LITRE II. CHAPITAB II
Les peuples se partagent entre Louis et ses enfants, ces derniers sont soutenus dans leur révolte par les habitants des Gaules, tandis que les Germains restent fidèles àTempereur, qui convoque pour la môme année, dans une de leurs villes, à Nimègue, l'assemblée générale des ^,^^ états : elle se prononce en sa faveur contre ses fils. Lo- jjfmèîut thaire se réconcilie avec son père en lui sacrifiant tous ses "^' partisans. Judith et Bernard sont rappelés auprès de l'empereur, et se purgent par un serment des crimes qu'on leur iroputci^ Louis recommence à régner, et indigne de nouveau les peuples par sa faiblesse. Ses fils Lotbaire, Louis et Pépin se révoltent encore une fois , prennent les fJJJfj^g® armes, et marchent contre leur père; le pape Grégoire IV "* est avec eux, et cherche en vain à prévenir l'effusion du sang. Les deux armées se rencontrent près de Golmar : tout à coup celle de l'empereur l'abandonne ; la plaine où eut lien cette défection reçut le nom de Champ du Mensonge, champ Le malhereux père tombe aux mains de son fils Lothaire , /onge.
^ ' Louis le
qui pousse l'impiété jusqu'à lui faire subir un supplice n^^J;:,. infamant sous le voile d'«ne humiliation chrétienne et d^ieSflu, volontaire, afin de le dégrader pour toujours. Un cou- Assemcile d'évêques dévoués à Lothaire est assemblé dans Çom-
^ piégne.
ce but àCompiègne, et présidé par Ebbon, archevêque de Reims , ennemi acharné de Louis. On y composa une liste de crimes, au nombre desquels figure celui d'avoir &it marcher une armée en carême et réuni le parlement un jeudi saint : on oblige l'empereur captif à en faire la confession publique. 11 paraît dans la cathédrale, pâle et Pénitence abattu par la honte et la douleur ; il s'avance en chance- datfon %
l'em-
lant au milieu d'une multitude de spectateurs, et en pré- pcreur. sence de Lothaire , qui est venu jouir de l'humiliation de son père et de son empereur. On étend un cilice au pied de
106 FVBKlÈâV BÉOQITK.
TauteY ; ràrchevéqueordmmeaTi soaveftatn de se Mpmrfller des ornemeats impériaux, de quitter la ceftiture et Pépée, et de se prosterner sur fe ciliée. Louis obéît; le Visage contre terre , il demanda la péniteDce publique, et Ht à baufee Yoix un écrit dans lequel il s'accuse de sacrHége et dliofmicide. On dresse un procès-yerbal de cette seène criminelie, et Lotbaire conduit son père prisonnier à Âix-lii- Cbapetle , siège de Tempire , Heu jadis témoin de sa gmxtdeur et maintenant de son ^oominie.
louis et Pépin se déclarent yengeurs de leur père ev-
tragé , bien moins par tendresse pour lui que par baine
jalouse pour leur frère : celui-ci , délaissé par les lâeoSf se
Téftigie en Italie, tandis que l'empereur, du consentement
H remon- dcs états rassemblé» à Tbion ville , reprend sa couronne: 11
te sur le /
jr6ne. pardouuc à Lothaire; mais en S38, aux états de Kens^-
^Kmj' sur-Oise, il ayàntageune seconde fois son fils Gbarlesaox
■^f*' dépens de ses aînés, et Louis consent à céder à son fH*e
TÂlsace, la Saxe, la Tburinge, FAustrasie et l'Alfemagne.
Mort<^^ Pépin, roi d'Aquitaine, mourut dans le cours de Fan-
q'Stalne ^^' ^^ '^^^sait uu fils du mèmc nom , cher aux Aquitains,
qui l'avaient vu grandk parmi eux, et qui le recoDDmrent
avec empressement pour roi. Ce peuple supportait toujours
impatiemment une domination étrangère; il nourrissent
l'espoir de former une nation; indépendante et séparée; et
il se flatta de pousser à la révolte eontre l'empereur le
jeune Pépin II, comme il y avait entraîné plusieurs fols
Pépin P', son père.
L'empereur, cependant, avait d'autres projets; ii réservait secrètement l'Aquitaine à son fils Charles; le jeune Louis, d'ailleurs, regrettait la concesston qu'il avait Mie à Kersy de la plus grande partie de ses États à son ûière, et il avait repris les armes : les Germains avaient sutvispeB
LIV8» H. csàÊnrwm ii. I«7
dfapesttX nir ta tkre ctoeUie dm Ibia ; «iiB les années dis la Grille y iKHoposées d'un naétaïaiga dliaaMDCS de race gaoMie et germaaàpie éCaWs depub lonj^emps sur le soi de eelte oMitrée , et auxquels (m peat éès lors deoner le nom de Ffwiçais y étaÊtr^ restées fidèles à Tempereur : il franchit le Rhhi à lenr tête ; à son^ aipproebe Tarmée gennanique se débanda saas avoir C6«nbattn ; son fils Lmiis m retira en Bavière, et Temperenr le pnvit en rédoisant son héritage à cette senle province.
Le moment était venn d'assnrer à Charles la part que son affection lui avait toujours souhaitée aux dépens de ses frènes« Ilrésolot de diviser rempire, moins la Bavièi^, Fartage
de rem-
en deux lots d'égale grandeur, destîxkés à Lothaire et à ^*^^^ Charles, et ii décida que l'un de ces deux princes ferait w». ' les parts et que Tautre choisirait. Ce nraveau partage devait être sanctionné et proclamé dans une diète conro^ quée à Worms , au mois de mai de Tannée 839. Lothaire s'y rendit; là, en présence des seigneurs assemblés, il se jeta aux genoux de son père , «t lui demanda pardon des chagrins qu'il lui avait causés. Puis , ayant laissé à son père le soin de aviser son empire , l'empereur en traça le partage par une ligne qui , partant des bouches de l' Escaut,, puis longeant la Meuse jusqu'à sa source, et la Saône jusqu'à son confkient avec le Bliône, aboi^sait aux bou* ches de ce dernier fleuve. Le choix fut laissé à Lothaire^ qui prit pour lui la moitié orientale de l'empire, comprenant l'Italie , rAllemagne , à la réserve de la Bavière , la Provence et une faible partie de la Bourgogne et de l'Austrasie; Charles eut pour sa part l'Aquitaine, la Neustrie et le reste de l'Austrasie et de la Bourgogne. Les droits de leur frère Louis avaient été entièrement méconnus dans ce partage; il fut réduit à la seule Bavière , et Pépin II,
108 PBBMIÉmB BPOQOB.
petit*fil8 de Temperenr, f Qt dépoaillé. Ces deax princes prN
lYoïsj^e rent les armes , et Fempereur, qui âéjà s'avançait en Aqai-
«^«- taine , s'arrêta indécis , ne sachant qnei ennemi combattre
d'al^rd, de son petit^fils onde son ûls. Eùûïï , voyant les
Bavarois, les Tliuringiens, les Saxons, insurgés à la voix
de Louis, le vieil empereur tourna ses armes contre lui; et
il marchait en Allemagne à la rencontre de son fils, pour
la troisième fois rebelle, lorsqu'il fut atteint d'une maladie
qui , au bout de quarante jours , le omduisit au tombeau.
Mort de] « Hélas I dit-il en expirant , je pardonne à mon ûls ; mais
nt^re' qu'il se souvienne qu'il m'adonne la mort, et que Dieu
^*^' punit les enfants parricides. » Il mourut à Ingelheim , âgé
de soixante-deux ans.
Louis le Débonnaire n'était pas né pour le trône; il eut pourtant quelques-unes des qualités d'un bon prince : ses mœurs furent pures; il donna de grands soins à l'administration de la justice et à l'instruction des peuples, fit d'u* tiles r^lements, et consulta souvent les comices de l'empire; mais il n'eut ni force ni dignité, qualités sans lesquelles l'autorité suprême n'est qu'un vain mot Son faible imprudent pour Charles, enfant de sa vieillesse, alluma des guerres qui ne s'éteignirent qu'avec sa race; il brouilla, pour lui assurer un vaste royaume , toutes les frontières de ses États , et ce partage hâta le débordement d'effroyables calamités.
LITBE II. CHÀPITBB II. 100
De la mort de Louis le Débonnaire à celle de Charles le Gros.
Après la mort de Louis le Débonnaire , Tempire demeura ^'^<>f J^. plongé dix ans dans une horrible anarchie. Ses trois ûls et Xïïw ir son petit-fils Pépin II levèrent des troupes^ et se firent une chaUc, guerre acharnée. L'empereur Lothaire s*unit à son neveu oîma^* Pépin pour dépouiller ses deux frères , Louis , qu'on appela "wof ' le Germanique y et Charles II, qui depuis fut surnommé le Chauve. Le premier ne possédait que la Bavière; le second était maître de toute la Gaule. La déplorable situation de Tempire , ainsi morcelé entre différents maîtres et déchiré par leurs mains, a été éloquemment décrite par un poète contemporain : « Qui raconterait dignement , dit-il , « les asiles de la vie religieuse renversés, les saintes épouses R du Seigneur livrées à Tinfamie du joug séculier, les chefs « même de l'Église exposés aux périls desarmes et du carte nage... Jadis florissait un noble empire à l'éclatant dia- « dème ; il n'y avait qu'un prince i et un grand peuple lui « était soumis... Maintenant le superbe édifice est tombé de « toute sa hauteur, comme une couronne de fleurs tombe du « front qu'elle décorait... L'unité de l'empire a péri dans un « triple partage : personne n'est plus considéré comme empc- « reur : au lieu d'un roi, il n'y a plus qu'un faible prince ; au • lieu d'un royaume, des lambeaux de royaume. La muraille « est menacée d'une ruine immense et soudaine ; déjà elle « s'incline toute lézardée , à peine raffermie par une fange « liquide qui va tomber, et l'ébranlement est universel \ »
* Flori diaconi Lugdunensis Querela de divisione imperii post mortem Ludov, PH.
110 PKMliRE BPOQUB.
Les armées réunies des deax rois , Louis et Charles , rencontrèrent celles de l'empereur Lothaire et de son neveu Pépia près d'Auxenre, et se lirrèreiit une isanglattte ba*- Bataiue taille dans les plaines de Fontenay; on dit qu'il périt ^^y- cent mille hommes dans cette journée. Lothaire fut vaincu, et les deux princes vainqueurs , plus faibles eux-mêmes qu'avant leur victoire , ne purent le poursuivre. Ils se rendirent à Strasbourg , où ils renouvelèrent leur alliance en présence du peuple. Le serment que Louis te Germanique prononça dans cette circonstance, de manière à être compris de Tarmée neustrienne et gallo-romaine de son frère, est le plus ancien monument que l'histoire nous ait conservé de la langue romane '.
Traité de Un nouvcau partage se fit bientôt après à Verdun entre
Verdun. r o r
Nouveau les tfois frèrcs , et sépara d'une manière irrévocable Tinpirc?' *^'*^* ^® ^^ Gaule, comme puissance, de celui de la Ger- "^* manie. Ctarles eut les pays situas à l'ouest de la Meuse , de la Saône et du Rhône, avec le nord de l'Espagne jusqu'à l'Èbre. Louis le Germanique eut l'Allemagne jusqu'au Rhin. L'empereur Lothaire, renonçant à toute suprématie, réunit à l'Italie le territoire situé entre les États de ses frères, depuis les bouches de l'Escaut jusqu'à la mer Méditerranée. Ce long territoire qui comprenait quatre populations, et où étaient parlées quatre langues différentes, formait une division entièrement factice , et de nature à ne pouvoir se perpétuer. Les deux autres divisions furent plus durables , et dès lors on fit usage de la dénomination de France pour désigner le royaume de Charles, où étaient comprises la Neustrie , la Bretagne et TAquitaine *.
' Cette langue est formée d'un latin corrompu , mélangé avec lUdione de quelques-uns des peuples de la Gaule franque. ^ Voir y pour le partage décidé par le traité de Verdun , ma Géogra*
LirM II. CHAMTtË U. 111
Tant de commotlODs et de combats adièvent d^époiser les royaumes formés des débris de Tcmpire de Charlemagne. Le peu de forées qui leur reste est coBsomé par les guerres intérieures : les fïrontières demeurent al)andonnées ma. étrangers, les terres restent incultes , la famine mels- «onne des populations entières, et l'ancienne barbarie reparaît. Les Normands au nord, les Sarrasins au S9d, invasions
'^ - , , . etravages
mettent tout à feu et à sang ; à leur suite des bandes de Jj^^or^ kmps descendent des montagnes , et pénètrent jusque dans *»,£;J7* les villes ; Rouen , Bordeaux , Nantes , sont incendiés : les Normands arrivent à Paris sur trois cents bawpies, et, pendant que la terreur tient Charles enfermé à Saint-De* nis^ ils pillent la capitale, et ne la quittent que pour y reparaître bientôt plus nombreux et plus terribles ; ils ravagent toutes les villes de Tintérieur qu'ils trouvent sans défense, égorgent leurs habitants^ ou les chassent devant eux comme de vils troupeaux. Au milieu de cet affaissement général de l'empire, le clergé croissait seul en fortune et en pouvoir : plus les peuples étaient misérables , plus ils reportaient toutes leurs pensées vers un autre avenir et leurs respects vers les hommes auxquels ils reconnaissaient le pouvoir de leur ouvrir un monde meilleur. Le véritable maître de la fiaule était HHicmar, ar- Puissance chevéque de Reims. Ce fut lui qui défendit avec le plus g^J^jJJf de succès fautorité de Charles le Chauve contre ceux qui lui préféraient Louis le Germanique, son frère; les évéques soutenaient les rois qu'ils avaient couronnés; ils gouvernaient les choses temporelles et les spirituelles, la guerre et la paix; c'était Hincmar qui convoquait, au nom du roi, les évoques et les comtes pour marcher à l'ennemi.
phie historique , carte n** 6 , et ne considérer que les trois divisions marquées en rouge.
]12 PBBHIÂRE ÉPOQUE.
L'empereur Lothaire I^' était mort dans un cloître en Louh n 855 y après avoir associé , depuis dix ans, son fils Louis 11, ^'"stfsf*^^ surnommé le Jeune j à l'empire , et donné des royaumes à ses autres fils, la Provence à Charles , et à Lothaire II la contrée circonscrite entre la Meuse, TËscaut, le Rhin et la Fraoche-Comté ; ellefutappelée, du nom de son souverain, Lotharingia^ dont nous avons fait le nom français de Lor^ raine, qui lui est demeuré. Les décrets des conciles tou- Mariages chant Ics dcux mariages de Lothaire occupèrent pendant thaire II. quinzc aus toute la chrétienté. Séparé d'un commun accord de sa femme Teutberge , et forcé de la reprendre par le pape Adrien II, Lothaire vint à Rome pour se justifier. Le pontife appela sur lui la vengeance de Dieu s'il ne s'ameasa mort, dait pas : il mourut dans la semaine, et tous ceux de sa suite dans l'année. Les peuples virent dans cet événement le jugement du ciel contre Lothaire : Louis le Germanique et Charles le Chauve en profitèrent pour se partager ses États.
Mort âe A la mort de l'empereur Louis II , dit le Jeune , survenue Qiaries te cu 875 , Charlcs le Chauve , son oncle , s'empara de la cou- ^"ewf *^ ronne impériale ; mais cette couronne n'était déjà plus sur sa tête que l'ombre de celle de Charlemagne : le faible souverain perdait en pouvoir réel ce qu'il gagnait en titres, et les seigneurs achevèrent de ruiner son autorité en lui Célèbre arrachant à Kersy, en 877, un édit célèbre qui rendit lé- Héfédîté S^^® l'hérédité des bénéfices et des charges. Depuis longchalÇes ^^^P* Ics droits de propriété du sol semblaient confondus «"• avec les droits de juridiction et d'administration possédés par les comtes ou officiers de l'empereur; ces comtes ^ profitant de l'anarchie générale, ainsi que de l'ignorance et de la mollesse des souverains de la première et de la deuxième race, avaient d'abord, à l'exemple des posses-
LIYBS II. CH^PITBB II. 118
seurs de bénéfices, su rendre leurs charges irrévocables; puis ils les avaient, de leur chef, transmises à leurs enfants ; mais aucune loi ne sanctionnait ce droit d'hérédité. Charles le Clianve , en le consacrant par un édit, porta le dernier coup à Tautorité des souverains. Cet acte de son règne lui a été reproché amèrement par la plupart des historiens; mais en Taceompiissant 11 est certain qu'il ne fit que subir la loi des circonstances, et consommer mal* gré lui un sacrifice que la situation commandait. Ce ne furent plus dès lors les rois qui choisirent les comtes, ce furent les comtes qui disposèrent de la couronne. Le dé« membrement de l'empire s'acheva rapidement, et un nouvel ordre de choses, le système féodal , fut la conséquence de cet édit, dernier acte important du règne de Charles le Mort de Chauve, qui mourut la même année , dans un village du ^l^^^^* mont Cenis.
Les derniers descendants de Charlemagne se montrèrent la plupart, en faiblesse et en nullité, les émules des . derniers Mérovingiens. Louis II , dit le Bègue % fils et successeur de Charles le Chauve dans l'Italie et dans la Gaule, perd successivement, par des révoltes , l'Italie, la Bretagne, la Lorraine et la Gascogne : il reconnaît qu'il ne doit son titre qu'à l'élection des seigneurs ^ des évéques Loaisii, et du peuple; il permet aux grands de fortifier leurs de- méie meures, et sous son règne de deux ans on voit le pape «^s* Jean YIII, chassé d'Italie, passer en France et administrer le royaume.
Louis le Bègue laissa trois fils, Louis, Carloman etLouuin
* n ne faut pas confondre Lonls II , dit le Bègae , ro! de France , fils de Charles le Chau?e , avec Tempereur Louis II, dit le Jeune, et fils de Lottiaire.