‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 22 sur 90 · LOUIS VI · texte numérisé non relu

LOUIS VI

^ Avéne- Le règne de Philippe l^^ et de ses prédécesseurs imméiSûtovf. diats n'avait été qu'une longue anarchie; cependant la France n'était point restée stationnaire , elle avait fait de grands progrè4S à la fin du onzième siècle. Les villes étaient l plus nombreuses , plus peuplées , plus industrieuses ; la ; bourgeoisie commençait à s'affranchir, et défendait ses libertés par les armes; la langue et la poésie françaises étaient nées; enfin le clergé favorisait de tous ses efforts les progrès de l'instruction scientifique et littéraire ; il comblait de biens et élevait aux plus hautes dignités ceux qui se distinguaient par leurs connaissances : mais les études à cette époque ne consistaient guère qu'en discussions subtiles sur la logique et la théologie.

Les premiers rois capétiens étaient restés étrangers et presque indifférents aux progrès de la France sous leur règne y et n'avaient exercé à l'extérieur aucune influence personnelle. Louis YI, nommé d'abord V Éveillé, puis le Gros et le Batailleur, comprit mieux l'esprit de son temps ; il fut le premier chevalier de son royaume, et c'est le casque en tète et la lance au poing qu'il rechercha et ob« tint l'estime de tous.

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Ses États , presque restreints aux villes de Pads , d'Orléans, d'Étampes, deMelun, de Gompiègoe, et à leurs territoires, étaient bornés au nord par ceux de Rob^ le Jérosolymitain, comte de Flandre ; et au levant par les États de Hugues P*^, comte de Champagne. Les domaines de Thibaut^ comte de Meaux, de Chartres et de Blois» et ceux de Foulque Y, comte d*Anjou et de Touraine, resserraient au midi ce faible royaume de France , que bornaient au couchant les vastes possessions de Henri P*^, fils de Guillaume le Conquérant, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Louis eut à combattre toute sa vie ses puissants voisins, dont le plus redoutable était Henri P'^. Après une première lutte, sans résultat important, au sujet du château de Gisors, il embrassa, contre Henri, la défense de son neveu Guillaume Clinton , fils de Robert Courte*Heuse , dépossédé, ainsi que son père, du duché de Normandie. Louis VI fut vaincu à la bataille de Brenneville , livrée B«taiue

de Brea*

en 1119. 11 fit aussitôt un appel aux milices des villes et neviue. , *****

de l'Eglise 9 et les trouva disposées à le seconder; les

prélats ordonnèrent aux curés de faire armer leurs paroissiens, et ceux-ci, conduits par leurs pasteurs, se rangèrent sous rétendard royal, et entrèrent avec Louis VI en Normandie, où ils commirent de grands ravages. Un concile s'assembla à Reims , sous la présidence du pape Calixte II, avec Tintention de mettre fin à cette guerre ruineuse ; Louis s'y présenta , et y exposa ses griefs. Les conditions de la paix furent réglées par ce concile, et Henri demeura en possession de la Normandie, pour laquelle son fils rendit hommage au roi de France.

Outre cette importante guerre , Louis le Gros soutint une lutte presque perpétuelle contre les seigneurs de son royaume, et entre autres contre Thomas de Maries, fils

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d'Eaguerrattd âeCouey. Ils tofestaieat, comme des brigands, les routes d'Ortéaas et de Parts, pilkiieDt les yilkigea et détroussaient les marehaods. Le rd en réduisit un grand nombre psyr ses armes à l'obéissanoe ou à l'impiûssaoce de anal faire , et assura la sécurité publique dans ses Étals ; mais telle était alors la faiblesse d'un roi à^ France, que Philippe I*^ avait toute sa vie inutilement tenté de s'emparer de la tour du sire de Montibéry, à six lieues de la capitale. Ce seigneur était souillé de brigandages et fort redouté : Louis le Gros le vainquit dans son fort y et réunit par ua écliange cette seigneurie à s^ domaînes.

Le roi associa son fils aine Philippe à la couronne. Ce jeune prince donnait de brillantes espérances : il périt par aoddeat , et le roi lui substitua son second fils, Louis surnommé le Jeune. Il continua ensuite sans succès la guerre contre Henri V'^ qui mourut en i 135. Une sanglante lutte s'engagea pour la succession de ce prince entre Etienne de Boulogne, son neveu, et sa fille Matbiide, veuve de Fempereur Henri Y , et femme en secondes noces de Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou , tige de la célèbre maison de Ptantagenet, qui régna si longtemps sur l'Angleterre. Guillaume X , puissant duc d'Aquitaine et comte de Poitou, soutint les prétentions de Geoffroy, et mit, avec lui , la Normandie à feu et à sang : tous deux se retirèrent diar-* gés de la malédiction des peuples. Guillaume , pénétré de remords, entreprend un pèlerinage à Saint* Jacques de Mariage Gi»npostelle, cu Espaguc y et offre sa fille Ëléonore à Loois le jemie ]e Jcuue. Cette alKanee promettait de doubler les États

avecEléo- ^

"qiîft^nV ^* roi, qui se bâte de la conclure : il envoie son fils en Aquitaine avec un brillant cortège , et le nmriage se célèbre entre deux pompes funèbres, celle de Guillaume X, qui

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succombe daos son pèlerinage , et celle de Louis le Gros , Mon de mort la même année, en 1137. ^ nw.^''

On vit sous ce règne, et surtout après la bataille de Breoneville, se manifester l'alliance du roi avec l'Église et les communes du royaume. L'appui du monarque était nécessaire à l'Église et à la bourgeoisie naissante pour lutter contre l'oppression de la noblesse féodale: c'est à cette communauté d'intérêts que les rois de France durent en grande partie, d'abord la conservation de leur couronne , et dans la suite leur prépondérance et leurs conquêtes. La sanction accordée par Louis Vï a l'affranchis- Affran-

chissc *

sèment de plusieurs communes donna de l'illustration à ^^SÏnu*,* son règne; cependant û ne fit que légitimer des révolu- lÔuis'vi. tions accomplies; jamais il ne s'efforça de soustraire les vassaux à l'obéissance due à leurs seigneurs : il sanctionna presque toujours, moyennant une compensation pécuniaire, des arrangements ou traités de paix arrêtés entre les nobles et les boui^eoi»; il ne fut ni le fondateur des libertés du peuple ni l'ennemi des privilèges de la noblesse. Un homme illustre, l'abbé SugeVy acquit à cette époque une réputation d'homme d'État, de grand politique et de profond érudit; il obtint par son seul mérite la célèbre abbaye de Saint-Denis, sanctuaire du premier patron du royaume. Montjoie et Saint- Denis fut longtemps le cri de guerre des Français : la bannière sous laquelle combattaient les vassaux de l'abbaye devint l'étendard national. Louis le Gros et ses successeurs allaient dévotement la prendre sur l'autel quand ils partaient pour une expédition , et l'y reportaient en pompe à la fin de la guerre : on l'appelait oriflamme, parce que le béton était couvert d'or, et le bas de l'étoffe découpé en forme de flammes.

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tcoXdê, Les écoles de Paris acquirent une grande célébrité du* et nomi- faut cc règne. C'était la première époque des fameuse? querelles entre la secte philosophique des réalistes et celle des nominaux : les premiers n'admettaient de réalité que dans ce qu'ils nommaient les universaux, c'està-dire les idées générales, les êtres collectifs , et s'attachaient à la philosophie platonicienne; les seconds ne voyaient dans les universaux que des mots, des noms, de simples abstractions de l'esprit, et s'appuyaient de préférence sur Aristote. Ces deux écoles eurent pour chefs des hommes d'une grande renommée. Koscelin de Compiègne professait avec éclat, au douzième siècle, la doctrine des nominaux^ tandis que son adversaire réaliste y Guillaume de Champeaux, dirigeait l'école du cloître No- Abeiiard. trc-Damc à Paris. Alors parut le Breton Pierre Abeilard , aussi célèbre par ses amours avec fléloïse et par ses malheurs que par sa science et son immortel génie. Logicien profond , sans rival dans la dialectique, et d'une éloquence merveilleuse, Abeilard brilla au premier rang parmi les nominaux. Ses prodigieux succès dans la philosophie n'ébranlèrent point sa foi religieuse et chrétienne ; mais il voulut soumettre le dogme catholique à l'analyse, et le commenter par la raison ; ses principes sur divers points de la théologie, et entre autres sur le libre arbitre, parurent en opposition aux décisions des conciles ; et il fut condamné une première fols par le concile de Soissons , pour avoir enseigné sans l'approbation préalable du pape et de l'Église. Abeilard se retira dans les landes solitaires de la Champagne, où il éleva de ses propres mains un oratoire de chaume et de roseaux, qui devint dans la suite la célèbre abbaye du Paraclet. Ses disciples , et parmi eux l'illustre Arnold de Brescia , découvrirent sa

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retraite; ils accoururent de toutes parts , ils bravèrent les austérités du désert pour suivre leur mattre, pour enten* are sa parole, pour prier et méditer avec lui. Persécuté, condamné de nouveau, Abeilard chercha une retraite plus profonde à l'abbaye de Saint-Gildas en Bretagne; puis tout à coup, bravant ses ennemis, il reparut avec éclat à Paris, où sa renommée attira un nombre immense d'étudiants de toutes les parties de l'Europe : ses livres volaient de mains en mains, ses doctrines se répandaient de la capitale aux extrémités du royaume, sa gloire était j^|\*f,3'^au comble, lorsqu'un redoutable antagoniste le terrassa ^^^l sous les foudres de l'Église irritée : ce fut saint Bernard, fondateur de la célèbre abbaye de Clairvaux. Cet homme illustre poussait les austérités monacales jusqu'au rigorisme le plus inouï , vivant d'une vie plutôt extatique que terrestre; portant dans un corps faible, pâle, exténué par les veilles et les abstinences, une incomparable vigueur d'âme; appuyant ses paroles et ses actes de l'autorité que donne la conviction d'une mission sainte et d'une inspiration surnaturelle, nul , dans un siècle où la foi des peuples était si forte et leur raison si faible, n'exerça plus d'empire sur ses contemporains. Le pape , l'empereur, les rois , les évèques , les peuples , subissaient tous l'autorité de son génie : tantôt il éteignait un schisme , ou rédigeait du fond de sa cellule la constitution d'un ordre religieux; tantôt, disposant à son gré de l'épée des rois, il dirigeait leurs armées à l'Orient ou au Midi , selon les intérêts de l'Église : Sa parole y disait-on, était comme une loi de feu qui sortait de sa bouche ; et il n'était bruit que des guérîsons miraculeuses opérées sur ses pas. Cet homme prodigieux taxait d'orgueil la raison qui sondait les mystères : il s'irritait des efforts d' Abeilard pour expliquer des dogmes

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inexpli^iMeft , et s*écriait, dans ranertutie de 8od i a Ob fouille jttSfu*aux entraïUes les secrets de Die». » Ua DMYeau ooDdle s'assembla à Sens, et les deux gmods adversaires y parafent en présence da r^, des priaees et des évéqfaes; mais Ab^krd pressentit sans dovie que la disoQSskHi ne serait pas lIlHre; il déclina le dâ)at soleil* Bel, se retira en faisant appel au pape, et fut condamné à la réclnsion dans un couvent jasqu'à la an de ses JoofS. Alors , courbant la tête, il s'avoua vaineu , et cacba sa vie an monastère de Cluny : il la termina en 1142, dans \m prieuré près de GliAlons , oà il mourut réconcilié aveo saint Bernard. Il avait eu à combattre un adversaire plus re* dontable encore que ce grand homme ; Abeilard lutta toute sa vie contre l'esprit dominant de son siècle, qui regardait comme une insurrection coupable tout effort d'indépendance de la raison humaine. Le génie qui l'avadt animé lai survécut; mais plusieurs siècles s'éeoulèreal avant qu'une partie de l'Europe osât proclamer et admets tre le principe dont Abeilard n'avait pu assurer le triom« phe : la liberté d'examen et de discussion en matière de efmsdenceetâefoî.

LOUIS vu.

Avéne- Louis VU ^ dit le Jeune , amionce en montant sur te Louis vu tréne un caractère aus^ belliqueux que sou père. Il sou^

^uT' ^^^ Geofl^oy Plantagenet eontre son oomp^teur Etienne, et l'aide à conquérir la Normandie , pour laquelle Geoffroy i«i tàHt hommage : l'Angleterre demeure à Etienne, qui reocmmit son concurrent pour l'héritier de sa couronne. Loub maintient dans le devoir les seigneurs et le clergé ; il s'opfose aux usurpatioi^ du pape Innocent II , et r^se

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de recoiwaitre Tardieyéqae de Boui^s , élu par ec pontife, qui met ai^sitât m interdit tous les lieux où le monarque s'arrête. Lrais le Jeuuc fut le quatrième roi capétieo frappé par le saint-sîége : aucune famille n'avait mcHitré plus de déférenee envers la cour de Rome ; aucune ne fut traitée par elle avec plus de rigueur.

L'événement le plus niém<»rabie de ce r^e est la seconde croisade, prècfaée avec un immense succès par saint Bernard , abbé de Ciairvaux , et commandée par le roi en personne. Louis croyait avoir un grand crime à expier : dans une guerre avec Thibaut, comte de Cbampagne^ses soldats avaient mis le feu à l'église de Vitry , et treize cents Massacre

f de Vitry

personnes y périrent dans les flammes. Epouvanté de cet affreux désastre, il demande son absolution au pape , et ne l'obtient que de Célestin II, successeur d'Innocent C'était peu encore pour rendre le calme à sa conscience : Édesse, en Palestine, avdt sucwMnbé sous les armes du sultan Zingbi 5 il n'était bruit dans la cbréttenté que de la chute de cette ville fameuse et du massacre de ses habitants ; de toutes parts s'élevaient des cris de fureur et de vengeance. La France s'ébranle la première à la voix de saint Bernard, seconde

"^ ' croisade.

et communique le mouvement à l'Europe. Louis VII se "«• croise ; il demande congé de partir à Suger, abbé de Saint- DeniSy dont il tenait en fief le Vexin, et reçoit de ses mains l'oriflamme; il lui conâe la régence du royaume, et se met en route à la tête de cent mille Français. C'est ici que finit sa réputation de roi et de chevalier. Conrad , empereur d'Allemagne, qui l'avait devancé avec une armée formidable, est trahi par des guides grecs dans l'Asie Mineure; ses troupes sont surprises et détruites aux défilés de la Lycaonie : Louis VII en recueille les débris , mai» il perd lui-même la moitié des siennes sur la montagne de

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Laodicée. Il tente vainement plusieurs entreprises , chacune d*elles est marquée par un désastre ; enfin, toute i'expédition de Louis YII se réduit pour ce roi à un dévot pèlerinage au 8alnt*sépulcre : il revient en Europe avec les princes croisés, et ramène avec luijquelques soldats; son armée tout entière était anéantie.

Le déplorable résultat de cette croisade enlève à Louis toute sa popularité; son caractère même en parait affaibli , et dès lors on voit bien moins en lui le roi que le moine. DiTOTce La reine Éléonore s*en indigne; elle le méprise^ et fait ^o^t^^vu casser son mariage, sous prétexte de parenté avec son "q^ïftitoe* époux. Bientôt après elle donne sa main à Henri Plantage- "*"• net , héritier du sceptre d'Angleterre, et lui apporte en dot l'Aquitaine , que ce divorce fatal enlève à la France. Louis voit en frémissant la moitié de ses États passer à son rival, et cherche en vain à mettre obstacle à ce mariage. Le nouvel époux d'ÉIéonore succède à Etienne sur le trône anglais, et devient le célèbre Henri IL II soumet Tlrlande, menace l'Ecosse 9 et se montre sur le continent le plus redoutable Puissance et le plus puissatit des souverains : il y possédait l'Anjou , Heniî II. le Maine, la Touraine, le Poitou, l'Aquitaine et la Nor-

jpoi d'An- ' ' 7 -x

gleterre. mandic. Il ménage d'abord Louis le Jeune , et unit en mariage son fils , âgé de sept ans , à la fille de Louis , encore Lutte au berceau. La guerre éclate au sujet de la dot de cette

de Henri , -r , ■» , •

vrw prmcesse, et tout à coup Louis obtient un puissant auxi- Becket. ijaire dans le clergé anglais, soulevé contre Henri II par le fameux Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry. Ce prélat, d'abord courtisan , puis chancelier du roi d'Angleterre, et désigné par lui pour occuper comme sa créature le premier si^e épiscopal de son royaume , s'y vit à peine assis, qu'il oublia ses obligations envers Henri et les délices des cours pour les austères devoirs qu'il regardait comme

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inséparables àe sa situation nouvelle. I! prit en main la défense de la cause que Grégoire VU soutint jusqu'à la mort, celle de l'autorité spirituelle contre la temporelle; et tandisque le pape Alexandre III luttait avec peine contre l'antipape Victor et le puissant Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, Becket se constitua dans TOccident le plus intrépide champion de l'Église, dont Henri II, par redit de Glarendon , violait les privilèges en supprimant les tribunaux ecclésiastiques et le bénéfice de clergé. Ces privilèges donnaient lieu sans doute à de nombreux abus et assuraient l'impunité à beaucoup de coupables ; mais telles étaient l'ignorance barbare et l'odieuse fiscalité des tribunaux laïques au douzième siècle, que la juridiction ecclésiastique inspirait seule quelque confiance aux peuples , et le joug le moins pesant était encore celui de l'Église.

Becket, poursuivi par le ressentiment de Henri II, se réfugie en France, où Louis l'accueille avec grande faveur, et la guerre continue de la manière la plus désastreuse pour les peuples entre les deux rois. Thomas Becket retourne en Angleterre, et Henri s'écrie un jour dans un transport de fureur : « Aucun des lâches que je nourris ne « me délivrera- t-il de ce prêtre? » Ces paroles sont entendues ; quatre chevaliers dévoués au roi assassinent Tho- ^^l^^ mas Becket au pied de l'autel. Ce ne fut alors dans toute '^^ii l'Église qu'un cri de malédiction contre le monarque homicide, et le prélat martyr et canonisé devint plus funeste à Henri II après sa mort qu'il ne l'avait été pendant sa vie. Chacun s'éloigna avec horreur du roi, qui pour apaiser la clameur publique se soumît à une pénitence humiliante. On vit le prince le plus redouté de la chrétienté faire amende honorable, à jeun et pieds nus, pendant quarante-

it heures dans la cathédrale où le meurtre avait été

la^ BEUXIBBU ÉPOQUE.

commis, ^ se soumettre à être battu de verges par le clergé, les mokies et les diantres de cette église.

Henri II ne connut plus d'heureux jours; sa femme Ëléonore , irritée de ses infidélités , fait révolter contre lui ses trois fils, et, suivant TusAge honteux du temps, Louis VU les soutient dans leur guerre impie. lis lui rendent homomge pour la Normandie, TAquitaine et la Bretagne, et sont vaincus par leur père : 1^ deux rois se réconcilient. Louis fait couronner son ôls Philippe- Auguste, et accomplit un pèlerinage à la tombe de saint Thomas Becket : il ^jf^t^de meurt ensuite, laissant la réputation d'un roi dévot, plein "!?• de respect pour tes ordres sacrés et de doi^eur pour ses sujet», mais dépourvu de toute grandeur et de toule habileté politique. Il vécut trop lon^emps pour sa gloire et pour la prospérité de la France , qui perdit dans la seconde moitié de son règne les provinces acquises dans la première par son mariage , et qu'elle ne recouvra déânitivemeat qu'aj^tès des siècles de combats et de dànstres. Guerre Du vivaut dc 06 roi rempereur Frédéric Barberouss^ (Sbefin^^ commwiça contre les villes de Lombardie une lutte acharnée , qui ensanglanta longlemps Tltalie et affaiblit la puissance impériale en accroissant rinfluence des souverains pontifes. Cette guerre fameuse est connue dans Thistoire sous le nom de guerre des Guelfes et des Gibdios; ceux-d étsdent soutonus par Tempereur, ceux*là foi*maient te parti du pape, et combattaient pour rindépendance des villes lombardes. Les papes luttaient alors pour la liberté des peuples contre te despotisme des rois et de raristoeratie féodale.

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