Flourens, Paris livrée p
colonel au camp du roi de Prusse, pour traiter de la reddition de Metz et de la paix, au nom de Sa Majesté l'empereur Napoléon III. » M. Jules Favre s'était renseigné à Tétat-major sur les bruits recueillis : ils étaient, lui disait-on, sans consistance ^ Le Journal officiel avait alors donné un démenti indigné au Combat. Le gouvernement pensa qu'avec ce précédent, il lui élait impossible de cacher la chute de Metz que M. Thiers apprenait; il s'efforça seulement, encore une fois, par un artifice de rédaction, d'atténuer l'émoi, et, le 31 octobre au matin, les deux nouvelles de l'offre d'un armistice et de la reddition de Metz furent simultanément insérées à VOfficiel et affichées sur les murs.
Les gens qui les premiers lisent les affiches sont pris d'une sorte de spasme. Tous ces signes d'une colère irrépressible, apparus au lendemain de Sedan, se manifestent à nouveau. Cette capitulation de Metz survenait comme un coup de foudre, la catastrophe était immense et de plus inattendue. Il s'agissait en effet de l'armée du Rhin, composée de ces vieilles troupes que la France, si longtemps, avait crues invincibles. Les faits de guerre précédant le blocus de Metz étaient restés incompris, puis l'investissement de Paris avait eu lieu, les nouvelles du dehors n'étaient . plus parvenues et l'on persistait à croire qu'un jour ou l'autre l'armée dans Metz réussirait à se dégager. On ne pouvait, il est vrai, reprocher au gouvernement de la Défense nationale la chute de Metz; cependant, comme on apprenait en même temps la perte du Bourget et les pourparlers d'armistice dont la responsabilité lui revenait, l'irritation accumulée par les trois faits retombait tout entière sur lui. L'armistice, aussitôt après des revers militaires, paraissait un acte de faiblesse déshonorant. Dans le peuple le mot armistice restait même incompris et entraînait une idée équivalente à l'abandon de la défense. Aux yeux des partisans
1. Jules Favre, Le gouvernement de la Défense nationale, t. I, p. 31*.
de la Commune, les faits venaient ainsi justifier les accusations d'incapacité, de trahison, de lâcheté adressées aux hommes du 4 Septembre; il fallait donc immédiatement recourir à la Commune, afin de tout sauver. Sans aller jusque-là, un grand nombre de républicains croyaient cependant qu'on devait adjoindre au gouvernement de nouveaux membres plus énergiques. Les conservateurs partageaient eux-mêmes, comme au 4 septembre, la fièvre du patriotisme, et ne se représentant non plus les hommes au pouvoir que comme des gens faibles, impuissants à sauver le pays, s'ils ne s'insurgeaient point contre eux, ils se désintéressaient de leur sort et les abandonnaient.
Les mairies d'arrondissement avaient pris une importance inaccoutumée de la mission qui leur était dévolue de pourvoir aux besoins nouveaux naissant du siège; les habitants en faisaient des lieux de rendez-vous, allaient y chercher des nouvelles ou y manifester leurs opinions. Ce furent donc les maires qui subirent les premiers la colère publique. Plusieurs d'entre eux vinrent, le matin, trouver M. Etienne Arago, le maire de Paris, pour qu'il les réunît et qu'ils avisassent à contenir le peuple. M. Etienne Arago mande les maires des vingt arrondissements, à l'Hôtel de Ville. Lorsqu'ils eurent délibéré, ils tombèrent d'accord que, pour dominer l'insurrection menaçante, il fallait concéder les élections municipales. Les rassemblements ne cessaient de grossir sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Un bataillon de garde nationale rangé devant le palais a mis la crosse en l'air; de nombreux groupes qui surviennent, très surexcités, crient : « Aux armes, la levée en masse ! » et portent sur des écriteaux : « Pas d'armistice, les élections, la Commune! » En même temps, les députations envoyées au gouvernement se multipliaient : MM. Trochu, Jules Simon, Pellelan, Jules Ferry, les premiers rendus des membres du gouvernement, les recevaient. Elles prennent un ton de plus en plus impérieux et l'une d'elles, conduite par M. Maurice Joly, venant grossir celles déjà reçues, remplit entièrement la grande salle du palais. Le général
SM HISTOIRC DC flU5CC DE ICTTO A l«73.
Troclia, en réponse anx accosalioiis de traliisoD, vaA expliquer Véehee du Boar^t : sa popularité, immessedass les premiers jours, a diqiani, Fallûre do Booi^t Ta défi- DJthrement minée, ses paroles irrileot les assistants. Ds crient : « A bas Trodia ! » M. Jules Favre arrire et parle à son tour. Mais il a, lui aussi, poidn sa puissance. Cette proposition d*annistiee qui indice le peuple, c'est précîsèment lui, ministre des affaires étrangères, qui en est responsaUe. Mal^ les explications des membres du gon- Temement, on continue à crier à la trahison, aucuns réclament la Commune. M. Maurice Jolj dénonce la biblesse des hommes au pouToîr, il demande les élections municipales et l'entrée au gouTernement d'hommes plus résoins '. Les députations retournent sur la place très irritées. Après leur départ, le général Trocho dispose des gardes mobiles sons la grande porte, pour interdire rentrée de l'Hôtel de Ville, de nouTelles députations Tculent pénétrer de force ; une lutte s'engage, le général Trochu se jette en ayant des mobiles et, monté sur une chaise, parle an peuple. M. Jules Simon, de son côté, parle sur la place. Les cris : « Pas d'armistice ! La Commune ! » les apostrophes, les invectives couvrent leur voix ; ils sont repousses dans l'Hôtel de Ville.
Les membres du gouvernement, revenus dans la salle de leurs séances, s'étaient mis à délibérer. M. Etienne Arago et ses adjoints leur communiquent la demande faite parles maires d'élections municipales. Dans un esprit de conciliation et pour écarter la guerre civile, le gouvernement accorde les élections; il se refuse cependant à préciser une date et se borne à les promettre à bref délai. M. Etienne Arago, d'une fenêtre, crie au peuple qu'on fera les élections. Des vivais sur la place lui répondent, mais les partisans de la Commune croient à leur succès et c'est la Commune qu'ils acclament.
Au dehors, les membres du gouvernement voient venir à