Davall, Rapport rédigé par ordre, etc., p
è» HISTOIRE DK FRANCE DE i870 A 1873.
ramenés à Lyon par le général Cremer^ 90000 hommes passèrent la frontière, affamés, épuisés par les bivouacs dans la neige, et presque tons atteints d'une toux sèche et continue. En Suisse, ils excitèrent la plus profonde sympathie, un accueil touchant leur fat fait, la population s'empressa autour d'eux; les dons, les offrandes, les secours de tout genre leur furent prodigués et vinrent terminer leurs souffrances.
Les Prussiens, après avoir refoulé en Suisse le général Clinchant et son armée, profitaient de ce que les hostilités devaient continuer dans l'Est, pour s'y étendre à leur gré. L'obstacle à la généralisation de l'armistice avait été la reddition de Belfort, que M. Jules Favre avait refusée; mais, lorsque les départements de l'Est se trouvèrent sans défense, il fallut bien, pour les protéger, consentir aux demandes de Fennemi. D'ailleurs les nouvelles reçues ne permettaient plus de s'y soustraire. Les assiégeants, maîtres des Hautes et Basses-Perches, avaient pu, à partir du 8 février, diriger directement leur attaque contre le château et le corps même de Belfort. Le colonel Denfert, sans rien écouter, poursuivait sa défense ; cependant la supériorité de l'artillerie ennemie était devenue très grande, il avait lui-même presque épuisé ses projectiles. Le moment allait donc venir où la place succomberait. M. Picard se rendit à Versailles, le Î3 février'. Il offrit de remettre Belfort, à condition qu'on généralisât l'armistice et que la garnison sortît librement. Après une certaine résistance du général de Moltke qu'il fallut vaincre, M. de Bismarck accepta celte offre. Le 15 février, une convention additionnelle, signée à Versailles, étendait l'armistice à toute la région de l'Est. Le colonel Denfert avait été informé, le 13 février, de la reddition de Belfort consentie par son gouvernement. Il refusa d'admettre comme probante la dépêche transmise par Tennemi, qui lui apportait la non-
1. Le général Gre mer. Ses opérations militaires, p. 103. !2. Général de Valdan, Enquête parlementaire, t. III, p. 183.
velle*. Ce ne fut que lorsqu'il eut obtenu d'envoyer un de ses officiers sur le territoire neutre, à Bâle, correspondre avec son gouvernement et que la confirmation de la première dépêche lui fut parvenue par cette voie, qu'il cessa enfin sa résistance. Les 17 et 18 février, la garnison de Belfort sortait avec les honneurs de la guerre, emportant ses armes, ses bagages et les archives de la place. Elle franchissait la zone d'occupation, marquée à l'ennemi par l'armistice, et rentrait sur le territoire français libre, par les vallées de l'Ain et du Rhône.
Pendant ce temps, l'Assemblée nationale s'était réunie à Bordeaux. Elle tenait sa première séance au Grand- Théâtre le 13 février, sous la présidence de M. Benoîtd'Azy, président d'âge. M. Jules Favre, à la tribune, déposait les pouvoirs du gouvernement de la Défense nationale :
« Messieurs,
a Je remplis un devoir qui m'est particulièrement doux, en déposant les pouvoirs du gouvernement de la Défense nationale entre les mains des représentants du pays. Depuis que les membres du gouvernement ont été chargés du fardeau qu'ils ont accepté, ils n'ont eu d'autre désir que de voir arriver le jour où ils pourraient se trouver en face des mandataires du peuple. Ils y sont dans les circonstances les plus douloureuses; mais, grâce à votre patriotisme, grâce à l'ardeur de tous, nous réussirons à bander les plaies de notre chère pairie et à reconstituer son avenir. C'est à vous, messieurs, qu'appartient cette grande œuvre. Quant à nous, nous ne sommes plus rien, si ce n'est vos justiciables, prêts à répondre de tous nos actes. En attendant, je dépose sur le bureau de l'Assemblée la déclaration suivante : Les membres du gouvernement