Thiers, Enquête parlementaire, t. I, p
pour modifier ses résolutions, car à peine M. de Gramont lui a-t-il fait connaître la demande d'une lettre à M. de Werther, qu'il s'empresse de l'appyyer.
L'Empereur à Saint-Cloud avait de son côté appris le désistement. Comme M. Emile Ollivier, il s'était déclaré satisfait. Dans l'après-midi, il disait, en conversation, aux ambassadeurs d'Autriche et d'Italie que la paix était désormais assurée et le conflit terminé.
Entre quatre et cinq heures, M. de Gramont se rend auprès de l'Empereur à Saint-Cloud. C'est à l'issue de cette visite qu'il enverra l'ordre à M. Benedetti de demander au roi de s'engager pour l'avenir. L'Empereur et M. Emile Ollivier ont l'un et l'autre déclaré, au retrait de la candidature, qu'il n'y avait plus motif de conflit et tout porte à croire que, laissés à eux-mêmes, ils se fussent contentés de l'avantage obtenu, sans introduire aucune demande nouvelle. Mais par la manière dont ils ont conduit la négodation, ils se sont dès le premier jour placés au bord de l'abîme où ils vont tomber. Ils n'ont cessé d'associer la demande accessoire de l'intervention du roi à la demande principale du retrait de la candidature; ils ont, dès le début et tout le temps ensuite, voulu que le roi Guillaume intervint, auprès du prince, par un acte ostensible. Or, si le roi s'emploie à faire retirer la candidature, il a soin de dérober sa main, et il se borne à approuver l'acte qui paraît venir de l'initiative du prince. Pour que le gouvernement français se déclare satisfait, il faut donc qu'en échange de la concession faite par le retrait de la candidature accordé tel quel, il fasse de son côté la concession de renoncer à la participation demandée au roi. C'est lorsqu'il faut agir ainsi que les bonapartistes exigent, au Corps législatif, des garanties engageant la Prusse. Dominé par eux, le gouvernement n'ose dégager le roi de la demande personnelle qu'il lui a soumise ; au lieu de la laisser tomber, il se décide donc à la poursuivre. Mais comment s'y prendra-t-il maintenant ? Car il s'est borné à demander que le roi Guillaume intervînt ostensiblement pour faire
retirer la candidature, et elle a été retirée sans qu'il ait paru iiilervenir. C'est alors que pour ressaisir le roi qui îiîur écliappe et l'amener à ce qu'ils désirent, l'Empereur et ses ministres lui présentent une demande nouvelle : qu'il s'ongageà em|)écher toute reprise de la candidature. Cette démarche les mettait à la merci de la Prusse.