Jacqmin, Le^ chemins de fer^ etc., p
Le g;énéral Bourbaki marche d'abord sur Vesoul, il cherche à couper le général de Werder, de Belfort. Les 18* et 20* corps partent d'Auxonne et de Dampierre, dans les vallées de la Saône et du Doubs, passent TOgnon et remontent sur la rive droite, pendant que le 24" corps s'élève parallèlement sur la rive gauche. Le général de Werder abandonne alors Gray et Vesoul, pour se placer sur rOgnon, entre Vesoul et Montbéliard. Le général Bourbaki, par un changement correspondant, se porte sur lui, l'attaque, le 9 janvier, à Villersexel, des deux côtés de rOgnon et, après une lutte prolongée, l'oblige à reculer. Le 13, il l'aborde et le refoule de nouveau à Arcey. Enfin, le 14 au soir, il le rencontre établi sur les positions d'Héricourt, à 10 kilomètres seulement de Belfort.
Si les Prussiens avaient été lents à reconnaître l'importance de l'attaque dirigée contre eux dans l'Est, aussitôt éclairés, ils prenaient leurs précautions. Le général de Werder est renforcé de réserves rapidement envoyées d'Allemagne; il n'avait eu que 28 000 hommes à Villersexel, il en eut après 45000. Il occupe à Héricourt, sur la rive gauche de la Lisaine, des hauteurs garanties par des bois, par le mont Vaudois qui s'élève isolé et par les remblais du chemin de fer de Montbéliard à Belfort. Il s'y est protégé par des retranchements armés de pièces de gros calibre, empruntées au parc de siège de Belfort. Trois corps français, le 15 janvier, abordent les lignes de la Lisaine de front : à droite, le 15" corps cherche à s'emparer de Montbéliard ; au centre, le 24" attaque Bassoret et Beltroncourt ; à gauche, le 20% Héricourt et le mont Vaudois. Eu même temps le 18" corps et la division Cremer à l'extrême gauche, 40000 hommes, sous les ordres du général Billot, tourneront la droite ennemie pour prendre à revers le mont Vaudois. On se promettait de grands résultats de cette manœuvre, qui avorta. La division Cremer et cette partie du 18" corps chargée spécialement du mouvement tournant, retardées par les mauvais chemins
et divers accidents, ne purent s'engager en temps utile*. Le reste du 18* corps échoua contre le mont Vaudois. Les 20* et 24* corps furent repoussés. Seul, le 15* gagna du terrain et s'empara de la ville de Montbéliard; cependant, comme il ne put enlever le château qui la domine, son succès demeurait sans valeur. L'attaque fut reprise le 16; la division Cremer à l'extrême gauche conquit ce jour-là le village de Chénebier^, mais il était trop tard, maintenant que l'ennemi avait eu l'éveil, pour obtenir du mouvement de flanc les grands résultats attendus le premier jour. Les autres corps échouèrent sur toute la ligne, en particulier contre le mont Vaudois. Le général Bourbaki n'avait cessé, sur le champ de bataille, d'entraîner les hommes par sa bravoure et son élan; sans se laisser décourager, il recommença l'attaque le 17. Dans celte troisième journée, il fut partout repoussé et même reperdit le village de Chénebier.
L'armée de l'Est se trouvait définitivement arrêtée à Héricourt. Tout espoir était perdu de faire lever le siège de Belfort, il fallait revenir. La retraite commença le 18 janvier. La défaite et le froid excessif avaient profondément démoralisé les hommes. Ils bivouaquaient dans la neige, les chevaux tombaient sur les routes couvertes de verglas. Les traînards, déjà très nombreux, ne cessent de s'accroître^, des corps entiers s'effondrent et reculent désormais presque sans combattre. Le général Bourbaki, au lieu de se retirer tout de suite à distance, s'arrête à Besançon, dans l'espoir de s'y refaire. Il s'établit sur les positions des alentours* et au nord, vers Montbéliard, il place le 24* corps aux défilés des monts Lomond. Ces soins furent inutiles. Besançon se trouva dépourvu de ressources et les troupes mises aux monts Lomond se replièrent d'elles-mêmes à l'approche de l'ennemi. L'insuccès de la