De Gramont, La France et La Prusse, p
cela! » à gauche. — « Je dis que ce que je demande au gouvernemenl, c'est la noie générale envoyée par le comte de Bismarck à tous les cabinets de l'Europe. » — A droite : « Nous la connaissons. » — « Pourquoi? Parce que. quelque blessés que vous vous soyez sentis par des procédés qui sont aussi graves que vous le voudrez, ce ne sont cependant que des procédés. Il y a la dépêche ellemême. Il faut que nous la voyions, il faut que nous la discutions avec vous. » — M. le duc d'Albuféra : c La Commission l'a lue. » — M. le ministre des affaires étrangères : « Je déclare que j'ai communiqué la pièce à la Commission et qu'elle l'a lue. > — Au banc de la Commission : « Oui! oui! » — M. le duc d'Albuféra : « Nou^ déclarons l'avoir lue, et, si vous ne nous croyez pas, il fallait nommer d'autres commissaires. j> — M. Gambetta reprend : € L'honorable ministre des affaires étrangères me répond que la dépêche officielle rédigée par M. de Bismarck a été communiquée à la Commission. » — A droite et au centre : « Eh bien! alors? » — M. Gambetta : c J'entends t(mt ce qu'on peut dire à ce sujet. Seulement. en terminant, je veux vous laisser en présence de cette question : est-il vrai que la dépêche de M. de Bismarck ait été expédiée à tous les cabinets d'Europe ou seulement aux cabinets de l'Allemagne du Sud? »
Ainsi servi de réponses catégoriques, M. Gambetta est contraint d'admettre qu'une dépêche rédigée par M. de Bismarck existe. Or M. de Bismarck n'a ni envoyé de notes, ni rédigé de dépêches. Il a transmis par télégraphe des instructions restées inconnues, car elles sont pour les tiers insaisissables. Sur cela, ses agents ont purement communiqué de vive voix le refus fait par le roi de donner une audience à l'ambassadeur. Tout ce que M. de Gramont a pu montrer à la Commission et que celle-ci a pu voir, ce sont donc ces mêmes rapports des agents français déjà lus en séance par M. Emile OUivier, transmettant le compte rendu qu'ils ont recueilli de la communication verbale des agents prussiens. Il n'y a rien autre.
M. Emile Ollivier prend la parole après M. Gambetta; mais, soit qu'il se méprenne sur la nature de la communication des agents prussiens, soit que la comprenant il veuille maintenir la Chambre dans le doute, il ne changera rien à la croyance où l'on est qu'un texte rédigé de M. de Bismarck est connu du gouvernement et qu'il l'a produit. Il avait, en effet, le plus grand intérêt à laisser croire à l'existence de la dépêche. Déjà il éprouve des difficultés à faire accepter une déclaration de guerre immédiate, sur la remise qu'on croit que M. de Bismarck a faite aux puissances d'une dépêche écrite. Que serait-ce donc si la Chambre venait à être informée qu'il n'y a aucun texte, que le gouvernement n'a rien saisi d'écrit, qu'il ne possède le rapport que de communications verbales?
H. Picard, au nom d'une partie de ses collègues de la gauche, venait dire à ce moment que, quoique la guerre fût déclarée malgré eux, ils voteraient les subsides demandés pour la conduire. Ils n'étaient plus libres de les refuser. Les députés s'étaient comptés sur la question de paix ou de guerre, lors du vote sur la proposition Jules Favre. La majorité, en refusant communication des dépêches, avait par là même voté la guerre. Ils s'étaient également comptés dans les bureaux qui, tous, avaient formé la Commission avec des partisans de la guerre. Maintenant qu'elle était décidée et qu'il ne s'agissait plus que de voter isolément sur les projets de loi donnant les moyens de la soutenir, l'opposition ne pouvait plus qu'accorder les demandes ou s'abstenir. Le premier projet de loi, ouvrant un crédit supplémentaire de 50 millions sur le budget de 1870, est voté par 245 voix contre 10. Les trois autres, ouverture d'un crédit de 16 millions en faveur du budget de la marine, mobilisation de la garde nationale mobile et enrôlements volontaires, étaient votés, le premier par 245 voix, les deux autres par 243, le seul M. Glais-Bizoin votant contre, et les membres de la gauche, qui avaient voté contre le premier projet, s'abstenant. À minuit, la séance était définitivement levée.
Le Cttrp» l^îslatif avaîl, dass ntlc jarBcc, méconnu IMH te» devoirs. Opcadaal sa riMdnite Uni lonle simple, car pnuT lui le s«Qrï de coairir t'Empcfevr domittail tout. L Frii j-^renr élail si prépowiéraBl qae les ministres ne pod .'lit le déchaîner «l'ose parlqndnmqDe de responsal.i': ■' ; il n'; arail lexlc de loi, déclanlÏMi. on conduile pruif ; remédier. Ponrqnoi ea Ai^elerre les ministres sont-ilâ parreonâ à conmr le roi en tonte occasion? Parce ({u'ï U poissance royale a été diminnêe, et parce qu'on voit ti^nrer dans les conseils de la couronne les chefs de jfT»ti:\i partis polîliqnes réellement maîtres dn pays. Mais rKrnp-renr français vient, an rontraire, de retremper sa (nf'-.-.ltn face de ce colosse que sept millions de suffrages ont >i>!j]i, qnels sont lesministresqni apparaissent?Un chef lie ru II i net isolé de tons les partis, un ministre des affaires nlrnrijiressansvaleur, choisi, par caprice, dans Boeamhas- ?tailt ! A qui ponrrait-on persuader qne des hommes aussi f»iilj|)'~.i|iii ont conduit toute une négociation sans s'eipli- ■ju'T iiL Corps législatif, aient pu prendre en même temps, â l'^;Mrfl de l'Empereur, une attitude indépendante? Les fait' -^oiit d'ailleurs lels qu'on peut le supposer : connus, ils i't;iljliraîenl le r6le secondaire des ministres restés li'^ >.i[iipleB comparses. Quand H. Thiers venait dire, en ilnni^uidant communication des dépèches : c Nous avons la fiii-vn- par une faute du cabinet, * les dépêches produites aui'Mi'nt montré que c'était'bien par la faute personnelle rie I l-impereur qu'un l'avait. L'Empereur et ses ministres s'i'l;iii.-iit mis dans la nécessité de déclarer la guerre sans i|ut: le Corps législatif éciaircH leur conduite, et la candiilalure officielle, l'intervention administrative dans les rii'ctinnï, toutes les pratiques de l'Empire, avaient pour l»iL il'oliteoir un Corps législatif composé d'hommes qui s;i(ri/isssent leurs droits et cens du pays au soin de couvrir (-1 rie défendre l'Empereur.
M, lie Gramont, au Sénat, avait lu, de son côté, l'exposé (in ^iiuvernement. Les sénateurs s'étaient tout de suite livres à des transports. Les passages de l'exposé où l'on
cherchait à établir l'insulte reçue de la Prusse, soulevaient leur indignation. «On ne pousse pas plus loin l'insolence! i^ s*écriait l'un d'eux à l'adresse du roi de Prusse, et un autre : « C'est trop d'impertinence et d'audace! ]» La lecture terminée, tous se lèvent en criant: Vive l'Empereur! Vive la France! et font retentir Tair de salves d'applaudissements. Lorsque l'enthousiasme s'est un peu calmé, le président, M. Rouher, offre la parole. « Non! non! criet-on de toutes parts, vive l'Empereur! t> — M. le général Daumas : « Le temps des paroles est passé. » — M. Ferdinand Barrot: « La parole est au canon. y> — M. Hubert Delisle : (c Plus de paroles, des actes maintenant. » — M. Boinvilliers : « Rien de plus! Vive l'Empereur! vive la France! ^ Les cris de Vive l'Empereur ! éclatent de toutes parts; la séance est levée. Le lendemain, le Sénat adoptait à l'unanimité les quatre projets de loi présentés par le gouvernement.
L'émotion du public, qui depuis l'annonce de la candidature Hohenzollern avait grandi de jour en jour, le 15 juillet était arrivée à son comble. La foule avait obstrué, tout l'après-midi, les alentours du Corps législatif; le soir, elle encombrait les boulevards et débordait dans les rues voisines. On voyait apparaître, plus nombreuses que précédemment, les bandes organisées par les bonapartistes, qui, depuis plusieurs soirs, parcouraient les boulevards et les principales rues en criant : « Vive la guerre ! A Berlin ! » Elles ne recueillaient au passage que d'assez maigres applaudissements, mais une poignée de républicains qui essayait une contre-manifestation, en faveur de la paix, trouvait encore moins d'écho. Le public se maintenait dans une sorte d'irrésolution et de réserve.
C'est ainsi qu'en douze jours, du 3 au 15 juillet, la France, tirée d'une complète quiétude, a été précipitée dans tous les hasards. Quelles dispositions avait-elle pendant ce temps-là laissé voir? Quels sentiments avait-elle au juste manifestés? Lorsque la candidature Hohenzollern se produit, ses penchants étaient pacifiques. Les charges accu-
inulees par les guerres antérieures, Fimpopularité de 1 «expédition du Mexique écartaient tout désir d'une guerre nouvelle. Cependant l'avènenient d'un prince prussien au trône d'Espagne parut une provocation et une source de dangers inacceptables. Si la candidature est maintenue, la France se décidera donc à s'y opposer par les armes, mais ce serait là une extrémité, et le retrait à l'amiable et une solution pacifique lui conviendraient autrement.
Il est vrai que la décision à prendre au sujet de la candidature Hohenzollern, en soi, est embrassée par des considérations dominantes, plus générales et plus profondes. Il y a surtout cette pensée que la victoire de Sadowa a procuré à la Prusse des accroissements que la France ne peut à tout jamais accepter. Dès lors, avant de se décider à la paix ou à la guerre, à propos d'un incident comme la candidature Hohenzollern, on examine dans son ensemble la situation respective des deux nations pour s'assurer, puisque celle de la Prusse doit être un jour redressée, si le moment opportun n'est pas venu. On voit par là combien étaient affaiblis la plupart des défenseurs de la paix. Ils admettaient que les agrandissements réalisés par la Prusse étaient inacceptables et que, Toccasion se présentant d'y porter atteinte, il fallait, après s'être préparé, ne pas manquer de la saisir. C'était là le langage de H. Thiers. Tout se réduisait alors à savoir si l'incident Hohenzollern était propiceou non. L'occasion est favorable, nous sommes prêts, disaient les bonapartistes ; elle est mal choisie et vous n'êtes pas prêts, disait M. Thiers; mais entre les deux il y avait cette opinion commune que, tôt ou tard, puisque la cause générale subsistait, il y aurait lieu à un conflit. En effet, la bataille de Sadowa et la prépondérance de la Prusse en Allemagne continuaient à être douloureusement ressenties. L'Empereur et les bonapartistes en souffraient comme d'avantages obtenus sur eux par duplicité ; l'armée elles « chauvins» y voyaient un éclat de gloire offusquant la gloire française; les catholiques, le triomphe du protestantisme sur l'Autriche catholique ; les politiques, le dé-
placement de l'équilibre européen en faveur de la Prusse. El comme la faute première remontait à l'Empereur, Topposition de toutes nuances le poursuivait de ses reproches et empêchait l'oubli. Pour amener le pays à repousser la guerre d'emblée, en toutes circonstances, il eût fallu pouvoir dire : Quelque jugement que Ton porte sur les événements d'Allemagne, ce sont des faits irrévocables qu'il faut accepter à jamais, sans esprit de retour. Mais, cette opinion étant impopulaire, peu de gens osaient ouvertement la soutenir.
Au mécontentement causé par la grandeur nouvelle de la Prusse se joignait, pour laisser la France glisser à la guerre, la conviction de sa supériorité militaire. La guerre n'apparaissait alors aux Français que comme une sorte de course victorieuse, hors des frontières; Tannée, à cause du système d'exonération à prix d'argent, n'était presque plus composée que de soldats de profession ou d'hommes du peuple ; aussi le seul sacrifîce qu'une campagne parût entraîner aux yeux des classes dirigeantes, était-il une charge financière. C'est la croyance à l'invincibilité des armes françaises qui portait les bonapartistes et les € chauvins j» à exiger la guerre, et les hommes des autres opinions, sans partager leur ardeur, n'éprouvaient cependant aucune de ces appréhensions, qui eussent pu les conduire à la repousser énergiquement. La France a donc vu se précipiter Taffaire Hohenzollern sans être renseignée et sous l'influence de sentiments complexes ; elle n'a en définitive manifesté de volonté absolument arrêtée dans aucun sens; elle a laissé faire. C'est-à-dire que, soit qu'on regarde les ministres, le Corps législatif ou la nation, on ne découvre aucune puissance capable d'exprimer une volonté ou de faire prévaloir une résistance en face de TEmpereur, redevenu par le plébiscite maître absolu de toutes choses. Aussi, pour comprendre les événements, faut-il connaître le caractère de TEmpereur.
Louis-Napoléon Bonaparte est un homme froid, méditatif, taciturne ; son regard est voilé, son jugement a du
itl^iitlHK m FRANCE nE 1870 A 1HT3.
,-. m^roe dans les avenlures, ses livres et .Lisant toujours quelque initécision. Par 11$ anetndre une supériorité très grande, [,[<! ; 4«ns sa vie de consptraleur, il est resté . .,.tt*i fi\ée sur les moyens de s'emparer ■^ ]«i est venue une connaissance très ... 1.-^ lies instincts qui, au sein de la nation. ' iirj il ï joint une sorte de tact, d'espril .i.nt^nent facilement à se contenir et à ne ^:ltie^s à l'exlrème. Aux grandes crises, il ■,■ dans la stupeur ; non pas qu'il craigne iihil de sang-froid, c'est £^ute d'invention ,'jl est alors inerte. Louis-Napoléon a été .\ .']'ipéties de la politique et de la guerre. Il , i'Kiiis, sans parvenir â leur donner de forme ur<ûp^',j>U)U,l»rs([ue l'heure arrive de les réaliser, lorsque I IcUifMi 'ÙiUt>no le besoin de la vue rapide, il flotte et tCLr^u(4iw«^l, s'il s'est laissé aller avec un politique doué ilaUftiU)M(>$ qui lui manquent, c'est celui-ci qui recueille lofi^iy^lto, de l'action engagée. Louis-Napoléon a précisélUTjl^tiiiWlconlii'deuxdeces liommes : MM.de Cavour et de UtuitjuH'k. Enln'' aïec eux dans des voies tortueuses, quoi- ^^,ill wlt le rùli' d'arbitre suprême, il leur laisse une telle lj^|lJWJ« qu'ii:^ s'agrandissent hors de ses prévisions, el, lif^ ijk't^nemeul.s consommés, il accepte et se résigne, la uCii^nce de ne point revenir sur l'irrévocable finissant par llflittporler.
Quand la candiJalure Uohenzollern surgit, l'Empereur i^ se montre poiat possédé des sentiments belliqueux dr» son entourage ; il lui est cependant difficile de s'y sous- IfMlru; si l'Impératrice et les bonapartistes veulent la guerre, c'est pour réparer ses fautes. Ainsi en désavantage jt l'égard lie sa famille et de son parti, il se laisse d'abord «ntratner à un langage énei^ique. Il obtient le désistement. Il est vraisemblable que, laissé à lui-même, il l'eut iiccepté du prince Antoine tel qn'il se produisait, sans lursuivre l'intervention ostensible du roi Guillaume. Il
se serait conduit avec la prudence d'autrefois, lorsque, après avoir promis d'affranchir Tltalie jusqu'à l'Adriatique, il s'était contenté de la Lombardie. Mais il cède au contraire à la pression exercée sur lui, en introduisant la demande au roi de garantie pour l'avenir. Savait-il dès lors que la guerre allait devenir inévitable? On peut croire que non. C'est ici qu'apparaît sa vue trouble. 11 avait obtenu une partie de ses demandes, à une autre devenue sans objet il substituait une proposition nouvelle, qu'il supposait pouvoir amener de nouveaux pourparlers. Mais il a devant lui un homme qui a déjà profité de son manque de coup d'oeil. M. de Bismarck reconnaît l'occasion et l'utilise. L'Empereur, circonvenu par l'Impératrice, les bonapartistes et les (L chauvins » qui le harcèlent, puis saisi par M. de Bismarck qui lui coupe la retraite, a été entraîné à la guerre sans la désirer. C'est donc autour de lui qu'éclate une confiance sans bornes, une joie véritable, tandis qu'il ne manifeste aucune satisfaction et ne dissimule point la gravité de Tentreprise que l'on tente.
Le 16 juillet, le Sénat était reçu à Saint-Cloud par l'Empereur, l'Impératrice et le prince impérial. Son président, M. Rouher, prononçait un discours dithyrambique, pour acclamer le génie de l'Empereur et le triomphe prochain. L'Evipereur répondait d'une façon peu enthousiaste. Cinq jours après, recevant à son tour le Corps législatif, il se défendait d'avoir personnellement voulu la guerre. II avait soin du reste de montrer le prince impérial, il l'emmenait, disait-il, avec lui — un enfant de quatorze ans! — Et comme au plébiscite, les ministres le produisaient de leur côté. M. Emile Ollivier, prescrivant des prières publiques, demandait aux évêques de mettre sous la protection divine irla France, son chef et le noble enfant qui va combattre avant l'âge ». Par décret du 23 juillet, l'Empereur déclarait closes les sessions du Sénat et du Corps législatif, et nommait l'impératrice Eugénie régente pendant son absence. Parti de Saint-Cloud le 28, il arrivait le soir même à Metz, où il établissait son quartier général.
Le 15 juillet, le roi Gnîllanme avait quille Ëms. Il apprenait la résolulion prise par legouvernemeDirran(ais de déclarer la guerre, le soir, en arrivanl à Berlin. M. de Bismarck, le général de Moilke le recevaient à la gare. La nouvelle de la guerre imminente soulevait la colère ilii peuple amassé au dehors, et le roi, de la gare au palais, l'iait salué par des hourras et des chanLs patriotiques. Le soir même, les ordres de mobiliser l'armée partaient en tous sens.
Le 19, le jour où il recevait notification officielle de la déclaration de guerre, le roi Guillaume ouvrait le Reichslag de la Conrédéralion de l'Allemagne du Nord. Après avoir observé que le gouvercemeut de l'Empereur des Français venait de créer un cas de guerre, avec un mépris du droit des peuples, doiil les souverains antérieurs de la France avaient déjà donné des exemples, et dit que, si rAllemagne, autrefois divisée, avait subi en silence les alteinlesàsondroil etàsonlionneur,elle avait aujourd'hui, par son nnioo, la force de se défendre, il ajoutait : «Nous appuyant sur la volonté unanime des gouvernements allemands du Sud comme du Nord, nous nous adressons au ]iatriotîsme et au dévouement du peuple allemand, pour l'appeler a la défense de son honneur et de son indépendance. « En effet, le roi Guillaume avail déjà reçu l'adhésion des États de l'Allemagne du Sud. Ils avaient, sans attendre, considéré que le cas d'alliance prévu par leurs traités avec lui se présentait, et d'eux-mêmes mobilisaient leurs troupes pour les joindre aus siennes. L'Allemagne entière ressentait une même fureur patriotique.
La Prusse ralliait en outre les sympathies de presque tous les neutres. La Russie lui était depuis longtemps iillachée et, tout en se proclamant neutre, n'en persistait pas moins dans un traité d'alliance secrète avec elle. L'Angleterre, qui avait hautement désapprouvé la candidature IlohenzoUern, trouvait injustifiable la guerre déclarée .iprès son retrait. Il était alors bruit d'un marchandage au sujet de la Relfiique, que M. de Bismarck livrerait à l'empe-
pereur Napoléon, pour compenser les agrandissements réalisés ailleurs par la Prusse, et l'Angleterre se tenait d'autant plus en garde contre la France qu'elle craignait de la voir prolonger au Nord sa frontière maritime.
Deux puissances à cette époque, TÂutriciie et ritaiie,se fussent peut-être, dans des circonstances favorables, alliées à la France. Mais comme l'opinion de l'Europe lui donnait tort, les partis qui, chez elles, eussent pu l'emporter en sa faveur perdaient toute leur force. L'Autriche était d'ailleurs retenue par l'alliance secrète existant entre la Russie et la Prusse^; elle savait que la Russie devait secourir la Prusse, au cas où la France trouverait elle-même de l'aide au dehors. L'Italie était encore aliénée par Foccupation prolongée de Rome et le maintien du pouvoir temporel du pape. Seul, le petit Danemark, mutilé par la Prusse, accueillait la guerre avec joie, comme susceptible d'amener une réparation en sa faveur; mais, trop faible pour rien entreprendre, il conservait lui aussi la neutralité.
Le gouvernement de l'empereur Napoléon III se jetait dans la guerre sans alliés. Du reste, l'opinion que la France avait de sa supériorité était partagée au dehors. Les guerres de Crimée et d'Italie avaient autrement ébloui que les victoires prussiennes. Aussi les regards du monde se (ixorent-ils sur les lieux d'où Ton s'attendait à voir les Français se précipiter sur l'Allemagne.