n'eût réellement dépendu que du général Trochu de faire mouvoir en bloc tous les hommes armés. Envoyer au combat une multitude confuse de citadins eût été courir au-devant de quelque grande déroute; aussi, se refusant à essayer rien de semblable, le général Trochu*

1. Général Trochu, Une page d'histoire contemporaine^ p. 100.

se bornait-il "à préparer pour Toffensive celte partie de la garde nationale jugée apte au service actif.

Dès le mois d'octobre, cédant à l'opinion publique, on avait commencé à former des compagnies de marche. On s'en remettait d'abord aux enrôlements volontaires. Mais le nombre d'hommes survenus demeurait insuffisant, et, le 8 novembre, un décret appelait les célibataires de vingt à quarante-cinq ans à composer, dans chaque bataillon, quatre compagnies de marche. Elles devaient prendre le service actif, pendant que le gros des bataillons demeurerait sur l'enceinte; elles furent donc envoyées aux avant-postes à la fin de novembre. Maintenant qu'on s'était décidé à étendre le rôle de la garde nationale jusqu'à l'offensive, il fallut grouper les compagnies de plusieurs bataillons en régiments. On forma ainsi cinquante-neuf régiments de garde nationale mobilisée. On créa pour les commander des lieutenants-colonels, choisis parmi les chefs de bataillon les meilleurs. Puis, comme les généraux manquaient de confiance dans ces nouvelles levées, on répartit les régiments dans les brigades de l'armée active, afin de leur donner l'appui des troupes de ligne. Toutes ces créations à réaliser, sans sujets pour former les cadres et les états-majors, demandaient du temps, et les préparatifs se prolongèrent jusqu'au milieu de janvier.

La nouvelle sortie a été fixée au 19 janvier. Le 18, dès sept heures du matin, la garde nationale mobilisée s'assembla dans Paris; le défilé sur les boulevards et les Champs-Elysées se fit au milieu d'une foule énorme. Les régiments marchaient, la plupart escortés de la partie sédentaire des bataillons. Le général Trochu avait proposé, dans un Conseil de guerre, de prendre le plateau de Châtillon comme objectif de l'attaque. Les lignes prussiennes forcées de ce côté, on aborderait Versailles par le sud. Les généraux approuvaient la marche sur Versailles, mais l'enlèvement du plateau de Châtillon leur parut irréalisable et ils demandèrent que Ton partit du Mont-

Valérien*. Le général Trochu se rendit à cet avis. L'armée mise en mouvement fut composée de 19 régiments d'infanterie de ligne, 32 bataillons de mobiles et 19 régiments de garde nationale parisienne mobilisée, en tout 84 000 hommes. Ces forces furent réparties en trois colonnes : Tune, à gauche du Mont-Valérien, sous les ordres du général Vinoy, se porterait sur Saint-Cloud et Montretout; la seconde, en face de la forteresse, sous les ordres du général de Bellemare, sur la Bergerie et le château de Buzenval; la troisième, à droite, commandée par le général Ducrot, sur la Malmaison et le parc de Longboyau.

L'opération que l'on tentait ne pouvait réussir. Le terrain entre le Mont-Valérien et Versailles est accidenté, couvert de bois et divisé en parcs clos de grands murs. Il se prête on ne peut mieux aux travaux de défense; aussi l'ennemi y avait-il multiplié les ouvrages. Trois lignes de défense se succédaient, formées d'abatis, de murs crénelés, de tranchées et de redoutes*. Quelque soudaine que fût une attaque, de tels obstacles devaient au moins donner aux Allemands le temps de garnir leur troisième ligne de forces qui la rendraient infranchissable.

Les troupes se mirent en marche, dans la nuit du 18 au 19 janvier, pour occuper, à Tinsu de l'ennemi, les positions convenues par delà le Mont-Valérien. Les corps durent se diviser des deux côtés de la forterese ; à gauche, l'espace est resserré, l'artillerie, le train, les ambulances s'y enchevêtrèrent et interrompirent la circulation; à l'extrême droite, vers Rueil, les routes étaient réservées au général Ducrot venant de Clichy et de Levallois, mais l'artillerie et les convois des autres corps s'y engagèrent et les interceptèrent^. Par suite de ces mécomptes, l'attaque des colonnes, loin de se produire à l'aube du jour selon

1. Général Trochu, Une page d'histoire contemporaine, p. 126.

2. Guerre franco-allemande, 2» partie, plan 15 A. — Général Vinoy, Opérations du 13« corps et de la 3* armée, p. 515.

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