‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 12 sur 90 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Pépin et Cbarlemagne '.

Règne de Pépin le Bref.

Ce fut Pépin qui reconnut le premier au pontife de Kome le droit de disposer des couronnes de la terre. Les Lombards possédaient alors toute la partie septentrionale de l'Italie, et leur roi Astolphe contestait au pape Zacharie le gouvernemeut de la ville de Rome. Zacharie avait besoin d*un puissant appui, et, comptant sur le secours de Pépin s'il se le rendait favorable, il prononça que le trône appartenait à celui qui , sans l'occuper, remplissait les fonctions de roi. L'autorité la plus respectée à cette époque était celle de l'Église; et Pépin, sentant la nécessité de

' Pour les règnes de Pépin et de Cbarlemagne, voyez ma Géogra* phie historique y pag. 24-27, carte n^ 5.

<S2 ^HOMlàKB itOf^H.

donner à son usurpation une sanction imposante, renouirela^pour-son saere les cérémonies usitées pour cetoi ées rois juifs : cet exemple fut suivi par ses successeurs.

Etienne II succède au pupe Zacharie : menacé par les Lombards 9 il se rend auprès de Pépin, et implore son appui. Le roi lui prodigue les plus grands honneurs, et le pontife le sacre une seconde fois , avec ses deux fils Charles et Garloman. Dans les paroles 4ltCÉtienne prononce à cette occasion , il supplie les Francs de ne jamais élire un roi dans une autre famille que celle de Pépin, et excommunie ceux qui seraient tentés de le fiiire. Dès lors le pouvoir pontifical fit chaque jour des progrès rapides; les papes se crurent bientôt les maîtres de la terre; ils exigèrent l'obéissance des souverains, quMls couronnèrent et déposèrent au gré de leur caprice, et des flots de sang furent versés pour soutenir ou pour combattre ces prétentions superbes, yictoire» Etienne avait imploré contre Astolphe , roi des Lom- *Loi" bûrds, le secours de Pépin : celui-ci rassembla une armée^ TSK^Îi. ^^ ï^cna en Italie, fut vainqueur, et céda an pape Texarchat de Bavenne.

Pépin soutint encore avec succès de longues et sanglantes luttes contre les Bretons, les Saxons, les Sarrasins et les Aquitains. Ces derniers surtout lui opposèrent une résistance furieuse. Leur vaste province avait depuis longtemps , et à plusieurs reprises , été détachée par ses ducs de Lutte de la monarchie des Francs. Les familles des conquérants qui jpjojjj^ s'y étaient établis avaient adopté les mœurs et le langage *"*^ de la population , qui était gauloise ou romaine d'origine, et qui parlait un latin corrompu. Les Aquitains , plus civilisés que les Francs, détestaient totijoara ceux-ci, comme des barbares ; la révolution , qui, en élevant tes Carkof In-

gieQdiy avait entaoré le trône de nouyelles bandes avstraaieiiiies ou germaniques, donnait à leur gouvernement, aux yeux des Aquitains, une apparence encore plus sauvi^, et redoublait rborreur qu'il leur inspirait. Depuis environ deux siècles., la , population de l'Aquitaine était fortifiée et en partie remwivelée par Tinvasion d'un peuple montagnard, descendant des anciens Ibères, réfugiés dans les Pyrénées : c'était celle du peuple vascon ou gas- 5^ oïiî con, qui n'avait point encore subi le joug des Francs, et Ë^cfaulef qui donna le nom de Vasconia, ou Gascogne, à une partie méridionale de la Gaule. Eudes, duc et roi d'Aquitaine, d(mt ils reconnurent l'autorité , eût peut-être r^né en souverain sur laNeustrie elle-même, si l'invasion musulmane ne l'eut forcé à appeler à son secours Charles Martel, son ennemi. Après la défaite des Sarrasins, la lutte recomraença entre les Aquitains et les Francs; Hunaid, iils d'Eudes , soutint la guerre avec une énergie d'autant plus grande qu'il descendait lui-même des Mérovingiens par son aïeul Caiibert , et qu'il regardait Pépin comme l'usurpateur des droits de sa race. Cependant en 745 , Pépin ayant envahi l'Aquitaine à la tête d'une armée formidable, Hunaid se soumit eu apparence , déposa les armes, et jura fidélité au roi des Francs. Cet abaissement devant l'ennemi de sa race cachait d'autres pensées , qui lui furent inspirées soit par le déclin de ses forces , soit par l'orgueil et l'espoir sans bornes qu'il avait mis dans son fils Guaifer ou Vaifre. Ce jeune homme possédait toutes les qualités qui font les héros , et Hunaid vit en lui le seul homme capable de défendre les Aquitains contre les Francs. Il ré- J?^*J2^^ «olut d'abdiquer; et, ayant remis l'Aquitaine aux vail- ï^bmtes mains de son fils, il lui fit ses adieux , revêtit l'habit de moine, et alla s'enfermer au monastère de l'île

'84 PBCHIÈBB ÉPOQUE.

*de Ré, où son père Eudes était enseveli dans la tombe. La guerre fût suspendue plusieurs années entre Guaifer et Pépin; tous deux s'observaient, et rassemblaient leurs forces avant de s*attaquer. Guaifer avait ouvert ses États à Griffo, frère de Pépin, révolté contre lui; mais il ly retint peu de temps. La guerre des Francs contre les Lombards durait encore; Griffo projeta de se rendre en Italie auprès du roi Astolphe; il quitta Guaifer, et périt en chepepin min. Pepîn, après avoir heureusement terminé la guerre sepuma- d'Italie, voulut conquérir la Septimanie avant d'éclater V^lîi. contre le fils d'Hunald : il soumit cette contrée, fetiguéedu joug des Sarrasins, reprit Narbonne, et réunit toute là province à la monarchie franque; puis enfin il menaça TAquitaine. Alors commença une guerre de neuf ans, si~ gnalée par d'effroyables dévastations. Pépin incendia le Berri, l'Auvergne et le Limousin : Guaifer rendit aux Francs ravages pour ravages ; mais enfin , ayant perdu Clermont, Bourges et ses principales villes, il fit abattre les murs de toutes les autres. Il périt bientôt après, assassiné par les siens ; et le grand-duché d'Aquitaine fut réuni , à la couronne des Francs.

7^. * Pépin fit de grandes largesses au cletgé, et lui montra toute sa vie la plus grande déférence : il rassembla souvent les comices du royaume, où il convoqua toujours les évoques, cherchant à les intéresser au succès de ses entreprises. II était de petite taille, ce qui lui fit donner le surnom de Bref; on dit qu'il possédait un grand courage et une force de corps prodigieuse; l'histoire en rapporte un exem» ! pie qu'on doit peut-être placer au rang des fables, mais

' qui du moins peint les mœurs de ce temps barbares. Les

combats d'animaux sauvages étaient un des grands amusements de la cour des rois Francs ; Pépin assistait à un de

tlYBE II. GHÀPITBË I. * ^5

ces spectacles, où un lion attaquait un taureau : ce dernier succombait, lorsque Pépin s'écrie, en montrant aux seigneurs de sa suite les farouches combattants : « Qui de ^^"rJj^^ vous osera les séparer ? » Aucun ne répond ; alors Pépin **® ^*p^' s'élance dans l'arène, et abat leurs deux têtes redoutables. « Eh bien I dit-il aux seigneurs , en rejetant son fer sanglant, suis- je digne d'être votre roi? » En effet, c'était assez alors d'être brave et vigoureux pour mériter le trône. Pépin unissait à ces deux qualités la modération et la prudence. Il demanda l'avis des grands pour partager ses États entre ses deux fils Charles et Carloman, et mourut sa moru en 768 , après avoir régné dix-sept ans.

L'assemblée des seigneurs et des évêques avait reconnu i^fjj^-^ Charles roi d'Occident, et Carloman roi d'Orient ^^'

La première expédition des deux frères fut dirigée d'un commun accord contre l'Aquitaine, excitée à la révolte par le vieux Hunald, qui, pour venger son fiIsGuaifer, sortit du monastère où il vivait retiré depuis vingt-trois ans. Ses efforts furent impuissants; Hunald, trahi et vaincu , se réfugia chez le roi des Lombards.

L'ambition arme bientôt Charles et Carloman l'un contre l'autre : la mort du dernier, survenu en 770, étouffe les germes de la guerre civile , et Charles usurpe les États de son frère au préjudice de ses neveux. Ceux-ci trouvent, charic-

* * ' magne

avec leur mère, un asile en Lombardie. Toute la nation ^^"^J^** des Francs reconnaît dès lors Tautorité de Charles, à qui ses victoires et ses grandes qualités firent donner le glorieux surnom de Grand ou de Magnus, et qui n'est connu dans l'histoire que sous le nom de Charlemagne.

Charlemagne.

Dnruit an règne de qaanmte<fiîx aqs, ce prince recala ses f roatièrea au delà du. Danube, imposa. des tributs anx nations barbares juscpi'à la Vistnle, confuit une partie de c^<ia|- ritidie, et se rendit redcmtable waa. Sarrasms. Il passe ^^ d'abord en Italie, à la prière du pape Adrien P% et marebe à son secours contre Didier, roi des Lombards , dont il avait répudié la ÛLle. Il fait ce roi prisonnier, et met fin en Italie à la domination lombarde, qui avait.duré deux cent six ans. Arigise , gendre du roi Didier, contimia cependant à se défendre dans son ducbé de Bénévent. Charlemagne, dans le cours de cette expédition, s'étsât rendu à Rome, où il se présenta humblement devant le pape qu'il avait sauvé , baisant chaque marche du palais pontifical. U se croyait appelé à soumettre au christianisme les nations barbares de l'Europe : au défaut de persuasion pour assurer le triomphe de la foi , il eut recours aux conquêtes et aux supplices.

Les Saxons formaient alors une nation considérable, divisée en une multitude de petites républiques ; ils étaient idolâtres, comme les peuples du Nord. Leurs colonies possé-' datent l'Angleterre depuis longtemps, et avaient autrefois soumis aussi quelques districts du nord de la Gaule. Leurs assemblées nationales se teuaient tous les ans sur les bocds du Weser. Dans l'une d'elles , en 770 , un prêtre , nommé Libuin , les invite à se convertir, en les menaçant d'un grand roi d'Occident. Les Saxons ne tiennent pas compte de ses paroles, et veulent le massacrer; ils brûlent l'église de Daventer et les chrétiensqui s'y trouvent. Charlemagne l'apprend; et marche contre eux. Un grand homme , nommé

L1¥U tl. «mXBB I. 'tS7

WiHIdad , commatDdait leur armée ; soa héroinne wt Joh pttesant; les Saxons sont vaiDcns etsoumia. CharlMfeagnei iiprèsplnsieiir» refaites étouffées, tient on ptaid célèbre à Poderborn ; \k il dillge tous les Saxons à recevoir le baptême, et partage leurs principautés entre des abbés et des ^;i éirôques :'C*estdelà que date l'origine des principaatés ecclésiastiques d'Allemagne. Wit&ind se réfugia obezun roi du Nord.

Vainqueur des Saxons, Charles se. tourne emitre les Sarrasins. Ce peuple, en soumettant l'Espagne, y avait apporté la civilisation et les lumières ; des guerres civiles commencèrent au huitième siècle à y ébranler sa puissance. Les musulmans se partagèrent entre la famille des Abbassides, qui résidaient à Bagdad, et celle des Ommiades , qui gouvernaient l'Espagne. Cette dernière contrée cependant était agitée par des factions, et Tune d'elles implora contre Abd-el-Bahman, lieutenant du calife Ommiade, le secours deCharlemagne. Ce grand homme saisit Toccasion qui s'ocrait de refouler l'islamisme au delà de l'Èbre , et d'éteindre ainsi sur ses propres frontières un redoutable foyer de troubles et de révoltes ; il dirigea donc deux puissantes armées en Espagne. Saragosse était le point assigné à leur réunion : l'émir arabe qui commandait dans cette place avait promis de la livrer au monarque franc. L'attente de Charlemagne fut trompée ; Saragosse n'ouvrit point ses portes , et fat inutilement assiégée : toute la province, sur le concours de laquelle il avait compté, s'insurgea contre lui : le but principal de cette expéditioa fameuse était manqué; d'autres soins rappelaient ailleurs CbariemagiK , il ordonna la retraite. Les défilés des montagnes étaient alors occupés par le peuple basque , enclave dans la Vasconie, contrée somaise au duc Loup II, ûls du

:88 . PBBIUÈSJB iPOQDB.

' célèbre Guaifer et petit^fils d*Hpnald. Ce prince avait hé-

, rite 4e ia haine de sa race contre la fainiUe de Charle-

magne, et lorsqu'il vit Tarmée franqoe engagée, dans sa

^taille retraite, an milieu des défilés de Roncevaux. il la fit atta-

**mî^* ^^^^ P*^^' ^^ montagnards, qui roulèrent sur elle des blocs

de pierre et de rocher. Le désastre fut immense; Tarrière-

garde miccomba jusqu'au dernier homme , et là pérît 1^

fameux paladin Roland , à peine connu dans l'histoire , et

si célèbre dans les romans de chevalerie.

Charlemagne achève, l'année suivante, la conquête de la Saxe , qui se révolte.de nouveau , et bat ses lieutenants. Il la soumet encore une fois en 782, et, pour la contenir par un exemple terrible, il fait trancher la tète, sur les bords de l'Aller, à quatre mille cinq cents prisonniers saxons. Cet acte cruel exaspère leurs compatriotes^ Wîtikind avait reparu parmi eux ; ils sont deux fois vaincus et taillés en pièces à Dethmold, prèsd'Osnabruck, et restent Soumis, paisibles quelques années. Witikind dépose les armes en wJMkiQd 785, et serendàAttigny-surSeine, pour y faire hommage au roi des Francs.

Les Frisons, les Bretons de TArmorique et les Bavarois s'agitèrent ensuite; ils attaquèrent à la fois Charlemagne, et éprouvèrent sa puissance. Tassillon, duc de Bavière, était gendre du roi Didier et beau-frère d'Arigise, duc de Bénévent : il appela les Avares et les Slaves à son secours, et, de concert avec Arigise, il se souleva contre les Francs ; mais il fut vaincu sans combat , accusé de trahison dans l'assemblée dlngelheim , condamné à mort, puis enfermé au monastère de Jumiéges : la nationalité des Bavarois fut détruite, comme l'avait été celle des Lombards. Le duché de Bénévent , protégé par les montagnes du midi, échappa seul au vainqueur.

UVBÏ II. CHAPITBE I. 89

Charles avait donné TAqultaine, avec le titre de roi, à États de son fils Louis, sous la tutelle de Guillaume au court nez, ^fi'^^îje duc de Toulouse. Trois autres grandes provinces étaient "^s*^*^également soumises à l'autorité du jeune prince : c'étaient, au levant, la Septimanie ou Languedoc, conquise par Pépin le Bref ; au couchant, la Novempopulanie, ou Gascogne; et enfin , au midi, les Marches d'Espagne ; on donnait ce nom aux provinces conquises par les Francs au delà des Pyrénées : on les divisait en Marche de Gothie , qui renfermait presque toute la Catalogne, et en Marche de Gascogne, qui s'étendait jusqu'à l'Èbre dans l'Aragon et la Navarre. Ces dernières provinces avaient pour chefs des seigneurs sarrasins, qui, selon les circonstances, passaient tour à tour à Tobéissance du roi franc et à celle du sonveraio arabe. Ce vaste royaume du jeune Louis, borné par là Loire, l'Ëbre , le Rhône et les deux mers, fut attaqné, en 793, par le général sarrasin Abdelmélec, qui battit le duc Guillaume an passage de l'Orbieu , fit un grand carnage de Tarmée chrétienne, et retourna en Espagne chargé d'un immense butin. Charlemagne différa d'en tirer vengeance : il était occupé des affaires de l'Église ; Topinion des fidèles se partageant alors entre le second concile de Nicée, qui en 787 avait ordonné Tadoration des images, et le concile de Francfort, qui les condamna, en 497, comme une idolâtrie. Charlemagne soutint avec énergie la décision de ce dernier concile , et la défendit anprès du pape dans un traité divisé en quatre livres, qui farenl appelés Livres Carolins. Adrien, qui adoptait l'opi- ^àon du concile de Nicée, évita cependant de se prononcer, et éluda la question, pour ne pas offenser son puissant protecteur.

Charlemagne tourna ensuite ses efforts contre les Ava-

90 PJtSIUÈAB iffOQOB.

res, infatigables cavaliers retranchés dans les'maniis de la Hongrie. Après plusieurs expéditions désastreuses entreprises pour les soumettre , Pépin, san fils, pénétra daMs leur contrée à la tête d'une armée lombarde et bavaroise , et s*empara de leur fameux camp fortifié, appelé Bing, où ils avaient entassé, depuis nombre d*années, les dépouilles de rOrient. Pépin les enleva, et son père les distribua entre ses favoris et les seigneurs de sa cour. 7W. Les Saxons s'étaient ligués dans cette guerre avec les Avares; ils avaient brûlé les églises, égorgé les prêtres, et retournaient en foule à leurs faux dieux. Charlemagiie adopte alors contre eux un système d'extermination : il soamis. s'établit avec une armée sur le Weser, met la Saxe à feu

sion défi- '

'talaie? ®' ^ ^^ê y ^olève ou se fait livrer une partie considérable

<âapeuê, d^ habitants, soit comme prisonniers, soit comme otages,

rempli! et les transporte dans les contrées de l'ouest et du midi ;

^^' mais les Saxons ne furent définitivement soumis qu'en

l'année 804 , après trente-deux ans de combats, de révoltes

et de massacres. Charlemagne , pour mieux les surveiller

et les contenir, transféra sa résidence habituelle à Aix-la-

Qiapelle, dont il fit le si^e de son empire.

Léon III avait succédé, en 795, à Adrien P"" sur le

trône pontifical : des prêtres conjurés l'en arrachèrent;

blessé par eux et emprisonné^ il leur échappe, s'enfuit à

Spolette, et implore le secours de Charlemagne, qui pour

le rétablir fait un dernier voyage en Italie , et rend à

Léon sa couronne. Ce service reçoit une éclatante récom-

Charte- pense. Charles, au jour de Noël, était à genoux et en prières

reçoit da dausla basiUquedeSaint'Pierre;lepape s'approche de lui,

ifcitâ" ^^ ^^^ P^^ ^^ courx)nne impériale sur la tête : le peuple le

'péfMt!' ^^^^ aussitôt du nom d'Auguste, et Charlemagne se re-

'^' gavde dèalors comme le véritahlesuceesseur des en^pereurs

Lmrwm u. OBàPmm u 91

Tomaios à'OcMenlL II adopte les titres et le cérénsaniAl delà oomr de Byaanoe; et pour établir Pempire dons MU intégrité, Il ne lui restait plus qu*à épouser l'impémtrlee Irène , qui, après avoir fait assassiner son fils,. régnait à GoDstantinople : tel était le tœu de Gharlemagne; mais il ne pot Taceomplir : Irène fut détrônée , et rnoomt eaexIL

Ghariemagne , depuis son couronnement comme em-^ pereur, n'eut phis à soutenir que des guerres insignifiantes, et en atteignant au suprême honneur il parvint aussi an terme de ses plus difficiles entreprises. U reçut dans son palais d^Aix-la*Chapelle l'hommage des princes indépendants des Yénètes et des Dalmates, qui régnaient à l'autre extrémité de l'Europe; et tel était l'ascendant de son nom et de sa fortune, qu'il vit plusieurs peuples se ranger volontairement sous ses lois.

Durant les huit dernières années de son règne, Ghariemagne promulgua des ordonnances et créa de nombreuses institutions administratives, ecclésiastiques, judiciaires et militaires , qui toutes eurent pour but d'affermir Tordre social, de maintenir dans l'union et dans la paix toutes les parties de son immense empire. Il convoqua au champ de mai , en l'année 8d6 , une assemblée des grands de son royaume, afin d'arrêter, de concert avec eux, le partage de ses États entre ses trois fils, Gharles, Pépin et Louis. Au premier il assigna la partie septentrionale de la Gaule, avec la Germanie; au second, il donna l'Italie et la Bavière, avec ses conquêtes en Pannonie; le troisième eut l'Aquitaine , la Bourgogne et les Marches d'Espagne. Ge partage , consenti par les grands et par le peuple, fut sanctionné par le pape.

Les dernières années de Ghariemagne furent attristées

:92 PBBHltoV JÉPOQUK*

par des chagrins domestHioes ; il eut à rougir des dàré^ ments de ses filles, et il pleura la mort de ses deux fils aînés, Charles et Pépin : le premier ne laissait point d'ea- -fants ; le second avait un fils, Bernard, à qui l'empereur accorda la royauté dltalie. Il voulut ensuite faire rec^mnaitre pour son successeur à l'empire le dernier de ses fils légitimes que la mort eût égargnés, Louis, roi d'Aquitaine, •et il l'appela près de lui, à Aix-la-Chapelle , aux grands plaids de septembre. Là il présenta son fils aux évéques, abbés, comtes et seigneurs des Francs, et il leur demanda de le reconnaître pour roi et pour empereur. Tous consentirent ; alors, voulant que le pouvoir de son fils ne relevât que de Dieu même, il fit déposer sur l'autel une couronne d'or semblable à la sienne, et, après avoir adressé à Louis de touchantes exhortations sur ses devoirs envers l'Eglise, envers ses sujets et ses proches , il lui commanda . de prendre lui-même la couronne et de la poser sur son front.

Charlemagne touchait au terme de ^a glorieuse carrière ; il consacra les derniers mois de sa vie à des œuvres de dévotion, et partagea son temps entre la prière, la distribution des aumênes, et l'étude comparée des versions des Évangiles en diverses langues. Il dirigea ce travail jns- Mort de qu'à la veille de sa mort : la fièvre le saisit vers le milieu "Jfje- de janvier en l'année 814 ; il languit quelques jours, puis, sentant venir la mort , il reçut les sacrements de la main d'Heldebald, son aumênier, et, rangeant ses membres j^our le repos étemel^ il ferma les yeux, répétant à voix basse : In manus tuas commendo spiritum meum; et il expira: Il était entré dans sa soixante-douzième année; il avait régné quarante-sept ans sur les Francs, quarante-trois sur les Lombards, et quatorze sur l'empire d'Occident II fût

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enterré à J^ix-la-Chapelle, dans Téglise de Saittte-Marie, qu'il avait construite.

Les exploits et les conquêtes de ce grand monarque , courertrop souvent empreints de la barbarie du temps , ne sont aamini»-*

,. ,^, -1... . ^t tratlon,

pas ses plus grands titres à l admiration et au respect de légïsiala postérité. Ce qui Télève véritabiement au-dessus de son cjmi^ siècle, c'est Tesprit du législateur et le génie de la civilisation, qu'il posséda Tun et l'autre à un haut degré. Charlemagne entreprit de substituer l'ordre à l'anarchie , les lumières à l'ignorance , dans les vastes contrées qui lui obéissaient, et de soumettre aux lois et à une administration régulière tant de peuples encore sauvages, étrangers .les uns aux autres, différents d'origine, de langage et de mœurs , et sans autre lien entre eux que celui de la con-quéte.

11 convoquait deux fois par an, au printemps et à la fin Assemde l'automne, les assemblées nationales. La première réu- tio^es.' nissaitles évéques, les abbés, les comtes, les principaux officiers et conseillers du prince, et tous les seigneurs (mojores)^ divisés en deux classes, les plus considérables [priores] et les moins considérables ( minores). Cette assemblée délibérait, décidait, faisait des lois. Dans l'assemblée qui se tenait en automne, dit l'archevêque Hincmar % on recevait les dons du royaume ; elle se tenait seule-t ment avec les hommes les plus considérables de l'assemblée précédente et les principaux conseillers. On commençait à y traiter des affaires de l'année suivante, comme aussi des affaires courantes auxquelles il fallait pourvoir sans retard.

^ Epîst. ad Proceres regn. pro instit. Carolomanni régis et deordine priât, ex Adalarde (Hincmar, Oper.^ tome 11, pag. 201*205.)

9é JrBÛlteK ÉPOQQB»

Ces asMHWées^ âont Todgine raoMDl^it avx vioiHi» coutumes de la Germanie, étaient tomkéts eodésutàvàit sous plusieurs rois mérovingiens; elles acquirent une au-, torité nouvelle à Tépoque de Tavënement de la secoade raee, portée au trône par les armées austrasiennes et germaniques; eHes furent presque souveraines après Gharlemagne^ mais ce prinee sut toujours les di>riger : eUes s'inspiraient de son géfiie , et il les convoquait \e plus souv^sit pour saoetiooner ses volontés , pour confirmer ce qu'il avait résolu*^ En leer absence, Charlemagna rendait des capita. ordonnances, nommées CapituladreSy àonA use partie noiu ^ a été conservée , et qui, malgré leur rédaction confàse, témoignent de la sagesse de leur auteur. S<»i génie y sMt test embrasser ; il y pourvoit, avec la mémeinteHigenee, aux plus grands intérêts de ses peuples et à l'administration de ses domaines particuliers. Sa principale attention se porte rar le clergé , dont il assure la subsistance par les dîmes , pour le dédommager des spoliations de Cbaries Martel. Il prescrit aux ecclésiastiques la subordinatieii «rtre eux, Tobligation de s'instruire eux-mêmes, detra»*» mettre leurs connaissances aux peuples , de réformer les abus , et leur défend de paraître en armes et de combattre. C'était peu de faire de sages lois, il fallait encore qu'eUes fussent respectées. Poury parvenir, Chaflemagne partagea tout le pays de sa domination en différents districts, et confia l'autorité, dans chacun d'eux, à trois ou quatre mauiasi gistrats nommés missi dominiciy on envoyés royaux. Ils domtoici, faisaiaït leur rapport au souverain, qui était ainsi informé de tout, et dont l'autorité agissait à la fois sur chaque point de ses vastes États.

MttéJaï Charlemagne avait compris que le moyen le plus efflcaoe é^és. de polioer un peuple est de riastruice; il ch^cha en ca»

LIVHB II. CHAPim I. 95

si^ieiiee à faire renattre le goût des lettres et des arts; il eneouragea les soins liborieiix des moines, qui eonser- TslCTt, par des copies, les écrits oéièbres de l'antfqaité; il olillgea même les princesses ses filles à s'occuper de ce travail. Il fonda et entretint des écoles en une mnltitude de lieax ; il les inspectidt souvent lai-méne, et en interrogeait les élèves : il en créa nne dans son propre palais, et Ton die de lui ces paroles aux Jeunes étudiants qui la firéquentalent : < Parce que vous êtes riches et fils des premiers de mon royaume, vous (broyez que votre naissance et vos ridiesses vous suffisent , que vous n'avez pas besoin de ces études qui vous feraient tant d'bomîeur. Vous ne songez qu'à la parure , au jeu et au plaisir ; mais , je le jure, je ne fais aucun cas de cette noblesse, de ces richesses qui Yons attirent de la considération ; et si vous ne réparez au plus tôt, par des études assidues , le temps que vous avez perdu en frivolités Jamais , non jamais vous n'obtiendrez rien de Charles. »

Il employait de préférence aux affaires d'État ceux qui se distinguaient dans les sciences. Une bibliothèque avait ^é formée par ses soins dans son palais d'Aix-la-Chapelle ; il se faisait lire, pendant ses repas, des ouvrages estimés, on conversait avec des savants ; la nuit, il se relevait pour étudier le cours des astres. Il n'épargnait rien pour attirer les: hommes instruits et les professeurs habiles : parmi ceux qui jouirent de sa faveur, le plus célèbre est le Saxon Alcuin , prodige de science pour le temps où il vécut

La principale occupation de ceux qui s'adonnaient alors sdences aux lettres était la poésie , l'étude de la grammaire, de la ^^^jj^'tbéeiogie, de FÉcritore sainte et des Pères de l'Église. Bes controverses interminables s'élevaient sur le genre

96* PABMIBEE ÉPOQUE.

d'hoDoeur qu-il fallait, rendre aux images : ces disputes occasio&nèrent de longues guerres eu Orient, et étMranlèrent plusieurs fois le trône de Gonstanttnople. La géométrie, Tastronomie et la médecine étaient cultivées, mais le charlatanisme et la superstition déôgoraient ces deux, dernières sciences : des hommes exaltés ou fourbes prétendaient connaître l'avenir en examinant les astres, et cette fausse science, étudiée sous le nom d'astrologie, fut longtemps en honneur. On comn^ençait à s'occuper de sculpture, de peinture et d'orfèvrerie, et, parmi les beaux>arts, l'architecture était cultivée. Gharleraagne enrichit sa résidence d'Aix-la-Chapelle des marbres précieux de Ra venue et des dépouilles de plusieurs autres cités de l'Italie ; il construisit des forteresses, des ports et des villes : les vestiges des édifices de cet âge attestent dans la construction beaucoup plus de solidité que d'élégance.

Parmi les inventions de ce siècle, il faut citer le papier fait de coton, les orgues mues par l'eau, et les tapis de Turquie. Les horloges à rouages commencèrent aussi à être connues en Occident : le calife Haroun-al-Easchid, l'un des plus grands princes qu'aient eus les musulmans, en envoya une fort remarquable et d'un grand prix à Charlemagne. Le chant d'église contribuait alors grandement aux solennités ; on assistait régulièrement à l'office divin le jour, et même aussi la nuit : Charlemagne décida que le chant grégorien serait en usage dans toutes les églises de son empire ; et la coutume, établie depuis le huitième siècle, de compter les années par l'ère chrétienne , c'est-à-dire depuis la naissance du Christ, devint générale sous son règne. Ce prince, fort peu lettré lui-même ,^ mais digne par son génie de participer à tout ce qui était grand et utile, secondait les efforts de l'InteUigeiiGe m

LIVBE II. CH4PITBE l/ 97

tout genre par ses soins assidus, ses éloges et ses récompenses : c*estainsi qu'il employait rintervaltede ses travaux guerriers.

Gharlemagne maintint ses peuples unis et soumis par considél'ascendant de sa gloire et la terreur de ses armes; mais »^é??fes

sur le

pour que de vastes associations d'hommes subsistent long« '^charil^ temps avec un centre commun sur nn immense territoire ^«^c il faut, ou que les peuples se soumettent à une autorité absolue, qui révoltait Thumeur indépendante et flère de la race franque et germaine ; ou que les lumières et la civilisation aient fait assez de progrès parmi eux pour qu'ils reconnaissent la nécessité de leur union, ainsi que Tobligation de sacrifier l'intérêt particulier à l'intérêt commun. Tel n'était point l'état des nations gouvernées par Ghar« lemagne. Quelques hommes distingués élevaient en vain la voix : les masses restaient plongées dans la barbarie. Ce n'^t pas en quelques années que l'on peut £aire passer les peuples de l'état sauvage à l'état civilisé, de l'ignorance à l'instruction : cet œuvre est celui des siècles. Gharlemagne apparut au monde comme un brillant météore, qui ne laisse, en s'évanouissant , que le souvenir de son éclat et de la vive clarté qu'il a répandue autour de lui ; mais ce souv^ir ne fut pas inutile au monde, et Texemple que donna ce grand homme porta ses fruits dans la postérité. Lui-même put observer plusieurs indices certains d'une s^ncs de dissolution prochaine. Il connaissait les haines nationales dence. qui subsistaient entre les di^érents peuples qu'il avait soumis, et le calme dont ils Jonirent longtemps à l'intérieur n'était pas celui d'une nation qui se repose dans sa force; c'était plutôt un calme de lassitude et d'épui-^ sèment. Ses Capitulaires rendaient le service militaire obligatoire pour tout homme libre possesseur d'une mense de

9B . PMMiàHB ÉFOQCI.

tem , ou de douze arpe&ts, aras fteiae de subir une «meade éBonne de soixante sous d'or ou de perdre la liberté : mi grand nombre préféra l'esclavage. La majeure parUe ém tmses de T^npire avait été donnée aux i»eigneurs et aux «véques , et le droit de possession sur les habitants étaiM: alors conléndu avec la propriété du sol, uae multitude de cuiti vat^rs étaient tQBBd)és daas l'état de servage. Les honn mes libres, accablés eux-mêmes du poids des impôts et do swvicede guerre, et fatigués d'un règne si long» aspurateait à ea voir le teroHî ; ils ne s'acquittaîentqtt'avec répugnance de leurs devoirs de citoyens; négligeaient la plupart du temps de se rendre aux assemblées du cbamp de noMi (m de leur province. Les frais du voyage, et surtout les présents qu'on exigeait d'eux , leur semblaient avec raisoo une ebâyrge iotolérabie, et ils ne mettaient aucun iHq à soutenir des institutions dont ils ne reconnaissaient ni ia sagesse ni l'utilité.

Tels étaient les signes imminents préettorseun; d'une dis* Pressenti. solutJk>n rapide. Les tristes pressen^mentsde Gbariemagae ''chaHe?^ furent trop bien justifiés à ta fin de ses jours. De nouveaux ^^^^' peuples venus du Nord^ les Danois, Bonynés awasi Normands, infestèrent les côtes de son empire. Il &t oo^stniire pour les repousser de grandes barques, qui défendaient l'emiEKNicbure des fleuves : cette bardère et la <araifite qu'il inspînait suf&rent de son vivant pour éloigner ces iMirbares envahisseurs. Un jour, eependant, des navires meiités par des pirates seandii^ves porumttt inopisémmit jusque dans le port d'une vài)e de la Gaule narèonnaise où 9é^QE«rna(it l'empereur; il les vit, et, s'Appeqchuité^uBefe-. nôtre pour lâB suivre dts yeux dai» tear f|iite, SI y demei m longtemps le visage méadéde lames; puis se tournant vers les grands, qui l'observaient, ttèoMdKt : « Saf¥CBs^y<n»>

LITBB IL. CH1PXXA£ II. d9

« mes fidèles, pourquoi je pleure amèrement? Cei'tes, je ne « crains pas que ces pirates me nuisent ; mais je m'afflige « prafondémettt de ce que mai vivant ils ont été près de « toMctor ee rivage, et je suis tourmeaté d'une violente • ddctieur quand je prévdâ tout ce qu'ils feront de maux à « mes aeveux et à kurs peuj^* »

Les guerres perpétuelks que Gharlemagne avait soute^ nues pour maiateoir i'ui^té de son immense empire, at pour y substituer la civilisation à la barbarie, renaissaient de ses victoires mêmes; elles attestent plutôt la grandeur de ses efitorts <|ue leur suecès. Son oeu vre«st demeurée incomplète ; mais sa gloire est de l'avoÂr entreprise, et s'il ne l'a point adievée, «'est qu'elle ne pouvait l'être.

CHAPftRE II.

De la mort de Cbarlenoagno à celle de Charles le Gros. S14 — 888.

Louis le Débonaatre oo le Pieux.

Si4^S40.

Cbarlemagne avait eu pour but de soustraire l'Europe obstaciM au règne anarcbique de la force brutale; il voulut que sa SS^ volonté fût partout présente. « Il s'appliquait, comme l'a ^^^^^^^ dît de nos jours un historien célèbre, à rendre l'exercice 22,|^^ du pouvoir régulier et salutaipç an peuple % » et il substi- ''n£dt' taa partout son aetioii, inleiligeaiite et centrale^ à l'actioa ^'tç^

Guizoty Histoire de la Civilisation en FmncQ.

Chartemagne.

100 PfiEMlBfiE iPOQUB.

d'une foule de pouvoirs locaux aveugles et isolés, qu*il contînt sans les détruire. Ces pouvoirs tiraient leur origine et leur force des vieilles institutions ou coutumes germaniques, et celles-ci n'étaient combinées ni pour établir ni pour conserver l'unité d'un vaste empire. Parmi ces coutumes, trois surtout étaient incompatibles avec le principe de l'autorité impériale telle que Gbarlemagne avait tenté de la rétablir dans l'Occident C'était d'abord le pouvoir législatif, et en certains cas souverain , des assemblées iia« tionales ] puis la juridiction des seigneurs sur leurs vassaux, et le droit de guerre privée ; et enfin la coutume qui partageait la succession entre tous les fils, et qui, à défaut des fils, laissait le droit de succession incertain entre les neveux et les oncles.

Charlemagne ne porta en principe aucune atteinte à ces trois coutumes, toutes incompatibles avec le système monarchique qu'il essaya de faire prévaloir. Nous avons vu qu'il reconnut l'autorité législative des assemblées nationales, et que celles-ci, qu'il dirigeait et dont il se fit d'utiles instruments, furent régulièrement convoquées sous son règne : il ne détruisit point le droit de juridiction seigneuriale, droit redoutable et difficile à séparer du droit de guerre privée ; il fût même contraint de confirmer celui-ci , en obligeant les vassfLUx ou hommes liges à suivre leur seigneur dans ses querelles particulières, sous peine de perdre leurs bénéfices % et il ne put empêcher

' Et si quis cum fidelibus suis contra adversarium suuin pugnam aut aliquod certamen agere voluerit , et convucaYît aliquem de coni' parlinis suis ut ei adjutorium prœbuisset, et ille noluit, et exiiide ne" gfigens permansit, ipsom beB^dom quod habuit aaferatur ab eo, et detur ei qui in stabilitate et fidelitate sua permansit. {Karoli M. Ca*

LIVAB U. GHAPITBE II. 101

que les devoirs du vassal envers son seigneur ne parassent pins sacrés que ceux qui les obligeaient l'un et l'autre envers l'État ; enfin , dans le partage que fit Gharlemagne de ses États à Thionville entre ses fils, on ne voit pas qu'il ait songé à maintenir après lui l'unité de ses États : il n'éleva point l'aîné au-dessus des autres; et plus tard, lorsqu'il associa Louis le Débonnaire à l'empire, ses deux frères étaient morts : ainsi donc la grande question de la suprématie attachée au titre d'empereur, et du degré de puissance que celui qui en serait revêtu aurait le droit d'exercer sur les rois de sa propre famille , ne fut point résolue par Gharlemagne. Peut-être avait-il pressenti que tant de peuples si divers par l'origine , par la langue et par les coutumes , ne pourraient vivre longtemps unis sous la même nmin; peut-être aussi , en partageant luimême ses vastes États entre ses fils , avait-il espéré prévenir des guerres désastreuses , et il crut sans doute qu'il valait mieux faire d'un commun accord ce qu'après lui le temps et la violence n'auraient pas manqué d'accomplir. Si telles étaient les prévisions de Gharlemagne, on les vit bientôt confirmées par l'inutilité des efforts de son fils pour conserver longtemps un simulacre d'unité impériale. La situation était plus forte que les hommes, et l'empire carlovinglen s'écroula moins par la faiblesse de Louis le Débonnaire et de ses successeurs que par le défaut d'institutions nécessaires à sa durée, et surtout par l'impossibilité de rendre celles-ci acceptables aux peuples qu'elles auraient dû régir '. La dissolution de c*et empire, hâtée par tant de causes, eut pour principaux résultats la séparation complète des peuples de race différente, et le partage de chacun

« Voyez à ce sujet de très-remarquables considérations dans VHis* Mredes Institutions Carolingiennes, par Lehuërou, chap. XL

102 pbîmièm; léPOQtm.

de ces peuples en une multitude de petifies prindpanfés, qid n'eurent entre eUes d'autre lien que celui qui fat établi par le régime féodal.

lAute i«'. Louis I**, sumotnmé le Débonnaire et le Pieux , fils et

4itleOé-

?ÏÏ^SS successeur de Charlemagne, fut bientôt accablé dn fardeau «»«• que lui léguait son pèrô. Malhabile dans sa conduite et faible de caractère, mais animé de Tamour de la Justice et du désir du bien, il s'empressa d'ordonner des réformes sévères ; et avant d'avoir assis son autorité sur une base solide, il fit punir de puissants coupables, et tenta de détruire une mul^ titude d'abus dont profitaient les grands. Les peuples opprimés trouvèrent en lui un juge intègre et un maître indulgent. Il protégea les Aquitains, les Saxons et les chrétiens ^Espagne contre les lieutenants impériaux, et diminua leur charge au préjudice de leurs gouvemem^. Il réforma le clergé, obligeant les évoques à se renfermer dans les devoirs de leur état, et soumettant tes mohies à l'hiqulsitîon du sévère Benoît d'Anîane, qui leur imposa la rè^le bénédictine; enfin, donnant Fexemple des bonnes morars, il voulût venger la morale en chassant honteusement du palais impérial les nombreuses concubines de son père et les amants de ses sœurs. Mais il ne sut maintenh* dans l'obéissance ni sa cour ni ses guerriers, et sa faiblesse pour ses femmes et pour ses enfants occasionna de longues et sanglantes guerres.

Au jour du péril tous ceux dont il avait violemment blessé les intérêts se liguèrent contre lui. Le premier soulèvement éclata en Italie : l'empereur, de l'aveu des Francs assemblés aux comices d'Aix-la-Chapelle, en 817, avait associé son fils Lothaire ' à l'empire ; puis il donna Us

■ La seconde race adoptait les noms de la prenièm, nuis la Itagoe

LiTsv n. GBAYrm ii. 103

royautnts de Buffère et é'Aquitaiae à ses èem «êtres fils, L.ouis et P^îQ ; son neveii BerMtrd demenfa roi dltaiie. Ce derâkr, dont k père était frère aîné ée l'empereur^ vit avec jabmierâiévatiMi de Lotàaire; ii espérait, après la mort de son oncle, obtenir la ccniroDoe înipériale en qualité de chef de la famille ttrloviagienne. Un grand nombre de seigneurs et d'évêq«es mécontents ^a^a^rent Bernard à faîte valoir ses droits, et rassemblerai; ées troupes. Louif marcha au-devant de son neveu , à la tète ée ses sd- R^^o'te

etcnati-

date de France et de ftermaote. A son approche, Bernard, ^^^l^^ abandonné d'une partie des siens, accepta un sauf-oonduit 'tauéî' de Tempereur, etpassa dans aoa camp avec plusieurs chefe °*'' de son armée. Louis , poussé à une injuste rigueur par sa femme Ermengarde , qui convoitait Tltalie pour ses fils , fit ji^er et exécuter les compBces de Bernard j ce nmlheureux roi lui-même fut conctemné à perdre la vue, et ne survécut pas à son supplice. Quelles limées plus tard , l'empereur, dans un j^aid national tenu à Attigny-suri'Ai&BC, fit pénitence publique pont ce crinae, et demanda l'absolution prosterné aux pieds des évéques. Depuis lors il ne montra plus que de la faibtesse. Les peuples de» frontières insultaient impunénmit ^empire : les Gascons et l<îs Sarrasins au sud, les Bretoas à l'ouest , les pirates normands au nord, commettaient d'affreux ravages et répandaient la terreur devant eux. Des discordes intérieures se- [on^aj condèrent leur audace; les troupes impériales furent bat- £y"jj£« tues, et Louis vit ses frontières resserrées an nord et au ''îîî!' sud : c'est alors que se fbrma au pied des Pyrénées le royaume de Navanre.

germanique commençait à perdre de sa rudesse dans les Gaules ; ainsi le nom de Clodovig ou Clovis fut prononcé Lovis ou Louis , et le nom de Clothaire devint Lothaire, etc., etc.

104 PBKMISAB liPOQUB.1

Ermengarde, femme âe Louis le Débomiaire, était morte en 818; Tempérer épousa l'année suivante, en ^di"^ secondes noces, Judith, fllle d'un seigneur bavarois. Il en pereur. gyj. unfiig^ nommé Giarles, pour qui sa mère demanda un royaume ; et Louis en promit un , quoiqu'il eût déjà presque tout donné. Ayant accordé à Lotbaire le royaume d'Italie, héritage de l'infortuné Bernard , il arracha de ce prince le serment de défendre s<m jeune frère Charles, et de le maintenir en possession de la part qui lui serait assignée ' ; puis à la diète de Worms, tenue en 829, l'empereur donna à Charles , fils de Judith , la Souabe , THelvétie et le pays des Grisons, dont il forma le royaume d'Allemagne.

Lothaire se repentit bientôt de la parole qu'il avait donnée à son père^ et il chercha un moyen de détruire le résultat des décisions de la diète. Il en trouva l'occasion dans l'aveugle faiblesse de l'empereur pour l'Aquitain Bernard , duc de Septimanie, fils de son ancien tuteur Guillaume au court nés. Le duc Bernard passait pour l'amant de Judith et pour le père du jeune Charles ; Louis en fit son unique conseiller et son premier ministre. La clameur publique devint générale ; il se forma un parti nombreux de mécontents, composé principalement des grands et des évéques, et auquel se joignirent ses trois fils, irrités de sa faiblesse et inquiets pour leurs possessions : ceux-ci commencèrent contre leur père une guerre impie. Il tomba en Première leur pouvoir à Compile ; Judith fut renfermée par eux ses^is. dans un couvent; Bernard prit la fuite, et l'empereur fut laissé sous la direction de quelques moines, tandis que Lothaire saisissait le gouvernement de l'empire.

* Nithard.

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