CHAPITRE VIII
l'armistice et les élections
De grands changements s'étaient accomplis en Europe, pendant que la France poursuivait sa résistance : les Italiens étaient entrés à Rome et la Russie avait dénoncé la clause du traité de Paris, restreignant son droit de navigation dans la mer Noire. Le gouvernement de Tempereur Napoléon III, au début de la guerre, avait rappelé les troupes qu'il maintenait à Rome et abandonné le pape Pie IX à la seule protection de sa petite armée. Les Italiens, après Sedan, ne se sentirent plus retenus de marcher sur Rome. Le IS^eptembre, ils arrivaient devant; le 20, ils l'attaquaient. Le pape rendait la ville le jour même, après une courte défense, pour constater la violence subie. Par un article du traité signé à Paris le 20 mars 1856, au terme de la guerre de Crimée, la Russie s'était engagée à ne maintenir dans la mer Noire qu'un nombre restreint de vaisseaux de faible tonnage. Cette clause lui rappelait sans cesse sa défaite. La France qui, unie à l'Angleterre, la lui avait imposée se trouvant abattue, elle jugea le moment venu de s'affranchir. Le prince Gortchakoff, par une circulaire adressée, le 29 octobre 1870, aux puissances signataires du traité de Paris, déclarait que désormais son gouvernement reprenait sa liberté d'action et qu'il entretiendrait, dans la mer Noire, telle marine qu'il jugerait convenable. C'était la Prusse qui à elle seule avait vaincu la France. L'Italie et la Russie, tirant profit de Timpuis-
sance française survenue, se trouvaient donc indirectement ses obligées. M. de Bismarck avait eu grand soin d'exploiter cet avantage, pour se maintenir dans leurs bonnes grâces et les empêcher de s'immiscer en faveur de la France. Il avait encouragé l'Italie à marcher sur Rome et, après avoir accepté la modification du traité de Paris, aidait la Russie à la faire ratifier par l'Europe. Dans cet état de choses, toutes les démarches de la diplomatie française auprès des neutres devaient échouer.
M. de Chaudordy, chargé des affaires étrangères à Tours et à Bordeaux, s'était adressé, après MM. Jules Favre et Thiers, aux puissances européennes. Il leur avait demandé de s'entremettre, pour établir des conditions de paix acceptables aux deux partis. Comme le gouvernement de la Défense nationale ne voulait rien céder du sol, il n'avait pu offrir que le démantèlement des forteresses. Les puissances s'étaient refusées à intervenir dans ces termes ^ L'Italie conseillait cependant à la Prusse de ne point démembrer le territoire français. L'empereur de Russie écrivait personnellement au roi Guillaume, pour lui recommander la modération. C'était de sa part un acte de pure forme^ venant conlre-balancer quelque peu les assurances de bonne amitié, qu'il ne cessait de transmettre aux princes de la famille royale de Prusse victorieux. Le pape Pie IX était seul intervenu sans réserve, par l'offre de sa médiation au roi de Prusse, qui l'avait refusée.
Une occasion se présentait, qui donnait un instant espoir à la diplomatie française de se faire entendre des grandes puissances. L'atteinte portée au traité de Paris avait amené des protestations, surtout de la part de l'Angleterre. Cependant on reconnaissait que, dans l'état de l'Europe, il n'existait aucun moyen de contrecarrer la Russie; mais on pensa que, puisque le traité de Paris était sorti d'un Congrès européen, il fallait au moins que la modification qu'il subissait fût ratifiée par les puissances. La Prusse, comme