Lemaire, Enquête parlementairet t. II. p
U IIÉPUBLiaDE. — L-EHTREVUE DE FERRIËRES, 21» Rochefort.
Crémieux.
Glais-Bizoin.
Emmanuel Arago.
Jules Ferry.
Gambetta.
Jules Simon.
Picard.
Ces trois derniers représentaient des départements puur lesquels ils avaient opté, après avoir été, aux derniëre^: élections, simultanément élus à Paris et au dehors.
MM. Dréo, Durier, Hérold, Lavertujon furent nommés secrétaires du gouvernement.
Le ministère se trouva ainsi composé :
Jules Favre, affaires étrangères.
Gambetta, intérieur.
Général Le Flô, guerre.
Amiral Fourichon, marine.
Crémieux, justice.
Picard, flnances.
Jules Simon, instruction publique ut cultes.
Dorian, travaux publics,
Magnin, agriculture et commerce.
M. Etienne Arago devint maire de Paris, MM. Brissoii. Clamageran, Floquetet Hérisson, adjoints, M. de Kératry, préfet de police.
Le soir du i septembre, une proclamation était aflichée :
c Français,
( Le peuple a devancé la Chambre qui hésitait. Pour sauver la patrie en danger, il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril. La République a sauvé la France de l'invasion de 1793, la
République est proclamée. La révolution est faite au nom du salut public. Citoyens, veillez sur la cité qui vous est confiée; demain vous serez les vengeurs de la patrie! »
Le soulèvement contre l'Empire élait commun à toute la France. La République avait été spontanément proclamée, avant la nouvelle de la révolution de Paris, dans plusieurs villes, à Lyon, Marseille, Versailles, Rochefort. Le gouvernement de la Défense nationale reçut donc une adhésion unanime.
Les Allemands, le 4 septembre, avaient été oubliés; mais aussitôt après l'attention se concentrait snr eux. A ce lendemain de Sedan, un besoin irrésistible se manifeste, s'armer et combattre. Tous les Français ont le rouge au front du ridicule et de la honte qui leur vient des désastres. Depuis vingt ans la France victorieuse sur les champs de bataille s'enorgueillissait d'une supériorité militaire indiscutée. A l'apparence d'un conflit, l'Europe était dans les transes, se demandant de quel côté l'armée française allait se précipiter, et un mois après avoir soi-même déclaré là guerre on avait tout perdu : l'Empereur, les maréchaux, les vieilles troupes, l'armée entière ! Comment arrêter sa pensée sur le personnage que la France va désormais jouer aux yeux du monde! On ne parle plus dans tout l'univers que de la légèreté et de la forfanterie françaises. Aussi, sans aucune question posée, on a déjà crié : se battre, résister! Avant d'avoir pris les armes, on n'ose se regarder les uns les autres.
L'administration impériale n'avait distribué d'armes qu'avec une extrême réserve. La plupart de ceux qui s'étaient inscrits aux mairies, pour entrer dans la garde nationale, avaient ensuite inutilement attendu qu'on les appelât. L'armement subit à réaliser maintenant de tous les hommes valides dépassant, par son immensité, le ressort d'une administration centrale, chaque mairie se charge de diviser en bataillons les hommes de son arrondissement, de faire élire les officiers, de distribuer les
armes, rhabillement, les secours. La banlieue, qui va être occupée par l'ennemi et sera zone de combat est abandonnée par ses habitants, qui se réfugient dans Paris avec leurs meubles et leurs récoltes. Un grand nombre de Parisiens inutiles à la défense quittent au contraire la ville, pour les départements ou l'étranger, il fallait se hâter, car l'ennemi en marche ne devait rencontrer aucun obstacle et son apparition se calculait par les étapes à parcourir.
Les armées victorieuses à Sedan s'étaient ébranlées dès le 3 septembre. L'armée de la Meuse, au nord de la Marne, se dirigeait droit sur Saint-Denis; la IIP armée prenait au contraire les routes au sud de la Marne, pour passer la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, contourner Paris et atteindre Versailles. A mesure que la IIP armée s'avance, elle intercepte les voies d'eau, les routes, les chemins de fer, et Paris se sent graduellement séparé du monde.
Lors de la bataille de Sedan, le 13° corps, sous les ordres du général Vinoy, achevait de se former, partie à Reims, partie à Mézières. La destruction de l'armée de Châlons le mettait en grand péril. Le général Vinoy quitte Mézières, dans la nuit du 1" au 2 septembre*, et, par une retraite rapide, se soustrait aux ennemis massés autour de Sedan. Arrivé dans la journée à Saulce-aux-Bois, il apprend que Rethel, sur lequel il se dirige, est déjà occupé par les Prussiens; il change aussitôt de direction, oblique à droite sur Novion-Porcien, Seraincourt et Montcornet. Quoique rejoint, il échappe à la poursuite et gagne Laon, d'où ses troupes sont transportées à Paris par chemin de fer; cette partie du 13* corps placée à Reims était en même temps ramenée. Au iS"" corps ainsi sauvé, on ajoutait le 14*" dont l'organisation, commencée avant le 4 septembre, se terminait quelques jours après; le général Ducrot fait prisonnier à Sedan, mais qui s'était échappé, en recevait le commandement.
1. Général Vinoy, Opérations du 13* corps, — Charles Yriarte, La retraite de Méiiéres, p. 48.
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tit HISTOIHK DE FRANCK DE 1870 A Wi.
Le général Bucrol avec le i i' corps campait sur le front sud de Paris, à Meudon, Châtillon, Bagneux. Devant lui passaient les colonnes ennemies, en marche sur Versailles. Le 19 septembre au matin il se porte à leur rencontre. A peine -i-t-il franchi la redoute de Châtillon que quelques obus suffisent à mettre en déroute un régiment de zouaves de Jiiiuvelle formation. Les hommes s'enfuient, semant partout l'alarme'. Les rétEimeals de la division Caussade plient il leur tour de toutes parts et commencent & se débaiidei'. Le général Ducrot fut obligé de revenir à la hâte ijur kâ positions quittées. Même le général Caussade se rél'u^'ia jusque (tans Paris avec sa division. Le général Ducrot, replié sur la redoute de Châtillon, y soutint un violent combat d'artillerie; la redoute n'était point termiuéc et il courait risque d'y être coupé, aussi finit-il de son côté par rentrer dans Paris. Le terrain en avant des forts <lu sud se trouva donc perdu. Le même jour, le dernier irait d'union conservé avec la France, le télégraphe sur le chemin de fer de l'Ouesl, était rompu et Paris cessait de communiquer avec le dehors.
Le (îouvernement de la Défense nationale, avant d'être investi, avait pourvu, mais d'une manière très insuffisante, il l'administration des départements. La défense de Paris paraissait si ardue, et la tâche de gouverner la populalinii pendant le siège était jugée si difficile, qu'il mainlericti! ses principaui membres â Paris, en n'envoyant .'LU <l<')iors qu'une délégation. MM. Crémieux, Clais-Bizoin pt riiiiiiral Fonrichon appelés à la former allaient s'établir à Tours.
M. Jules Favre, entré au ministère des affaires étrangètfi le 4 septembre, avait été renseigné par son prédécesseur, M. de la Tour d'Auvergne, sur l'état des relations extérieures. L'Kmpire tombait sans alliés et ne laiss;iit i la France aucune apparence d'appui. Dès lo 6,
« de Poi-i», 1. I, p. 30. — A. Ballue,
LA RËfUBLlUUE. - L'ENTREVUE DE FERRIËRES. 233 M. Jules Favre, dans une circulaire aux agents diplomatiques français à l'étranger, faisait connaître le sens de la nouvelle révolution. Il se déclarait prêt à traiter avec la Prusse, sous certaines conditions qu'il pi-icisait : f Le roi de Prusse a déclaré qu'il faisait la guerre non à la France, mais à la dynastie impériale. La dynastie est à terre, la France libre se lève. Le roi de Prusse veul-il continuer une guerre impie, qui lui sera au moins aussi fatale qu'à nous? Libre à lui, qu'il assume cette responsabilité devant le monde et devant l'histoire. Si t'est un défi, nous l'acceptons. Noas ne céderons ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. Une paix honteuse serait une guerre d'exlermination à courte échéance. Nous ne traiterons que pour une paix durable. > Lorsque la circulaire avait été lue au gouvernement, M. Picard avait demandé qu'on supprimât « ni une pierre de nos forteresses >; ses collègues s'; étaient opposés et la phrase avait été maintenue'. Venant apiis les désastres subis, la double déclaration du ministre di^s affaires étrangères était certes excessive; dans l'exiiltalioti d'àme qui se produisait, elle ne faisait cependant que traduire des sentiments communs à tous les Français.
M. Jules Favre recevait, dès le premier jour, la visite oDicieuse des ministres d'Angleterre, de Russie et d'Autriche, qui lui promettaient ta bienveillance de leurs gouvernements. Les Étals-Unis, l'Italie, l'Espagne, la Suisse, le Portugal, moins retenus, reconnaissaient oflicielk'ment le gouvernement de la Défense nationale. M. Jules Favre eût voulu obtenir des grandes puissances une médiation armée, ses premières conversations lui en avaient révélé l'impossibilité. Il y avait cependant, en ouvrant des négociations, à rechercher dans quelles limites on pourrait être secouru par l'Kurope. L'Italie e( l'Autriche, alors les plus bienveillantes, déclaraient qu'elles-