‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 143 sur 178 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Les succès des Allemands sur la Loire et dans le Nord, qui leur avaient permis d'occuper Orléans, Amiens, Houen, n'avaient point brisé la résistance. Quelques pertes que les armées de province eussent subies, elles devaient se retrouver promptement en état de tenir la campagne.

Le général Faidherbe avait été choisi pour remplacer le général Bourbaki, à l'armée du Nord. L'ennemi, parvenu jusqu'à Dieppe et à la mer, séparait les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord, où il allait commander, du reste de la France et le tenait ainsi isolé. On s'était hâté à Lille, après la bataille de Villers-Bretonneux, de renforcer le 22* corps, premier noyau de l'armée du Nord; il fut porté, sous les ordres du général Lecomte, de trois brigades à trois divisions. On forma en même temps un nouveau corps, le 23% sous les ordres du général Paulze d'Ivoy. Le général Faidherbe, dès son arrivée, prit l'offensive avec le 22" corps et ces fractions du 23"" qu'on avait pu organiser. Il enleva le château de Ham, où il fit 200 prisonniers, mais tenta inutilement de reprendre la Fère. Les Prussiens, pour le contenir, rappelèrent sur Amiens une partie des forces envoyées en Normandie. Il les attendit à Pont-Noyelle, au confluent de la Somme et de l'Hallue. On combattit le 23 décembre, sans résultat décisif, et l'on se tint sur la réserve de part et

d'aulre le lendemain. Mais les Prussiens, appuyés sur la citadelle d'Amiens, pouvaient recevoir à leur gré des renforts, soit de la Normandie, soit de Tarmée d'investissement de Paris; le général Faidherbe, se jugeant ainsi devant eux trop exposé, se retirait sur la Scarpe, entre Arras et Douai.

Il reprenait bientôt l'offensive pour secourir la place de Péronne, qui venait d'être investie. Il heurtait, le 2 janvier, à Achiet-le-Grand et à Béhagnies, les forces en couvrant le siège, le lendemain leur enlevait les villages qu'elles occupaient devant Bapaume et couchait sur le champ de bataille, sans que son succès eût de résultat, car il ne réussit point à occuper Bapaume, ni surtout à délivrer Péronne. Il se reportait, au contraire^ une fois de plus en arrière et prenait ses cantonnements autour de Boileux, près d'Arras. Il eût été, en effet, téméraire s'il se fût avancé et tenu au loin avec une armée improvisée et d'un faible effectif. Les places fortes du Nord étaient son seul refuge, il devait craindre d'en être coupé; puis l'ennemi, trop longtemps serré de près, eût pu indéfiniment se renforcer et acquérir alors une supériorité écrasante. Le général Faidherbe, passant une troisième fois à l'offensive, cherchait à secourir la place de Péronne*, lorsqu'il apprit qu'elle venait de capituler. Il avait compté que, relativement forte, elle ferait une défense prolongée; mais l'ennemi avait, selon son habitude, dirigé son feu, par-dessus les remparts, sur les maisons. Les habitants, un instant soutenus par le combat de Bapaume et rapproché de l'armée du Nord, avaient perdu courage après qu'elle se fut repliée et, menacés d'un bombardement plus violent, s'étaient rendus.

Cependant le moment était venu de tenter un grand effort*. Un télégramme de M. de Freycinet recommandait d'attirer dans le Nord le plus d'ennemis possible, pour

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