‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 36 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Règne de Charles V.

Cliarles Y, en montant sur le trône, était âgé de vingt* chariesv. neuf ans. Il avait déjà gouverné la France pendant près de huit années; rien n'annonçait alors en lui le restaurateur de la monarchie : médiocremont estimé de la noblesse, à cause de ses qualités peu guerrières et de sa conduite à Poitiers; détesté de la bourgeoisie, qu'il avait domptée par les supplices; faible de corps, et d'une constitution maladive, tout semblait devoir lui faire obstacle dans son règne; et cependant, par son adresse et sa prudence, plus que par de grands talents, il sut reconquérir la plupart des provinces perduei^ par son père; il rétablit l'ordre dans l'intérieur du royaume, mais ce ne put être qu'aux dépens de l'autorité des états généraux , qu'il acheva d'annuler. Son principal mérite fut la sagacité avec laquelle il appréeia les circonstances et les hommes, se ménagea d'utiles alliances, saisit toujours le moment favorable pour attaquer ses ennemis, et s'attachail'habiles ministres et de grands capi* taines, à la tête desquels apparaissent Boueicaut, Olivier Qissmi , et le vaillant du Guesclin. On lui reproche Justement de n'avoir respecté ni les droits de ses peuples ni les traités avec ses ennemis ; mais ayant occupé le trône entre les deux époques les plus désastreuses de not;re histoire^

274 DBOXnkVI BPOQUS.

on M tM éoiriileoieiit eiHnpte du repos doirt la Fraoer parat joi;^ sous son r^ne , et la postérité eonfimia le sur* nom de Sage qull reçut de ses contemporains.

Nul ne jeta plus d'éclat sur le règne de Charles Y et ne contribua plus à ses succès que Tillustre Bertrand du Guesclin. Simple gentiilhomme breton, sans beauté , sans grâces, sans fortune , d'un esprit si peu ouvert qu'on ne lui avait jamais pu apprendre à lire, il n'avait rien en apparence de ce qui annonce le héros, hors la valeur ; et c'était là pourtant celui qui, après avoir longtemps obscurément comlMktttt pour Charles de Biois sur 1^ brujjfères de la Bretagne, éevint le pranier capitaiae dm siôele, cel« que DteQ semblait a^oir fait naître eontenporai» de Ghariei V pmr sauver la France: «âme forte, c^tSMthktorieB,!io«r» rie dBM le fer, pétrie sons les palines, et <knft laqaettc Mars fit écele longtemps* » Son j^emier exploit pour Chaires fut une viotoire. Boudcmit venait de surprendre la villette MaatM, qui aj^^enait au ni de Navarre ; celle de Merlan était égalemeal tombée aux mains des Fr anoiÉs. Le captai cte Bitdi, brave capitaine gascon, au service de Charles le Afonvais, ae exposait à prendre sa revsàidie : il s'unit à Jean Jod, esqntaine aillais ;^ à la télé de sept cenii lances, trois cents archers et cinq oratsteitasdns, il attend Bataiuc lef Frauçais dans te voisinage de Gocherd, près d'Évreu, ^^1- où il range ses troupes au hanrt d'une coUine, 8«r la Msière d'nn bots. Bertnmd du Siiesdin approdw; Il recon^ naît ^ue k captai a i'ava»tage du terrain ; mais ses propcvfr soldats manquent de vivres, il fout combattre ^ atHrar reaneiiii dans la plaine. Du Chwsdki n'avait pas softégal pour les stratagèmes guerriers : M prépare une eiîib«Beaâio, d; «ordonne une retraite précipitée. Jean Joël, d«^ de odt ai^iftoe, s'éimice, Boalgré les ordres du eaptaï^ au en de :

«ËaaT«ntvsaîBt£«org8!qiiilKéalfae«mBsiri\itJ »Ls4ttptal voit le pérîl^ et soit iem Joël pour le Muir^r ; maïs aloi:s ks Fraies s'arrèteat :.« £a a^Mt^ awigl a'éerie du CktteieiiD ; la joaniét eat noetre^ Poar Bitt^ souveoea^-vocui qw AOtts ftvoQg im noavewi my, ea Fatoee : qQ^jaujfurd'hiiî aa commwe sait étrennée par aous ! » Ua eombat ^orieua: s'ai^^i^, et rendi«aeade se moDtce : treatre <»yarr litera Isadent aa galop swr ie oaptal, et Fenlèveat; la ba* taîAte est ▼îTemeiit disputée, omis Jean Jod tombe Ueisé âumort; les Navarmis, sans «iief, se difipeiseiit, et tt»petit mmàÊte seulement parafent à s'iéebiqEiper. La yletoire 4a Goohersi soumit à Charles Y ppeaqoe faute la Normandie; iten reçut kti aouyella à Beims , au mMieu des fêtes de son saere, et réoan^eosa du Guesolin par te don du comté da liOogiwviUa

La guerre eonCisuait toq'ours en Bretagne entre les deux prétendrais, Bfontfort, aHîé des Anglais, et Charles ée Blois, soutenu par ta France. La eélèhte bati^lle d^u* Bataiiie

' ' d'Anray.

rmify ou ce dernier fiit tué , l^ealM suivie du trntlé de '^£'^.'*^ <iuér(mde, assura le dudié de Bretagne à IVfoatfort. Ce ^^^l' traité , signé par les soins de Charies V , rendait la duché réversible à la veuve et aux enCénts de Charles de Blius, éans le cas où Moatfort arourrait sans postérité : ainsi Isft tem^née une guerre atroee ; qui avait diu^ vingt-quatre SÊÊL Le ^le de Momfart, saus le oaaade Jeaa V, se hâta de se renése à Pari» , ^ y fit hornnu^ ou roL

Charles V m( vajaitenôn , pour la premièDe fois, en pais «vee tous aes voisîos'; sait peuplé oomiBeBÇéit à vespir^^ HcetMwniitaax travaux deaefaanps^si langitea^ iater^ vaoïpvs, et |!ardre renaîssaît avec le repos. Mais, le fléau des compagnies d'aventuriers menaçait d'arréler ce re- ^™,JJ' tour vess un état soeilteur et de ruiner le rojiaume. Dans i^i

S7§ DlOXlkMB É»%QW3L

ces temps, <m le capriee des princes , un don, nn édian^, nn mariage , décidaient chaque Jour de la destinée des peuples, une mnltitnde d'hommes se regardaient comme sans patrie , et offraient leur épée à quiconque voulait i*a« cheter : la longueur des gnerres , qui rendait leurs servi* ces nécessaires à tant de princes ; la faiblesse des lois, qui semblait autoriser tous les genres de désordres et 4e vtolences, avaient, depuis vingt-cinq ans, prodigieusement accru le nombre de ces hommes avides et licencieux. Quand la France fut en paix , ils demeurèrent tous sans emploi et sans moyens d'existence ; ils se répandirent alors comme des bêtes féroces dans les campagnes , et y commirent d'affireux ravages. Le seul moyen de les vaincre eût été d'armer contre eux les milices nationales du royaume; mais l'expérience avait appris à Charles à craindre pardessus tout l'influence de la classe moyenne : il refusa de Taccroltre; et dès lors , ne pouvant exterminer les grandes compagntes , il fallut les occuper. Depuis longtemps Pierre, roi de Gastille, surnommé le Cruel, s^était aliéné sa famille et ses sujets par des actes d'atrocité. 11 avait empoisonné sa femme Blanche de BouriKHn, et ordonné le meurtre de son frère naturel, Henri de Transtamare : celui-ci, dans Tespoir de le punir et de le supplanter sur le trône, implora l'appui de Charles Y, et l'obtint. Charles Guerre salsit avec empressement cette occasion de venger Blanche, ^SSk ^^ ^ parente, et d'éloigner les grandes compagnies, d<mt U ^tm, doutait les brigandages. Du Guesclin commandait l'ex- "*** pédition : en le chargeant de cette mission difOdle, le roi Tembrassa devant toute la cour : « Vaillant Bertrand, lui « dit-il , Je vous dois j^lns que si vous m'aviez conquis une « province. »

Ces terribles aventuriers , en passant près d'Avignon ,

LIVâB II. CHAPITBB IV. 377

OÙ les papes depuis ub demi-siècle avaient transféré leur ré* sidence, mettent lesoaverain poDtifeàcoDtribation;ilftpa9* sent ensuite en Espagne; et les troupes de Pierre se àéheoh dent devant eux. Ce prince , repoussé par ses sujets , chassé da Portugal , où il eiierche un refuge près de Pierre le Jus« ticier^ aussi Imrbare que lui, abandonne son trône à son rival , et se retire à la cour du prince de Galles , qui le reçoit à Bordeaux avec de grands honneurs.

La Castille se soulève tout entière, et Henri s'empare de la couronne sans ob^cle. Cependant Pierre sollicite le secours des Anglais , et promet d'enrichir leurs capitaines : le prince de Galles arme en sa faveur, sans rompre avec la France. Les grandes compagnies, qui viennent d'^biir Transtamare sur le trône, accourent maintenant près de son frère, attirées par Tappât de For qu*il leur promet. Du Guesclin soutient Transtamare; mais celui-ci est vaincu par le (urince de Galles à la bataille de INavarette, et du uataiiie Guesclin est fait prisonnier. Pierre le Cruel recouvre son «■«•«èr royaume , et son frère fugitif cherche un asile près du duc d'Anjou, Tatné des frères de Charles Y, et commandant du Languedoc: ce prince, Tennemi des Anglais, reçut Transtamare, comme, l'année précédente, le prince de Galles avait accueilli Pierre le Cruel.

Charles méditait , à cette époque , de recouvrer les provinces enlevées par les Anglais à son père, et voyait avec joie Edouard III énervé par les voluptés plus encore que par l'âge ; et son illustre fils le prince Noir, le vainqueur de Crécy, de Poitiers, de Navarette, atteint d'une maladie de langueur dont les symptômes étaient mortels. Il abuse le monarque^anglais par des démonstrations d'amitié, et fomente la révolte en Gascogne, l'une des provinces soumises à l'Angleterre par le traité de Brétigoy. Les An«

37S DBVXIÉHl ÉP^Qiri.

^^tradtaleot tel kabitaoto de ces contrées ea vtiiieiitt

pMdt qu'en fiièrei et en coDcitoyeas ; de là le Tif désir (p»

etost-d Biaoilestèrei^ d'être rendus à la France.

Charles proile de ces disgositions, et s'attache ita seir

Soulève- gneurs les plus influeiits. Un soulèvatteat éclate en €ras^

eon^ils ^^^8^ ^ l'occasiott d^on fonage , HnposiUan étàbtie par le

^^^^' prince anglais sur chaque ha : If» Gascons prtondeat

qu'ils sont jusque ahws demeurés affiranehis de tout tmp^

et ils en appèUodt au roi de France , eonme susBeraia de

la Chiienne et du Langnedoc. Chartes Y, au flaéprls du

trnté de firétigny, qui accordait ces provinces en tOBte

souveraineté à Edouard, accueille leur appel, et faH citer

le pHnce Noir comme son sujet devait la chaihhre des

paârs; il s'allie en même t^fnps de nouveau ffiwc Trans^

tamare.

Du Guesdia n'avait pu recouvrer sa Hbené qu'en défiant le pHnoe anglais de la lui rendre^ il ûjm lui^nême sa rançon à cent mille floritts d'or; et comme le prince lui demandait où un pauvre chevalier tronyerait sea^lafeie somme : « Les rois de France et de Castille la solderont, répondit Bertrand ; il y a c^t chevalier» bretons qui vea» draieat leurs teiTCS peorfaire«oette somme , etitsftkresses de mon pays feraient ptart4t ma rançon avec leurs qnoiouil* ks^ que de me laisser prisonnier. » La princesse de Galles contribua sur-le-chamf pour vingt mille livres^, et le bMrre ChairàeS', rival de du Gueseltn, offrit sa bourse pour le délivrer. Libre sur parole, du Guesctin partit pourrccueil^ Hr sa rançon. Il revenait «vec eHe, lorsqu'il rencontra od route dix paUTres chevaliers fort en peine de trouver la hmt. Il leur donne tout , et arrive À Bordeaux, les malM vides, reprendre sa prison. Charles Y paya pour lui, et le délivra. Il Penvoie de nooveau en Espagpe, à la tAte de

son armée ; et da Gaesclin , Tainqnewr à là iMrtatlIe â# Moft- Bateuie tiei , reptoee Que seooade fefe Transtaoutre str le tféoe de ^^^ Gairtflle. Pierre le Grael e9t fkit priwmBler. £& ae reooDuaissaut les deux frères rivaux se jettent avae ra^ Tao sur l'astre , et Pierre meart poigMurdé de la main de Henri , dans la tente de du Gaeselia.

Oiaries V croit pouvoir alors, sanscomproniettre sa puis* sanee, hasarder quelques aetes de popularité. Il ose oon« vaquer les états, et feint de les oaofsulter, assuré d'avance de les trouver dociles. liVassembleBteD 1309, et approu* vent sans restriction tous les actes de son règne. Le tf pofRrsuit ses projets contre TAngleterre : il augmente les privilèges dies villes révoltées, qui se livrent à ki France, €t le clergé , gagoé par lui , soulève les peuples en sa faveur ; enfin , lorsqu'il a «out disposé pour le succès , le parlenoent rend, en 1370, une senteace par laqaelle il déclare que, faute d'avoir comparu devant la cour des paire, Edouard est déchu de ses droits sur l'Aquitaine et mr ses autres possessions en France, et îi lescoi^sque au profit de laisouronne. Un valet de cuisine est chargé de porter cette sentence au monarque anglais, qui, sala diadigoation, se prépare aussitôt à la guerre.

Charles Y fortifie son alliance avec l'Espagne. Une-flotte Reprife castillane, victorieuse de la flotte anglaise a la Rochelle, mes avec M ouvre le Poitou: du Guesdia, eonaétable, soumet ^f^ cette province à la France. Le due de Bretagne, Monfort, était tiévoué de cœur aux Anglais, qui lai avaient rendu son duché; il s'alHa avec Edouard , smm Charles sut ménsf^er f amitié des se^neurs bretons. DeuK d'entre eux , Onvier de Oissao et du €ruesclia, jouissideat aupnàs d« lui de la plus haute fkveur ; ils gagnent à Charles les oœiH« de leurs oompMriales , et le.duc est expidséda sou duché.

qui s'Hait à la France eoolre TÀDgleterre. Edouard cependant rassembla une puissante armée; elle débarqua à Calais, sons le commandement du duc de Lancastre. Charles V, encore frappé du souvenir de Crécy et de PoUlers, donna l'ordre à ses généraux de surveiller Fenaenii, de gêner ses mouvements, et défendit de livrer bataille. Ses ordres sont <rf»servés ; la valeur française , contenue par la prudence du monarque, supporte les provocations insultantes de l'ennemi depuis Calais jusqu'en Guienne, où cette armée arrive épuisée, presque détruite par les maladies, la fatigue et la disette. La fortune de l'Angleterre chancelait : son héros, le prince de Galles , venait d'expirer ; le redoutable Edouard III touchait au tombeau, et allait abandonner le sceptre aux mains d'un enfant; sa flotte avait été vaincue à la Rochelle ; sa puissante armée s'était consumée elle-même ; d^à les fruits de la victoire étaient perdus pour lui , et la France avait recouvré presque toutes ses provinces. Le vieux roi, si redoutable jadis et midntenant si humilié , irfgne une trêve avec Charles V, et peu après il meurt dans les bras d'une courtisane, laissant le trAneàson petit-fils, l'infortuné Richard IL Tr«ve de Délivré de son plus dangereux ennemi, Charles s'aban* YAwAe ^^^ ^ ^^^ ressentiment contre son beau-frère Oiarles le ^f^^^ Mauvais, alors en Espagne, où il méditait une alliance i37tf. i^YCc l'Angleterre. Il oblige le fils de ce prince. Jeune homme venu sans défiance dans sa cour, à signer un ordre qui livre aux Français toutes les places possédées par son père en Normande; il fait arrêter de Rue et du Tertre, l'un chambellan du roi de Navarre, l'autre gouver- Bcnr d'une de ces places , et tous deux dans l'intimité de leur maître, ils sont livrés à une commlssioii extraordi*naire, et sommés d'aTouer que leur prince s*est renda

LITAB II. CHAPITBB lY. S$l

coupable de crimes atroces, et, entre autres d'emptisonnement sur la personne de Charles. Us repoussait ces horribles accQsatioDs , et n'en sont pas moins condamnés à mort et exécutés, comme complices de ces crimes , afin de donner créance aux soupçons que Charles Y vent fiUre peser sur son beau-frère. Justement indigné, le roi de Pto« varre se hâte de conclure une alliance avec les Anglais, et leur livre Cherbourg, seule place qu'il eût conservée en Normandie.

C'est ici qu'il convient de s'arrêter un moment pour ^^^f*j^ embrasser d'un coup d'œil la politique de Charles V. Par- ^f^'^^ Tenu à la royauté dans les circonstances les plus défavo-* râbles, chargé d'une dette énorme à payer aux étrangers, sans trésor, sans armée, il avait vu ses si^jets diminua de moitié en nombre par la guerre, la famine et la peste, et dépouillés par des bandes de brigands , maîtres du n^ume; et cependant en quelques années il avait réussi à reprendre sur les Anglais le Ponthieu , le Quercy, le Limousin, le Rouergue, la Saintonge, l'Angoumois et le Poitou; il avait engagé les feudataires de la haute Gascogne à se donner à lui , expulsé le duc de Bretagne de son duché, et le roi de Navarre de presque toutes ses possessions normandes. Aussi habile dans la politique extérieure, il avait favorisé en Castille une révdution qui, jen l'aidant à se débarrasser du fléau des grandes compagnies, lui promettait un allié rec<mnaissant; il attacha la Flandre à la France, en assurant par un mariage à son frère, Philippe de Bourgogne y la succession de ce comté; il conserva soigneusement l'amitié de rerapereur Charles IV et de Jean Galéas Yisconti, son beau- frère , maître de la Lombardie , et retint le pape sous sa dépendance à Avignon. Les compagnies d'aventuriers avaient disparu du

3S^ DBirxiÈMI ÊFOQOl.

royaume, les routes devenaieiit sûres, Torélre se rétablissaft, Faiitorité roytde s'exerçak sans eOBtriHe, et de toutes pafts, enHn, les sujets détachés de la Booiiarehfe par un traité faumiliant secouaient ie joug de l'étranger pour redevenir Français*.

Charles avait rassemhlé autour de hii , pour Talder à acocmipllr ces heureux changements, des hommes peu éiifvés par leur naissance , mais d'un nsérite supérieur; parmi eux il faut citer Guillaume et Michel de Dormans , Phil^pe de Savofsy, et Mpeaù de la Rivière. Ces hommes eurent toute sa confiance ; ils forent ses ministres , et mm ses favoris : en s'avâant de leurs conseils, il demeura toujours leur maître. £1 cessa d'aftérer les monnaies y et ne foula point le peuple par des impôts ; mieux avisé que tous ses prédécesseurs, il ménagea les juifis, seuls posses^ seurs de grands capitaux , et ce fét à eux qu'il eut recours pour subvenir à ses dépenses. Cette sage conduite doit égal^ûaent étpe attribuée à sa sollicitude pour ses sujets et à la crainte qu'ils kd ins|nraient * Jsunais il n'oublia que le peuple l'avait fait tremMer lorsqu'il n'était que dauphin^ e^ il pardonna rarement une offense. Cependant il savait ajourner le diâtiment, et il était, selon les temps , maître de sa pHié comme de sa oohère : lorsque les armées anglaises dévastaient les campagnes et brûlaient les villages sous ses yeux, il ne lui échappa aucun signe de commisération ; et l'historien do temps * nous dM; qu'il ne voyait dans ces iocettdies que des fumées qui ne le chas^ seraient pmnt de son héritage. Dans ses rapports avec se» peuples, enfin , son principal but semble avoir été de les

* Voyez carte n** 10.

^ Froîssard.

sMMMrtlre à sa volonté soweraiBe sans «Btenére de loarmwe, Mas éprooTer de résfslmiee. It ae cearoqaa qa^uae saute fois las âats géaérauK pendant bob règae, et kmr sofastitiia des asa^sbléas de notaliies, ok H admit les dépaaéade la bourgeoise et de l'aniveraité, qneiipies prétirt» et sesfgrands officiers.

C'esl du fond de son pi^is (^*il dirigeait mystérieasemeot toutes ses iotrigiMs; la pradenoe régla loajonrs sa j^lUque, et quel qae soit le bat partimilier qu'il se proposa daas diacnn de ses act^, oetai qu'ii atteignit était le seul qui convint alors aaiL véritables intérêts de la France. Le déelin de ce règne ne tut pas exempt d'orages : Qiarles yit se réveiller partout des symptômes de cette fermentatJOB, de cette tendance libérale des esprits qnil avait mis tant de soins à étoalfer. Des secteires connns sous le nom de légoias et de Tnrluplns se muiti^èrent dans ses États : il permit qu'un grand nombre de ces malheureux fussent bfÉlés vifs ; mais les supplices ne pouvaient plus comprimer Tessor de la raison bum»ne : de nouvelles sectes se fononèrent» et le grand si^lsme d'Occident vint favoriser en Europe l'esprit de doute et d'examen. Grégoire XI était mort en 1378, à Borne; et le collège des cardinaux lui d#DBa pour suecesseor Barthélémy Prognani, qui prit le nom d'Urbain Vi. Les violences du nouveau pape lui aliénèrent bientôt ceux qui l'avaient couronné : menacés par lui, tous déclarèrent son éle^ion illégate ; Ils élurent Robert de Genève, qui prit le nom de Clément VII, et vint s'établir à Avignon. Telle fut l'origine du fameux schisme Grand

j»/x -. « .-rU . , schisme

d Occident. L Europe se partagea entre les deux papes, ^^occisuivaat les intérêts poétiques de chaque royaume. Gtor- ^*^^' les y se déclare pour Clément, ^i résidait en France : ses aMés, les souvenus àt F^^, de CasWe et d'Aragon^

284 ' DBUXlkXB ÉPOQUE*

suivent son exemple. Le parti cnirbain VI est embraeeé par rAngleterre , par la Bohême, la Hongrie, le Portogal et la Flandre. Charles, en se prononçant ponr celui qui devait un jour être déclaré antipape, ouvrit, malgré lui, des voles nouvelles à i'indépendance de la raison huoudne et à l'incrédulité.

Ces symptômes d'agitation qu'il vit renaître ne furent pas pour lui les seuls motifs d'alarmes dans ses dernières années. Vainqueur des Anglais sans avoir comlMttu, ii confiMa- se crut assez maître de Tesprit des Bretons pour confis* ducM de qaer leur province, et la réunir à son domaine : il s'abu- ^é»^ sait Le duc Jean V, cité par son ordre devant la cour du ^f^*^»^ parlement, fut Jugé par elle avant que son assignation lui eût été notifiée en Flandre^ où il se trouvait, et condamné, sans avoir été entendu , comme coupable de s'être allié aux Anglais contre son suzerain : il fut déclaré dédhu de ses titres sur la Bretagne, et le parlement confisqua son duché, au mépris des droits de la veuve et des enfants de Charles de Blois, expressément réservés par le traité de Guérande. Charles V ne recueillit aucun fruit de cet aete injuste. Les habitants de cette contrée, jaloux de leur in» dépendance nationale, se soulevèrent en masse, rappelèrent leur duc, et Taccueillirent en libérateur; les braves capitaines bretons abandonnèrent Farmée royale : du Guésdin, toi^urs fidèle au roi, qu*il désapprouvait, lui devint suspect; sa noble fierté s'en indigna : on dit qu'il voulut lui rendre l'épée de connétable, et il se disposait à se retirer en Espagne pour y mourir; mais avant de quitter les drapeaux de Charles ii rejoignit le maréchal de Saneerre, son ami, et l'un des plus illustres guerriers du siècle, devant la petite ploce de Château -Randon , dont il faisait le Maladie siége. Il y fut ajtteint d'une maladie mortelle. Sentant venir

LITBS II. CfiÀPITAB IV. 285

la mort, il se releva sur sa couche» et, preoant dans ses et mort aM^ns victorieuses Tépée de oonnétafole, il la considéra en ouesciin. silence, les larmes aux yeux : « Elle m'a aidé, dit-il, à « vaincre les ennemis de mon roi , mais elle m'en a donné « de cruels auprès de lui. » Puis se tournant vers Sancerre, « Je vous la remets, poursuivit-il ; et je proteste que je n*ai « jamais trahi l'honneur que le roy m'avolt fait eu me la « confiant. » Il découvrit sa tète, baisa sa noble épée , et dit aux vieux capitaines qui l'entouraient : « N'oubliez « point, en quelque pays que vous fassiez la guerre, que « les gens d'Ësglise, les femmes, les enfants, ne sont point « vos ennemis. » Sur le point d'expirer, il dicta ces paroles pour Olivier de Glisson, son compagnon d'armes : «c Mes- « sire Olivier, je sens que la mort m'approche de près, et « ne vous puis dire beaucoup de choses. Vous direz au roy « que je suis bien affligé que Je ne lui aye fait plus long « temps service ; et si Dieu m'en eust donné le temps , « j'avois bon espoir de lui voider son royaume de ses en- « nemis d'Angleterre. Il a de hùùs serviteurs, qui s'y em« « ployeront aussi bien que moi, et vous, messire Olivier, « tout le premier. Je vous prie de rendre au roy Tespée de « oonnestable; il saura bien en disposer, et faire eslection « de personne digne. Je lui recommande ma femme et mon « frère; et adieu, je n'en puis plus. » La garnison de Randon avait promis de rendre la ville si elle n^était secourue» et, fidèle à sa parole, elle déposa les clefs sur le cereuefi du grand capitaine.

Charles persévéra dans ses projets d'usurpation ; mais ses troupes furent chassées de la Bretagne, et il rencontra partout contre lui la même unanimité qui s'était manifestée naguère en sa faveur contre les Anglais. Louis , comte de Flandre, implora vers le même temps son appui

:M6 BBVXfkm iroqom.

pour sooBMt^ sm SQ|ets réwoHés. Ua recbatftbte ttniè- Yement éelata «os«i ea LaRgaedoe, où le eue dMjpjew» frère du r«i, aeeablalt le peii^ sons wêb eppressloft intolérablef Charks f«t obUgé de rappeler seo frta), eo hil ôtaot Bon goover&emeDfe. 11 Tit enfift «ne imnwtle armée anglaise fondre sur le royaume. Il ordonM qo'elle fût reçue coiDme celle qui Tavait précédée , eapéranl qmll triompherait de mâme, sans risquer une bataiUe : mais du Guescliu n'était plus, et le n» lai-méme mourut pmi Mortde de mois i^ès, en son chAteau de Bemtt^^. Sa mort fut iM? ' ceUe d'un chrâien ^ d'un monarque longtemps éprouifé par les rigueurs de la fortune. U fit aj^er auprès de luf les prélats, les hapoois, les membres de son conseil, et leur tint , sur divers actes de sa politique , des discours touchants et pleins de sagesse : puis il demanda la cooreene d'épines du Sauveur, que Ton croj^ait alors posséder à Paris au nombre des saintes reliques ; il la fit placer haut devant lui , et pria longtemps en attachait; les yeux sur elle. Ayant ensuite fait m^tre sous ses pieds sa couronne jpérissablei cdle du sacre des rois, il dit : G couronae de « France, que tu es précieuse à la fois et vile! Prédeose^ <c comme le symbole de la justice, mais vUe^et la pteS'^le ^ des choses, si Ton considère le labeur, les angolMen, les « périls de Tàme, les peines de cour, de conscience et de ^« corps où tu Jettes ceux qui te portent. Qui reeoBttoistrott « bien toutes ces choses telaisserolt plulost gésir en te boM « qu'il ne te releveroit pour te poser sur sa teste. » Apnèt nvoir reçu rextrème^onction, le lol commanda qu'on ou- .vrit les portes à ses officiers et au peuple, et dit : « Jeseaj

* Lè^ê dm fakts et bonnes mawrs éki snge roy Charies V, par QbriilJ]iedePi0i». * )

LIYftS II. CHAYITm IV. dST

« qoe âins le goiiTememeiit de mon myaume j'id toiaé « plusieurs offenses; pour cela, je yous prie, aceorde^mof « merci, parckmoez-moi. » Il se fit alors soulever les bras^ et teodit les mains à tous au u^lieu des sasigli^ et des larmes. Il donna sa bénédiction à son fils aîné, le daupbia, 4gé de onae ans^ et, tandis qu'on lui lisait la passion du Sauveur dans l'Évangile de Saint4eatt, il expira entre les bras du seigneur de la Rivière, qu'^^airaiÉt tendrement, le Sêi^ptembre 1380, âgé de quarai^e^uatre ans. A pekie avait-il fermé les yeux, que ses proches donnèrent l'essor aux passions mauvaises qu'ils avaient contenues durant sa, vie : Talné de ses frères, et l'un des tuteurs (k son fils, l'avide et féroce duc d'Anjou, s'élança dans sa chambre, ^empara de ses joyairs, et pilla le palais. Le nouveau règne s'ouvrit scmsces sombres auspices.

Les arts et les sciences étaient .encore fort peu cultivés obsem. en France sous le r^ie de Jean et de Charles Y, tandis ^^^^l^ qu'ils commençaient à fleurir en Italie , eu s'étaiatt illus* sciences. très le Dante et Pétrarque. La noblesse, livrée tout entière aux exerdees guerriers, avait le plus profond mépris pour ceux de l'intelligence; les plus célèbres capitaines peo* vaknt à peine signer leur nom , et du Guesclin ne savait pas lire. La langue poétique était dans Tenfance ; et l'on en peut juger par le roman de la R0se , qui obtint alor» un succès immense , et que les savants entendent difficile^ ment aujourd'hui. Les chefs^l'œuvre de l'antiquité com- Biençaient pourtant à être comms : déjà l'on comptait plu* sieurs traductions de TitB^Uve , de Sailuste , et de CéÂr : rhistorieaFroissard vivait, et sa chronÂque nàlve et pit<tMresque est un des monuakents les plus précieux de rhls-» toire moderne. Charlea Y, I'ub des kommea les plus lettrés de son temps, peut être considéré eomme k liuidateur è$

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la BtbHothèqtie royale. Son père ne loi avait laissé que Tingt volâmes : il en rassembla neuf cents , nombre prodigieux poor l'époque : la plupart étaient des livres de tbéo- 4ogie, de droit canon et d'astrologie , seules scfenoes qui dissent alors étudiées.

Dès le treizième siècle, les horloges à roues ^ les besi* des Je papier, la faïence , les miroirs de cristal , étaient connus en Italie. Les villes de cette belle contrée, ainsi que celles de Flandre, possédaient dies manufactures, et s'enrichissaient par le commerce : tandis que la guerre était presque l'unique occupation des Français. L'usage de la poudre , fréquent dans les sièges , était encore dédaigné dans les batailles; les gentilshommes n'avaient garde de favoriser l'emploi de l'arme qui , en neutralisant la force individuelle, devait contribuer au nivellement des rangs.

Les études universitaires n'enseignaient que l'art de soutenir les vaines disputes de la scolastique. Attentifs a repousser tout ce qui pouvait porter atteinte à l'autorité de l'Église , les papes interdirent dans les universités Té* tude du droit civil, et n'y tolérèrent que celle du droit ca« iionique. Ils décidaient souvent encore du destin des empires : c'est ainsi qu'Urbain Y, en accordant à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, pour épouser Marguerite de Flandre, la dispense qu'il avait refusée au fils d'Edouard III , assura dans la maison de France l'héritage de ce puissant comté. Ce même pape fut encore pris pour arbitre par Charles Y et Charles le Mauvais, au sujet de leim prétentions sur la Bourgc^e, et Grégoire XL fit depuis accepter sa médiation aux rois de France et d'Angleterre. Charies Y, d'accord avec les papes contre les progrès de l'esprit d'indépendance, leur résista toutes les fois que les droits qu'ils s'arrogeaient empiétaient sur ceux qa*il

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croyait posiéder lai-mème. Ce fat lui qui le premier prit le titre de roi avant soo sacre. Il restreignit beaucoup Tétmdue des juridictions ecclésiastiques, et priva les inqui« •iteurs des aosendes imposées par eux, pour enrichir le fisc. Une des ordonnances qui honorent le plus sa mémdre ordonest celle par laquelle il arma la justice contre sa propre rojSiS. autorité, défendant au parlemoit de modifier ou de suspendre ses arrêts en vertu d*aucun ordre scellé du sceau royal. Une autre ordonn^ce, également célèbre, rendue par ce prince, et qui dans se^ résultats fut trop souvent &tale à la France, fixa la majorité des rois à quatorze ans.

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