Jules Simon, Souvenirs du 4 Septembre, t. 11» p
vernement. On craignait que les conditions imposées à Paris ne fussent des plus dures. D'un autre côté, loin que la population fut abattue par ses souffrances et résignée, elle se raidissait contre le sort, et, autant que la force d'âme le permet, lui restait supérieure. Le peuple persistait à demander de nouvelles sorties, à chercher des chefs, des sauveurs. Malgré tous les signes de famine, il s'imaginait que l'on possédait encore des vivres, et comme le gouvernement, pour ne pas révéler sa détresse à l'ennemi, ne disait rien de précis à cet égard, il prenait son silence pour un acquiescement. Personne ne voulait donc se charger de négocier. Les maires, en apprenant l'extrémité où l'on était réduit, avaient versé des larmes; lorsqu'on leur avait proposé de servir d'intermédiaires avec l'ennemi, ils avaient absolument refusé. Tout paraissait préférable à l'horreur de capituler. Les propositions les plus désespérées trouvaient des prôneurs : ouvrir les portes, s'abandonner à merci, laisser les Allemands devant Paris sans rien conclure avec eux. On sentait surtout que, dans l'état exaspéré des esprits, celui qui se chargerait de signer une convention deviendrait le bouc émissaire de la colère publique, et encourrait une énorme impopularité. Mais la famine était là implacable, il fallait que quelqu'un se dévouât.
M. Jules Favre, le 23 janvier au matin, envoie un billet à M. de Bismarck pour lui demander une entrevue*; il reçoit une réponse favorable et se rend le soir même à Versailles.
1. Jules Favre, Gouvernement de la Défense nationale, t. II, p. 378.