De Freycinety La guerre en province, p
choix et la réception des armes tombaient souvent à des hommes incompétents. Aussi les fournisseurs, en répétant les offres sur tous les points, finissaient-ils par livrer des armes et des effets défectueux*. On fixa, pour instruire les mobilisés, onze camps régionaux à Saint-Omer, Cherbourg, la Rochelle, les Alpines, Nevers, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Toulouse, Montpellier, Sathonay et Conlie. Une pareille création à effectuer sur-lé-champ rencontra toutes sortes d'obstacles ; les emplacements, dans plusieurs cas, se trouvèrent incommodes ou la nature du sol fut défavorable. Chaque camp eut, pour le régir, un Conseil formé d'un commandant militaire, d'un chef instructeur, d'un chef du génie, d'un administrateur tenant lieu d'intendant. Mais les hommes spéciaux manquaient. D'anciens officiers subalternes, des civils même devenaient, à titre auxiliaire, commandants militaires de camps, le génie était remis à des ingénieurs et l'intendance à des négociants. C'est-àdire qu'ici encore, comme en toute improvisation, on obtenait, selon la rencontre, les résultats les plus divers. Cependant le dévouement et l'activité déployés étaient tels, que les camps furent tous établis et que plusieurs reçurent de 20 à 25000 hommes.
L'équipement des levées offrait toutes sortes de difficultés. Les fournitures ne pouvaient parer aux besoins, et, dans l'urgence, on livrait aux troupes des objets de rebut. L'habillement défectueux causait de terribles souffrances en plein hiver. Les armes perfectionnées manquèrent. Quoique toutes les manufactures d'armes fabriquassent des chassepots, la production était restée insuffisante. On acheta à défaut les fusils à tir rapide, remingtons, snyders, que l'étranger put fournir. C'était déjà un armement désavantageux, qui exigeait des cartouches variées et compromettait la distribution régulière des munitions sur le champ de bataille; mais ces armes elles-mêmes se trou-
1. Le Cosnc, Commission (Varmement, p. 20. — Naquet, EnquéU parlementaire, t. il, p 526.
vèrent en nombre limité, et, lorsqu'il fallut pouinroir, à la fin, les gardes nationaux mobilisés, on ne disposa plus que d'anciens fusils transformés ou se chargeant par le canon. Les hommes ainsi armés furent profondément découragés. Puis, lorsque les mobilisés furent réunis, un dernier vice, et celui-là tout à fait ruineux, se fit sentir, le manque de cadres. Les anciens soldats, les officiers et sous-officiers en retraite avaient rejoint les armées; les marins, les hommes énergiques étaient déjà employés à titre auxiliaire, ou avaient formé des corps de francs-tireurs, et il ne restait plus de sujets, dans la nation, pour encadrer les dernières recrues.
Les obstacles à l'organisation de la garde nationale mobilisée apparaissaient surtout au camp de Conlie, où les tentatives de l'utiliser se poursuivaient le plus en grand M. de Kératry avait quitté Paris en ballon, le 14 octobre Le 22, un décret de M. Gambetta lui donnait, avec le titre de général de division, le commandement des francstireurs, gardes mobiles et gardes nationaux mobilisés des cinq départements formés de l'ancienne Bretagne. Il avait parcouru le pays et tous les partis, toutes les classes avaient rivalisé d'ardeur. 50000 hommes répondaient à son appel*, qui devaient constituer une armée distincte, l'armée de Bretagne. Il choisit pour l'instruire un vaste plateau, àConlie, en arrière du Mans, sur la route de Laval. L'eau manqua, sur cet emplacement. On dut employer les hommes à de pénibles corvées pour se la procurer, avant d'avoir établi une pompe à vapeur et des conduits,. qui la distribuèrent. Lorsque plus tard les pluies d'automne survinrent, elles détrempèrent le sol argileux, et une mer de boue arrêta les manœuvres. M. de Kératry, ne trouvant point à former ses cadres parmi les mobilisés eux-mêmes, demanda certains officiers employés aux armées, devant l'ennemi, qu'on ne lui accorda qu'à contre-cœur et qui furent en nombre