Général Grenier, Mes souvenirs de Varmée du Rhin, p
194 HISTOIRE DE FRANCE DE 1870 k 1873.
Fennemi. Le général de Ladmirault dit qu'il est impossible d'entreprendre une opération de longue haleine, car on serait arrêté faute de munitions. Le maréchal Lebceuf estime que le meilleur service à rendre au pays est de conserver l'armée intacte, tout en se demandant comment on y réussira sans vivres. Le général Bourbaki eût proposé une trouée vers ChàCeau-Salins, mais pense qu'on ne saurait la tenter si l'on mauque de munitions. Enûn le général CoffîniéreSy commandant supérieur de la place de Metz, déclare que l'enceinte et les forts, mal préparés, ne pourraient soutenir une attaque régulière plus de quinze jours; en conséquence, l'armée devait rester sous Metz et s'établir solidement sur les deux rives de la Moselle. Après cet échange de vues, qui révélait toute l'insuffisance de la mise en campagne et montrait combien était grand rabaissement moral, né de la supériorité reconnue de l'ennemi, le maréchal Bazaine adopta l'avis exprimé : il renonça à la sortie commencée, et répartit de nouveau Tarmée sur les deux rives de la Moselle.
Cependant, le 29 et le 30, lorsque lui parvinrent coup sur coup les dépêches annonçant l'approche de Tarmée de Châlons, il vorulut tenter de la rejoindre d'une manière quelconque. Il reprit donc le 31 l'opération suspendue le 26, devant le fort de Saint-Julien. C'était déjà un désavantage que de reparaître sur le même point. Et encore, au lieu d'aborder l'ennemi à l'improvisle, les troupes ne se concentrent-elles que très lentement en face de lui, à Noiseville et Servigny. Les 4* et 6' corps, la garde et la réserve d'artillerie, placées sur la rive gauche de la Moselle, emploient toute la journée à traverser la rivière, leurs dernières colonnes n'arrivent sur le terrain qu'à six heures du soir. Malgré cela, le maréchal Bazaine s'empare, sur la ligne prussienne, de Noiseville; il dispose, avec son armée réunie, d'une force bien supérieure à celle encore groupée par l'ennemi, et en faisant un grand effort, il pourrait assaillir avec avantage Sainte-Barbe qui, en arrière de Noiseville, est la clef des positions. La
bataille s'est engagée trop tard, la nuit survient, et Tattaque de Sainte-Barbe est remise au lendemain. Les Prussiens utilisent ce répit pour se concentrer. Le lendemain, ils prennent eux-mêmes l'offensive. La division Bastoul, à l'extrême droite de la ligne française, atteinte de front et de revers par une nombreuse artillerie, se replie, entraînant après elle tout le 3*" corps. L'armée du Rhin rentrait alors dans le camp retranché. Elle avait 3500 hommes hors de combat, les Prussiens 3000.
Le 1"'' septembre voyait donc en même temps se consommer l'anéantissement de l'armée de Châlons et une défaite de l'armée du Rhin cherchant à percer, sous Metz, les lignes prussiennes.