D. Mullety La bataille du Mans, p
2. Charles Mengin, La bataille du Mans^ p. 43. — D. Mallet, La bataille du Mans, p. 161.
3. D. MaUet, ibid., p. 239. — De Freycinet, La guerre en province, pg 285.
vier, le 16* corps soutenait à Saint-Jean-sur-Evre un combat de plusieurs heures. Le même jour, le 21* corps, beaucoup moins éprouvé que les deux autres, refoulait à Sillé-le-Guillaume les tètes de colonne ennemies. Il ne reprenait la retraite que lorsque le 17% placé à ses côtés, eut reculé. Le général Chanzy, parvenu à Laval, s'établit alentour pour réorganiser une fois encore son armée. Les Allemands renoncèrent à s'avancer aussi loin. Ils revinrent au Mans et envoyèrent des détachements, d'un côté occuper Tours, de l'autre se relier aux forces qu'ils tenaient déjà en Normandie.
La délégation du gouvernement de la Défense nationale, après l'évacuation d'Orléans, avait quitté Tours le 19 décembre, pour s'établir à Bordeaux. Elle continuait sans relâche à former de nouveaux corps et, au lendemain des défaites, à réorganiser les anciens. C'était, en effet, une tâche immense que de maintenir en campagne des armées improvisées. A chaque revers, les parties faibles, désagrégées, causaient des vides qu'il fallait combler. Aussi la Délégation, malgré tous ses efforts, n'obtenait-elle que des résultats relatifs. Rien ne pouvait contre-balancer l'avantage que donnait à l'ennemi la supériorité d'instruction et de discipline de ses officiers et de ses soldats ; le chiffre des hommes tombés sur le champ de bataille en témoignait; les Allemands infligeaient le plus souvent des pertes bien supérieures à celles qu'ils subissaient eux-mêmes. Du reste, si la Délégation était impuissante à refouler l'invasion, elle réussissait cependant à la limiter. Après quatre mois, loin que l'ennemi fût parvenu, comme il se l'était promis, à s'avancer jusqu'aux extrémités du territoire, il n'avait encore pu dépasser Orléans au sud, le Mans et Alençon à l'ouest, Dijon et Auxerre à l'est ; chaque pas lui coûtait un effort et un combat. Les nouvelles levées faites par la France montraient, en définitive, une constance èurprenante après de si grands revers. Cependant, plus la guerre se prolongeait, moins elles étaient capables de vaincre, et
cela par deux causes : d'abord les défaites répétées amenaient un découragement, auquel une minorité d'élite échappait seule, puis les recrues appelées à grossir les rangs diminuaient sans cesse de qualité.
Les Allemands disposaient de forces immenses et il n'y avait chance de les repousser qu'à l'aide d'énormes effectifs. Les appels d'anciens soldats, des conscrits de 1870, des restes des anciennes classes et des gardes mobiles ne donnant guère qu'un chiffre de 450000 hommes jugé insuffisants la Délégation recourait à la levée en masse. Elle rendait, le 2 novembre, un décret, pour mettre à la disposition du ministre de la guerre tous les hommes valides jusqu'à quarante ans. Cependant, par une atténuation, elle se contentait d'appeler immédiatement, sous le titre de gardes nationaux mobilisés, les seuls célibataires de vingt et un à quarante ans. C'était encore un nombre de 5 à 600000 hommes à équiper et à instruire sur-le-champ.
Quelques efforts que l'on fît, la garde nationale mobilisée ne pouvait s'ajouter utilement aux armées. Les hommes se trouvaient la plupart trop âgés pour faire des soldats, surtout sans préparation. Le ministère de la guerre déjà surchargé remit à celui de l'intérieur la levée des mobilisés. Ils allaient ainsi dépendre de fonctionnaires civils et Tesprit et la discipline militaires leur manqueraient alors que, par leur faiblesse naturelle, ils en eussent eu particulièrement besoin. L'immensité et la hâte du travail obligeaient de laisser s'armer eux-mêmes, en dehors du contrôle immédiat delà Délégation, la région du Nord et la ville du Havre, entourées par l'ennemi, puis les départements menacés, où se constituaient des comités de défense locale, enfin ces grandes villes, Lyon, Marseille, centres de formation de troupes considérables. Cette multiplicité d'action élevait le prix des fournitures, par la concurrence des divers comités d'achat, et faisait que le