‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 5 sur 178 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'interpellation sur le pouvoir constituant était suivie ij'une crise minislérielle. Les mînislreE venus du centre giiuclie, MM. BufTel et Daru, n'avaient en effet pris aucune part au débat, laissant M. Emile Oliivier soutenir la nouvelle Constitution et le plébiscite pour la ratifier. Le président du centre gauche, le marquis d'Andelarre, avait cnncUinné à la tribune les plébiscites et les membres du jnème groupe avaient proposé un ordre du jour, qui eût iulroiluit de fortes réserves au droit de l'Empereur d'appel au peuple. Le centre gauche acceptait pourtant, en dernier lieu, le principe des plébiscites inscrit dans le sénalus-consulle et même le recours immédiat au plébiscite, à condition que des limites fussent dans l'avenir mises au droit de l'Empereur. Deux manières s'offraient d'obtenir des garanties : la première, la plus efficace, nvait déjà été produite dans l'ordre du jour du centre gnuche, que l'Empereur ne pût recourir au plébiscite sans l'adhésion du Sénat et du Corps législatif; la seconde, i|ue les occasions d'exercer ce recours fussent d'avance spécifiées et réduites au cas où l'existence de la dynastie serait en jeu. Le centre gauche et les ministres pris dans si<n sein recommandaient, avec insistance, ces amendements. Ne pouTani rïeii obtenir, H. Buffet donnait sa ilernissiou le 9 avril. Celle de M. Dani, quoique annoncée, Urdait cependant; avant qu'elle fût définitive, le mar-

quis d'Andelarre allait solliciter l'Empereur d'abandonner son droit personnel d'appel au peuple. Il s'y refusait et M. Daru se retirait à son tour du ministère.

M. Emile Ollivier, délaissé par les parlementaires, se consacrait tout entier au succès du plébiscite. Le 13 avril, il demandait au Corps législatif de s'ajourner à partir du lendemain, un jeudi, jusqu'au jeudi suivant, le vote du plébiscite. A l'appui de sa demande il mettait d'abord le besoin que les ministres avaient de tout leur temps pour discuter la nouvelle Constitution au Sénat ; mais ce n'était là, disait-il, qu'une raison accessoire. En réalité il croyait que la plupart des députés désiraient se trouver parmi les électeurs, au moment où allait s'accomplir l'acte solennel pour lequel on convoquait la nation. Le gouvernement partageait ce désir et il attachait une grande importance à ce que les hommes honorés du mandat législatif pussent exposer aux populations la valeur de la réforme qui s'accomplissait. Après une protestation véhémente de M. Jules Favre, l'ajournement était volé par 194 contre 62. La Constitution allait se faire entre l'Empereur et le Sénat, et la Chambre élue qui, dans le régime parlementaire, représente directement le pays, se trouverait à ce moment-là dispersée ! C'était la diminution la plus complète à laquelle on pût réduire une grande assemblée politique.

Le Corps législatif prorogé, la discussion de la nouvelle Constitution venait au Sénat, le 18 avril. Le projet de sénatus-consulte avait été soumis à une Commission. Le rapporteur, M. Devienne, s'était d'abord proposé de modifier deux des articles; mais, après avoir mentionné les changements entrevus, il les abandonnait, pour conclure à l'adoption intégrale du projet des ministres. Au rapporteur succédaient à la tribune certains membres ne représentant aucun parti ou groupe organisé, car rien de semblable n'existait au Sénat, qui, en leur nom personnel, présentaient, sur des points secondaires, des amendements invariablement repoussés. L'article principal, qui au

dehors soulevait une si vive opposition, l'article 13, conférant à l'Empereur le droit perso4inel d'appel au peuple, ne faisait même pas Tobjet d*un semblant de débat et était adopté à main levée. Seul, M. Bonjean votait contre. Après trois séances ainsi employées, la nouvelle Constitution passait à Funanimilé, aux cris de Vive VEmpereur! et de Vive la France î

Dans le même temps le parti républicain s'était mis à combattre le plébiscite. L'annonce d'un plébiscite, tout inattendue qu'elle fût, suivant de si près la promesse du régime parlementaire, avait pourtant trouvé les républicains sur leurs gardes. Ils étaient depuis longtemps dans une effervescence entretenue par une série d'incidents, le procès Baudin, la publication de \2l Lanterne de M. Rochefort, les élections de 1869 et enfin le meurtre de Victor Noir. Cette dernière affaire avait amené le jugement du prince Pierre Bonaparte par la Haute Cour à Tours. L'issue du procès ajoutait encore à la colère des républicains; le prince était acquitté. On avait vu pendant les débats l'accusé, plus ou moins protégé par le président, H. Glandaz, se laisser aller à toute la violence de son caractère; les témoins à charge, amis de la victime, s'étaient montrés également emportés et provocateurs. Il semblait qu'il n'y eût plus à l'audience que deux partis politiques venus là pour se mesurer. Le respect dû aux juges et l'impartialité que les juges doivent aux parties avaient également disparu. Le jury spécial, pris parmi les conseillers généraux, ne trouvait même pas le meurtrier redevable à la famille d'une indemnité pécuniaire. La seule condamnation prononcée était celle de M. Ulrich de Fonvielle, l'ami de la victime, puni de quinze jours de prison, comme coupable de violences devant la Cour.

Le parti républicain s'était promptement organisé pour attaquer le plébiscite. Le jour même de la prorogation du Corps législatif, les députés de la gauche et les représentants des journaux démocratiques de Paris et des départements formaient un comité antiplébiscitaire. Il siégerait

en permanence rue de la Sourdière et servirait de centre à Topposition républicaine dans toute la France. Il rédigeait d'abord un manifeste :

€ A nos concitoyens,

« Le 2 Décen)bre a courbé la France sous le pouvoir d'un homme.

« Aujourd'hui le pouvoir personnel est jugé par ses fruits. L'expérience le condamne, la nation le répudie.

« Aux élections dernières le peuple français a manifesté hautement sa volonté souveraine : au gouvernement personnel il entend substituer le gouvernement du pays par le pays.

€ La Constitution nouvelle sur laquelle le pouvoir vous appelle à vous prononcer réalise-t-elle le vœu national? Non. La nouvelle Constitution n'établit pas le gouvernement du pays par le pays. Elle n'en est que le simulacre. »

Puis, après avoir énuméré les clauses de la Constitution qui maintenaient le pouvoir personnel de l'Empereur, le manifeste poursuivait :

c C'est votre abdication qu'on vous demande. Voulezvous y souscrire ? Voulez-vous renouveler les pleins pouvoirs de l'Empire? Voulez-vous sous les apparences du gouvernement parlementaire consolider le gouvernement personnel ?

f Si vous le voulez, votez oui.

€ Mais, si vous avez retenu la leçon des événements, si vous n'avez oublié ni les dix-huit années d'oppression, d'outrages à la liberté, ni le Mexique, ni Sadowa, ni la dette accrue de cinq milliards, ni la conscription, ni les lourds impôts, ni les gros contingents, vous ne pouvez pas voler oui,

« Car tous ces maux dont la France n'effacera de longtemps la trace, sont sortis, il y a dix-huit ans, de deux plébiscites semblables à celui qu'on vous soumet.

tS HISTOIUË Db FRANGE DE 1870 A 1873.

(( Car aujourd'hui comme alors, c'est un blanc-seing qu'on vous demande, Taliénation de votre souveraineté, l'inféodatioa du droit populaire aux mains d'un homme et d'une famille, la confiscation du droit imprescriptible des générations futures.

« Au nom de la souveraineté du peuple et de la dignité nationale, au nom de Tordre et de la paix sociale qui ne peuvent se réaliser, par la conciliation des intérêts et des classes, qu'au sein d'une libre démocratie, repoussez par votre vote la Constitution nouvelle.

c Protestez par le vote négatif, par le vote à bulletin blanc, ou même par l'abstention, tous les modes de protestation apporteront leur part à l'actif de la liberté.

« Quant à nous, nous voterons résolument non ei nous vous conseillons de voter non. »

Emmanuel Arago, Bancel, Crémieux, Desseaux, Dorian, Esquiros, Jules Ferry, Gagneur, Gambetta, Garnier- Pagès, Girault, Glais-Bizoin, Grévy, Magnin, Ordinaire, Pelletan, Jules Simon, députés.

Delescluze, A. Duporlal, Jourdan, Lavertujon, Pierre Lefranc, Peyrat, Ulbach, Eugène Véron, délégués de la presse de Paris et des départements. M. Jules Favre, absent, adhérait par lettre.

Les républicains agrandissant le débat profitaient de l'occasion, pour revenir sur les plébiscites qui dix-huit ans auparavant avaient établi l'Empire et demander à la nation de les casser. Tous les griefs élevés depuis des années contre le gouvernement impérial, qui leur avaient servi aux élections de 1869 à grossir leurs rangs, étaient rappelés, au nom de la souveraineté inaliénable du peuple et du droit imprescriptible des générations futures. Il ne manquait dans le manifeste que le mot de République, il s'y trouvait implicitement avec l'expression de c libre-démocratie » . Dans la langue politique en usage sous l'Empire, formée après le coup d'État à une époque de compression absolue, les mots

« démocratie )> et « démocratique» tenaient lieu de ceux de « République j> et de (n républicain » qui n'eussent point été tolérés. Aussi la gauche républicaine venant dire que tout ce que l'Empire refusait, ne pouvait être obtenu qu'au sein d'une « libre démocratie », il n'y eut personne qui ne comprît <c République » et ne vît dans le manifeste un appel hardi en sa faveur.

Le 29 avril, un décret du Journal officiel convoquait le peuple dans ses comices, le dimanche 8 mai, pour voter par oui ou par non sur la formule suivante : <r Le peuple approuve les réformes libérales opérées dans la Constitution depuis 1860 par l'Empereur avec le concours des grands corps de l'État et ratifie le sénatus-consulte du 20 avril 1870. »

Le lendemain, l'Empereur, dans une proclamation, s'expliquait à son tour sur le vote plébiscitaire. Or il ne cherchait non plus à circonscrire la question, il s'accordait au contraire avec les républicains pour l'agrandir, et, si ceux-ci avaient prétendu faire casser les plébiscites antérieurs, il se promettait de puiser dans le nouveau une force qui s'ajouterait à celle que lui avaient donnée les anciens.

« Français, disait-il, la Constitution de 1852, rédigée en vertu des pouvoirs que vous m'aviez donnés et ratifiée par les huit millions de suffrages qui ont rétabli l'Empire, a procuré à la France dix-huit années de calme et de prospérité qui n'ont pas été sans gloire; elle a assuré l'ordre et laissé la voie ouverte à toutes les améliorations. Aussi plus la sécurité s'est raffermie, plus il a été fait une large part à la liberté.

« Mais des changements successifs ont altéré les bases plébiscitaires qui ne pouvaient être modifiées sans un appel à la nation.

« Il devient donc indispensable que le nouveau pacte constitutionnel soit approuvé par le peuple, comme l'ont été jadis les Constitutions de la République et de l'Empire. A ces deux époques on croyait, ainsi que je le crois moi-même

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T.ca !»iui:^lre« ailr«s$jieal em-awmes une ctrtulaire rullet:lne aui Cooct:uu.3»ire5 :

• Mi:::9Îeurs. 1 Empereur adresse on appel solennel à la natii^a; e» ISÔi. it lji a demandé la force pour assurer l'oi'Jrej t'onlre arâurê, il lui demande en l8ïd la force pour t'vuder la tiberlé. Confiant dans le droit qu'il tient de huit rnilUoiiB «le suffrages, i) ne remet pas l'Empire en discusMua; il ae soumet aui vois que la transformation libérulit. Voter «iti c'est «oler pour la liberté.

» Au nom de la paix publique et de la liberté, au nom de rbiuptruur, uvus vons demandons à vous tous, nos coUat>orateur« dr^vu^s, d'unir vos eiïorts aux nôtres. C'est au dlojeii que nous nouï aili'esBons; nous tous transmettons non p<L4 uu ordre, muiM un conseil palriolique; il s'agit (l'aMiurer k noire pavs un tranquille avenir, afin que sur le lr6iii! comme du[i« la pluti II uinble chaumière le fils succède eii paix i son père. >

L'Empereur et les ministres, outre l'affermissement de l'Empire, se (iromellaienl encore un avantage d'un vote ftivurablv : t Vulei; oui, vous rendrez plus facile dans l'avenir la transmissiuii de lu couronne à mon fils, * avait dit rKiiipereur. « Volez oui, afin que sur le trône comme dans la plus humble chaumière le fils succède en paix à son

LE plébiscite:. 31

père,]» ajoutaient les ministres. Il s'agissait en effet d'assurer la succession au trône, en obtenant au prince impérial l'adhésion anticipée du suiïrage universel. La Constitution établie dix-huit ans auparavant stipulait bien, il est vrai, le droit héréditaire; mais l'hérédité monarchique existe de par soi et tous les textes du législateur seront impuissants à la créer, lorsqu'elle ne vient pas de la nature des choses. Or la classe de gouvernements à laquelle appartient l'Empire ne la connaît pas; la monarchie des origines nationales en garde le privilège. L'ancienne monarchie possédait l'hérédité parce que le roi existait par lui-même au milieu de la nation avec un droit personnel, il pouvait ainsi transmettre sa couronne comme une propriété de famille. Tandis que dans l'Empire le droit de TËmpereur repose sur une délégation que le peuple, source primordiale du droit, a faite dans certaines conditions, et pareille faveur accordée de la même manière à tout autre homme le mettrait au lieu et place de l'Empereur. Il est évidemment impossible que le pouvoir issu d'une telle source se transmette intégralement par héritage. Que dans l'Empire une part de la force que le père a tirée du suffrage populaire aille au (ils avec le nom et lui conserve le trône, cela peut se concevoir; mais il n'en est pas moins certain que le prince succédant ainsi à un premier Empereur établi direcment par un vote, se sentirait tellement plus faible, qu'il serait conduit à se retremper à la source originelle. Aussi maintenant que la vieillesse et la santé affaiblie de l'Empereur rendaient vraisemblable la vacance prochaine du trône, le parti de l'Empire prenait-il soin d'associer le prince impérial à son père pour lui obtenir d'avance l'adhésion populaire.

Cette sorte d'accord qui portait l'opposition et l'Empereur à faire dévier, en l'étendant, le sens du plébiscite, correspondait du reste aux instincts du suffrage universel. La ratification d'un long texte soumis au plébiscite ne peut être qu'une simple formalité. Parmi les millions qui allaient voter combien liraient jamais la nouvelle Consti-

tution et parmi la petite minorité qui l'aurait lue, combien pouvaient se faire une opinion raisonnée? Aussi, pour faciliter la tâche des votants, présentait-on un sommaire, avec la formule du plébiscite. Mais celle-ci elle-même était complexe. « Le peuple, disait-elle, ratifie les réformes libérales opérées dans la Constitution depuis 1860 par l'Empereur. > Il est vrai que certaines réformes avaient été accomplies et, à s'en tenir au sens strict du vote, on eût pu être porté à dire oui sur cette partie de la formule ; cependant à celle-ci s'en joignait une autre : <( et ratifle le sénatus-consulte du 20 avril 1870, y> c'est-à-dire le sénatusconsulte qui réserve à l'Empereur le droit césarien d'appel au peuple. La formule du plébiscite renfermait donc des propositions contradictoires et à double fin. Dans ces circonstances, les électeurs, simplifiant la question, devaient se préoccuper très peu du sens particulier à donner au plébiscite restreint à Texamen de la nouvelle Constitution. En souvenir des plébiscites antérieurs où ils s'étaient prononcés pour ou contre l'Empire, ils allaient être entraînés à ne voir une fois de plus qu'un vole à émettre sur son existence même. De toutes parts on étendait la portée du plébiscite; aussi la lutte prit-elle tout de suite un caractère passionné.

Les plébiscitaires, pour faire échec aux républicains, établirent un comité à l'hôtel du Louvre, ramifié dans les arrondissements de Paris et les diverses parties de la France. Ce comité, sous la direction du duc d'Albuféra, président du centre droit, était formé de députés, de sénateurs, de rédacteurs de journaux, MM. Clément Duvernois, Dréolle, iLmile de Girardin. Mais le parti plébiscitaire se montrait animé d'une bien moindre ardeur que les partis adverses. 11 laissait en définitive le gouvernement faire triompher sa cause; aussi le comité de l'hôtel du Louvre restait-il à peu près seul à l'œuvre en faveur du plébiscite, pendant que les comités, les réunions, les efforts individuels se multipliaient à l'infini du côté de l'opposition.

Les légitimistes furent les premiers à se déclarer après les républicains. Ils se réunirent dans les bureaux de ïUnion et de la Gazette de France, les amis de ïUnion adoptant Tabslention et ceux de la Gazette le vote négatif. Puis venait le comité qui aux élections de 1869 avait soutenu la candidature de M. Thiers à Paris : composé de représentants de la bourgeoisie libérale et d'hommes dévoués au régime parlementaire, il condamnait le plébiscite et recommandait aux électeurs de voter non ou tout au moins de s'abstenir.

Un autre groupe d'opposition était formé par M. Ernest Picard et les députés les plus modérés de la gauche, en dissidence avec le comité établi par les républicains rue de la Sourdière. Ce comité avait en effet pris le caractère d'une réunion ardemment républicaine, faisant une guerre implacable à l'Empire. Or l'opposition de M. Picard était d'une autre nature ou du moins ménageait les apparences. M. Picard était ainsi devenu le chef de ce que l'on appelait la gauche ouverte, tandis qu'on donnait le nom de gauche fermée au comité de la Sourdière. Dans la gauche ouverte, on ne manifestait de préférence doctrinale envers aucune forme de gouvernement, ce qui permettait à des hommes d'opinions diverses, républicains et non républicains, de se maintenir unis. La majorité des députés de la gauche assemblés à la Sourdière avait pensé qu'il ne lui suffisait pas de combattre le plébiscite; elle avait tenu au contraire à relever la République en face de l'Empire, à présenter au pays un parti organisé qui fût comme un gouvernement futur. Ceux des députés de Topposilion qui n'avaient pas voulu suivre cette voie, se groupaient autour de M. Picard. Du reste ils s'élevaient eux aussi avec la plus grande énergie contre le plébiscite, et usaient de toute leur influence pour faire voter non.

Ainsi se reconstituait contre l'Empire le faisceau des opposants dissous à l'avènement du ministère du 2 Janvier. Il se produisait cependant des exceptions. Le Journal des Débats dans la presse, MM. Guizot, Laboulaye, Léon Say,

M mxfmut K nuscx k ic« a ut3.

parmi le* hommts poUtiq*», bMl en fnUnal qae la nouvelle CootliluliaB o'eâl p<nnl slmu le principe des fU\nstrHe%, lroiiiai<'iit crptinlani qu'elle rêilisail des améiioralinn* softisaoles poor (|a~on facceplil.

Ue» réunions pnbli'gues s'oi^nîiiienl sur lonte la sur- Tace do pa]«. Presqne parlool roppc^ilion ; dominait. A Paris, les atuqaes les pins riideDle? contre le gouvernemenl se reproduisaient rhaqne soir. Les républicains déclaraient, sans détour, poursuivre la cbule de l'Empire en le mellanl en mîoorilé ; leurs joumaui avaient évoqué la République et ils ambil ion n aient une revanche du coup d'État et du plébiscite l'ayanl suivi.

Le gouvernement, pour vaincre ses adversaires, intervenait de plus en plus dans la lulle. On était loin de cette déclaration des débuts faile au Corps législatif par M. Emile Ollivier, que s'il se proposaiL comme ministre de pousser les populations au « scrutin avec une activité dévorante », ce serait uniquement pour les empêcher de s'abstenir. II les pressait maintenant chaque jour davantage de voter oui. L'Kmpire s't'lail remis aux voix, il lui fallait triompher; aii.isi In centralisalion administrative devenait-elle rinstruiiiciil d'une anienle propagande. Toutes les pratiquDX qiir M. Kmilo Ollivier avait condamnées en répudiant h'H cuiidiilitturt^solticiellps étaient ouvertement reprisea. L'Kinpi<rciii' t^luit relie fois-ci le candidat (ffficiel et k son Hcrvici* un m rcnilait devant aucun moyen. N. Henri Cernusclii, râ|)iililirniH italien, amené en France après la prise de Ituirin, fljnnt donné 100000 francs an titmttk de la Sourdi^rii |)iiiii' défrayer la propagande antiplébÎMÎtaire, élait iiumi^ilinlotnenl expulsé de France. Les t\»S% de l'^MOCidlion iNfcmcittofuil^ des trarailteurs tUuai arrêtés dans diverses villi^s. Le Jvtirnal officiel. huii j'iuri avant le vote, annontail la découverte d'un rtiiui'UA rtmlrelatie de l'Emitorvur. Cet o pou vantail allait i-u- lirrin «AM le* it-ui du public. Enlîn, la veille tatme du •■•Atr, DU* >^itj* timultanrc élait faite du Sitrir. dn ti"'ii, 4* H^ff^t Ai- VArrmir maUom^, poar avoir

reproduit une proclamation de 1848 faussement attribuée au prince Louis-Napoléon.

Le gouvernement évoquait avec persistance le spectre rouge. Il voulait terrifier le pays, en lui montrant béant l'abîme d'une révolution si le vote négatif l'emportait. Depuis leur manifeste, les républicains avaient d'ailleurs posé la question sur le terrain anticonstitutionnel. Les violences des réunions publiques ne laissaient non plus aucun doute sur les suites que les révolutionnaires et les socialistes se promettaient d'une victoire. Aussi le gouvernement trouvait-il une facile créance, lorsqu'il déclarait que le triomphe de ses adversaires amènerait un bouleversement. C'est donc entre le maintien du régime établi et une révolution que presque tous les votants se sentirent appelés à choisir. Le nombre de ceux qui se décidèrent par les seuls mérites de la nouvelle Constitution a dû être fort minime. Le vote eut lieu le dimanche 8 mai, avec le plus grand calme par toute laFrance ; il donna 7350000 oui, i 538000 non. Ces résultats dépassaient l'attente des partisans de l'Empire. Les républicains avaient compté sur leur propagande et les progrès de l'esprit public pour ruiner la dynastie napoléonienne. Ils avaient cru qu'ils amèneraient le suffrage universel à vouloir un changement de régime. Le plébiscite mettait ces espérances à néant ou les ajournait indéfiniment.

Il est vrai que certaines réflexions se présentaient. La majorité obtenue ne se composait-elle pas après tout, en grande partie, de ces électeurs neutres ou indifférents qui adhéraient à l'Empire uniquement parce qu'il existait? Combien eussent voté oui de la même façon pour tout autre gouvernement qui eût occupé sa place? Comment en effet avait-on pu supposer que la majorité des électeurs, sans passions politiques bien vives, pourrait hésiter^ appelée à choisir entre le maintien du régime établi et son renversement? Puis, si le chiffre des oui était à peu près le même qu'aux plébiscites antérieurs, celui des non s'était fort accru : de 647 000 en 1851 et de 250000 seulement

:t» tiisrOlHii W nà^OL DE 1870 A 1873.

Ci) IHTr^^. il Àétuvait maiiUenant à 1500000. Ceux qui .^ êtaieièt (iêctiiév^ à voter moH^ eu égard an dilemme posé, de\ aient être presque tous des adversaires îrrécoDciiiables. Aprèiv viii^t àiii^y TEmpire retrouvait donc uoe partie de la ualioa acharuée à le combattre ; c'était Télite iotellecluelle, prépomléraute par la presse, par ses orateurs, maîtresse do la capitale et des villes. S'il durait, il ne se fondait pas. Coii réilexions ne venaient cependant qu'à l'esprit de quelquoii-uns. Pour le grand nombre, la majorité de oui était écrasante et il apparut bien vite que la force de TEmpereur, le lendemain du plébiscite, était tout antre que la veille.

Le plébiscite fut suivi à Paris de tentatives d'émeute. Les plus fougueux des républicains, qui s'étaient promis la défaite de l'Empire, essayaient de se soulever. Des rassemblements se formaient la nuit dans le faubourg du Temple, du côté de Belleville; ils se dispersaient, du reste, sans résistance, devant les sergents de ville ou au passage des patrouilles. Une seule fois, dans la nuit du 10 au 11 mai, une barricade improvisée était défendue et, dans la lutte, un homme était tué. Ce n'étaient là que des mouvements irréfléchis dus à une extrême surexcitation d'opinion. La police les eût tout de suite étouffés^ sans la curiosité qui amenait la foule dans le faubourg du Temple, comme à un spectacle. Aller voir l'émeute était devenu un passe-temps. Après quelques jours, la curiosité s'émoussa, les agitateurs se découragèrent et Paris retrouva son calme accoutumé.

Un fait plus vivement ressenti que les émeutes était le vote de certains corps de l'armée, peu favorable au plébiscite. Le grand nombre de non émis par les régiments occupant le fort d'Ivry et la caserne du Prince-Eugène avait été très commenté par les journaux de l'opposition. L'Empereur et l'Impératrice allaient presque aussitôt visiter la caserne ; ils parcouraient les chambrées et en se retirant laissaient 2000 francs aux soldats.

Ces incidents désagréables disparaissaient ce pendan

dans la grandeur du triomphe, ils n'empêchaient point que les partisans de l'Empire ne fussent tout entiers aux félicitations. Mais avant tout il fallait reconstituer le ministère incomplet depuis la démission de HM. Buffet et Daru, et où se produisait une troisième vacance par la retraite de M. de Talhouët. Le 16 mai, M. le duc de Gramont, ambassadeur à Vienne, était appelé au ministère des affaires étrangères ; MM. Plichon et Hège, députés, aux ministères des travaux publics et de l'instruction publique. Ce remaniement du cabinet indiquait déjà le changement survenu dans la situation parlementaire. Le 2 janvier, tous les ministères politiques étaient échus à des députés et, en partie, à des personnages qui, comme MM. Buffet et Daru, soutenaient le programme d'un parti. Aujourd'hui, l'un des principaux portefeuilles était remis à un ambassadeur, et les deux ministres pris dans le Corps législatif n'étaient que des hommes sans couleur et sans influence.

Le Corps législatif, rentré en session le jeudi 12 mai, se consacrait au recensement des votes plébiscitaires, dont le soin lui était dévolu. Le 21, les résultats étaient présentés à l'Empereur d'une façon solennelle dans la grande salle du Louvre par le président et le bureau du Corps législatif. L'Empereur, entouré des membres de sa famille, des grands dignitaires de l'État, et ayant devant lui le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État, expliquait les conséquences que le plébiscite devait entraîner : a Messieurs, eu recevant de vos mains le recensement des votes émis le 8 mai, ma première pensée est d'exprimer ma reconnaissance à la nation qui, pour la quatrième fois depuis vingt-deux ans, vient de me donner un éclatant témoignage de confiance. Aujourd'hui l'Empire se trouve affermi sur sa base, il montrera sa force par sa modération. Mon gouvernement fera exécuter les lois sans partialité comme sans faiblesse. Il ne déviera pas de la ligne libérale qu'il s'est tracée. Déférent pour tous les droits, il protégera tous les intérêts sans se souvenir des votes dis-

m HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 Â 1873.

sidenU et des manœuvres hostiles. Hais aussi il saura faire respecter la volonté nationale, si énergiquement manirestèe, et la maintenir désormais au-dessus de toute controverse, »

Le Corps législatif, revenu à ses travaux, votait une loi sur la presse, qui réalisait une de ces réformes promises à Tavènement du ministère du 2 Janvier. Le jugement des délits de presse était transféré des tribunaux correctionnels au jury. La discussion de cette loi, depuis longtemps pendante, ne donnait lieu à aucun incident qui fit ressortir les conséquences que le plébiscite devait avoir, sur les rapports des partis. C'est après que le changement se dessinait. Le 3 juin, le Corps législatif commençait la discussion d'une loi réglant à nouveau les attributions des Conseils généraux. L'article 1'% adopté sans débat, leur conférait le droit de nommer eux-mêmes leurs présidents, droit qui jusqu'alors appartenait au gouvernement. L'article 2, que le ministère et la Commission s'accordaient à proposer, laissait chaque Conseil général décider de la publicité ou du huis clos de ses séances et l'autorisait, au cas où il choisirait la publicité, à en régler le mode et la mesure. Trois membres de la droite bonapartiste, HH. Clément Duvernois, Birotteau et Lafont de Saint-Mur, présentaient, sur ce point, un amendement qui, plus favorable au contrôle des électeurs, rendait obligatoire la publicité laissée facultative : < Les séances du Conseil général, disaient-ils, sont publiques, à moins que la majorité ne demande le comité secret. Un compte rendu est rédigé sous la surveillance du président. Il mentionne les noms des membres qui ont pris la parole pendant les séances. »

HH. Clément Duvernois, Pinard, Birotteau défendaient tour à tour l'amendement contre le minisire de Tintérieur et le garde des sceaux, qui insistaient, au contraire, pour que l'article du projet de loi demeurât intact. Le différend en soi était fort secondaire, mais le débat engagé par les ministres avec des adversaires déclarés allait transformer

le vote en défaite ministérielle. Les deux parties de ramendement Duvernois étaient adoptées, la première par 194 contre 18, et la seconde par 113 contre Si. Tous les chefs de la droite bonapartiste^ avec les 56 ayant, le 24 février, témoigné leur défiance au cabinet, votaient en faveur de l'amendement.

Le lendemain, M. Paul Bethmont interpellait le ministère, pour savoir s'il jugeail que la loi autorisât les réunions publiques à l'élection des conseillers généraux. H. Emile Ollivier répondait que les termes de la loi ne permettaient point de seniiblables réunions, que, par conséquent, le ministère empêcherait qu'il en fût tenu. Après cette réponse, sur un point de droit, la question était vidée, d'autant plus que H. Bethmont n'insistait pas; mais M. Emile Ollivier, pressé de réparer son échec de la veille, après avoir répondu à Pobjet spécial de l'interpellation, au lieu de la laisser tomber, en profile, au contraire, pour solliciter un vote de confiance. M. Jérôme David, un des chefs de la droite bonapartiste, intervenait alors. Il croyait qu'avec le régime parlementaire la question de cabinet se dégageait des votes de la Chambre, mais que la poser sur un point secondaire, avant qu'un vote fût acquis, c'était porter atteinte aux prérogatives des députés. Voilà, en effet, la position où on le plaçait lui et ses amis! Ils pouvaient penser que le cabinet ne répondait ipas aux espérances du pays, qu'il se tenait dans l'indécision, qu'il serait difficile de dire s'il était autoritaire ou libéral, et cependant ils s'abstiendraient de lui donner une marque ouverte de défiance. Le vote que le cabinet allait obtenir ne serait donc qu'une fiction^ puisque ses amis et lui y participeraient après les réserves qu'il venait de faire.

M. Emile Ollivier n'en persistait que mieux à solliciter un vote de confiance, et il repoussait l'appui que M. Jérôme David lui accordait. Celui-ci reprenait que ses amis et lui, quoi qu'il pût dire, conduiraient leur vote à leur gré. Ils lui avaient montré, la veille, que sur certains points

ils difiTéraient d'avis avec lui, qu'il était des circonstances où leur libéralisme dépassait le sien. Ils lui avaient donné un premier avertissement. — M. Emile Ollivier: « Donnez le dernier. > — M. Clément Duvernois : « Nous attendrons notre heure. » Au scrutin, la gauche républicaine s'ahstenant, l'ordre du jour pur et simple sollicité par H. Emile OUivier, comme témoignage de confiance, ralliait l'unanimité des 189 votants, y compris M. Jérôme David et ses amis.

Cet incident marquait la situation nouvelle que le plébiscite était venu faire aux partis. La droite bonapartiste avait voté contre le ministère du 2 Janvier, lorsque primitivement il s'agissait de transformer l'Empire; aujourd'hui la pente était tout autre et sa tactique changeait. Elle persévérait à traiter de très haut M. Emile Ollivier, elle lui montrait, à l'occasion, qu'elle pouvait lui enlever la majorité^ mais ensuite votait pour lui. Pourquoi, en effet, eût-elle cherché plus longtemps à le renverser? Sa conduite au plébiscite n*impliquait-elle pas l'abandon du programme du 2 janvier ? Les bonapartistes se savaient iinpopulaires, mais M. Emile Ollivier, autrefois l'orateur du parti libéral, avait encore prise sur l'opinion publique et il soutenait maintenant leur cause, celle de l'Empire plébiscitaire, avec une ardeur qu'aucun d'eux n'eût pu dépasser.

Si le plébiscite a rapproché du ministère la droite bonapartiste, il a exaspéré contre lui la gauche républicaine. Quant aux parlementaires du centre gauche, aux partisans de la monarchie anglaise, l'Empire leur a, en somme, témoigné une aversion presque aussi grande qu'aux républicains, et, après avoir repoussé leurs tentatives de réformes, les a rejetés dans l'opposition.

Cependant bonapartistes, républicains et parlementaires pénétrés, dans des sens divers, de préférences politiques décidées, ne formaient au Corps législatif que des groupes peu nombreux. La majorité se composait de ces députés du centre droit, issus de la candidature officielle.

sorte de gens acquis d'avance à tout gouyernement fort. Ils s'étaient laissé entraîner par un courant d'opinion qui semblait irrésistible, alors que l'Empereur lui-même cédait à s'unir le 2 janvier au centre gauche, mais n'éprouvant point comme lui d'attachement certain pour la forme parlementaire, ils sont prêts, maintenant que l'Empereur a retrouvé sa force, à le soutenir à l'aveugle.

Les députés de la majorité passivement et ceux de la droite bonapartiste tout en faisant leurs réserves, se sont donc, depuis le plébiscite, groupés ensemble autour de M. Emile Ollivier, et cela par suite de la dépendance où il est tombé à l'égard de l'Empereur. M. Emile OUivier, après avoir brillé dans l'apposition par son talent de parole, a succombé dès qu'il est devenu ministre. Sans pénétration d'esprit, et, à défaut, sans ce flair qui révèle le courant des choses, il a été emporté par les événements en croyant leur commander. Peu d'hommes ont été plus soumis aux influences extérieures et moins maître d'euxmêmes. M. Emile Ollivier, après tous les nœuds qu*il a formés pour les rompre, n'a plus ni parti, ni alliés; il ne voit donc plus que l'Empereur pour le maintenir au poste qu'il occupe. Aussi tous ses actes témoignent-ils désormais d'un entier dévouement à la personne de Napoléon III; il n'apparaîtra plus que comme son interprète, et c'est à ce titre qu'il reste soutenu, au Corps législatif, par une majorité de candidats officiels que le plébiscite a remis aux pieds du trône.

C*est donc l'Empereur qui décide maintenant de la conduite à suivre, c'est son programme qui se réalise ; or il l'a dit en recevant le recensement du plébiscite : « L'Empire ne déviera pas de la ligne libérale qu'il s'est tracée. » Le caractère de la ligne libérale propre à l'Empire plébiscitaire est révélé par la nature des réformes accordées à diverses réprises. L'Empereur, pourvu que sa suprématie soit indiscutée, qu'il puisse à volonté s'assurer le dernier mot, fait des concessions. Il juge trop bien le changement de l'esprit "public pour vouloir maintenir la compression

absolue qui a suivi le coup d'État, il ne s'est retrouvé d'accord avec la droite bonapartiste que lorsqu'il s'est agi de l'abaisser du rôle prépondérant au rôle atténué d'un roi parlementaire. Là il a résisté, mais maintenant, tranquillisé par le succès du plébiscite, il montrera de la tolérance.

Au 2 janvier, une des mesures réclamées le plus vivement par les parlementaires avait été le vote d'une nouvelle loi électorale, qui permit de dissoudre le Corps législatif, pour le reconstituer avec d'autres hommes que les candidats officiels. La perspective de cette réforme effrayait fort les députés de la majorité, aussi était-ce un de ces projets ambitieux dont le plébiscite amenait l'abandon. Le ministre de l'intérieur, M. Chevandier de Valdrôme, annonçait, en effet, qull se refusait à modifier la législation électorale. En revanche, sur des questions secondaires, comme les lois sur la presse, sur les Conseils généraux, sur la désignation des journaux chargés de publier les annonces judiciaires, le gouvernement se dessaisissait d'une partie de son pouvoir discrétionnaire.

A cette époque se trouvait terminé le travail des Commissions chargées d'étudier les questions relatives à la liberté de l'enseignement supérieur, au gouvernement de la ville de Paris et à la décentralisation administrative. Cette dernière avait la tâche la plus délicate à accomplir, car l'édifice impérial reposait sur une extrême centralisation. Les Commissions qui, au 2 janvier, avaient commencé leurs travaux pleines de vie, les terminaient après le plébiscite sans souffle et délaissées. M. Odilon Barrot n'en venait pas moins exposer, dans une lettre au ministre de l'intérieur, les réformes suggérées par la Commission de décentralisation qu'il présidait. C'était le choix des maires par le Conseil municipal, une organisation nouvelle du canton, l'accroissement des pouvoirs des Conseils généraux, la formation d'une Commission départementale permanente. L'heure de réformes aussi considérables était passée. Comme il fallait cependant

accorder quelque chose après tant de promesses, le gouvernement présentait au Corps législatif une nouvelle loi sur la nomination des maires. Mais il repoussait la proposition des députés de la gauche de les faire élire par le suffrage universel, il écartait également celle de la Commission de décentralisation de remettre leur choix aux conseillers municipaux, et il s'obligeait simplement à les prendre lui-même au sein du Conseil municipal, en se dépouillant de son droit antérieur de les choisir au dehors. C'est à cette réforme insignifiante que se réduisaient les tentatives de décentralisation.

D'ailleurs tout ce qui suivait le plébiscite passait inaperçu. Le lendemain du vote se produisait cette détente qui succède aux longues crises. La nation sortie de l'incertitude entrait dans un repos profond. On croyait que l'Empire avait acquis la stabilité et, après cela, toutes les questions devenaient plus ou moins indifférentes. Cette classe de conservateurs portée pour les gouvernements autoritaires, qui ôtent le souci de la chose publique, rentrait dans sa torpeur. Les républicains, déçus, persuadés qu'ils ne pourraient de sitôt mener contre l'Empire une attaque comme celle dont il venait de triompher, restaient découragés. La masse du peuple, par peur de la révolution entrevue, était satisfaite que le régime établi subsistât. Le pouvoir personnel de l'Empereur demeurant masqué par les clauses libérales de la nouvelle Constitution, la nation semblait devoir se contenter pour longtemps, à défaut d'institutions vraiment libres, du système de tolérance mis en pratique, quelque discrétionnaire qu'il fût, et des concessions de détail qu'on accordait, quelque minimes qu'elles pussent être. Aussi jamais elle ne s'était abandonnée davantage, jamais sa quiétude n'avait été plus grande. Soudain, le 3 juillet, une nouvelle arrive : le maréchal Prim a offert la couronne d'Espagne à un prince de la famille Hohenzollern qui l'a acceptée.

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