Général BoreJ, ibid., t. III, p
4. Général Chanzy, La 2* armée de la Loire, p. 31. — Auguste Boucher, La bataille de Coulmiers, p. 33.
fiance en M. Gambetta s'accrut. Cette victoire se produisait à propos, pour conlre-balancer l'eifel de la capitulation de Metz, survenue le 27 octobre. L'immensité de ce désastre, qui rendait disponible Tarmée ennemie immobilisée par le blocus, n'avait cependant point amené le découragennent qu'eût causé en tout autre temps un jugement de sang-froid. Car on était au début de la résistance, plein d'élan et l'on se refusait à rien découvrir dans les événements qui pût ôter l'espoir. Aussi M. Gambetta, qui annonçait cette fatale nouvelle par une proclamation où il excitait à redoubler d'efforts, trouvait- il partout de l'écho. Et comme il savait que le maréchal Bazaine était entré dans des machinations avec l'ennemi, il l'accusait hautement de trahison :
« Français, élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie. Il dépend encore de vous de lasser la mauvaise fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr, et dont le courage s'exalte au sein même des catastrophes.
« Metz a capitulé !
« Un général sur qui la France comptait, même après le Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus de cent mille de ses défenseurs. Le maréchal Bazaine a trahi! Il s'est fait l'agent de l'homme de Sedan, le complice de l'envahisseur, et, au mépris de l'honneur de l'armée dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux et la plus forte citadelle de la France, Melz, vierge jusqu'à lui des souillures de l'étranger! Un tel crime est au-dessus même des châtiments de la justice; et maintenant. Français, mesurez la profondeur de l'abîme où vous a précipités l'Empire. »
La guerre avait pris, depuis le 4 septembre, un caractère nouveau. La résistance était devenue réellement nationale; tous y participaient. On avait été douloureusement surpris,
à l'invasion, de la facilité avec laquelle les cavaliers ennemis s'étaient lancés au loin en éclaireurs. On formait pour les arrêter des corps de francs-tireurs qui, bien que divers par l'organisation, la discipline et le courage, rendaient de grands services. Ils harcelaient l'ennemi, lui enlevaient des détachements, empêchaient ses reconnaissances et ses surprises, pendant qu'ils contribuaient au contraire à renseigner les troupes françaises. Les villes ne s'abandonnaient plus aux premiers arrivants. Elles ne se rendaient qu'à des forces irrésistibles ou même se défendaient sans autre espoir que de sauver l'honneur. Les citadins, les gardes nationaux combattaient à côté des troupes régulières. A Saint-Quentin, le 9 octobre, le préfet, M. de la Forge, arrêtait derrière les barricades, à la tête des gardes nationaux et des pompiers, une colonne ennemie qui se présentait et la contraignait à se retirera. Le 18 octobre, Châteaudun était attaqué par la XXIP division, venue d'Orléans sous les ordres du général deWittich'.Laville, occupée par des francs-tireurs de Paris, de Nantes et de Cannes, et la garde nationale, résista huit heures au bombardement et aux attaques de l'ennemi, qui dut emporter d'assaut les barricades. Les obus avaient embrasé de nombreuses maisons; les vainqueurs en incendièrent délibéréj[nent de nouvelles; deux cent trente-cinq maisons furent ainsi détruites. La Délégation du gouvernement, à Tours, décréta que la ville de Châteaudun avait bien mérité de la patrie. Le 30 octobre, la division badoise, sous les ordres du général de Beyer, arrivait devant Dijon. Le Conseil de guerre assemblé jugeait toute résistance inutile, faisait partir le peu de troupes présentes et désarmait la garde nationale pour sauver les armes. Cependant, les habitants ayant absolument exigé qu'on se défendît, on réarmait la garde nationale et l'on rappelait les troupes. On combattait toute
1. Abel Deroux, Vinvasion dans V arrondissement de Saint- Quentin, p. 37.
2. Gustave Isambert, Combat et incendie de Châteaudun, — Coudray, Défense de Châteaudun.
la journée du 30, et Ton arrêtait l'ennemi à l'entrée des faubourgs. On ne capitulait que le lendemain, pour faire cesser un bombardement qui avait déjà allumé plusieurs incendies. Sur les 600 hommes mis hors de combat dans la défense de Dijon, 180 appartenaient à la garde nationale ^
Pour comprimer les soulèvements et empêcher les citoyens de participer à la défense, les Allemands employaient les moyens sauvages de la guerre de conquête. Dès la bataille de Sedan, ils avaient incendié le village de Bazeilles et fusillé onze habitants accusés d'avoir combattu à côté des soldats. Ils devaient recourir à ces procédés chaque fois que des agressions leur inspireraient le désir de semer l'épouvante. Les villages d'Âblis, près de Vendôme, de Civry et de Varise, près de Châteaudun, d'Étrepagny, en Normandie, de Fontenay, près de Toul, de Parmain,! près de l'Isle-Adam, allaient être ainsi détruits pendant qu'étaient fusillés les hommes pris les armes à la main, en dehors de l'armée régulière. Du même coup, le vol et le pillage se répandaient au sein des armées allemandes. Les convoyeurs, à la suite des corps, recelaient le butin et jusqu'à des officiers faisaient main basse, dans les maisons, sur les objets à leur convenance*.
L'armée de la Loire s'était arrêtée à Orléans, après la bataille de Coulmiers. Le 12 novembre, MM.Gambetta,de Freycinet, les généraux d'Aurelle, Borel, Martin des Pal- Hères, M. Pereira, le préfet du Loiret, tenaient conseil. Ils se demandèrent s'il fallait reprendre tout de suite l'offensive et marcher sur Paris. Aucun d'eux n'osa résolument recommander ce parti ^. Les forces disponibles furent reconnues insuffisantes pour débloquer Paris et l'on trouva prudent de séjourner à Orléans, en se fortifiant. On
i. Janin, Journal de la guerre de 1870-71 à Dijon, p. 95.