Amiral Fourichon, Enquête parlementaire, 1. 1, p
M. Garabetta s'était hâté de faire rapporter la mesure*. Une seconde fois, on avait arrêté au Mans M. Le Nordez, rédacteur de V Union de la Sarthe. Amené à Tours, il y était retenu quatorze jours*, avant d'être reconnu innocent. Il est vrai que l'emprisonnement se motivait sur la charge d'avoir publié 'des nouvelles militaires utiles à l'ennemi. La presse légitimiste et catholique allait être de nouveau frappée et, cette fois, à raison d'attaques politiques. M. Engelhard, préfet de Maine-et-Loire, suspendait pour deux mois, avec l'approbation de M. Gambetta, YUnion de VOuest et Y Ami du peuple d'Angers. VOnion de VOuest avait engagé les conseillers généraux à ne point se laisser dissoudre et à résister à des mesures illégales. Elle était suspendue, comme coupable de provoquer à la désobéissance au gouvernement, dans un département menacé d'invasion et, par là, de favoriser l'ennemi et de trahir la patrie. M. Gambetta, informé en outre que le prince de Joinviile suivait l'armée de la Loire, sous un nom assumé de colonel américain, le faisait conduire à Saint-Malo avec ordre de quitter la France^.
A la suite de ces incidents, l'hostilité contre les républicains se déchaîna. Les attaques de la presse, surtout des journaux catholiques, deviennent de plus en plus passionnées. A chaque secousse des grandes villes, à chaque acte d'arbitraire d'un temps troublé, les conservateurs évoquent le fantôme de la Terreur. C'est sur M. Gambetta que portait, en dernier ressort, tout le poids, des accusations. On ne lui reconnaissait plus aucun mérite. Les défauts de toute sorte, les vices et les lacunes qui s'étaient naturellement produits dans l'organisation d'armées improvisées, lui étaient reprochés, avec amertume, et mis à sa charge personnelle. C'était à sa prétendue incapacité et à celle de son délégué, M. de Freycinet, qu'on attribuait maintenant l'insuccès de la défense nationale. On s'entendait surtout
1. Esquiros, Enquête parlementaire, t. H, p. 507. !f . Le Mordez, ibid.y t. IV, p. 555.