‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 11 sur 90 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Rois fainéants. Décadence et fin de la monarchie roérovingienne. De la mort de Dagobert V^ à la déposition de Ghildéric III.

Premiers rois fainéants, — Gouvernement d'Ébrouin, maire du palais de Neustrie.

Depuis la mort de Dagobert P^ la femille mémvingieime n'offre plus que des fantème» de reis , abrutis par la mollesse et la débauche, et que lliistoire ajustement détris du nom de rois fainéants. Ils avaient dans leur ■diité même u& titre de plus à la couronne auprès de ceux qui régnaient en lemr nom. A côté de la royauté gnmdisscdt U magistrature de» maires du palais, qui déjà, l^% dorant quelques-uns des derniers r^nes, avaient plusieurs "'^1^'' fois substitiié leur autorité à celle du monarqne^ Ils profitèreat de te Ikiblesse ctes Méroviogiens pour nsarper de M toute kl puissance : élus par les leudes, ils s'étaient kM^iBps appuyés sur eux pour dominer les souyerains;

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mais lorsque kur pouvoir fut bleu établi, ils éensèrenl les grands, afin qu'il n'y eût plus d'autre autorité que la leur. Ils s'associèrent alors leurs fils, auxquels ilstransmirent leur charge; et celle-ci finit par être considérée comme l'apanage d'une même famille , de même que le sceptre semblait appartenir de droit à la race de CIotIs. h^tfni. Bagobert en mourant avait rçconnu Éga pour maire en ^*7it"- Neustrie, et Pépin de Landen en Austrasie, et leur avait confié la tutelle de ses deux fils Sigebert III et Glovis II, entre lesquels ses États étaient partagés. Éga mourut; Erkinoald lui succéda dans sa charge. L'enfance et le caractère des deux rois contribuèrent beaucoup à établir le pouvoir des maires du palais. Sigebert III, adonné tout entier à des pratiques religieuses , vécut en moine dans ses États. d' Austrasie, et borna l'exercice de son autorité royale au soin d'enrichir les églises et de bâtir des couvents : il mourut dans la fieur de son âge* Glovis II ne vit, au contraire , dans la royauté de Neustrie et de Bourgogne que la facilité funeste de satisfaire son goût désordonné pour la débauche. Cependant son autorité nominale s'étendit sur la monarchie entière des Francs'; l'Austrasie le reconnut aussi pour roi. Le maire Pépin avait eu pour uon'^dê ^^^^s^^>* ^^ fils Grimoald; celui-ci , à la mort de Sige- ^flS'Sl^* bert III, avait essayé de faire passer le sceptre dans sa "^mée' ^«"ïïe : il fit conduire en Irlande le jeune Dagobert, fils ^SSi?' de Sigebert, cacha le lieu de sa retraite, et osa mettre la couronne sur la tète de son propre fils ; mais les grands d' Austrasie, qui en obéissant à Grimoald fléchissaient volontiers devant un pouvoir qui était leur ouvrage , se ré« voltèrent contre une autorité indépendante de leur choix; Hs mirent è mort Grimoald et son fils, et reconnurent pour roi le ^ble Clovls II , qui suivit de près son fr^

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bert UI au tombeau > et laissa son sceptce et son iraia titre de roi à Glotfaaire Iir y son iUs atné.

Le fameux Ébrouin, doué de grands talents et d'un ciothaicaractère inflexible, était alors maire du palais ; cependant ^^'^' il ne parvint pas à maintenir longtemps l'unité apparente cSS^'nde fa noonarehie : les seigneurs austrasiens vonlur^t un ^^^^ TOI qui fût, con)|ne ses prédécesseurs, sonmis à leur in- m^iï^du floence : ils firent venir le jeune Childéric , second fils de ^^^^' Clovis II, le saluèrent roi d'Austrasie, et lui donnèrent pour tuteur le maire Wulfoald. Bans aucun des trds royaumes de la monarchie les grands n'avaient pu établir un gouvernement aristocratique régulier; leur pouvoir n'avait tendu qu'à les rendre de plus en plus indépendants. Ébrouin vit dans chaque progrès de leur autorité iodividoelle un. pas vers Tanarchie générale; il était jaloux à l'excès de son pouvoir, et , soit politique , soit ambition , il voulut demeurer seul maître en Neustrie et en Bourgogne. Son despotisme souleva tous les grands. Le célèbre évéque d'Autun , Léger, dont rÉglise a fait un saint, se mit en Bourgogne à la tête des insurgés, et donna l'exemple d'une résistance opiniâtre. Ébrouin d'abord dompta la rébellion , mais la mort de Clothaire III âl>ran1a sa puissance ; il n'osa convoquer les grands , selon l'usage, dans un mail national, pour élh'e le successeur de ce prince , qui mourut sans enfants ; et il proclama roi , de sa propre autorité , le jeune Thierry , troisième fils de Giovis II. Cette violation des vieilles coutumes du royaume chudéarma tous les grands contre Ébrouin. Les seigneurs de ^Y^^ Neustrie et de Bourgogne ne voulaient pas plus que ceux »^®- ^Âustrasie voir les maires usurper sur eux le droit d'élection au trône : ils offrirent la couronne des deux royaumes à Childéric II, roi d'Austrasie. Ébrouin, abandonné

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70 rRKMIBRB SPOQUS.

Chute et de tOQS , 86 réCègin dans une église; sa .vie inX ^argnée, ^^d*^- on lui donna la tonsure , et on renferma au monastère de

broain. ^

Liuceuil : Thierry III fut conduit prisonnier devant son frère, et renfermé, par son ordre, au eoa?eiitde Saint- Denis*

Childérie II transféra sa résidence de Metz à Paris. O prince joignait aux passions brutales de S9 race dégénérée le caractère énergique de ses aïeux. Contraint d'abord 4e souscrire auï conditions imposées par les ^ands qui Pavaient eouromié/ il ne les observa plus dès qu'il sentit sa force; 11 combattit les leudes par des supplices, et renferma l'évéque Léger dans ce même monaitfère 4e Luxeuii où celui-ci avait fait jeter Ébrouin. Le malheur récondlia pour un temps ces deux grands ennemis ; ils ourdirent une conspiration contre le téméraire Childérie, qui avait osé infliger à un de ses leudes, nommé Bodolus, on châtiment honteux , réservé aux esclaves : Bodolus et les coi^orés surprirent le roi chassant dans la forêt de Boady, près de la royale maison de Chelles; lenr vengeance fut atroee ils regorgèrent avec sa femme et ses enfants* Ébrouin et DéumA. l'évéque Léger sortirent ensemble de captivité, et redebronin. ji vinrent ennemis mortels. Ébrouin, après une guerre saa-

reprend 7 «^ o

^\^^' glante, 1 emporta enfin sur son redoutable rival, qu'tt priva de la vue , et qu'il fit ensuite condamner par un synode épiscopal et massacrer. Il tira du cloître le faible Thierry, utile et aveugle instrument de ses volontés despotiques : il s'appuya contre les grands sur les masses populaires , et exerça longtemps un pouvoir sans contrôle* Il mit tout en œuvre pour briser l'aristocratie héréditaire; il rendit les bénéfices à la drculation ; il enleva les terres du fisc royal au:i^ familles puissantes, qui les regardaient depuis longtemps ccmime lenr patrimoine; il les partagea

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entre les hommes DouTeanx, intéressant ainsi un# classe nombreuse de pauvres bénéficiaires à la défense de son œuvre.

Cependant un orage redoutable se formait contre i^^- Ébrouin , en Austrasie. Après la mort de Cbildéric U , jj^^<jj cette contrée s'était de nouveau séparée des royaumes de *''* Neustrie et de Bourgogne. Le jeune Dagobert , fils de Sigebert III, fut rappelé du monastère où il vivait caché» en Irlande. Ce jeune prince, avide et cruel, voulut faire ses victimes des auteurs de sa fortune, et sa témérité fut égale à ses violences. Imitateur du dernier roi Childéric, il eut une fin pareille, et périt assassiné par les ducs d'Aus** trasie; au nombre des meurtriers étaient plusieurs partisans et parents de l'ancien maire Pépin de Landen ou le Yieux, dont la postérité mâle s'était éteinte avec Grimoald et son fils , mais dont la famille conservait toujours une grande influence. Une fille de Pépin, nommée Begga, avait épousé le fils du grand Arnulfe de Metz; elle en eut un enfant mâle , qui reçut le nom de son aïeul maternel , et que les historiens , pour le distinguer de Pépin le Vieux , ont surnommé Pépin d'Héristal , du nom d'un lieu cél^re qu'il habitait sur la Meuse. Ce jeune homme, après la mort de Dagobert, fut reconnu pour l'un des chefs de l'aristocratie des ducs et des comtes d'Autrasie* I^es grands triomphaient dans cette contrée, et ils étaient écrasés en Neustrie et en Bourgogne ; une multitude de proscrits de ces deux royaumes demandèrent vengeance contre Ébrouin aux ducs d' Austrasie, et un premier et terrible choc eut Meu dans les champs de Latofao, déjà funestes une fois aux Austrasiens. La Neustrie y fut encore victorieuse. Ébrouin triompha ; mais il ne put recueillir les fruits de sa victoire : un seigneur nommé Ërmanfroi, coupable dans

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l'exercice de sa diarge et menacé de mort , prévint iJort^É- Ébrouin ; il lui fendit la tête d'un coup d'épée, et s'enfnit «•*• en Austrasie^ où le duc Pépin le combla d'honneurs. Les historiens du temps, la plupart ennemis mortels d'Ébroilin, nous le montrent surtout impitoyable et perfide ; mais sa mémoire fut honorée dans quelques légendes populaires. « Il réprimait violemment, disent-elles, toutes les iniquités qui se commettaient sur la surface de la terre ; il châtiait les forfaits des hommes superbeset injustes, il faisait régner la paix : c'était un «homme de grand cœur,'bien qu'il fût trop cruel aux évéques '. » Ébrouin , sans sceptre et sans couronne, avait régné vingt ans avec un pouvoir qu'aucun roi n'avait exercé avant lui .

Suite des rois fainéants. — Lutte de TÂustrasie et de la Neustrle. — Mairie de Pépin d*HéristaI.

Waratho, jpnis Berthaire, succédèrent à Ébrouin dans sa charge. Les rênes du gouvernement , en échappant à son bras puissant, flottèrent dans leurs mains débiles; les discordes civiles agitèrent la Neustrie ; l'espoir revint aux seigneurs exilés , ils renouvelèrent leurs instances auprès de Pépin d'Héristal et des autres ducs d'Austrasie, et une invasion nouvelle fut résolue. Pépin s'annonça comme le vengeur des nobles francs et des prêtres de Dieu , dépouillés par les maires de Neustrie, et fut proclamé chef

» Légendes de saint Prœjeclus d'Auvergne et de saint Martial de Limoges.

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de la guerre^ Il rencontra l'armée neustrienne dans le pays de Verroandois, à Testry, remporta une grande victoire, victoire et fit le roi Thierry prisonnier. S'étant assuré ensuite que ^'î^* nul n'était plus propre que ce faible prince au rôle d'un ••'^• fantôme de roi, il le reconnut roi de Neustrie et d'Ans- ™er. trasie, et gouverna sous son nom comme maire du palais, ^^*2îf/"- . en abattant les restes du parti opposé aux grands. Après la Si" ul. mort de Thierry , Pépin fit successivement couronner les D?gôdeux fils de ce prince, Clovis III et Childebert III, puis "n. *

* ' ^ Sous le

son petit-fils Dagobert III ; lui-même était le véritable "JJ^'J^i: chef militaire et le seul grand juge de la nation des Francs. '^^^'• Il remit en vigueur les anciennes coutumes nationales, laissées en oubli par Ébrouin; le grand mallum^ ou assemblée annuelle, tombé en désuétude, fut régulièrement tenu aux calendes de mars. Tous les membres de la noble nation des Francs y étaient convoqués. Le roi s'y rendait sur un chariot traîné par des bœufs^ revêtu des insignes royaux, et portant sur ses épaules sa longue chevelure : il s'asseyait au milieu de l'assemblée sur un trône d'or : là, le monarque en effigie donnait audience aux a^ibassadeurs étrangers, et leur rendait les réponses qui lui avaient été dictées à lui-même ; il prononçait quelques paroles tou* chant la paix, la guerre, et Içs devoirs du gouvernement envers les églises et les orphelins ; puis il s'en retournait comme il était venu , renvoyé par Pépin dans une des grandes métairies royales, pour y être servi, et surtout gardé, avec honneur et respect. Cette grande scène était jouée tous les ans : elle atteste le prestige qu'exerçait encore à cette* époque sur les Francs le souyenir de Clovis, et à quel point le respect populaire s'attachait au sang de Mérovée. Ce culte superstitieux pour une race dégénérée est de nos Jours difficile à comprendre, et on ne sait ce qui

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doit nous étonner davantage dans ces assemblées, on la hardiesse des maires, qui en présence d'un peuple, pour qui le nom de Mérovingien était sacré, humiliaient ainsi les derniers représentants de cette famille, ou la lâche imbécillité de ceux-ci, tous reconnus rois, et dont pas un ne sut profiter de ces occasions solennelles pour l'être en effet.

L'empire des Francs tomba en dissolution après la bataille de Testry : les princes des Saxons, des Frisons, des Allemands , des Bavarois et des Thuringiens , jusque alors vassaux des rois mérovingiens , se regardèrent comme les égaux de Pépin lorsqu'ils eurent contribué à sa victoire. Pépin, lutta contre eux, et eut, presque jusqu'à la fin de sa vie, de longues et sanglantes guerres à soutenir sur toutes les frontières du nord , tandis que les peuples de la Bourgogne et de la Provence secouaient son joug au midi : ceux de r Aquitaine se ralliaient alors sous le célèbre Eudes, duc de Toulouse, descendant de Caribert; ils lui donnèrent le titre de roi, et se reconnurent presque indépendants de la monarchie firanque.

Pépin avait deux fils, Drogon et Grimoald, de sa femme Plectrude, et un troisième, nommé, Charles , de sa concubine Alpaïde. Il donna le duché de Champagne à l'afné , qui mourut en 708, et il revêtit, de son vivant, son second fils, Grimoald, de la charge de maire de Neustrie. Une haine implacable divisait les mères de Charles et de Grimoald, qui devinrent ennemis mortels. Pépin vieillissait ; il tomba malade, et il était à l'agonie lorsque soq fils Grimoald fttt égorgé presque sous ses yeux : il recouvra des forces pour le^ venger ; il se leva de son lit de mort, fit périr tous les auteurs du meurtre et enfermer à Cologne son fils Charfes, qu'il soupçonnait d^en être le complice ;

pria il éftAUlrBiaÈre itk parfais le^ jwfte Tbép^^ftJd, m^ d^ Giiia«aW, à peîfi« 4§é d^ cinq a^s. Ce* acte énar^l^^e éimisasesfwroeft: « i| mwnttea 7H, diseirt ko aoMtea Mortue des FraMM, après a»«ir eoHffiwuidé vtogt-««^ ans et sh^ d?S&. HH^ à tmitte peuplt fra»c , »v«c: l«s v<M& à M atmmi». Tliierry^aorô, Childebert etJ)ag(A«rt. »

de

UL

Bwîers rofe fuaéaiOs. -r- Fin dô la lutte de P^joatewi* et de^ la Nenstrie. -. Invasio» des Musulmans. - Gouvernement de Charles Martel.

Pépin lai&Mdtàlatête d^ ^aœo^a^cWede^xeJ|fattU^ doua l'un roi etFautre maire, sous Jatutelle de la vieillePlaetnide, aïeBle de Théod^ald. Us Neufitrieas s'iudignèrept d'un semblable joug; ils se révoltèrent conUe Plectnide et S9n flls, et choisirent Baginfred pour maire du palais; puis, de ooûecrt avec les Frisons et les Saxons^ ils attaquèrent l'Ao^. trasje désarmée. Pressés de tous côtés , les Austrasiens abandonnent à leur tour Plectrude et son fils; ils, tirenj; du cloître le jeune Charles^ fils naturel de Pépin, doué de qualités héroïques, et le reconnaissent avec enthousiasme pour chef. Cependant le nom des Mérovingiens avait eoflore un c^aia puestigo, et des deux parts, Sigrès la BWt de Dagobert III, un membre prétendu de cette race d^Béré a»t tiré du clottre et p?ocJamé roi : Chiipéric II en chopé Mwslrie, et Ciothaire IV en Austrasie. Ib règueut de nom, cuSiStandis qfie les deux maîtres réels . de ces contrée^, Ragin- " ^ ^ Ired et Charles , se préparent à la guerre , et marchent l'un COOtre l'autre. I^a victoire ne, pouvait être longtemps indé^; les Francs de l'Aus^le, qui touchait à la Gerf

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manie, B'ayalentrieD perdu de leur énergie guerrière. Les avantages qu'ils tenaient de la conquête étalent un appât puissant pour les tribus germaines du voisinage , et des . émigrations successives durent naturellement entretenir dans la nation austrasienne un esprit militaire plus énergivictoires que, dcs habitudes plus belliqueuses qu'en Neustrie. Charles,

de Char*

^^Te^a^ battu d'abord et réfugié dans les Ardennes, rassembla des tîu vta- *>wides aguerries , et se mît à leur tête : il surprit les NeussSLoni'. ^®**s ? ®^ ^* "^ grand carnage , les poursuivit, et , par la 7I7-7I*. mémorable victoire de Vincy, près Cambrai, gagnée en 717 y la Neustrie tout entière devint sa conquête. Les Nous* triens, vaincu s, mais non soumis, appellent à leur secours Eudes, roi d'Aquitaine, et lui offrent le sceptre. Les Aquitains regardaient les Francs du Rhin comme beaucoup plus barbares que ceux de la Seine : ils avaient à craindre que les bandes farouches de Charles pe voulussent, comme autrefois celles de Clovîs, goûter les fruits du midi; ils s'unirent donc aux Neustriens, et marchèrent contre Charles, qui les battit près de Soissons et les poursuivit jusqu'à Orléans. Clothaire IV, simulacre de roi en Austrasie, venait de monchiigé- rif. Chartes, vainqueur des Neustriens et des Aquitains, '"• fait reconnaître l'imbécile roi de Neustrie , Chilpéric II , comme souverain de tout l'empire de Clovis, et r^e seul en son nom.

Les batailles de Vincy et de Soissons forent le dernier effort des Neustriens. Le siège de l'empire des Francs fût depuis transporté vers la Meuse et le Rhin; et il fallait qu'il en f&t ainsi, pour arrêter et refouler en arrière le |[ot dévastateur des opuvelles émigrations germaniques.

(iBvasioii Un ennemi plus terrible menaçait l'empire des Francs.* 'saimu Depuis UB slèclc seulement Htfiomet avait fondé en Ara-

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Me une religion nouvelle, et déjà ses armées » ^•^'^^aîîa^K par le fanatisme religieux et Tesprit de conquête, avaient iwcauies. envahi une partie de TAsie, l'Afrique, l'Espagne, ets'avançaient dans les Gaules. Jamais, depuis Attila, invasion plus redoutable n'avait menacé TEurope. Le torrent dévastateur franchit les Pyrénées, et fondit d'abord sur la Septimanle. Narbonne succomba, et la chute de cette ville dé- .cida du sort de la contrée, où la domination arabe r^nplaça, comme en Espagne , celle des Yisigoths*

Les musulmans menacèrent ensuite l'Aquitaine, qui obéissait alors au roi Eudes, ancien due de Toulouse, .descendant de Caribert, et vassal rebelle des rois mérovingiens que Charles couronnait. Eudes remporta une grande victoire dans les champs de Toulouse; mais ensuite, pressé par de nouvelles légions d'ennemis, il acheta la paix de l'un de leurs généraux nommé Munuza % en lui donnant sa fille Lampagie en mariage. Munuza s'éloigna, et succomba bientôt dans une guerre civile contre Abdérame, wali ou chef des musulmans en Espagne'; sa femme, fille du roi Eudes, tomba au pouvoir du vainqueur, qui envahit à son tour l'Aquitaine. Eudes était en guerre, au nord de ses États , contre l'invincible Charles , chef de tous les Francs , lorsqu'il fut menacé au midi par les ennemis de toute la chrétienté : il vit son armée détruite par les musulmans devant Bordeaux, cette ville incendiée, l'Aquitaine au pillage, ses habitants massacrés; alors, se reconnaissant trop faible confie tous, et contraint de se soumettre aux Francs ou aux Arabes, sa reli-

' Le nom arabe de ce chef fameux était £bn-Âbi-Muça, et selon qaelques-nns, Abi-Nessa.

' Ce prince est connu dans les chroniques arabes sous le nom d'Abd-d-Rahman.

7% "Bwmaku «nx^foi.

glmi'Aeta son bMx : il se ren^t'en fs^f dxns laoMnr goerrière de Charles, recoûnUt sa^vzeraîD^é^ et obtint à ce prix le sec<mrs des Francs. Chai*les fett un appel l>elli« iq[tieax à tous les guerriers de ia Ncustrie , de l'Austral et de la Germanie occidentale ; ils accourent en foule, et leur foriniâ£d)te armée rencontre celle d'Abdérame, en octobre 7S2, dans les plaines de Poitiers. Les destinées du genre trumain allaient être jouées dans ces<;bamps fameux : l'armée des Francs était la seule barrière en état d'arrêter f invasion mafaométane; il s'agisss^ de savoir si le monde serait musulman ou chrétien.

5?% Burant sept Jours les dieux armées s'observèrent sans %*2; combattre; enfin, les musuhnans, dont les chroniqueurs élèvent le nombre à plusieurs centaines de mille , se déployèrent dans la plaine : au signal d' Abdérame , la légère , cavalerie des Arabes engagea la bataille par une nuée de traits, et fondit comme un tourbillon sur l'armée des Francs. Ceux-ci, inébranlables sur leurs puissants chevaux du Nord, et défendus par leurs lourdes armures, opposèrent longtemps un mur de fer aux charges multiplias des*Sarrasins, et demeurèrent fermes, serrés en masses, immobiles. Tout à coup le cri de guerre s'éleva sur les derrières de l'armée arabe; c'était ie cri du roi Eiides et des Aquitains, qui avaient tourné l'ennemi et qui Incendiaient son camp. Une partie de l'Immense «rmée d' Abdérame fit face aux Aquitains ; le désordre, effet de ta sorprise, oirvriifles rangs des Arabes. Charles, à^n tour, donne le signal; le mur de fer s'ébmnie, les masses pesantes de la Germanie tombent sur les escadrons d' Abdérame : la hache de bataille et la large épée des Francs moissonnent des rangs entiers , Abdérame rallie en vain ses soldats, il succombe avec l'élite des siens^ pereés de

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coqpSy broyés tous les pieds des chevaux ; les Arabes reculent, et cherchent un refuge dans leur camp ravagé. La nuit étant venue, Charles arrête la poursuite; et le lendemain au point du jour les Francs n'aperçoivent plus au loin qu'une plaine sanglante, jonchée de cadavres : les ténèbres avaient protégé la retraite des musuhnans ; la cause chrétienne était gagnée.

Les Arabes évacuèrent l'Aquitaine après leur désas- Jg^^JJ.^ treuse défaite à Poitiers ; et cette journée , à jamais mémo- '^'''"'* rable , dans laquelle il fut dit que Charles avait martelé les Sarrasins , lui valut le glorieux surnom de Martel , que la postérité lui conserva ; mais en délivrant du mahoraétisme les provinces du sud , il ne les sauva ni du pillage , ni des incendies, ni des massacres : la dévastation marqua les pas de son armée, et souilla sa victoire, dont les Aquitains Délai tinrent pas compte; et une profonde inimitié subsista entre les peuples plus civilisés du midi des Gaules et les barbares du nord.

Charles suspendit, pendant sa domination seulement , Ti>ier« les progrès de Tautorité ecclésiastique. L'armée faisait toute sa force, et pour se l'attacher davantage il osa convcr-

^ y nemcnt

saisir les biens de l'Eglise et les distribuer entre ses guer- ^^^e^^^ riers. Il ne prit pas le nom de roi ; mais il ne donna point Martei. de successeur à Thierry IV, fils de Dagobert III , qu'il avait couronné après la mort de Chilpéric II. Ses ennemis les plus dangereux furent les Frisons, les Allemands et les Saxons, toujours attirés vers le Rhin far les succès des invasions précédentes : Charles parvint à les refouler chez eux par des expéditions sanglantes et multipliées, et à les contenir par la terreur de son nom. Il mourut en 741, *» mort. après avoir partagé son autorité entre ses trois fils Pépin, Carloman et Griffo.

80 PBEMIÈBE ÉPOQUE,

PepiQ et Carloman dépossédèrent leur frère | et se partagèrent l'héritage paternel : ils reconnurent bientôt que Charles Martel ne leur avait pas transmis avec son pouvoir le prestige attaché à son nom redoutable ; et pour chiidé- soutenir leur autorité naissante, il tirèrent du cloître un

rie III

derniier' dcmler Mérovingicu, qui fut proclamé roi des Francs,

74mS!' ^^^^ ^^ ^^°* ^® Childéric III. Les deux frères luttèrent

ensuite avec succès contre les Allemands , lés Bavarois , les

Saxons et les Aquitains. Carloman bientôt prit en dégoût

peptn,flis les (grandeurs de la terre; il se fit moine, et entra au mo-

deCharles °. , .^.^., .*,.

Martel, nastcrc du mont Cassm. Fepm demeura seul maître de la

élu rot des *

^"S?" monarchie des Francs, et se lassa de régner sans sceptre sur les marches du trône ; il demanda et obtint le titre de roi du pape Zacharie, et fut sacré en 752 par saint Boniface, Tapôtre de T Allemagne, Il rassembla ensuite les comices généraux à Soissons, et là, fort de sa propre puissance, du nom de ses aïeux et de la sanction du pape, U fut élu roi des Francs. Childéric rentra dans le cloître , d'où sa race ne sortit plui^; et Pépin fonda une seconde dynastie royale, qui, du nom de son fils, fut appelée carlovingienne.

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