Grémieux, Gouvernement de la Déf. nat., l^ partie» p
même : « Votre télégramme à H. Jules Favre, qui vient de quitter Versailles, lui sera remis demain à Paris. A titre de renseignement, j'ai l'honneur de vous communiquer ce qui suit : l'armistice conclu durera jusqu'au 19 février. » Puis, il faisait connaître la démarcation tracée aux armées belligérantes, et disait : c Les hostilités continuent devant Belfort et dans le Doubs, le Jura et la Côte-d'Or, jusqu'à entente. > Il terminait par les clauses de la reddition de Paris.
Les rapports entre le gouvernement de Paris et la Délégation de Bordeaux avaient pris depuis quelque temps une certaine aigreur. On cherchait des deux parts à alléger sa responsabilité, en surchargeant celle de l'autre. Paris attribuait sa chute au manque de secours, Bordeaux reprochait à Paris de laisser écraser les armées en campagne, en ne sachant pas retenir sous ses murs un assez grand nombre d'ennemis. Une dernière cause de désaccord avait été le jugement différent formé à Paris et à Bordeaux, sur l'intérêt de participer à la Conférence de Londres. Dans ces circonstances, l'annonce d'un armistice et d'élections résolus en dehors de la Délégation ne pouvait manquer d'être mal accueillie par elle. Les républicains en province se sentaient d'ailleurs doublement atteints, comme patriotes et comme hommes de parti. Les grandes villes s'abandonnaient à une sorte de fureur, qui troublait leur jugement. Les partisans de la guerre à outrance, à la suite de M. Gambetia, persistaient donc, même Paris tombé, à croire la résistance possible; ils se promettaient toujours de lasser l'ennemi et de finir par le repousser. L'armistice amenait les élections; les républicains de Bordeaux voulaient les renvoyer après la victoire, qu'ils espéraient obtenir, certains qu'autrement elles leur seraient défavorables. A voir ainsi toutes leurs combinai* sons détruites à Paris, M. Gambetta et les siens se remplissaient de colère. Le télégramme de M. de Bismarck, les surprenant dans ces dispositions, les exaspéra.
M. Jules Favre avait transmis la nouvelle de l'armistice
sans détails. M. de Bismarck apprenait quels agrandissements il s'était assurés, en traçant la ligne de démarcation aux armées. En même temps parvenaient à Bordeaux les plaintes des généraux, contraints de céder des territoires encore libres. M. Gambetta, dans l'ignorance où M. Jules Favre le laissait d'aucune exception, avait naturellement étendu la suspension d'armes aux départements de l'Est. Il était informé après coup, par M. de Bismarck, que les hostilités s'y poursuivraient, et il recevait des télégrammes du général Clinchant, qui déclarait que l'ennemi, ayant continué de marcher, pendant qu'au contraire lui s'arrêtait sur l'avis de l'armistice, l'armée de l'Est en retraite avait perdu un temps précieux. Puis arrive la nouvelle que, coupée de toutes parts, elle a dû se réfugier en Suisse. On se faisait à Bordeaux de grandes illusions à son sujet, on ignorait la véritable position des ennemis à sa poursuite ; le dire du général Clinchant, qui expliquait la catastrophe par le temps d'arrêt dû à l'annonce de l'armistice, fut donc accepté comme exact. La douleur de M. Gambetta, en apprenant la perte de cette armée, fut immense; mais alors son indignation déborda contre ceux auxquels il l'attribuait. Comment! ce gouvernement, dont la conduite militaire avait paru si molle, tombé prisonnier de l'ennemi, signait un armistice, abandonnait des territoires non occupés, oubliait une armée et amenait sa ruine! Évidemment, il avait pensé que, Paris rendu, la France cesserait toute résistance. Mais M. Gambetta et son entourage ne l'entendaient point ainsi. On pouvait, selon eux, continuer à se défendre, même sans Paris, et l'on devait persister à s'armer pendant l'armistice, pour reprendre ensuite la lutte, dans les meilleures conditions possibles. Au lieu de cela, la suspension d'armes, telle qu'elle se produisait, devenait une nouvelle cause d'affaiblissement. M. Gambetta, dans sa colère, fit paraître une proclamation où, dénonçant « la coupable légèreté » du gouvernement de Paris, il excitait la nation à se mettre à même de poursuivre la guerre, quoi qu'il arrivât.
Il déclara enfin à la Délégation qu'il n'accepterait Tarmistice et ne convoquerait les électeurs qu'à conditioa de prendre des sûretés contre les hommes du régime déchu. La pensée de frapper d'înéligibilité les serviteurs de l'Empire lui était d'ailleurs présente depuis longtemps. Il l'avait manifestée, dans les Conseils du gouvernement à Paris*, et depuis à Bordeaux', chaque fois qu'on avait traité la question électorale. Ses collègues de la Délégation éprouvaient^ il est vrai, de grandes répugnances à empiéter sur la souveraineté du suffrage universel, en créant des catégories d'inéligibles, mais la démission dont il les menaçait leur faisait appréhender la guerre civile. Sa retraite, dans Tétat troublé des grandes villes, devait les laisser sans force pour se maintenir. Comment alors procéder aux élections? Que deviendrait même l'armistice? HM. Crémieux et Glais-Bizoin consentirent donc à signer les décrets que M. Gambetta leur présentait; l'amiral Fourichon, quoiqu'il eût résisté tout autrement qu'eux, donna lui aussi sa signature^. Les décrets furent affichés sur les murs de Bordeaux et insérés au Moniteur^ le t*' février. Ils déclaraient inéligibles les hommes appelés aux fonctions de ministres, de sénateurs, de conseillers d'État, de préfets ou investis de la candidature officielle aux élections législatives, depuis le i décembre 4851 jusqu'au 4 septembre 1870. Ils excluaient encore les membres des familles ayant régné sur la France depuis 1789. Les bulletins qui porteraient les noms des inéligibles, considérés comme nuls, n'entreraient point dans le recensement des votes ; cependant ils seraient annexés aux procèsverbaux des opérations électorales.
Quelques heures après l'afGchage des décrets, M. Jules Simon, choisi par le gouvernement de Paris pour se rendre auprès de la Délégation, arrivait à Bordeaux avec HM. La-