CHAPITRE VI
Considérations générales sur Tétat de la France et sur les événements accomplis pendant les trois siècles écoulés depuis Pavéneroent de Hugues Capet jusqu'à la mort de saint Louis.
Les deux cent quatre-vingt-dix années dont nous venons de retracer les faits principaux furent pour la France fécondes en calamités ainsi qu'en progrès. Parmi ces derniers , les plus dignes d'attention sont l'accroissement graduel et rapide de Tautorité royale et la naissance de la bourgeoisie ou du tiers état, qui, presque impcr-
' Pétri £pist., ap. Spicilegium.
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eeptibfe à la fin du dixième siècle , s'annonça tout à coup comme pouvoir social vers l'an 1100, lors des premières révolutions communales , et finit par devenir la nation presque tout entière.
Nous avons exposé , dans les chapitres qui précédât, les progrès graduels et successifs de la royauté; nous l'avons vue grandir sous Louis le Gros, puis acquérir de fait sous Philippe-Auguste ) par la prodigieuse extension donnée aux possessions de la couronne , et par rabaissement des grands vassaux, la supériorité que l'opinion lui accordait sur ceux-ci, en vertu d'un ancien droit attaché au titre et à la majesté royale. JPlus tard , nous Tavons vue ajouter à ses attributions par les sages ordonnances de saint Louis, et enlever aux seigneurs , par les restrictions imposées aux guerres privées , et surtout par l'établissement d'une cour de justice , les droits essentiels du pouvoir féodal. Le peuple reconnaissait dans Tautorité du monarque la seule force capable de lutter avec succès contre la tyrannie de ses nombreux oppresseurs ; il désirait qu'elle fût puissante et redoutée , espérant au besoin s'appuyer d'elle , et il applaudit avec joie à ses progrès rapides , qui furent alors d'une hante et incontestable utilité : Louis le Gros, en ^et, rendit à la royauté son caractère de pouvoir public et protecteur; Philippe-Auguste reconstruisit le royaume, et donna aux peuples soumis à son sceptre le sentiment de la nationalité ; Louis IX imprima à son gouvernement un caractère d'équité , de respect des droits et d'amour du bien public , inconnu jusqu'à lui ; ce fut donc à cette époque un bonheur pour la France que le développeknent de la puissance n^le; mais les progrès de cette puissance, en tant qu'on les considère comme liés aux intérêts véritables et à la prospérité de la nation , s'arrêtent à saint
S14 DSIXlàliS BBOQUl*
Lmis^et &rant sospeDduB enraite pendanl plus de cent <âiqiiaBte aanée»^
Geprincene regardait peiot son aatorité comme i^isohie ;
cepeudant celle-ci n'avait aucane limite précise , et la peote
\er8 le desfoUsme était facile : ia royanté, ea s'y alMuidoa-
»aiit , si»cita de grands périls à la. France et à eile-mémei
AiVant de rappeler ses Bon^dies destinées , il faut jeter «a
cevp d'oail sur les résultats qu'ont ei» pour ia civillsatimi
et les mœurs des Français les grands évéaementa qui ont
agité TEurope pendant ces tr<^ siècles. L'un des faits les
plus remarquables de cette importante période est le rapide
^ développement de la classe moyeime : il convient d's^offd, .
peur s'en rendre compte, d'examii^r les principaux élé*
mcnts constitutifs des communes de France, et la mat-
nière dont la plupart réussirent à obtenir leurs ebartes
d'affranchissement
DiTision L'ancienne Gaule était alors divisée en deux parties
Ga^een dtstioctes par le langage. Les provinces du nord, où l'oa
ei^nke P*"^* '^ romau Yrallon , étiâent dites provinces de la ian^
<»'o"" guc d'oil, à cause du mot oil (oui), dont leurs habitant»
faisaient usage pour l'af&rmation : eUes étaient régies par
des coutumes ; celles du sud, où l'on parlait le poiaan pro*
venoal, reeevaient du monosyllabe oc y dont le sens élait
égatemeot afônxmtif , le nom de provinces de la lan^o»
d'œ : elles étaient régies par le droit latin, ou droit écrit»
État des Un grfttd nombre de villes, surtout des provioees méri-
villes aux " ' "^
etdou- ^<^^^» avalait conservé le légime municipal qu elles siécî^^. tenaient des Aonmins ; d'autres avaient ^^s longtempsperdtt les hbertés que leur accordait ce régime; quant à celles de léeente origine , elles s'étaient élevées sous les auspices du seigneur le plus puissant de la province ou davcëskiage, et leurs habitants ne jouissaient que des droits
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civils et des libertés qa*il avait plu à ce seigneur de leur accorder ou de leur garaulâr. Lors de rétablissement du système féodal, les seigneurs ecclésiastiques et laïques restreignirent de tout leur pouvoir leurs franchises municipales ; ils leur substituèrent en grande partie leur propre autorité lÀou ces fnmclidses existaient, et en usurpèrent tous les droits là où elles étaient détruites ou îneonnueB» Ceux même qui , dans i*espoir d'accroître la population de leursiiefs, avaient garanti des droits et des libertés aux hommes qui viendraient s'y établir violèrent ensuite pour la plupart leurs engagements et leurs chartes; presque tous levèrent dans les vHles des taxes arbitraires , dé« fendirent aux citoyens de se réunir et de s'armer pour la défense commune, et usurpèrent le droit de haute et basse ^ justice. Ils disposaient ainsi de la fortune et de la vie des citoyens, et bientôt leur oppression devint intolérable. Réduits au désespoir, les opprimés eurent recours aux remontrances et aux prières ; ils rappelèrent leurs andennes toncfaises, et demandèrent des garanties pour leurs biens et pour leur» personnes, et profitèrent de l'avidité des seigneurs pour racheter ou pour conquérir leurs libertés.
L'époque où Ténergie des habitants des villes se ré- Affran- Tcilla coïncide avec celle de la première croisade : cet évé- ment de»
■■ coni-
nement eut sur leurs entr^rises une influence puissante , "*""*^ quoique indirecte, et lui fut fiftvorable. Les seigneurs avaient besoin d'or pour leurs expéditions lointaines ; ils consentirent en grand nombre à se démettre, pour de Ibrtes sommes^ d'une autorité que la plupart avaient usurpée : ils quittèrent pour longtemps la France, emmenant à leur suite une multitude de chevaliers, qui, sous leurs ordre», avaient été la terreur des villes et des campagnes. L'absence des oppresseurs ou l'affaibUssement de leur