‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 6 sur 178 · AU TRÔNE D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

AU TRÔNE D'ESPAGNE

La reine Isabelle de Bourbon avait été détrônée et chassée d'Espagne en septembre 1868, à la suite d'un pronunciainiento militaire. Les Cortès constituantes, appelées à statuer sur la forme du gouvernement, tout en bannissant la famille royale, écartaient la république et conservaient la monarchie. Le trône demeurait vacant, et, provisoirement, elles établissaient une régence. Les cliefs militaires, auteurs de la révolution, se partageaient le pouvoir : le maréchal Serrano devenait régent ; le maréchal Prim, président du Conseil des ministres; l'amiral Topete, ministre de la marine. Quoiqu'il n'occupât que le second rang, le maréchal Prim était le vrai maître et la division des partis, la faiblesse des Cortès lui laissaient sur toutes choses une autorité dominante. Il se mit à chercher un roi. Le prétendant le plus en vue était le duc de Montpensier, rattaché à l'ancienne dynastie par sa femme, sœur de la reine Isabelle. Mais cette parenté même lui créait en Espagne des ennemis et, en France, l'empereur Napoléon III, qui redoutait les princes d'Orléans, ses frères et ses neveux, à Tégal de la République, l'eût sûrement combattu. Le duc de Montpensier fut donc éliminé et les recherches commencèrent hors d'Espagne. Des négociations ouvertes avec le roi de Portugal, qui aurait régné sur toute la péninsule, puis avec les ducs de Gènes et d'Âoste,

neveu et fils du roi d'Italie Victor-Emmanuel, échouèrent successivement.

Parmi les candidatures un instant enirevues, figurait celle du prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen. Elle avait été connue à Berlin, au commencement de 1869, par les ouvertures d'un agent venu d*Espagne. M. Benedetti, l'ambassadeur de France en Prusse, avait alors informé son gouvernement de cet incident; les pourparlers n'ayant point abouti, la candidature Hohenzollern s'était évanouie comme toutes les autres. On n'y pensait donc plus, lorsque, le 3 juillet, un télégramme de Madrid annonce, à l'improviste, qu'elle a été reprise avec succès. Le maréchal Prim, voyant la vacance du trône se prolonger indéfiniment, y était revenu. Les princes auxquels il pût s'adresser étaient en petit nombre et aucun n'acceptait ses offres. Les diverses négociations poursuivies jusqu'à ce jour avaient été conduites sans secret; leur échec était né en partie de celte cause. La tentative reprise auprès du prince de Hohenzollern avait donc été entourée d'un silence absolu. C'est le 2 juillet au soir que le maréchal Prim, dont le secret venait accidentellement de transpirer % informait de son projet l'ambassadeur de France à Madrid, M. Mercier de Lostende. Dès le 4 juillet, le Conseil des ministres espagnol, réuni à San-IIdefonse, approuvait l'arrangement ménagé avec le prince de Hohenzollern et convoquait les Cortès, le 20 du mois, pour le ratifier. On apprenait donc presque en même temps le succès du maréchal Prim auprès du prince et des ministres, ses collègues ; l'acceptation des Cortès était certaine, de telle sorte que, par un véritable coup de théâtre, le trône vide d'Espagne apparut du jour au lendemain près d'être occupé par un prince prussien.

La candidature Hohenzollern, une première fois entrevue, avait donné lieu en Europe aux commentaires de divers journaux et attiré l'attention de la diplomatie et de

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