‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 21 sur 178 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA FRANCE ET l'ALLEMAGNE EN 1870

La France et TAilemagne engageaient une guerre pour la suprématie militaire où elles devaient tendre toutes leurs forces. Quelle était donc à ce moment leur manière d'être respective?

L'Allemagne a fait la dernière l'évolution qui, du fractionnement, a conduit les grandes nations européennes à l'unité. Pendant que la France en particulier se concentrait sous un seul gouvernement et tirait de là sa prépondérance, l'Allemagne restait divisée. En 1815, le territoire germanique avait, il est vrai, formé une vaste Confédération, mais le lien fédéral se trouvait insuffisant, parce qu'il était très faible et surtout parce que le système comprenait deux grandes puissances rivales, la Prusse et l'Autriche. Cependant le désir d'un ordre meilleur s'était développé, lorsqu'on vit un petit État militaire réaliser l'unité de l'Italie, qui longtemps avait semblé une chimère, en s' annexant tous les États italiens jusque-là autonomes. La pensée vint alors à prédominer que la Prusse devrait jouer en Allemagne le rôle du Piémont en Italie. La représentation qu'elle offrait, comme protestante, du génie allemand en opposition à TAulriche catholique, en grande partie puissance non allemande, la désignait, de préférence à cette dernière, aux patriotes et aux progressistes. M. de Bismarck, en 1866, par une initiative hardie, opère la transformation rêvée. La Prusse, guidée par lui, éli-

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mine l'Autriche vaincue à Sadowa, met lin au dualisme ni s'assure riiégémonie des autres États allemands (jui, désuiluais, ne font plus qu'un corps avec elle.

De quelque côté que fût venue après cela une agression contre son unité, l'Allemagne s'en fût irritée, mais tWf ressentira au plus haut point celle de la France, comme li' retour d'un ancien mal, dont le souvenir la remplit (k: colère. Pendant des siècles elle s'était trouvée désunir, soumise aux injures de ses voisins. Les vexations de l:i France lui avaient, en particulier, laissé un levain de haine que la conduite de Napoléon 1" avait ensuite déniesurément accru. Napoléon avait infligé aux AllemaniU tous les outrages de la force victorieuse. Il avait démembré la Prusse et limité l'efTectif de son armée; mis lu vasselage, par la Confédération du Rhin, une série de petits États; dressé en Westphalie un trône pour un de ses frères; découpé des départements français jusqu'à Hambourg. Le souvenir de ces méfaits s'était ravivé au lendemain de Sadowa. La France intervenant alors avait empêché la Prusse de recueillir tout le fruit de sa victoire; elle restait même mécontente du traité de Prague; il étiiil aisé de voir qu'elle nourrissait l 'arrière-pensée de se mêler une fois de plus aux affaires allemandes, pour attaquer les changements accomplis. Au moment où l'Allemagne a enfin réalisé son grand rêve d'unité natioiiah'. elle découvre de nouveau son vieil ennemi, l'empire dis Napoléons, qui la menace. Dans l'inquiétude qui s'ensiiil. chaque alarme, chaque conflit a été comme un coup sur d'anciennes blessures, venant réveiller de vieilles douleurs et envenimer de vieilles haines. Le peuple allemand eal ainsi prêt à se lever tout entier et il faut voir à quel gouvernement il obéit.

La monarchie prussienne qui va l'entraîner contre lu France, remonte aux origines nationales et se ratlarht' intimement aux forces qui subsistent du passé. Elle a su se plier cependant aux tendances nouvelles du patriotisme allemand. C'est que tout en se reliant au passé, elle n'en

représente point les idées dans leur rigidité, sans compromis, comme l'ont fait en Angleterre les Stnarts et en France les Bourbons; l'idée absolue du droit monarchique a eu autrefois pour représentants en Allemagne TAutriche et ses clients, que la Prusse a précisément vaincus et éliminés. La monarchie prussienne, lorsqu'elle entre en lutte avec l'Empire français, est dans un état avantageux d'équilibre. Elle a donné le suffrage universel et réalisé l'unité allemande, sans absorber jusqu'au Sud tous les états autonomes. Et, si son chef le roi Guillaume se fait facilement obéir, c'est qu'il satisfait les aspirations du pays et qu'il se confie à des hommes comme MH. de Bismarck et de Holtke, qui, chacun dans sa sphère, représentent le summum de l'intelligence nationale.

En France, les conditions de l'état politique sont dues à l'existence prolongée du régime survenu en 1851. La France, après avoir renversé la monarchie des origines et s'être séparée de ses anciens rois, à deux reprises, a institué la République et, chaque fois, elle a été étouffée par un nouveau pouvoir d'ordre monarchique. Les deux Empires ont été produits par un retour momentanément irrésistible de certains des instincts et des penchants venus du passé, que les idées et les aspirations plus nouvelles, d'où est sortie la République, se sont d'abord trouvées trop faibles pour supplanter complètement. Les deux Empires, tout en offrant les traits essentiels de la classe de gouvernements despotiques à laquelle ils appartiennent, doivent au caractère spécial de leur premier auteur d*avoir eu des conséquences très particulières.

Napoléon Bonaparte a été un soldat, un artiste dans l'art de la guerre. Son règne s'est écoulé en campagnes et en batailles, qui ont eu surtout pour cause la poursuite de son art et le besoin d'exercer la fonction d'où il tirait sa suprématie. L'Europe l'a détruit. Et alors s'opère dans l'esprit français un travail d'agrandissement et d'idéalisation qui le transforme en un génie incommensurable, en un demi-dieu, devant lequel on s'abaisse et se prosterne.

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