CHAPITRE IV
Règnes de Philippe H » dit Animiste , et de Louis VIII.
PHILIPPB II.
Qaaod Philippe II, surBomnié Auguste, monta sur le tr6&e, le territoire dont la France est aujourd'hui formée rekrviât presque tout entier de puissants souverains. La ptupart des provinces , d'abord indépendantes^ avaient re« ooQiio la suzeraineté d'un nsonarque; celles de l'ouest obéissaient en grande partie au roi d'Angleterre , celtes de Test à l'empereur d'Allemagne , et celles du nord au roi de France; enfin, la Provence et une partie du Languedoc reievaient du sceptre d'Aragon. Philippe vit toutes les oeuronnes rivales de la sienne s'éclipser devant lui, et sa gloire est d'avoir le premier de sa race foit sentir son influence de l'Escaut à la Méditerranée , du Rhin à l'Océan. De grands événements marquèrent le cours de son règne : ce fnra&t h. troisième et la quatrième croisade ; l'accroissemeut subît du pouvoir monarchique par la confiscation des provkices continentales du roi d'Angleterre; enfin, la destructkm des Albigeois , ou les hérétiques du Languedoc et de la Provence.
Avant l'âge de quinze ans ce roi signale son avènement J^J*^ au trône par une effrayante persécution contre les juifs, «icasci, cpi'il fait dépouiller et chasser du royaume ; il se montre plus cruel enoope à Tégiurd d'ime secte d'hérétiques nom-
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mes paierins , et les condamne au feu. Les blasphémateurs trouvent en lui un juge impitoyable : les riches étaient tenus de payer une amende de vingt sous d'or ; on Jetait les pauvres à la rivière. Une suite de combats et de négociations avec les grands vassaux de la couronne occupent les premières années de ce règne. Philippe épouse la fille du comte de Flandre , et obtient par ce mariage la ville d'Amiens et la barrière de la Somme, si importante à la défense de ses États, auxquels il ajouta dans la suite les villes du Mans et de Tours ; il déploie son habileté par des moyens coupables , en fomentant des guerres civiles chez ses voisins , et en excitant jusqu'à la mort de Henri II les enfants de ce roi contre leur père. Celui-ci signe un traité humiliant avec son fils Richard et Philippe-Auguste ; il apprend la révolte de Jean, son troisième fils, et meurt de chagrin à Ghinon. Richard lui succéda sur le trône d'Angleterre, et mérita par sa bouillante et farouche valeur le surnom de Cœur de Lion.
L'ardeur des croisades s'était rallumée en Europe au f|écit des maux qui accablaient le royaume de Jérusalem, où régnait Lusignan. Saladin , surnommé le Grand, prince ou Soudan des musulmans en Egypte et en Syrie , avait fait subir de nombreux revers aux chrétiens de la Palestine : ceux-ci , cédant à la funeste infiuence du climat et des mœurs de l'Orient, avaient promptement dégénéré, et la plupart de leurs chefs avaient hâté leurs malheurs en se croyant dispensés de tenir leurs serments avec des infidèles. Saladin gagna sur eux la célèbre bataille de Tibé* orate da Hadc : Jérusalem et son roi tombèrent au pouvoir du vainqueur.
Cette terrible nouvelle frappe la chrétienté de consternation et la remplit de deuil ; une formidable expédition
royaume
deJéra-
salem,
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se prépare; les trois plus grands souverains de l'Europe, Tro^ème Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne, Richard, *••«• roi d'Angleterre, et Philippe, roi de France, prennent la croix , et chacun conduit en Palestine une armée nombreuse. Les effets répondent mal à de si grands efforts : Frédéric, avant d'arriver, se noie en traversant le fleuve Sélef, près Séleucie; Philippe et Richard se brouillent au siège de Saint- Jean d'Acre; le premier est jaloux des prodigieux exploits de son rival ; le second s'indigne et s'irrite de la supériorité que Philippe affecte à son égard comme seigneur suzerain , et supporte impatiemment le joug de la féodalité. Le roi de France retourne dans son royaume, laissant son armée sous les ordres de Richard ; il jure en le quittant de ne rien entreprendre en son absence contre lui, et de défendre ses États comme les siens propres. Richard poursuit en Palestine sa carrière héroïque; il remporte sans fruit d'éclatantes victoires , et fotigue les croisés, qui murmurent, veulent retourner dans leur patrie, et le contraignent à quitter la Terre Sainte. Saladin otfre aux chrétiens^ la paisible possession des plaines de Judée, et la liberté de venir en pèlerinage à Jérusalem : Richard traite à ces conditions , et s'embarque pour l'Europe. Il aborde en Autriche, sur les terres du ducLéopold, son ennemi mortel, qui le livre à l'empereur Henri VI, dont Richard avait excité la haine : Henri le fait enfer- captivité
du rot
mer au château de Dierstein, et en donne avis au roi de wchard. France.
Philippe était revenu dans ses États plein d'animosité contre le roi d'Angleterre. Il avait juré de ne point attaquer ses États en son absence , et déjà il s'était adressé au pape pour être délié de son serment, lorsqu'il apprit la captivité de son rival. Le pontife refusa de le dégager de
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sa parole ; mais Philippe ne tint compte de son refas , et ccMumeo^ la guerre. Richard ^it alors trahi par son frère Jean, qui s'empara d'une partie de ses États, et qui ofîVit, ainsi que Philippe, des sommes énormes à l'empereur pour qu'il retint le monarque anglais prisonnier; mais la captivité de ee prince, du héros de la croisade, indigne TËurope , et la clameur publique contraint Henri Y I à lui rendre sa liberté, qu'il lui vend au poids de Tor. Il exige de lui dans une diète de l'empire hommage comme à son suzerain, et le relâche après l'avoir ruiné par une rançon exorbitante. Richard reparaît inopinément dans ses États; il réduit son frère à la soumission, et se venge de Philippe en s'alliant à de puissants comtes ses ennemis. La guerre se prolonge entre ces deux rivaux avec des succès divers; fis ^gnent une trêve de cinq ans, et Richard est tué au siège de la petite forteresse du Chaluz-Ghabrol en Poitou (1199).
Jean, dernier fils de] Henri II, saisît la couronne d'Angleterre, et Philippe sontient contre lui les justes prétentions d'Arthur de Bretagne, son neveu : ce jeune prince promet hommage à Philippe pour toutes ses possessions en France, et lui cède la Normandie. Une guerre sanglante dA^rthur ^^^^5 Arlhur est pris avec ses chevaliers par le roi Jean, tegne. ®^ m^rt assassiné : on dit que son oncle se rendit de nuit dans la tour de Rouen, m il le tenait captif, et qu'après avoir en vain voulu le contraindre à lui céder ses droits, il le perça de son épée , attacha une lourde pierre à son cadavre, et le précipita lui-même dans le fleuve. Ce crime affreux excite une indignation universelle, et son châtiment ctevient utile à la France. Il fut l'effet d'une mesure qui servit les intérêts de la couronne autant par ses résultsâs immédiats que par l'idée qu'elle donna du pouvoir
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da OMmarque fraoçais et cte la d^ndanee de ses graods vassaux. Jean, roi d'Angleterre, vassal de la eouponne, est <^t^n cité par Philippe, scm suzerain, devant ses pairs, pour devSua répondre, entre autres eheis d*aecusati<m , sur le meurtre ''pairï.^ de son neveu Arthur. Il ne décline point la juddkstioo; **^' mais, redoutant la sentence du tribunal, il ne comparaît pas : la cour des pairs le condamne à raort comme eontumax ; la Normandie et toutes les terres qu'il tenait en fief ^^1^°;^ de la France sont déclarées confisquées , acquises au roi et JfanmJet rattachées à la couronne. Cette réunion cependant n'eut ?|iïe% pas lieu sans de nombreux combats et sans une longue ef* ronnê. fusion de sang. Dans cette guerre Jean fut à lui-même son '**^* plus grand ennemi. Ses cruautés, ses exactions, son avarice, soulèvent les peuples; il attaque le dei^gé dans ses biens , il est aussitôt excommunié ; le pape Innocent III offi« ses États à Philippe, qui rassemble une arnaée et médit» une descente en Angleterre, Jean , alarmé, devient aussi humble «ivers l'Église qu'il s'était montré insolent; il se soumet au pape, et lui feit hommage de sa couronne. Philippe marchait alors contre lui en vertu de la sentence pontificale ; mais l'offre du roi Jean change les vœux du smnt-sicge : ils étaient pour Philippe , ils sont maintenant pour le roi d'Angleterre. Pandolphe, légat du pontife romain , se rend en France , et défend à Philippe de passer outre; puis, pour calmer son ressentiment , il lui montre le comté de Flandre comme une riche proie j^nomise à son armée; celle-ci sera dédommagée par le butin de tant de villes opulentes : la Flandre payera pour l'Angleterre. Ce conseilest suivi : d'anciens griefs divisaient Ferrand, c<mite de cette province, et Philippe; le roi obtiendra satisfaction par les'armes. Ferrand se hâta de conclure une ligue avec Jean d'Angleterre, et avec son parent Othon IV, em-
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pereur d'Allemagne : l'armée française rencontre l'armée Bataïue ennemie entre Lille et Toumay. La bataille s'engage an ▼mes. pont de Bonvines ; l'empereur et le roi de France commandaient en personne ; celai*ci remporta une éclatante victoire ; cinq comtes, et parmi eux celui de Flandre, tombèrent en ses mains : les communes de quinze villes de France avaient envoyé leurs milices à cette bataille , et elles rivalisèrent de gloire avec les chevaliers. Philippe fut reçu dans Paris aux acclamations de son peuple; et la glorieuse bataille de Bouvines , où il vainquit trois souverains, fit prodigieusement grandir aux yeux de l'Europe la dynastie capétienne en considération et en renommée*
Cependant le roi Jean n'avait pas entendu , en soumettant son royaume à l'Église, lui faire le sacrifice de ses passions criminelles. Il se rendit si odieux et si méprisable, que ses barons se liguèrent contre lui, et le forcèrent, les Grande armcs à la main, le 15 juin 1215 , à signer la charte qui ^àni^ est devenue la base des libertés du peuple anglais et qui »<»' est connue sous le nom de la Grande charte d'Angleterre. Le roi s'engageait par elle à ne plus dépouiller les veuves et les mineurs confiés à sa tutelle, à ne Jamais lever de taxes sans l'approbation du grand conseil, à ne point emprisonner, mutiler ou condamner à mort les francs tenanciers, les marchands et les paysans, sans l'aveu de douze de leurs pairs. Ces clauses parurent intolérables au roi despote; il ne prêta serment à cette charte qu'avec l'espoir d'être délié par le pape : il le fut en effet : ses barons offrirent alors la couronne à Louis de France, fils de Philippe-Auguste. Ce prince, malgré le vœu de son père et Ift ^^*^^4 défense du pape, dont le légat l'excommunie, passe en lîSe.* Angleterre ; il est reçu à bras ouverts par les barons^ et
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8*eaipare da royaume ; mais le roi Jean meurt à cette époque, et ses partisans proclament son jeune fils Henri. Le peuple anglais s'attache à cet enfant ; et Louis, abandonné , retourne en France, après avoir contribué à établir sur des bases plus solides les libertés de l'Angleterre.
Pbiiippe-Âuguste éprouva lui-même dans l'excommunication le sort commun jusque alors à presque toute sa race. Il en fut frappé à l'occasion de son troisième mariage» avec Agnès de Méran, du vivant de sa seconde femme. Ingeberg de Danemark. Il voulut résister; toutes ses possessions furent frappées d'interdit ; on ne pouvait plus ni se marier ni communier, ni enterrer les morts ; le peuple fut saisi d'épouvante, et le roi finit par se soumettre bien plus par nécessité que par scrupule de conscience.
Une q^uatrîème croisade eut lieu sous son règne. Elle ^g^*^ fut préchée par l'enthousiaste Foulque de . Neuilly. Les priî^^âe puissants comtes de Flandre et de Champagne donnèrent ^?£o^te l'exemple, et se croisèrent ; ils furent suivis des Dampierre, crou^ des Montmorency, du fameux Simon de Montfort, et d'une foule de seigneurs du nord de la France, auxquels les Vénitiens fournirent cinquante galères pour le transport de l'armée ; le niarquis de Montferrs^t et le comte de Flandre étaient reconnus pour chefs de cette expédition, que dirigeait en réalité le vieux doge aveugle Dandolo. Ce fut lui qui, sous prétexte d'obtenir le prix de leur transport, mena les croisés à la conquête de Zara, capitale de la Balmatie, dont il s'empara au nom de la république vénitienne; puis, tirant avantage d'une guerre civile qui désolait Tem* pire byzantin , et des promesses d'un jeune prince grec qui vient dans le camp des croisés et implore leur secours pour rétablir sur le trône l'empereur Isaac Comnène son père. Dandolo leur montre Constantinople comme une proie ri*
t90 dbuxiAmv SP0QUS«
die et fàeile à saisir, H les décide à oMnmenoer la crdsade par cette conquête. En vain le pape met obstaeie à cette expéâitkm aventureose; en Tain un grand nombre de crai* ses se surent et se rendent directement en Palestine : Dan* dolo lance l'armée snr Gonstantinople, qni disputait à Ye* nise Tempire de la mer. Les croisés prirent deux fois cette eapitale fameose, et la seconde fois la famille impériale de Byzanee fut dépossédée par eux, l'empire partagé, démembré en fiefe, et Baudouin, comte de Flandre , descen- Fonda- dant de Gharlemagne, élu empereur; ainsi Ait fondé Femrempfre pire latin de Oonstantinople. Les Vénitiens exigèrent, ponr constan- )eur part, trois des huit quartiers de cette ville , et obtin-
tlnople. , . ,
«^- rent en outre la plus grande partie des îles et du littoral de Tempire : le marquis de M ontferrat eut le royaume de Thessalonique, la Morée devint une principauté, et le territoire d'Athènes un duché féodal, croisades L'événcmeut qui agita le plus profondément l'Europe iS Aibi- pendant le règne de Philippe-Auguste est la guerre des Al- 19^1889. bigedSy ou la croisade entreprise ccmtre les sectaires du midi. Ceux-ci se rencontraient en très-grand nombre dans la Provence, dans la Catalogne^ et surtout dans le Languedoc, omtrées qui relevaient toutes de la couronne d'Aragon. Les habitants de ces provinces étaient industrieux, adonnés au commerce, aux arts et à la poésie : leurs villes nombreuses florissaient, gouvernées par des consuls avec des formes à peu près républicaines ; tout à coup cette belie région fut abandonnée aux fureurs du fanatisme, ses villes forent ruinées > ses arts et son commerce détruits , et son langage repoussé dans hi barbarie. La prédication d'une première réforme religieuse donna lieu à la dévastation de ces riches contrées. Le clergé ne s'y distinguait pas, comme en France et dans les provinces du nord, par son ardeur
LlVâS !• CHAPITRl lY. 191
à s'instruire et à répandre ies lumières ; il se signalait par de grands désordres , et tombait cliaque j(»ir dans un plus profond mépris. Le besoin de réformes se faisait depuis longtemps sentir au sein des populations provençales, et plusieurs réformateurs avaient déjà paru : depuis longtemps il se formait des associations dont le but avait été d*épurer les mœurs et les doctrines de l'Église : c'étaient celles des paterins, des catharins, des pauvres de Lyon; eA la plupart avaient obtenu la sanction des papes , qui les regardaient comme autant d'ordres de moines propres à réveiller la ferveur publique. Mais les réformes opérées s'étendirent graduellement, les dogmes même furent attaqués, les prêtres livrés aux insultes du peuple, et les domaines de l'Église envahis. Tel était l'état des choses lorsque le fameux Innocent III, âgé de trente-neuf ans, monta sur le trône pontifical, en 1198 : il y apporta un génie dominateur et la foi^ueuse énergie d'un caractère violent et inflexible. Ce pontife, qui tenait l'Europe dans la crainte, surveillait et punissait tout exercice libre de la pensée en matière religieuse ; il sentit le premier tout ce qu'annonçait de grave et de menaçant pour l'Église romaine une liberté d'esprit qui déjà dégénérait en révolte ; il vit avec inquiétude et colère la nouvelle tendance des esprits en Provence et en Languedoc, et proscrivit les réformateurs, dont les plus nombreux, ceux qui donnèrent leur nom à tous les autres, s'appelaient Yaudois ou Albigeois. Quelques-uns d'entreeux étaient manichéens, c'est-à-diie qu'ils admettaient ies deux {urincipes ; mais le plus grand nombre, connus sous le nom d'Albigeois et de Vaudois, profeisai^t des doctrines peu différentes de celles qui, trois siècles plus tard, forent prêchéesfpar Luther, ils niaient la transsubstantiation dans le sacrement de reucharistie,
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rejetaient la confession et les sacrements de la confirmation et du mariage , et taxaient d'idolâtrie le culte des images. Les principaux foyers de la réforme étaient Toulouse , Béziers et Carcassonne ; Toulouse surtout , ville vaste, puissante, industrieuse, et qui avait pour comte Raymond Vi, le prince le plus riche de la chrétienté ; son neveu , Raymond Roger, jeune honmie plein d'ardeur et de courage , était vicomte de Béziers : l'un et l'autre relevaient de la couronne d'Aragon , et, sans rompre avec Rome, ils avaient favorisé les nouveaux doctrinaires.
Innocent III, impatient d'étouffer l'hérésie, envoie d'abord des inquisiteurs dans la province de Narbonne ; ils sont mal reçus : le légat Pierre Castelnau leur succède; il excommunie Raymond, qui, épouvanté des menaces du pontife romain, est forcé de se soumettre et de permettre les persécutions. Un gentilhomme, vassal du comte, in* digne des humiliations de son suzerain et de la cruauté du Meurtre légat, assassiuc ce dernier, et par ce meurtre donne lieu ' au pape de faire prêcher une croisade contre les États de Raymond VI et de son neveu. Les moines de Ctteaux secondent la vengeance d'Innocent; ils offrent d'amples indulgences à tous ceux qui porteraient quarante jours les armes contre les sectaires. Une multitude d'Anglais, de Français, d'Allemands, empressés de les gagner, accoururent sous les drapeaux du pontife. Les Immenses préparatifs des croisés frappent de terreur Raymond VI , qui , iJ>attu par l'âge et hors d'état d'opposer une résistance vigoureuse , se soumet et se rend auprès de l'abbé de Ctteaux, nouveau légat du pape. Celui-ci le réconcilie à rÉgiise en le faisant battre de verges au pied de l'autel ; il lui ordonne de guider les colDnnes ennemies au centre de ses États et de livrer ses meilleurs châteaux. Le jeune vi-
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comte de Béziers, nevea de Raymond, indigné de la conduite pusillanime de son onde, iui déclare la guerre, et ^ décide à s*ensevelir, avec ses chevaliers , sous les ruines de ses places fortes.'Les croisés se précipitent en masse sur ses terres, emportent ses châteaux, brûlent tous les hommes qu'ils y trouvent, violent les femmes, massacrent les en- wa^cre^ fants , et emportent Béziers d'assaut : un nombre prodigieux d'habitants des campagnes s'étaient réfugiés dans ies murs de cette ville ; le légat , consulté par les chevaliers vainqueurs sur le sort de ces malheureux, dont une partie seulement était hérétique, prononce ces paroles exécrables : Tuez'les tous; Dieu saura reconnaître les siens. Un massacre épouvantable suit cette réponse , et la ville est réduite en cendres. L'armée des croisés marche ensuite sur Carcassonne, et est vivement repoussée par le vicomte de Béziers. Ce jeune héros se rend auprès du légat pour traiter de la paix ; il est arrêté avec trois cents chevaliers, malgré un sauf-conduit, en vertu de cette maxime qu'on n'est point tenu de garder sa foi envers les hérétiques ou les infidèles. Les habitants de Carcassonne évacuent Prise de la ville par des souterrains secrets , inconnus aux croisés; «>ane. quatre cent cinquante d'entre eux sont pris et mis à mort. Les croisés eux-mêmes ^ las de tant d'horreurs, songent à se retirer à l'expiration des quarante jours. Le légat fait d'inutiles efforts pour les retenir, et donne tout le pays conquis au féroce Simon , comte de Montfort ; il lui livre aussi le vicomte de Béziers, qui meurt empoisonné. Mort du
vicomte?
Une partie seulement des Albigeois avait été soumise et de Béziers détruite par cette première croisade : les États du comte de Toalonse étaient restés intacts;. ce fut contre eux que les moines de Ctteaux prêdièrent, les années suivantes, de nouvelles croisades dans toute r£nrope. En vain le maU
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heureux comte Raymond Yent conjurer l'orage ; le concile de Saint-Gilles lui impose d'infâmes conditions, et lai prescrit de livrer lui-même au bûcher tous ceux que les prê* très lui désigneront. Le vieux Raymond se souvient alors de son héroïque neveu et de ces milliers d'hommes égorgé» dcmt le sang crie vengeance; soa indignation ranime sa vertu , il se prépare à la guerre et à la mort. Les croisés arrivent de toutes parts ; Simon de Montfort est à leur tête, et se signale par d'effroyables cruautés : d'immenses bûchers sont dressés ; le légat et Foulquet , évéque de Toulouse , y eonibndent dans un même holocauste les héréti- Bataille qucs et les catholiques soupçonnés d'hérésie. La batailto ^aiï^' de Muret y livrée en 1213, termine cette guerre; le roi d'Aragon don Pèdre y périt, les Albigeois sont vaincus» et cette défaite porte à leur cause un coup mortel.
Les bourreaux vainqueurs se brouillent après la cofi. quête, et se font la guerre; le peuple i^prend courage , Toulouse se soulève; McHitfort s'en rend maître par une horrible trahison de l'évéque Foulquet : celui-ci invite, au ]U)m du Dieu de paix , tous les habitants à sortir au-devaat de Montforty qui les att^^dait avec ses chevaliers , et les fait tous charger de chaînes. La guerre continue avec des succès i>alancés ; enfin le Languedoc tout entier se soulève^ Montfort est tué devant Toulouse, qu'il assiège; le comte Raymond est rappelé et reçu dans cette ville aux acclama^ tions du peuple.: il meurt, et les prêtres lui reA]SG>t la sépulture. Son cercueil reste pendant plusieurs années exposé à la porte d'une église. Sa tolérance fit son principal crime aux yeux de ses persécuteurs, et «ne grande partie de ses disgrâces doit être, attribuée à la faiblesse de son cftractère. Tels furent les principaux événements de la guerre des Albigeois ; mais ce ne M pas la fin des malheurs é%
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eette contrée. Les ^ioqueurs auraient voulu anéantir jusqu'au sol qui avait porté des hérétiques : les papes firent prêcher de nouvelles croisades contre Raymond YIl , ôls et successeur du vieux comte Raymond ; de grandes calamités frappèrent encore ces peuples : leurs villes furent détruites, leuiss campagnes dévastées; enfin, après vingtdeux ans d'atrocités, quand la langue , les arts et Tindustrie de ces provinces eurent disparu avec la réforme, les bourreaux se lassèrent, et la guerre se termina sous le règne suivant, au grand avantage de la France. Raymond Vil loi céda une partie de ses États, par le traité de Paris, en 12i9.
Philippe-Auguste ne prit point une part active à cette Goaver. guerre d'exterminat^n. 11 chercha, au contraire, àenrépa- /r^J'^J'J; rer les désastres, et pendant que le fanatisme ensanglan* Augus^r tait les contrées méridionales, il étendit ses États et les rendit florissants. Les assemblées nattonalesétatent tombées en désuétude ; Philippe appela ses premiers barons à former son conseil et à sanctionner ses décrets.
11 conquit la Normandie , la Maine , l'Anjou , la Touraine ses con-
^ ' /» quêtes et
et le Poitou, enlevées auparavant par confiscation au roi ses^héri> d'Angleterre. Il conquit encore le comté di*Au^^gHe. Sous son règne, te YcUois, une partie du Vermandùis et )lAmiénois échurent à la couronne. Ce prince réunit encore par héritage VAréeiSy du ch^ de sa femme, laabelle de Flandre et de Hainaut ; il donna enfin l'héritière de la Bretagne à Pierre Mauciere, membre de sa fomille, et une dynastie capétienne fut fondée dans ce pays; ainsi fut formé le nouveau duc^ de Bretagne , qui devint un des grands Nouveau fiefs immédiatS'cte la couronne de Frauce. Ces résultats Bretagne. fttrent autant l'ouvrage de sa politique que de sa fortune et de SA vMeûr. Il fit flédiir devant lui les grands vassaux^
allé.
et obtint sur eax par ses victoires la supériorité qui lui était acquise de droit dans l'opinion par son titre royal. La citation du roi Jean à son tribunal et l'arrêt rendu contre lui portèrent un coup mortel à l'aristocratie féodale , et l'équilibre des pouvoirs fut rompu.
Travaux Pbilippe-Auguste s'occupa toute sa vie de guerres, de wjj^ traités, de réformes, de lois sur les fiefs, les devoirs des vassaux et les droits des seigneurs : il mit le premier un ordre constant dans ces matières, jusque alors livrées à tous les caprices de l'arbitraire, et fut ainsi le principal fondateur de la monarchie féodale. L'art militaire lui dut quelques progrès : les soldats reçurent une solde, et il établit pour cet usage les premiers impôts permanents; il ordonna trois armements maritimes, et obtint ^ par son activité, par sa prudence et ses talents, le respect des souverains et des peuples.
univer- L'importante fondation de VUniversiié remonte à ce prince, qui en fixa les privilèges. Elle était dans l'origine une réunion d'hommes, la plupart ecclésiastiques, appli* qués à l'étude des sciences. L'Université comprit dans la suite tous les étudiants, qui se partagèrent, selon leur pays, en plusieurs sections , intitulées sections de France , d'ilngleterre, de Normandie ou de Picardie. Paris vit alors s'élever une multitude de collèges, dont plusieurs acquirent une grande célébrité. Toutes les écoles furent placées sous l'autorité du prévôt de Paris; et Philippe-Auguste confirma une buUe du pape Célestin III, par laquelle les écoliers étaient soustraits à la juridiction civile, et placés dans le ressort de la juridiction ecclésiastique. L'Université grandit ainsi sous le double patronage du saint-si^ et de la royauté; elle fut seule en possession du droit de décerner les grades de bachelier, de licencié et de docteur dans les
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diverses facultés des lettres et des sciences; et, quoique ses franchises et privilèges fussent souvent la source ^de grands désordres , elle acquit une haute renommée , et devint un des puissants corps de l'État. Le plus grand nombre des étudiants se vouaient alors à la prêtrise : TÉglise de France recherchait , avec une érudition et une patience admirables, les monuments épars de la littérature ancienne, et luttait heureusement contre la barbarie et l'ignorance. Philippe avait compris le grand objet de l'Université naissante : il encouragea les études de tout son pouvoir, et voulut que la demeure de ceux qui s'y livraient fût un asile inviolable.
Tant de soins d'un intérêt si général ne détournèrent Kmbeius-
sements
point son attention des détails d'une Importance secondaire, de Paris. Paris surtout lui fut redevable de changements utiles. Toutes les rues de cette capitale étaient jusque alors au temps des pluies des cloaques infects : les principales furent pavées par son ordre, et reçurent des embellissements. Philippe agrandit la ville , la ferma d'une enceinte de murailles , construisit des halles, et entoura de cloîtres le cimetière des Innocents ; il bâtit un palais à côté de la grosse tour du Louvre, et fit continuer la cathédrale, déjà commencée avant lui. Il mérita par ses conquêtes et par ses institutions l'estime de ses contemporains, et mourut à Mort de
• , Philippe-
Mantes, en 1223, après un règne de quarante«trois ans, en Auguste. léguant une modique partie de ses immenses trésors aux prêtres et aux croisés, et en faisant aux pauvres des dons considérables.
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LOUIS vm.
Avéne- Louis VIII , flis dc Phîlîppe-Aoguste , ne régna que trois ans; ce prince descendait, parles femmes, de Charle-
ment de Louis VIII
magne , et parut réunir en sa personne tes droits des maisons carlovingienne et capétienne; il avait, du vivant de son père, été reconnu roi d'Angleterre par les barons ennemis du roi Jean , puis abandonné de ses partisans et obligé de quitter ce royaume. Il prit aux Anglais le Poitou, et commanda, de concert avec Simon de Montfort, la sefroiSde ^^^^® croisade contre les Albigeois. Il ne signala son règne Aibigeote! fl"^ P^** "°® dernière expédition qu'il entreprit pour achever de soumettre cette population infortunée : toutes les villes principales lui ouvrirent leurs portes , et il marchait contre Toulouse, lorsqu'une fièvre épidémique attaqua son Mort de armée. Il mourut à Montpensier, soit atteint lui-même de
Louis VIII , ,. . . ,
««M. cette maladie, soit empoisonné, comme on le crut, par Thibaut de Champagne , vivement épris de la reine Blanche de Castilîe, que Louis VIII laissa veuve avec cinq enfants en bas âge. L'alné de ses fils fut saint Louis.