‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 17 sur 178 · De Gramont, La France et la Prusse, p · texte numérisé non relu

De Gramont, La France et la Prusse, p

chargé d'affaires de France à Berlin leur télégraphie L publication faite dans la Nord Deutsche allgemeine Zeitung. Peu après, M. de Werther vient informer M.deGramont que, blâmé par son gouvernement, pour ne pas avoir formellement repoussé la demande d'une lettre au roi lorsqu'on la lui a soumise, il reçoit Tordre de prendre ua congé. Dans la soirée, M. Benedetti leur rend compte de la démarche infructueuse qu'il a tentée le matin même auprès du ministre de l'intérieur de Prusse, M. d'Eulembourg. Il leur dit en même temps que la Gazette de Cologne contient un télégramme d'Ems, qui révèle les refus qu'il a subis. Il n'en a fait part à personne, par conséquent la nouvelle ne peut venir que du cabinet du roi. Il ajoute qu'on tient dans l'entourage du roi un langage très irrité. Tous ces rapports leur sont parvenus, lorsque, le soir, leur arrive, du chargé d'affaires de France à Berne, l'avis que le président de la Confédération helvétique vient d'apprendre, par le représentant de la Prusse, le double refus du roi Guillaume de s'engager pour l'avenir et de recevoir l'ambassadeur. Bientôt après un avis analogue leur est transmis de Munich et de divers autres points. Ils acquièrent ainsi la certitude que le gouvernement prussien a partout fait connaître les refus de son roi.

Les résolutions de la Prusse sont désormais manifestes, elle se soustrait à tous nouveaux pourparlers. Le gouvernement français, s'il veut conserver la paix, doit tenir la demande, que, par trois fois, il a chargé son ambassadeur de présenter, pour non avenue ; aucune échappatoire n'est possible; les négociations sont closes; et, comme ce qui eût pu être secret a été révélé par M. de Bismarck, il faudra qu'il se désiste et qu'il recule, au vu et au su du monde entier. Il ne saurait donc plus maintenir la paix qu'au prix d'une véritable humiliation au dehors, et, plutôt que de la subir, il va déclarer la guerre. Ce n'est pas tout; sa situation à l'intérieur est tout aussi fausse et embarrassée. C'est le 12 que MM. Clément Duvernois et

de Leusse avaient demandé à interpeller le nninistre des affaires étrangères sur les garanties à exiger de la Prusse. Ce jour-là, M. de Gramont s'était tu, le lendemain il prenait la parole : « L'ambassadeur d'Espagne, disait-il, nous a annoncé officiellement la renonciation du prince Léopold de Hohenzollern à sa candidature au trône d'Espagne. Les négociations que nous poursuivons avec la Prusse et qui n'ont jamais eu d'autre objet, ne sont pas encore terminées. Il nous est donc impossible d'en parler et de soumettre aujourd'hui à la Chambre et au pays un exposé général de raiïaire. y> M. Jérôme David pressait inutilement le ministre d'être plus explicite. Puis M. Clément Duvernois demandait qu'on fixât un jour, pour discuter l'interpellation déposée par lui la veille. On était le mercredi 13, H. de Gramont proposait le vendredi 15, qui était accepté. Cependant M. Jérôme David, mécontent du silence gardé par le ministre, déposait une nouvelle demande d'interpellation : € Considérant que les déclarations fermes, nettes, patriotiques du ministère à la séance du 6 juillet ont été accueillies avec faveur par la Chambre et parle pays ; considérant que ces déclarations du ministère sont en opposition avec la lenteur dérisoire des négociations avec la Prusse (Vives rumeurs sur un grand nombre de bancs), je retire le mot dérisoire, si vous voulez : je demande à interpeller le ministère sur les causes de sa conduite à l'extérieur qui, non seulement, jette la perturbation dans les branches de la fortune publique, mais aussi risque de porter atteinte à la dignité nationale. y>

Ainsi, comme la veille, les bonapartistes, voyant le gouvernement hésiter, le poussaient à la guerre et M. Jérôme David proférait, en plus, de ces paroles blessantes destinées à surexciter les passions nationales. A M. Jérôme David se joignait M. de Kérati^, un de ces € chauvins » alliés aux bonapartistes. C'était, selon lui, trop reculer l'interpellation que de la fixer au surlendemain, car par là on accroissait les délais laissés à la Prusse et l'on faisait son jeu. L'interpellation de M. Jérôme David n'en était pas moins ren-

voyée au 15, comme celle de M. Clément.Duvernois. Le 14 au soir, lorsqu'il reçoit Tavis que la Prusse a informé les puissances européennes des refus de son roi, le gouvernement impérial se trouve sous le coup des deux interpellations Duvernois et David qu'il doit discuter le lendemain. Au parti de la guerre qui lui demande : c Quelles garanties avez-vous stipulées engageant la. Prusse? » il va être obligé de répondre : € J'ai de deux manières cherché à engager personnellement le roi Guillaume; je lui ai, par trois fois, présenté ma dernière demande; il ne m'a opposé que des refus et son ministre, M. de Bismarck, les a publiés dans les journaux et en a informé les puissances européennes. » Le gouvernement ne peut se résoudre à donner de pareilles explications à ses partisans qui veulent la guerre, tout en leur annonçant qu'il conserve la paix ; aussi, pour se sortir d'embarras, va-t-il apporter une déclaration de guerre.

Il existe encore, il est vrai, un dernier essai de compromis, de source anglaise. Lord Granville s'était refusé à transmettre la demande de garantie pour l'avenir que M. de Gramont lui avait fait parvenir par lord Lyons ; mais, désireux de s'employer au maintien de la paix, il avait lui-même soumis un projet au gouvernement prussien. Il lui demandait € de communiquer au gouvernement français son consentement au retrait de la candidature, si la France, de son côté, renonçait à sa demande garantissant l'avenir ». Une semblable proposition n'avait aucune chance de succès. En effet, c'est le 14 que lord Granville remettait son mémorandum au comte de Bernstorfl*, l'ambassadeur à Londres de la Confédération de l'Allemagne du Nord. Dès le lendemain, celui-ci lui déclarait que H. de Bismarck se refusait à le communiquer au roi Guillaume.

Ne sachant plus comment conserver la paix, le gouvernement avait un motif de déclarer la guerre sans retard, c'était l'urgence d'appeler les réserves de l'armée. Dans l'état d'irritation où se trouvaient la France et la Prusse, un différend ne pouvait s'élever entre elles sans que la

crainte de la guerre s'ensuivît et sans qu'elles se tinssent sur leurs garties, pour ne pas se laisser surprendre. A mesure que le conflit s'aggravait, chaque gouvernement avait donc commencé le travail préparatoire à la mise ouverte sur le pied de guerre. Les bonapartistes reprochaient précisément à l'Empereur d'hésiter à entrer en campagne et par là de perdre une avance précieuse. La plus grande diligence était en effet commandée, si Ton devait rompre avec la Prusse, car son armée se mobilisait avec une extrême rapidité. Après avoir donné, dans la journée du 14, l'ordre d'appeler les réserves, puis l'avoir retiré, le gouvernement le donnait le soir définitivement; dans la circonstance, c'était déclarer la guerre; il se trouvait donc, le 14 au soir, obligé de communiquer le lendemain la déclaration de guerre au Sénat et aii Corps législatif.

La tâche était ardue. Les Chambres et le pays ignorent les négociations; le ministre des affaires étrangères a gardé le silence; seul le retrait de la candidature est connu. Comment expliquer maintenant la rupture, par quelles raisons la justifier? Si l'Empereur et les ministres font connaître le détail des négociations, leur imprévoyance ressortira dans tout son jour, et, lorsqu'on saura que c'est parce qu'ils ont, après le retrait de la candidature, introduit de nouvelles demandes qu'ils se croient contraints à déclarer la guerre, il n'y aura qu'une voix pour leur donner tort. Us sont dans un tel embarras qu'ils doivent dissimuler leurs actes le plus possible. Us chercheront donc à obtenir l'adhésion du Corps législatif sans s'expliquer. Au lieu d'un rapport circonstancié des faits avec pièces à l'nppui, ils se borneront à un exposé incomplet, qui ne renfermera que certains passages favorables des dépêches. Ils biaiseront et glisseront sur les points désavantageux qui, révélés par la Prusse, ne peuvent être absolument omis.

Dans la matinée du 15 juillet, le Conseil des ministres présidé par l'Empereur adopte la déclaration suivante :

c La manière dont le pays a accueilli noire déclaration

du 6 juillet nous ayant donné la certitude que vous approuviez notre politique et que nous pouvions compter sur votre appui, nous avons aussitôt commencé des négociations avec les puissances étrangères, afin d'obtenir leurs bons offices auprès de la Prusse pour qu'elle reconnût la légitimité de nos griefs.

€ Dans ces négociations nous n'avons rien demandé à l'Espagne dont nous ne voulions ni éveiller les susceptibilités, ni froisser l'indépendance; nous n'a?ons pas agi auprès du prince de Hohenzollem, que nous considérions comme couvert par le roi ; nous avons également refusé de mêler à notre discussion aucune récrimination ou de la faire sortir de l'objet même dans laquelle nous l'avions renfermée dès le début.

€ La plupart des puissances ont été pleines d'empressement à nous répondre et elles ont, avec plus ou moins de chaleur, admis la justice de nos réclamations.

IL Le ministère des affaires étrangères prussien nous a opposé une fin de non-recevoir, en prétendant qu'il ignorait l'affaire et que le cabinet de Berlin y était resté étranger.

a Nous avons dû alors nous adresser au roi lui-même, et nous avons donné à notre ambassadeur l'ordre de se rendre à Rms auprès de Sa Majesté. Tout en reconnaissant qu'il avait autorisé le prince de Hohenzollem à accepter la candidature qui lui avait été offerte, le roi de Prusse a soutenu qu'il était resté étranger aux ncgocialions poursuivies entre le gouvernement espagnol et le prince de Hohenzollern ; qu'il n'y était intervenu que comme chef de famille et nullement comme souverain et qu'il n'avait ni réuni, ni consulté le Conseil des ministres. Sa Majesté a reconnu cependant qu*elle avait informé le comte de Bismarck de ces divers incidents.

a Nous ne pouvions considérer ces réponses comme satisfaisantes, nous n'avons pu admettre cette distinction subtile entre le souverain et le chef de famille, et nous avons insisté pour que le roi conseillât et imposât au

besoin, au prince Léopold une renonciation à sa candidature.

c Pendant que nous discutions avec la Prusse, le désistement du prince Léopold nous vint du côté d'où nous ne l'attendions pas, et nous fut remis le 12 juillet par l'ambassadeur d'Espagne.

€ Le roi ayant voulu y rester étranger, nous lui demandâmes de s'y associer et de déclarer que si, par un de ces revirements toujours possibles dans un pays sortant d'une révolution, la couronne était de nouveau offerte par l'Espagne au prince Léopold, il ne l'autoriserait plus à l'accepter, afin que le débat pût être considéré comme définitivement clos.

€ Notre demande était modérée ; les termes dans lesquels nous l'exprimions ne l'étaient pas moins. Dites bien au roi, écrivions-nous au comte Benedetti, le 12 juillet à minuit, dites bien au roi que nous ne cherchons pas un prétexte de guerre et que nous ne demandons qu'à résoudre honorablement une difficulté que nous n'avons pas créée nous-mêmes.

« Le roi consentit à approuver la renonciation du prince Léopold, mais il refusa de déclarer qu'il n'autoriserait pas à l'avenir le renouvellement de cette candidature.

« J'ai demandé au roi, nous écrivait M. Benedetti le 13 juillet à minuit, de vouloir me permettre de vous annoncer en son nom que, si le prince de Hohenzollern revenait à son projet. Sa Majesté interposerait son autorité et y mettrait obstacle. Le roi a absolument refusé de m'autoriser à vous transmettre une semblable déclaration. J'ai vivement insisté, mais sans réussir à modifier les résolutions de Sa Majesté. Le roi a terminé notre entretien en me disant qu'il ne pouvait, ni ne voulait prendre un pareil engagement et qu'il devait pour cette éventualité, comme pour toute autre, se réserver la faculté de consulter les circonstances. )»

« Quoique ce refus nous parût injustifiable,, notre désir de conserver à l'Europe les bienfaits de la paix était tel

que nous ne rompîmes pas les négociations, et que, malgré voire impatience légitime, craignant qu'une discussion ne les entrav&t, nous vous avons demandé d'ajourner nos explications jusqu'à aujourd'hui.

e Aussi notre surprise a-t-elle été profonde, lorsque hier nous avons appris que le roi de Prusse avait notifié par un aide de camp k notre ambassadeur qu'il ne le recevrait plus, et que pour donner à ce refus un caractère non équivoque, son gouvernement l'avait communiqué ofHciellement aux cabinets de l'Europe.

i; Nous apprenions en même temps que M. le baron de Werther avait reçu l'ordre de prendre un congé et que des armements s'opéraient en Prusse.

t Dans ces circonstances tenter davantage pour la conciliation eût été un oubli de dignité et une imprudence. Nous n'avons rien négligé pour éviter la guerre. Nous allons nous préparer à soutenir celle qu'on nous offre, en laissant à chacun la part de responsabilité qui lui revient.

« Dés hier nous avons appelé nos réserves et, avec votre concours, nous allons prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder les intérêts, la sécurité et l'bonneur de la France. »

Cet exposé (levait être présenté en même temps aux deux Chambres. M. de GramonI fut cbargé de le lire au Sénat, M. Emile Ollivier au Corps législatif. La séance au Corps législatif s'ouvre à une heure. Aussitôt M. Ollivier monte à la tribune, lit l'exposé, puis demande un crédit de guerre de 50 millions et l'urgence. L'exposé a soulevé à droite et au centre des acclamations et les cris de Vive l'Empereur! Vive la France ! M. Schneider, le président, a tout de suite consulté la Chambre par assis et levé sur l'urgence. Elle s'est levée en grande majorité pour l'accorder; les députés de la gauche, parmi eux M. Thiers, sont restés assis. Â celte vue la droite bonapartiste et une partie du centre se livrent auv violences qu'ils renouvelleront chaque fois qu'on parlera ou volera en faveur de la paix. Aus députés restés assis, ceux de la droite crient : b Levez-

VOUS donc! levez-vous donc! » et ils leur adressent des injures. A la contre-épreuve, presque toute la Chambre se tient immobile et le petit groupe de gauche, qui seul s'est levé, est insulté de nouveau.

Entre l'épreuve et la contre-épreuve, M. Thiers a réclamé la parole. Aussitôt l'urgence votée, il commence à parler. Il est accueilli à droite avec fureur, on lui montre le poing, on l'injurie, on lui dit qu'il souille sa vieillesse, qu'il déshonore ses cheveux blancs. Il demande à la Chambre de réfléchir; il rappelle comment le 6 mai I8669 à la veille de Sadowa, on lui a interdit la parole, lorsqu'il voulait signaler les dangers préparés à la France ; et continuant :

<i Eh bien ! messieurs, est-il vrai que sur le fond, c'esl-àdire sur le retrait de la candidature Hohenzollern, il a été fait droit à vos réclamations? Est-il vrai que vous rompez sur une question de susceptibilité? Prenez-en la responsabilité. Je demande à la face du pays qu'on nous donne connaissance des dépêches d'après lesquelles on a pris la résolution qui vient de nous être communiquée. Laissezmoi vous dire que je regarde cette guerre comme souverainement imprudente. J'ai été affecté plus douloureusement que personne des événements de 1866, plus que personne j'en désire la réparation ; mais, dans ma profonde conviction, Toccasion est mal choisie. Si vous ne comprenez pas que je remplis en ce moment un devoir et le plus pénible de ma vie, je vous plains. Oui, quant à moi, je suis tranquille pour ma mémoire, je suis sûr de ce qui lui est réservé pour l'acte auquel je me livre en ce moment, mais pour vous, je suis certain qu'il y aura des jours où vous regretterez votre précipitation, j Les clameurs redoublent, on lui crie: € Allons donc! allons donc ! 1^ M. de Pire avec violence : « Vous êtes la trompette aniipatriotique du désastre, allez à Coblentz ! » M. Thiers reprend : « Offensezmoi, insullez-moi, je suis prêt à tout subir pour défendre le sang de mes concitoyens que vous êtes prêts à verser si imprudemment. Dans ma conviction, je vous le répèle en

deux mots, car, si je foulais vous le démontrer^ vous ne m'écouteriez pas, vous choisissez mal Toccasion de la répation que vous désirez et que je désire comme vous. Plein de ce sentiment, lorsque je vois que^ cédant à vos passions, vous ne voulez pas prendre un instant de réflexion, que vous ne voulez pas demander la connaissance des dépêches sur lesquelles notre jugement pourrait s'appuyer, je dis, messieurs, que vous ne remplissez pas dans toute leur étendue les devoirs qui vous sont imposés. Je suis prêt à voter au gouvernement tous les moyens nécessaires quand la guerre sera déclarée, mais je désire connaître les dépêches sur lesquelles on la fonde. La Chambre fera ce qu'elle voudra, je m'attends à ce qu'elle va faire, mais je décline, quant à moi, la responsabilité d'une guerre aussi peu justifiée. »

M. Emile Ollivier déclare que le gouvernement ne s'est résigné à la guerre que sous le coup d'un affront insupportable :

€ Dans la négociation, dit-il, nous avons été au début décisifs et rapides, parce que, si nous avions perdu une minute, nous nous fussions trouvés en présence d'un fait accompli et qu'étant obligés de faire la guerre, nous eussions eu à nos pieds le boulet qu'on voulait y mettre, l'Espagne prussienne. Ce premier moment passé, nous avons été modérés, patients, conciliants, équitables. Si l'on nous avait accordé une satisfaction réelle, nous l'eussions accueillie avec joie, mais elle nous a été refusée. Le roi de Prusse a constamment refusé d'intervenir pour amener ou faciliter la renonciation du prince de Hohenzollern. Quand elle a été obtenue, il a afl'ecté de s'y considérer comme étranger, et quand enfin, voulant obtenir des assurances pour l'avenir, nous lui avons dit, dans les formes les plus respectueuses : «: Déclarez-nous que cette renonciation est définitive », il nous a refusé. Malgré les impatiences du dedans et du dehors et quoiqu'on commençât ù dire que nous étions le ministère de la honte, nous avons continué à négocier. Au milieu de ces négociations nous avons appris que dans toute

TEurope les représentants prussiens annonçaient et faisaient annoncer dans les journaux que le roi de Prusse avait envoyé un aide de camp à notre ambassadeur, pour lui déclarer qu'il refusait de le recevoir. » — M. Jules Favre : « Communiquez-nous la dépêche. » — M. d'Andelarre : € Il faut qu'on nous communique la dépêche, pour que nous puissions nous prononcer en connaissance de cause. » — « On nous demande des communications de dépêches; ces communications sont faites. Nous les avons mises dans notre exposé. Nous n'avons reçu que des dépêches confidentielles que les usages diplomatiques ne permettent pas de communiquer, nous ne communiquerons rien de plus. »

Invité à communiquer les dépêches, M. Emile Oilivier répondait donc par un refus formel. Cependant l'exposé lu par lui attribuait une extrême importance à l'annonce du refus de recevoir- l'ambassadeur, transmise par la. Prusse aux gouvernements européens. M. Emile Oilivier dans son discours avait donné ce fait comme cause de la déclaration de guerre. MM. Jules Favre et d'Andelarre l'avaient alors interrompu, pour demander que la dépêche le faisant connaître fût spécialement communiquée. M. Gambetta se saisit de cette demande : € Vous dites : Nous ne communiquerons rien de plus. Or vous faites reposer toute cette effroyable question sur une dépêche notifiée aux cabinets de l'Europe, par laquelle on aurait mis votre ambassadeur hors des portes de la Prusse. Eh bien ! je dis que ce n'est pas par extraits, par allusions, mais par une communication directe, authentique, que vous devez en saisir la Chambre. C'est une question d'honneur, dites-vous, et il faut que nous sachions dans quels termes on a osé parler de la France, i^

Le gouvernement attribuait une importance décisive à un incident particulier, et cependant l'exposait d'une façon si sommaire qu'il restait obscur. On ne savait donc pas bien si Tinsulte venait du refus, fait par le roi, de recevoir l'ambassadeur ou de la publicité que le gouvernement

VE. FRAXCE DE 18T0 A ISTl prus^en lui araît donnée. La demande de H. Gambetta était tellement fondée queM. Emile Ollifier derait reprendre la parole Pt, sur ce point, abandonnait sa résolntion de ne l'itn c<> .lEimniqaer. Après aToir expliqué qu'il ne prétendait [iiiLiil que le roi Guillaume eût offensé, en personne, M. \ietf ielti, mais qne l'insolte recne Tenait uniquement de ta pu Illicite donnée à ses refus, il lit les dépêches des agent- d ancais, mentionnant la communication prussienne: c J'ai ir.\lre les mains les dépêches de deux de nos agents qui iiiiii- apprennent le langage tenu par H. de Bismarck, aiipn s II; tous les cabinets d'Europe. Voici la première : On ti/'ii lommuniquti ce malin un télégramme du comte ili- lll'iii'irck, annonçant le refus du roi Guillaume de n'erKjaij-'r comme roi de Prusse à ne plus jnmais donner son ri'ii ■'nitemenl à la candidature du prince de HohenzoU'-nt , s'il en était de nouveau question, et le refus égalifim'ii' 'lu roi, suite de cette demande, de recevoir notre ainlKnniaiBur. Je lis une autre dépêche : Je crois devoir vous transmettre la copie, à peu près textuelle, de la dépi'clip trléifrapkiée par M. le comte de Bismarck. Après i/w lit nnoncialion du prince de Uokemollern à été cornmuni'jnH; officiellement au gouvernement français par le ijfiuirrnement espagnol, l'ambassadeur de France a dpmnnil'' d S. M. le roi à Ems de l'autoriser à télègraijrapha'v à Paris que Sa Majesté s'engageait à refuser à toui jiimais son consentement si les princes de Hohenzollrni ircenaient sur leur détermination. Sa Majesté a ri-fus:' ilc recevoir de nouveau l'ambassadeur et lui a fuit dur, par un aide de camp, qu'elle n'avait pas de coviminiiration ultérieure à lui faire. Celle nouvelle du rnliis ili' recevoir notre ambassadeur a été répandue dans rAllciii i^'iie entière, les journaux oFficieux l'ont reproduite (luiis lie-' suppléments. Les ministres prussiens l'ont partout nniiono'i! à leurs collëj^ues. C'est le bruit de l'Europe. En mâmi' li^nps le baron de Werther prenait un congé, dans la iiiiil du 13 au ii les mesures militaires commenfaieiil un Prusse. Est-ce qu'à de tels actes nous devons

répondre par l'abstention et le silence? Je ne comprends pas ainsi le devoir d'un gouvernement.

« Oui de ce jour commence pour les ministres mes collègues et moi, une grande responsabilité, nous l'acceptons le cœur léger. » — M. Esquiros : « Vous avez le cœur léger et le sang des nations va couler !» — « Oui, d'un cœur léger, et n'équivoquez par sur cette parole, ne croyez pas que je veuille dire avec joie; je vous ai dit moi-même mon chagrin d'être condamné à la guerre, je veux dire d'un cœur que le remords n'alourdit pas, d'un cœur confiant parce que, la guerre que nous faisons, nous la subissons, et enfin parce que notre cause est juste et qu'elle est confiée à l'armée française. »

Le maréchal Lebœuf présentait alors deux projets de loi sur lesquels il obtenait l'urgence: l'un appelait la garde nationale mobile à l'activité; l'autre autorisait des engagements volontaires limités à la durée de la guerre; puis M. Segris, ministre des finances, demandait un crédit de 16 millions en faveur de la marine. A trois heures, le président suspendait la séance.

M. Emile Ollivier a sans doute pense que les éclaircissements fournis sont insuffisants. La séance reprise à trois heures et demie, il vient de lui-même à la tribune, exposer plus amplement l'insulte reçue, d'où il fait découler le cas de guerre.

€ Messieurs, le gouvernement dans cette affaire a surtout le désir d'exposer toute la vérité, et lorsque, à des demandes de communication de dépêches, il répond qu'il n'a rien à communiquer, c'est qu'il n'y a pas dans le sens vrai du mot de dépêches échangées ; il n'y a eu que des communications verbales recueillies dans des rapports qui, d'après les usages diplomatiques, ne sont pas communiqués. Est-il nécessaire que j'explique de nouveau le fait qui a amené la rupture? Il peut arriver qu'un roi refuse de recevoir un ambassadeur; ce qui est blessant, c'est le refus intentionnel, divulgué dans des suppléments de journaux, dans des télégrammes adressés à toutes les cours de l'Europe. Et ce

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fait noas a |)ani d'aotant plus significatif qu'annoncé à M. Ben^delti, le refus d'andience n'a manqué à aucune des formes de la courtoisie, de telle sorte que notre ambassadeur n'a pas d'abord soupçonné la signification qu'on attacherait à un refus qui, accompli d'une certaine manière, eût pu être désagréable sans devenir offensant. L'offense résulte d'une publication intentionnelle. Ce n'est qu'après avoir connu la publication que notre ambassadeur a été louché, comme nous, d'un acte qu'au premier moment il nous avait signalé purement et simplement sans le caractériser. Voulez- vous connaître ses télégrammes? Le premier est de quatre heures vingt-cinq, le 13, l'autre est de quatre heures trois quarts: Le roi a reçu la réponse du prince de Bohenzollern^ elle est du prince Antoine et elle annonce à Sa Majesté que le prince Léopold son fils s'est désisté de sa candidature à la couronne d'Espagne. Le roi m'autorise à faire savoir au gourer-nement de r Empereur quUl approuve cette résolution. Le roi a chargé un de ses aides de camp de me faire cette communication, et y en reproduis exactement les termes. Sa Majesté ne m'ayant rien fait annoncer au sujet de f assurance que nous réclamons pour t avenir, je sollicite une dernière audience, pour lui soumettre de nouveau et développer les observations que j'ai présentées ce matin. A la demande d'une nouvelle audience, le roi m* a fait répondre qu'il ne saurait reprendre avec moi la discussion relativement aux assurances qui devaient, à notre avis, notis être données pour l'avenir. Sa Majesté m'a fait déclarer qu'il s'en référait à cet égard aux considérations qu'il m'avait exposées le matin, et dont je vous ai fait connaître la substance dans mon dernier télégramme. »

A cette citation, M. Thiers s'écrie : t Que tout le monde juge! » M. de Choiseul : € On ne peut pas faire la guerre là-dessus, c'est impossible ! » M. Arago : « Ceci connu, le monde civilisé vous donnera tort! » Cette lecture jetait une

singulière lueur et juslifiail à elle seule Tinsistance à réclamer les dépêches. L'extrait que venait de donner M. Emile Ollivier était d'une importance capitale, malgré cela il ne figurait point dans l'exposé du gouvernement et évidemment, si on l'avait omis, c'était pour pouvoir présenter les faits sous un jour plus favorable. Cependant M. Emile Ollivier, à la rumeur produite par sa lecture, sent qu'il s'est laissé entraîner à des éclaircissements dangereux. Ainsi averti, il fait dévier son discours, passe des explications détaillées aux vagues généralités, proteste que le ministère n'a jamais menacé la Prusse, accuse l'opposition d'avoir toujours déploré Sadov^a, affirme qu'il s'est personnellement employé à calmer les susceptibilités nationales, en appelle à la politique traditionnelle de la France pour dire qu'on ne pouvait souffrir, au delà des Pyrénées, la candidature prussienne, et il regagne son banc sans plus traiter le point spécial qu'il avait promis d'élucider, en montant à la tribune.

M. Thiers veut répondre; la droite essaye encore de lui fermer la bouche. Elle demande, puisque l'urgence a été prononcée sur les projets de loi des ministres, qu'on se rende sans plus tarder dans les bureaux. Cependant le président donne la parole h M. Thiers, qui insiste absolument sur son droit de répondre à un ministre. N'ayant pu étouffer la discussion, les députés bonapartistes se livrent de nouveau à toutes leurs fureurs. M. Thiers s'est éclairé du fragment des dépêches lu par M. Emile Ollivier; il sait maintenant qu'on a la guerre pour avoir introduit des demandes nouvelles après le retrait de la candidature :

c M. le garde des sceaux vient d'essayer de justifier ses actes; et moi qui n'ai aucun sentiment de malveillance contre les ministres, je suis obligé de dire que nous avons la guerre par une faute du cabinet. M. le garde des sceaux a fait dévier la discussion. Il nous a dit tout à l'heure que nous ne pouvions pas souffrir ce que la Prusse avait entre-

pris en Espagne. Il a cent fois raison. Si la question était là, je ne laisserais à personne le soin rie venir défendre la polilii|ue séculaire de France. La Prusse a fait une faute ^lave, en voulant avoir un candidat au trdne d'Espagne. AvaiLl ce dernier événement elle voulait la paix, et c'était habileté de sa part, parce qu'elle sent très bien que le danj;er si';rieux pour elle commencera ie jour où elle fera de nouvelles entreprises. Ce jour-là elle soulèverait contre elle (le nombreuses hostilités et nous qui avons déploré Sarinwa, qui avons toujours désiré -qu'il fût réparé, nous avons toujours dit qu'il y aurait un jour souverainement difficile pour la Prusse, et que ce serait celui où elle voudrait mettre la main sur les États de l'Allemagne restés indi'pi?ndants. C'est ce jour-là, avons-nous dit sans cesse, i|iiil faut savoir attendre. Ce jour-là, elle aura contre elle une i,'r.inde partie de l'Allemagne, l'Autriche notamment et presque toute l'Europe.

Cl Oui, il fallait réparer Sadowa, mais il fallait attendre (|Ui.' ile^ fautes politiques, comme celle que je viens d'indii[uer, vous fournissent une occasion légitime. Alors vous aurii'z été approuvés par toute l'Europe, Si nous en étions à obtenir l'abandon de la candidature du prince rie Hohenzolliirn, je serais avec vous de toutes mes forces. Mais ce qui rue désole, c'est que j'ai la certitude que le fond était obtenu. Vous aviez non seulement obtenu le fond, mais i-ncoi'e un elfel moral considérable, et votre faute est de ne pas vous en être contentés. Mais, riit-on, la candidature n'était pas supprimée à tout jamais? Messieurs, je demande s'il l'st croyable que lorsque la Prusse venait d'être obli- {;('■(- à la face du monde de retirer une candidature qui évidemment avait été présentée par elle, je demande s'il ppiil entrer dans la pensée d'un seul homme de sens ilii'i'lle Tonlùl reproduire cette candidature. »

l'i M. deGramont, qui est revenu du Sénat, interrompt ,M. Tliiers: < Pourquoi n'a-t-elle pas répondu àcetégard? l'oiiiquoi a-t-elle refusé de promettre? «M.Arago lui dit: » V'.irce que vous avez commencé par la menacer à la tri-

bune. » C'était la réponse que M. de Werther lui avait déjà faite. M. Thiers répond à peu près la méine chose : € Puisque vous m'y obligez, monsieur le ministre, je vais vous le dire, parce que vous avez mal commencé et mal fini. ) Les interruptions et les clameurs de la droite arrêtent court l'orateur. M. Thiers : « Je sais bien pourquoi on ne veut pas me laisser achever, c'est parce que je touche au point sérieux de la question. > — M. Jérôme David : « Vos idées, monsieur Thiers, n'ont pas d'appui appréciable dans la Chambre, et vous faites bien du mal à la France. Il faudrait beaucoup de bataillons prussiens pour faire à votre pays le mal que vous lui faites involontairement. » — M. Thiers : « Savez-vous quels sont ceux qui ont fait du mal à la France? (Le bruit continue.) J'ai consenti à écouter mon interrupteur, on devrait bien consentir à écouter la réponse que je lui fais. Savez-vous quels sont ceux qui ont fait du mal à la France? Ce sont ceux qui n'ont pas voulu écouter mes avertissements; ce sont les auteurs du Mexique, les auteurs de Sadowa qui, oubliant le mal qu'ils ont fait, osent nous imputer aujourd'hui de faire du mai au pays, quand nous cherchons à épargner son sang. Si vous aviez permis de discuter l'expédition du Mexique, la plus odieuse, la plus désastreuse expédition du temps n'aurait pas été consommée.

€ Vous ne ni'empêcherez pas de suivre mon raisonnement jusqu'au bout. Il faut que la lumière se fasse sur une grande faute, qui est la cause de la guerre actuelle. Tout le monde disait, il y a trois jours : On a obtenu le retrait de la candidature du prince de Hohenzoliern, il faut s'en tenir là. Le simple bon sens devait faire comprendre que, si, après avoir obtenu une concession qui devait coûter à l'orgueil du roi de Prusse...» — Voix diverses: «Quelle concession? Il n'en a pas fait. » — M. Thiers : « Comment ! devant le monde entier le roi de Prusse relire... — Non ! Non ! — ou laisse retirer. » — Voix nombreuses : « Ah ! ah ! c'est bien différent. » — M. Thiers: «J'emploierai le mot que vous voudrez, le roi de Prusse a fait retirer, a laissé reti-

rer. Pouvez-vous supposer que la candidature élant retirée, il n'y a pas eu une concession de la part du roi de Prusse lui-même? Maintenant, je vais plus loin : dans la pièce qui nous a été lue tout à l'heure, le roi de Prusse a déclarf non pas de sa personne, mais par son gouvernement » — M. Tliiers, n'ayant pas tenu les dépêches, commettait ici une légère erreur: c'était par son aide de camp — € qu'il connaissait et approuvait le retrait de la candidature du prince de Hohenzollern. Que vouHez-vous? Vous vouliez un échec à la Prusse, et je le voudrais comme vous (Rires et exclamations sur plusieurs bancs). Soit, messieurs, appelen-moi un ami de la Prusse. Oui, oui, dites-le. Je désire que le Journal officiel reproduise vos interruptions; le pays jugera entre vous et moi.

a Je me home à poser ces faits qui sont incontestables : la candidature du prince de Hohenzollern a été retirée, le roi de Prusse l'a su et a consenti à ce que son gouvernement le déclarât pour lui, quand on le lut a demandé. Mais il était évident que si l'on ne s'en tenait pas là, si l'on voulait élever une discussion sur le mode de ce retrait, on ferait naître des susccplibllilés nouvelles, qu'on exciterait l'orgueil de la Prusse et qu'on arriverait à une rupture. C'est là votre faute. Ainsi, je le répète, ce n'est pas pour l'intérêt essentiel de la France, c'est pour une faute du cabinet que nous avons la guerre. »

Le duc de Gramunt se lève après M. Thïers. %. Si nous avions, dit-il, attendu plus longtemps pour demander aux puissances étran^res d'intervenir, nous aurions donné à la Prusse le temps de préparer ses armements pour nous attaquer avec plus d'avantage. Au surplus, messieurs, il suffit de ce fait que le gouvernement prussien a informé tous les cabinets de l'Europe qu'il avait refusé de recevoir notre ambassadeur et de continuer à discuter avec lui. Cela est un affront pour l'Empereur et pour la France. Et si, par impossible, lise trouvait dans mon pajs une Chambre pour le supporter, je ne resterais pas cinq minutes ministre des alTaires étrangères, i M. deGramont au Sénat n'avait

rien ajouté à la lecture de Texposé arrêté en Conseil, jusqu'alors il n'était intervenu au Corps législatif que pour dire que, les négociations étant pendantes, il était obligé au silence; les quelques mois qu'il venait de prononcer devaient donc constituer tout l'éclaircissement qu'il fournirait, comme ministre des affaires étrangères, sur l'affaire Hohenzollern. Il n'en était pas moins bruyamment applaudi par la majorité.

M. Jules Favre veut répondre à M. de Gramont. Les bonapartistes réclament de nouveau que l'on se rende sans plus de discours dans les bureaux. M. Pinard fait dans ce sens une motion formelle; mais le président maintient une fois de plus le droit de répondre à un ministre. M. Jules Favre : « M. le minisire des affaires étrangères nous a déclaré que, s'il se trouvait une Chambre française qui ne fût pas de son avis, à l'instant même il donnerait sa démission. Il eût peut-être été préférable, alors qu'il s'agissail d'engager le pays et le gouvernement dans la voie où ils sont aujourd'hui, que M. le ministre des affaires étrangères apportât une semblable susceptibilité vis-à-vis des opinions bien connues de cette assemblée, en faveur du maintien de la paix. -» — M. Jérôme David : « Pas de paix après un affront !» — « Or, si ce maintien n'est plus possible, c'est uniquement la faute de la politique suivie par le cabinet. Je ne reviendrai pas sur ce qu'a dit M. Thiers que le cabinet a obtenu ce qu'il réclamait; mais j'en tire cette conséquence qu'au point de vue des intérêts des deux pays, il n'y a aucun motif avouable de guerre. Quel est donc le sujet du débat? Comme on vous l'a dit, c'est une question de susceptibilité. Messieurs, je reconnais comme vous que, si la France ne doit faire la guerre que dans des conditions indispensables, au nombre de celles-ci se place assurément une insulte qui serait faite à son honneur. Mais c'est là ce qu'il faut examiner avec maturité. Quand il s'agit de couvrir l'Europe de ruines, vous ne voulez pas de réflexion. La question est réduite à celle de savoir si l'honneur de la France a été engagé. Où est la

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preuve qu'il le soil? Où est la dépêche officielle? Où est le compte remlu de la confécence, dans laquelle notre uiijli;iss.ulciir a vu inéconnattre en lui la dignité ualionule'r Kli bien, on n'a rien apporté à cette tribune si ce n'est un télégramme. Je dis que ce n'est pas surdeslélé- (rrujiiiiii > qu'on peut décider une question de paix ou de ^ui^rrc. Il faut que la Chambre voie les dépêches, et je ilt'jHi^c une proposition sur laquelle je provoque son vote : Noim il r mandons communication des dépêches et notamiiètnl de relies par lesquelles le gouvernement prmsien a itolifir su résolution aux gouvernements étrangers. »

M. Iliiirct appuie la demande de H. Jules Pavre, car il (1 l'iô li.'ippé, lui aussi, de la discordance qui existe entre ip texle (le l'exposé, lu & l'ouverture de la séance, et celui du rrn^'Mient de dépêches, communiqué pendant la discussion |iui' M. Emile Ollivier. Aucune réponse ne lui était l'aitu. Lu Chambre allait aux voix, et par 153 voix contre 84 re|i(niâsail la demande de M. Jules Favre de prendre comiDunicationdes dépêches. A cinq heures quarante mi- [iules, la séance était de nouveau suspendue.

Les députés, répartis dans les bureaux, nomment alors lu Commission chargée du rapport sur les projets de loi présentés par les ministres. MM. Dréolle, de Lagrange, de Tnliiniiêt, Pinard, Sénéca, Chadenet, duc d'Albuféra, Millon, de Kératry sont appelés à la composer. Elle L'hoisil |ii>ur président le duc d'Albuféra, pour secrétaire M. dû Kl ratry, pour rapporteur M. de TalbouSl. La majorité ik'.s commissaires a été chargée dans les bureaux de se l'.TÎie remettre les dépêches, que la Chambre a refusé d'examiner en séance. Les dépêches vont donc être commuiiii|uri's. Oui, mais tous les membres de la Commission veulciil la guerre, de telle sorte que le contrôle que la divcrsiii' des opinions au sein de la Chambre eut assuré, va mniii|iier dans une Commission, résolue d'avance à faire trionipliir la politique belliqueuse du gouvernetnent.

La -.1 Mnce publique est reprise le soir à huit heures quarank. Aussitôt H. de TalhouSl lit le rapport de la

Commission. Or cette pièce est tout aussi erronée et incomplète que l'exposé du gouvernement lu au début de la séance :

€ Messieurs, chacun des membres de la Commission nous ayant exposé les différentes opinions émises dans leurs bureaux respectifs et la majorité de nos collègues ayant été invités à demander au gouvernement la communication des pièces diplomatiques, votre Commission a entendu successivement M. le garde des sceaux, M. le ministre de la guerre et M. le ministres des affaires étrangères.

€ M. le ministre de la guerre nous a justifié, en peu de mots, l'urgence des crédits demandés, et ses explications catégoriques, en même temps qu'elles nous conduisaient à l'approbation des projets de loi, nous montraient qu'inspirées par une sage prévoyance, les deux administrations de la guerre et de la marine se trouvaient en état de faire face, avec une promptitude remarquable, aux nécessités de la situation.

€ Votre Commission a ensuite entendu M. le garde des sceaux et M. le ministre des affaires étrangères.

€ Des pièces diplomatiques nous ont été communiquées, et, sur ces textes, des explications très complètes et très nettes nous ont été fournies.

« Nous savions répondre au vœu de la Chambre en nous enquérant avec soin de tous les incidents diplomatiques. Nous avons la satisfaction de vous dire, messieurs, que le gouvernement, dès le début de l'incident et depuis la première phase de la négociation jusqu'à la dernière, a poursuivi loyalement le même but.

«: Ainsi la première dépêche adressée à notre ambassadeur, arrivé à Ems pour entretenir le roi de Prusse, se termine par cette phrase, qui indique que le gouvernement a nettement formulé sa légitime prétention : Pour que cette renonciation^ écrivait M. le duc de Gramont à M. Benedetti, produise son effet, il faut que le roi de Prusse s'y associe et nous donne l'assurance qu'il n'au-

torisera pas de ^nouveau cette candidature. Veuillez vous rendre immédiatement auprès du roi pour lui de^ mander cette déclaration.

« Ainsi ce qui est resté le point litigieux de ce grand débat a été posé dès la première heure, et vous ne méconnaîtrez pas l'importance de ce fait capital resté ignoré, il faut bien le dire, de l'opinion publique.

c Mais, de môme que S. H. le roi de Prusse s'était déjà refusé à donner la satisfaction légitime réclamée par le gouvernement français, qui avait tout attendu d'abord de la courtoisie officieuse de l'ambassadeur de Prusse parti de Paris pour aplanir le différend, l'ambassadeur de France, intervenu directement près du roi Guillaume, n'a recueilli que la confirmation d'un fait qui ne donnait aucune garantie pour l'avenir.

« Malgré ces faits déjà trop graves, votre Commission a voulu prendre et a reçu communication de dépêches émanant de plusieurs de nos agents diplomatiques, dont les termes sont uniformes et confirment, comme il a été déclaré au Corps législatif et au Sénat, que M. de Bismarck a fait connaître officiellement aux cabinets d'Europe que S. M. le roi de Prusse avait refusé de recevoir de nouveau l'ambassadeur de France el lui avait fait dire, par un aide de camp, qu'elle n'avait aucune communication ultérieure à lui adresser.

« En même temps nous avons acquis la preuve que dès le 14 juillet au matin, pendant que les négociations se poursuivaient, des mouvements de troupe importants étaient ordonnés de l'autre côté du Rhin.

€ De plus, des pièces chiffrées ont été mises sous nos yeux, et comme tous vos bureaux l'ont bien compris, le secret de ces communications télégraphiques doit être conservé par votre Commission, qui, en vous rendant compte de ses impressions, a conscience de son devoir visà-vis de vous-mêmes comme vis-à-vis du pays.

« Le sentiment profond produit par l'examen de ces documents est que la France ne pouvait tolérer l'offense

faite à la nation, que notre diplomatie a rempli son devoir, en circonscrivant ses légitimes prétentions sur un terrain où la Prusse ne pouvait se dérober, comme elle en avait l'intention et l'espérance.

« En conséquence, messieurs, votre Commission est unanime pour vous demander de voter les projets de loi que vous présente le gouvernement.

<r Nous vous le répétons, à nos sentiments personnels se sont ajoutées de nouvelles convictions fondées sur les explications que nous avons reçues, et c'est avec l'accent de la confiance dans la justice de notre cause, et animés de l'ardeur patriotique que nous savons régner dans cette Chambre, que nous vous demandons, messieurs, de voter ces lois, parce qu'elles sont prudentes comme instruments de défense, et sages comme expression du vœu national, i^

La Commission, qu'a-t-elle donc appris qui lui fasse dire qu'on est préparé à la guerre et que la demande de garantie -pour l'avenir a été introduite à l'origine de la négociation? Elle a mandé dans son sein le ministre de la guerre maréchal Lebœuf, et MM. de Gramont et Emile Ollivier. Le maréchal, interrogé sur ses préparatifs, a répondu d'une façon très précise : « Nous sommes prêts, absoluments prêts. i> La Commission l'a cependant encore questionné sur ses elTectifs, sur l'état de la cavalerie et de l'artillerie*. Il a fait des réponses qui ont paru satisfaisantes ; après quoi, sans plus de recherches, elle a rédigé son rapport. Cependant tous les députés devraient connaître l'état général des armements et des eiïeclifs; depuis longtemps on est sur le pied de paix; le ministre de la guerre a consenti avec la Commission du budget des retranchements sur ses dépenses, il a réduit, le 9 avril, le contingent de 100 à 90000 hommes. M. de Kératry, un des députés qui a réclamé cette dernière concession avec le plus d'insistance, fait pré-

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