‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 139 sur 178 · Général Vinoy, Opérations du 13* corps, p · texte numérisé non relu

Général Vinoy, Opérations du 13* corps, p

de Paris, 3000. L'ennemi réoccupa Saint-Cloud, y mit le feu et le brûla tout entier.

Pendant la bataille de Buzenval^ Paris s'agitait dans une attente fébrile. La foule s'était portée sur les boulevards et les Cbamps-Élysées, où elle recevrait le plus vite des nouvelles. On avait appris le matin l'occupation de Montretout. Le bruit courait que l'armée réussissait, qu'elle approchait de Versailles, les plus ardents l'y voyaient déjà. La garde nationale, d'après les récits, déployait le plus grand courage et tout le monde espérait enfin arracher une victoire. Cette confiance subsistait encore lorsque arrivèrent les télégrammes du général Trochu, annonçant l'abandon du champ de bataille et la retraite derrière le Mont- Yalérien. Le peuple de Paris se trouvait donc de nouveau brusquement enlevé à ses illusions. Et cette fois-ci il ne pouvait plus rien se promettre; après les troupes de ligne et la mobile, la garde nationale, la dernière réserve, venait d'échouer à son tour.

La colère et le désespoir du*peuple, apparus le soir du 19, grandirent le lendemain. Le général Trochu s'était jusqu'alors défendu de l'absolu découragement qui régnait dans l'armée, presque seul des généraux il avait admis sans répugnance la garde nationale aux dernières sorties ^^ mais l'impuissance finale, devenue évidente à Buzenval, lui causa un trouble profond. Un de ses télégrammes publié dans Paris, le 20, y porta la consternation, en faisant croire à des pertes d'hommes hors de toute réalité. Cette fois-ci l'exaspération contre les membres du gouvernement, surtout contre le général Trochu, se manifesta irrésistible. Des attroupements se formaient, réclamant leur déchéance. Des bandes passaient devant l'hôtel du gouverneur, rue de Rivoli, criant : e: Â bas Trochu! » La Commune se relevait et l'insurrection se préparait dans les clubs.

1. De Lareinty, Enquête parlementairCy t. III, p. 316. — Général Ducrot, Enquête parlementaire, t. III, p. 101. — Général Trochu, Une page d'histoire contemporaine, p. 120.

Les membres du gouvernement avaient plus ou moins partagé les espérances de la population, et à la déception qui leur était commune avec elle, vint s'ajouter le poids de la colère publique. Pour comble d*amertume, ils recevaient le jour même la nouvelle d*une défaite subie au Mans par le général Chanzy, qui leur ôtait tout espoir d'en être secouru. Ils prirent dès lors le parti d'enlever le commandement au général Trochu ; c'était le seul moyen d'apaiser Paris. Les maires consultés étaient hautement de cet avis. On exposa au général le degré de son impopularité et on le contraignit à donner sa démission. On le remplaça à la tête de l'armée par le général Yinoy, en lui conservant cependant la présidence du gouvernement.

Le général Trochu succombait sous les haines. Il était poursuivi, par les différents partis, d'accusations contradictoires, l'accord n'existait que pour le déclarer insuffisant ' comme chef militaire. Après Sedan on doutait que la ville de Paris pût supporter un siège, et, certes, personne dans le monde n'eût cru à une résistance de plus de quatre mois. Il semblait donc qu'ayant réussi à se défendre au delà de toute prévision, le général Trochu eût accompli une œuvre méritoire, qu'on dût reconnaître. Il n'en était rien : c'est que l'optimisme avait si bien repris, l'espérance était tellement revenue, que les difficultés d'un siège à soutenir s'étaient comme obscurcies. Déplaçant par degrés la question primitive, le peuple n'avait plus vu que l'armée assiégeante à vaincre et à faire reculer.

Le général Trochu ne partageait point, au début de la guerre, l'opinion commune si favorable à l'armée française. Il n'avait guère compté sur la victoire avec la vieille armée intacte, et il pouvait encore moins se la promettre, après des désastres qui ne laissaient que des conscrits. Il s'était dévoué à l'idée de prolonger la résistance de la France, en faisant durer le siège de Paris, pour sauver au moins l'honneur national. Tous ses actes avaient été subordonnés à cette pensée. C'est ainsi qu'il s'était d'abord offert, sans être bonapartiste, à ramener l'Empereur à Paris, tentative

tellement scabreuse qu'elle avait fait reculer rimpératrice et son Conseil; puis qu'au 4 septembre il s'était joint, sans être républicain, aux hommes qui pouvaient contenir la révolution et poursuivre la défense. Esprit élevé, caractère noble et désintéressé, il avait su se maintenir, en faisant appel aux seuls sentiments généreux de la population, et il avait réussi jusqu'au dernier jour à rallier ses collègues du gouvernement par son éloquence. Maintenant il acceptait sa chute, sans amertume et sans plainte, comme la conséquence naturelle du rôle auquel il s'était sacrifié.

A la suite du soulèvement d'opinion survenu contre les hommes du parti extrême au 31 octobre, et aussi longtemps que la population s'était promis de grands résultats des sorties attendues, les partisans de la Commune avaient été délaissés, leurs journaux avaient perdu tout crédit, Tun des principaux, la Patrie en danger, de Blanqui, cessait même de paraître faute de lecteurs. Les chefs du parti s'étaient réfugiés dans des conciliabules et les clubs de Belleville et des quartiers excentriques, où ils continuaient à discourir sans attirer l'attention. Mais, à mesure que les insuccès militaires détruisaient la confiance placée dans le gouvernement de la Défense nationale, les adhérents revenaient aux hommes qui, par l'assurance avec laquelle ils présentaient des plans de guerre, et, dans le cas de leur adoption, promettaient la victoire, paraissaient offrir une dernière chance de vaincre. Les défaites, en même temps qu'elles abaissaient les hommes du 4 Septembre, relevaient donc ceux de la Commune ; aussi chaque incident, qui affectait l'esprit public, était-il pour ces derniers l'occasion de quelque tentative nouvelle. Le 6 janvier, au début du bombardement, ils publient un manifeste, dans lequel ils cherchent à exploiter l'irritation générale. Le manifeste, signé de quatre-vingts délégués des vingt arrondissements de Paris, était placardé sous forme de grande affiche rouge :

« Au PEUPLE DE Paris !

« Le gouvernement qui, le 4 septembre, s'est chargé de la défense nationale, a-t-il rempli sa mission ? Non.

( Nous sommes 500 000 combattants et 200 000 Prussiens nous étreignent! Â qui la responsabilité, sinon à ceux qui nous gouvernent? Ils n'ont pensé qu'à négocier, au lieu de fondre des canons et de fabriquer des armes.

« Par leur lenteur, leur indécision, leur inertie, ils nous ont conduits jusqu^au bord de l'abîme ; ils n'ont su ni administrer, ni combattre alors qu'ils avaient sous la main toutes les ressources, les denrées, les hommes. Ils n'ont su rien prévoir ; là où pouvait exister l'abondance, ils ont fait la misère ; on meurt de froid, déjà presque de faim ; les femmes souffrent ; les enfants languissent et succombent.

€ La direction militaire est plus déplorable encore : sorties sans but, luttes meurtrières sans résultat; insuccès répétés qui pouvaient décourager les plus braves. Paris bombardé !

« Le gouvernement a donné sa mesure, il nous tue. Le salut de Paris exige une décision rapide. Si les hommes de l'Hôtel de Ville ont encore quelque patriotisme, leur devoir est de se retirer, de laisser le peuple de Paris prendre lui-même le soin de sa délivrance. La municipalité ou la Commune, de quelque nom qu'on l'appelle, est l'unique salut du peuple, son seul recours contre la mort. )

Un autre groupe, prenant le titre d'Alliance républicaine, lançait une proclamation analogue. Les agitateurs, sur la place de la Bastille, essayaient d'entraîner la foule au cri de Vive la Commune ! Le général Trochu répondit aux accusations des partisans de la Commune, qu'il poursuivrait avec énergie la défense et ne capitulerait pas, et le gouvernement, après avoir fait lacérer les affiches, ordonnait d'arrêter les principaux signataires. Delesciuze, maire du

XX** arrondissement, demandait aux maires, ses collègues, de se déclarer contre le gouvernement; ils s'y refusaient, pour se maintenir dans leurs attributions municipales. Ses adjoints et lui donnaient alors, avec fracas, leur démission. M. Jules Ferry les remplaça par une Commission municipale, comme il avait déjà remplacé, à la mairie du XIX* arrondissement, Ranvier, Millière et Flourens. Lorsque Paris s'abandonna une fois de plus à la colère, après la défaite de Buzenval, les partisans de la Commune crurent trouver une occasion meilleure que jamais de se produire. Le cri de Vive la Commune! sort de nouveau des attroupements ; les placards de l'Alliance républicaine reparaissent, les clubs décident une attaque en règle de l'Hôtel de Ville. Quoique ces appels manquassent encore une fois d'entraîner le peuple, les hommes prêts à s'insurger ne voulurent point attendre plus longtemps pour agir. Flourens, recherché comme un des auteurs de l'insurrection du 31 octobre, s'était longtemps dérobé; le 7 décembre, il avait été arrêté et détenu à Mazas. Le 21 janvier, à onze heures du soir, ses partisans* surprirent la prison et s'en emparèrent. Flourens délivré se rendit à la mairie de Belleville. Il convoqua ses anciens chefs de bataillon et ses tirailleurs ; mais, faute de concours, il dut se réfugier dans une maison amie, où il se tînt caché. Pendant que Flourens échouait à Belleville, l'Hôtel de Ville était attaqué. Le 22 janvier au matin, la place devant le palais commença à se remplir de ces gardes nationaux qui s'y étaient donné rendez-vous la veille dans les clubs. Le commandant militaire de l'Hôtel de Ville, à l'aôpect hostile des rassemblements, avait fait rentrer les mobiles chargés de la défense et les tenait prêts. Deux députations, conduites par M. Tony Révillon, venaient d'être reçues par l'adjoint, M. Gustave Chaudey, en l'absence de M. Jules Ferry, lorsque, vers deux heures, le 101* bataillon débouche de la rue de Rivoli, sur la place, au pas de

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