Colonel Fay, Journal j p
soustraire à Tennemî. On abandonne également un grand nombre de blessés. Les Prussiens, incertains de la direction que suivrait l'armée du Rhin, restèrent rangés face au nord, pour Taltaquer de nouveau si elle reprenait la marche sur Verdun; dans Taprès-midi du 17, grossis des corps qui ont rallié, ils se trouvent ainsi avec sept corps d'armée sur le terrain. Les Français purent donc se replier vers Metz sans être inquiétés.
Les Allemands ont maintenant toutes leurs forces sur la Moselle. La IIP armée a franchi les Vosges et traversé la Moselle à Nancy et en amont. Les trois armées allemandes occupent un échiquier restreint, elles se soutiennent les unes les autres et peuvent effectuer des concentrations écrasantes. Chaque armée, depuis le 5 août, a reçu un nouveau corps : la I" armée, le 1*"' corps ; la 11% le !!• corps ; la IIP, le VP corps. Ces renforts ont plus que compensé les pertes subies. L'étal-major prussien juge donc inutile d'appeler à lui toutes ses forces; il laisse la IIP armée s'avancer au delà de la Moselle vers Toul et Châlons et se contente de l'eiïectif sous la main, pour une bataille immédiate, soit les sept corps de la P* et de la IP armée déjà concentrés le 17 au soir, plus le IP corps, en marche de Pont-à-Mousson. Le I" corps, maintenu sur la rive droite de la Moselle, y surveillera les entreprises que l'armée du Rhin voudrait tenter de ce côté. Le 18 août, huit corps d'armée, sous le commandement du roi Guillaume, avec le général de Moltke et les deux généraux en chef de la P* et de la IP armée, 180000 hommes d'infanterie, 25000 cavaliers et 700 pièces de canon, se mettent en mouvement pour livrer une décisive bataille rangée.
L'armée du Rhin, fort inférieure en nombre, ne comptant qu'environ 130000 hommes et 500 canons, a pris position sur des hauteurs qui courent du sud au nord, par Rozérieulles, Amanvillers et Saint-Privat; elle tourne ainsi le dos à la Moselle et regarde la France, tandis que les Allemands font face à la frontière d'où ils sont venus. Elle couvre sa gauche par le camp retranché de Metz et protège
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son front par des travaux faits aux fermes et aux villa{^es. Cupeuilant sa droite, à Saint-Privnt, dc^meure faible, car <'llp ne s'appuie à aucun obstacle artificiel nu naturel et se jji'éle ainsi à une double attaque de front et île Hanc. Les iiorps sont rangés : le 2°, le plus près de Metz, appuyé au fort Saint-Quentin, à droite du 2= le 3", puis le i* à Amanviljers et tout à fait à la droite, à Saint-Privat, le 6*. Ce corps, amené de Chàlons sans sa réserve d'artillerie, n'a lion plus de parc de génie; il ne peut donc, comme les autres, se couvrir par des travaux de campagne. En outre, lo maréchal Bazaine, qui appréhende toujours d'être coupé lie Metz, continue à tenir ses réserves sur la gauche. De lollc sorte que le terrain à la droite, vers Saint-Privat, qui l'ht d'une importance suprême pour l'armée, puisque c'est pnr là qu'elle conserve ses communications avec la France et <|ui est en même temps son point faible, est cependant resté la partie du champ de bataille la moins bien garnie l'I la moins bien protégée.
La bataille commenciie vers midi, par l'attaque du IX' corps sur le centre français, s'étend bientôt à tout le frurit, d'un développement de près de 13 kilomètres. Les Allemands, partout repoussés. Unissent par concentrer leurs eiïorts sur la partie faible de la ligne française, sur Saint-Privat, à la droite. A cinq heures du soir, la ^'arde prussienne attaque le village à découvert. La mousqueterie française lui inflige des pertes énormes, des compagnies entières disparaissent, des bataillons, des régim>;nts perdent tous leurs officiers. Elle se replie. La principale préoccupation du général de Moltke a été d'écraser la droite française, en la faisant prendre à revers. Le XII' corps, chargé de cette mission, a di) faire un grand circuit et la garde s'est avancée avant qu'il pût entrer mi ligne. Comme préparation à une nouvelle et décisive jitraque de l'infanterie, l'ennemi couvre Sainl-Privat d'obus. Le 6' corps a épuisé ses munitions et sou artillerie se tait. A septheures, lorsque l'ennemi ajugé que les ravages produits par sa propre artillerie sont suffisants, la garde
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prussienne esl ramenée droit sur Saint-Privat, en même temps que le XFP corps, parvenu sur le terrain, l'attaque lie flanc. Le 6° corps, vi{2^oureusement commandé par le maréchal Canroberl, oppose une énergique résistance; déjà fort éprouvé par le feu de l'artillerie, il est accablé, par cette irruption de masses très supérieures, perd Saiiit-Privat et abandonne en désordre le champ de bataille. Ce recul a découvert la droite du A"" qui, pris d'écharpe, est obligé de quitter Amanvillers où il s*était maintenu toute la journée. Lorsque le maréchal Bazaine, à Plappeville, fut informé du succès obtenu à la dernière heure par l'ennemi, il en éprouva une pénible surprise, car il se croyait définitivement vainqueur ^ Il fait partir les grenadiers de la garde et sa réserve d'artillerie. Ces forces, placées sur la gauche, sont trop loin pour arriver à temps et tout ce qu'elles peuvent faire, c'est d'arrêler l'ennemi ce soir-là, près d'Amanvillers. Les pertes de l'armée du Rhin se sont élevées dans cette journée à 12273 hommes hors de combat, et 2000 restés prisonniers, celles des Allemands à 20159 hommes hors de combat.
Les Allemands, par le terrain gagné à Saint-Privat, ont achevé leur grand mouvement tournant dans la vallée de la Moselle. L'armée du Rhin, enfermée à Metz, a perdu ses communications avec la France.