‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 144 sur 178 · Général Faidherbe, ibid., p · texte numérisé non relu

Général Faidherbe, ibid., p

faciliter une dernière sortie de l'armée de Paris. Le général Faidherbe se trouvait à Albert; ainsi placé, la Somme et les villes d'Amiens et de Péronne, occupées par l'ennemi, lui présentaient au sud une barrière infranchissable. Il change de ligne d'opération et se porte latéralement sur Saint-Quentin, pour s'ouvrir un chemin vers Paris. Il avait reçu tous les éléments utilisables, garde nationale mobilisée et autres, et commandait à environ 40000 hommes.

Le général de Gœben, qui lui était opposé avec des troupes des P"" et VIP corps prussiens, maître du cours de la Somme, pouvait dérober ses mouvements et évoluer à son gré. Lorsqu'il l'a vu marcher d'Albert sur Saint- Quentin, il s'est trouvé prêt à se jeter sur lui et, le 18 janvier, attaquait son arrière-gajde à Vermand. Le général Faidherbe, serré de trop près, faisait tête à Saint-Quentin. Il rangea ses corps sur les hauteurs en avant de la ville, des deux côtés de la Somme et du canal, le 2^^ sur la rive gauche, le ^S"" sur la rive droite. Les Prussiens, supérieurs en cavalerie et en artillerie, avaient une infanterie moins nombreuse, mais la qualité des troupes compensait bien au delà ce désavantage. On combattit toute la journée du 19. L'armée du Nord montra une grande ténacité et ne fut délogée de ses positions et refoulée dans Saint-Quentin qu'à la nuit. Elle perdait quelques canons, un certain nombre de combattants pris dans la ville, tous ces traînards, éclopés et fuyards, au nombre d'environ 8000, que les souffrances d'une campagne d'hiver et la démoralisation de la défaite faisaient sortir des rangs. Mais le général Faidherbe avait réussi à conserver sa ligne de retraite sur Cambrai, et il parvenait une fois de plus à se dérober derrière les places fortes du Nord. Il réorganisa rapidement son armée, qui en peu de jours fut en état de tenir de nouveau la campagne, même avec un effectif accru. Les Prussiens s'avancèrent jusqu'à Cambrai et Landrecies, puis revinrent en arrière.

Dans l'Ouest, le répit assuré à la 2' armée de la Loire,

par sa retraite sur le Mans, devait être de courte durée. Le général Chanzy, après avoir en hâte reformé ses troupes, détachait vers l'ennemi des colonnes mobiles. Le général Jouffroy, envoyé avec une division sur la Bray, pénétrait jusque dans les faubourgs de Vendôme. A droite, le général de Curten s'emparait de Château-Renault. A gauche, le général Rousseau atteignait Nogent-le-Rotrou, où il prenait position. Ce retour offensif procurait certains avantages sur les détachements auxquels l'ennemi, en se repliant, avait confié la surveillance du pays. Cependant le prince Frédéric-Charles se décidait à rejoindre la 2* armée de la Loire. Il laisse une division à la garde d'Orléans et se met en marche sur le Mans avec trois corps d'armée, les IIP, IX- et X% la XXV division du XIIP corps, trois divisions de cavalerie et 200 pièces de canon. Ces forces, étendues sur un front égal à celui des colonnes françaises détachées en avant, les refoulèrent, en leur infligeant de sérieuses pertes.

Le général Chanzy, après avoir concentré ses corps, choisit pour combattre un terrain accidenté, près du Mans, retranché le mieux possible. L'Huisne, qui se jette dans la Sarthe au Mans, le traversait et les mouvements du sol le divisaient en trois parties distinctes ou secteurs : à gauche, au nord de l'Huisne, les hauteurs allant de Montfort à Sargé ; au centre, au sud de l'Huisne, le plateau d'Auvour, qui s'élève isolé et domine tout le pays; enfin, à droite, les collines en arrière de Changé, jusqu'à la Sarthe, vers Armage. Le 21'' corps, amiral Jaurès, défendait le secteur au nord de l'Huisne; il se reliait au 17'' corps, général de Colomb, occupant le plateau d'Auvour et une partie des positions en arrière de Changé; le reste de la ligne, jusqu'à la Sarthe au sud, était tenu par le lô'* corps, amiral Jauréguiberry.

La 2* armée de la Loire fut attaquée le 11 janvier. Au nord de l'Huisne, sur les trois divisions du 21° corps, deux furent seules sérieusement engagées. L'amiral Jaurès se maintint à Montfort et à Pont-de-Gesse ; quoique sa

deuxième division eût cédé du terrain, il conservait, le soir venu, de bonnes positions. C'était ailleurs que devait se décider la bataille. L'Huisne rencontre d'abord le plateau d'Auvour à une de ses extrémités, à Champagne; elle le contourne au nord et revient le toucher près d'Yvrél'Évéque. Les Allemands, en même temps qu'ils abordaient le plateau de front, se portaient sur Champagne et dans la direction d'Yvré-l'Évéque. En s^emparant des extrémités du plateau, ils pourraient combiner une attaque de trois côtés différents. Ils ne gagnèrent point de terrain près d'Yvré-l'Ëvéque, mais ils enlevèrent Champagne. Vers deux heures, ils montent de ce village et prennent en flancla division Paris, qui avait jusqu'alors résisté de front avec succès; elle perd trois canons et descend sur l'Huisne en arrière^. Si le plateau d'Auvour est laissé à l'ennemi, le centre des positions est forcé et l'armée n'a plus qu'à battre immédiatement en retraite. Le général Gougeard rassemble ses meilleures troupes : un bataillon d'infanterie, les mobilisés de Rouen, un bataillon de mobilisés de Nantes, les zouaves pontiflcaux; il leur adresse quelques paroles énergiques et gravit avec elles les pentes du plateau. L'ennemi fait, à vingt pas, une décharge qui cause des pertes énormes, surtout parmi les zouaves pontificaux, qui sont en première ligne^; mais l'élan est donné. On se bat corps à corps, on se fusille à bout portant dans les taillis. A la nuit, le plateau était réoccupé, sans qu'on pût cependant pousser l'avantage jusqu'à chasser l'ennemi de Champagne et des crêtes voisines. A la droite, l'amiral Jauréguiberry s'était maintenu toute la journée, sur les collines en arrière de Changé.

La nuit tombait, le succès paraissait acquis, lorsque au dernier moment les Prussiens attaquent la Tuilerie. C'est une position à l'extrême droite de la ligne française, qui coupe la route de Tours au Mans. Très forte et protégée par

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