‹ Histoire de France de 1870 à 1873Chapitre 90 sur 178 · Glément Laurier, ibid,, t. II, p · texte numérisé non relu

Glément Laurier, ibid,, t. II, p

désirait-elle vivement réunir une assemblée à qui elle pût remettre ses pouvoirs. Elle rendait donc un décret convoquant les électeurs pour le 16 octobre. Mais, comme le gouvernement à Paris s'était décidé au contraire à différer les élections, il envoyait M. Gambelta porter à Tours un décret qui annulait celui de la Délégation. M. Gambetta s'élevait de Paris le 7 octobre, à onze heures du matin, accompagné de M. Spuller. Leur ballon, V Armani BarbèSj au cours du voyage, s'abaissa très près de terre; ils essuyèrent la fusillade de l'ennemi et faillirent tomber entre ses mains. Ils descendaient à Épineuse, près de Montdidier, à neuf heures du soir, gagnaieut Amiens immédiatement et arrivaient à Tours le 9, vers midi.

Le jour même, la Délégation tint un premier Conseil avec M. Gambetta, dans l'après-midi. La décision du gouvernement de surseoir aux élections fut fort mal accueillie ^ Cependant les ordres étaient formels. M. Gambelta exigeait l'obéissance. La Délégation renonça dont: aux élections. Le soir, un second Conseil se réunit. M. Gambetta, nommé le 4 septembre ministre de l'intérieur, prenait tout naturellement, à Tours, possession du ministère dont il était titulaire; mais celte part d'attributions lui semblait insuffisante et il exposa que, pour imprimer plus d'énergie à la défense dans un aussi pressant péril, il fallait lui remettre les deux ministères de l'intérieur et de la guerre. M. Crémieux ne consentit point à se dessaisir du ministère de la guerre^. M. Gambetta produisit alors un décret du gouvernement de Paris qui lui accordait double voix au sein de la Délégation; mais MM. Crémieux et Glais-Bizoin, opposés à sa demande, annulaient encore sa double voix. L'amiral Fourichon, auquel on offrit, comme moyen terme, de reprendre le ministère de la guerre, le refusant et opinant pour que

1. Crémieux, Gouvernement de la Déf. nat., 1" partie, p. 13« â. Glais-Bizoin, Dictature de cinq mois, p. 86.

M. Crémieux s'en dessaisît, fit peneher la balance et, dès lors, le nouveau venu, titulaire des deux ministères de rintérieur et de la guerre, va se trouver investi d'un immense pouvoir.

L'apparition de M. Gambetta remua la France. Son voyage en ballon était à lui seul quelque chose de neuf et de hardi qui frappait les esprits. Acclamé par le peuple dans les villes traversées, Amiens, Rouen, Tours, il avait tenu le langage du plus ardent patriotisme et appelé à une lutte à outrance contre l'étranger. Sa parole passionnée correspondait à des sentiments instinctifs que tout le monde éprouvait, elle faisait immédiatement battre le cœur du pays. Pour vivifier un pouvoir faible, aux mains de vieillards, on voyait survenir un chef jeune, énergique, plein de feu. Les élections qu'on avait voulues devaient donner un gouvernement qui eût de la force et du prestige, mais M. Gambetta assurait ces avantages en sa personne. Le décret ajournant les élections est donc favorablement accueilli, ainsi que la concentration en une seule main des deux principaux ministères'. On traversait en effet une de ces crises où les anciens peuples créaient la dictature spontanément, le péril illimité obligeait de tout subordonner à l'action militaire. Aussi M. Gambetta ne va pas seulement posséder dans la Délégation une influence prépondérante, il va se trouver investi d'une réelle dictature. Ses collègues le laissent agir, en partie dominés par son ascendant personnel, mais surtout guidés par le besoin qu'ils éprouvent, avec la nation, de s'en remettre à un seul homme, pour obtenir plus de rapidité et d'énergie.

Dès le 10 octobre, M. Gambetta déléguait M. Charles de Freycinet au ministère de la guerre. C'était un ingénieur, déjà secrétaire, avec voix consultative, d'une Commission militaire que l'on constituait auprès du gouverne-

Page 1