‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 37 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Règne de Charles VI.

Les désastres des dernières guerres avaient moissonné situation la première noblesse du royaume; il ne restait plus après ^mi les défaites de Grécy et de Poitiers, parmi les grands vas- viarope. saux des maisons rivales de la maison de France , que les ducs de Bretagne et de Boulogne > en état de tenir tète au monarque ; la famille royale avait profité de rabaissement de toutes les autres. Cependant, malgré tant de coups portés à la hauto aristocratie féodale , Tesprit de la féodalité subsistait encore dans sa force , et à côté du monarque il s'éleva une aristocratie nouvelle , aussi re*

* Le duc de Bourgogne était aussi comte de Flandre.

990 MurxiBiiB' sPOQom; '

dontsAle aa tnftne : ce fut celle des princes te sang. Les nus reçorent en apanage des l^ats qne les rois ann^ot dû réunir à leurs domakies; et la plupart gooireraàmit durement les peuples c6niié»à leurs soins , ansquels^aneim lic9i national ne les unissait

Iles la fin du dernier rè^ae , des mouYements pofm^ laires avaient éclaté sur phi^urs pokito du royaume et dan& des États féodalenent soumiS' à la consonne ér France : cette agitation devint bientôt générale* Les peu*pie» souffraient , écrasés et dépouillés par de^tyirans airi* des, et de formidables insurreeticms furent étouffées dans des flots de sang. Il existait une profonde irritation entre la noblesse et les classes inférieures; mais la lutte n'était point égale : les gentilshommes savaient s'unir, se porter CD masse contre leurs ennemis isolés, et les frapper tour à tour. La barbarie et la superstition du peuple arrêtaient tousses efforts pour obtenir une destinée meilleure; et lorsqu^un coup de la fbrtune jetait momentanément le pouvoir entre ses maios^ il n'en faisait pas un meilleur usage que ses nobles oppresseurs. Tant de causes de dis* solution réunies plongèrent la France dans une anarchie effroyable, et firent du règne de Charles YI Tépoqne la plus désastreuse de notre bi^ire. Au moment où ce roi mineur montait sur le trône , T Angleterre, soumise à Richard II, supportait aussi les manx d'une minorité ;r«aar pire d'Allemagne avait pour ciief dans Yenceslas , fils de Charles lY, un prince abruti par l'intempérance ; Charles le Mauvais régnait à Navarre ; J^nne F^, meurtrie de son mari, gouvernait Naples; et deuit candidatn à la pa^ pauté, Urbain YI et Clément Yll, ébranlaient le monde chrétien en se chargeant mutuellement d'anathèmes. Tous les peuples souffraient d'affreuses erimiités, mais «i-

LITBB n^ CHA9ITB» V. ^t

ma d'effic n'en lot pkisaeeablé que le peuple français.

Gbaries Vl était âgé de onze aoset qoeiquea mo^ à hr Avéne. mox^ de soo père. Se» trois oncles paternels, les éhio» <^>^^ d'Anjou^ de Berry et de Bourgogne, et siHi'Onde maternel^ *>m. la duc dd^BcHirbon , se disputèrent sa tutelle et la rég^aee. Us;coa¥iBr«i^ d'émaneiper le jeune roi aussitôt après scnb saoï^y qui devait avoir lieu dans L'aBnée; et la régenoa demeura jusqu'à cette époque dans les naains du doe d' Ao* iMi dont le pr^Ei^er a^ete £ut de s'appr^rier le tnésor de atice n^lione amassés par le feu roi. La nataie avcût iotsé Ckaries VI d'heureuses qualités : il était bienveillant:, plei» de gvâee et d'a£fabtllté. S^s oaeles élou^eent àFenvIses heureitfies/âispositions : ils prirent à tâche de lui persuader que les triomphes les plus glorieux pour un< soii sont ceu$ fu'il remporte sur ses peuples. Une sage administration pouviût fermer les plaies du royaume : l'armée anglaise conduite m Bretagne par Budkin^m s'était dissoute, et les seîee millions laissés par Charles- Y étaient plus que suffisants pour délivrer la France dea orangers; mais le duc d'Anjou, adopté par Jeanne de Naples, et impa^nt de s'asseoir sur son trône, avait réservé ce tiésc» pour les frais d'une expéditi(m contre Charles de Duras, son compétiteur, n leva luent^ une nombreuse armée : elle périt en Italie, meisscmnée par les privations, les fatigues et les maladies , et lui-même mourut de misère dans le royaume fo^il était venu emiquérir. Avant de partir pour cette ex-» ^ péditioB, ce pHnce, enridii par le pilla^ et le vol^ avait exi^ que le peuple payât pour ses brigandages. La taxer du dousIèiBe^ denier sur lea vivres excita une émeute formi- insurrec-

tion des

dabie;lea citoyens eourueent à rhôtei de laviMe, où ils maïuotins ne trouvèrast peur armes que des maiUets de plomb, sous ksqueki périrent la plupart des coUecteurtde Fimpôt, et

303 DlCllkl» ÉPOQUE.

de là vint aux insurgés le nom de maillotins. Plasieors Tilles du royaume s'Insurgèrent à l'exemple de la capitale, et furent punies : Paris résista. Les états de la langue d'oïl se réunirent à Compiègne, et se séparèrent sans avoir rien accordé : les, Parisiens étaient toujours en armes, et les ducs, hors d'état de les soumettre, traitèrent avec eux, et se contentèrent de l'offre de cent mille livres : le chAtf • ment était ajourné.

Le duc de Berry , gouverneur du Languedoc, réduisait alors les habitants de cette province au désespdr. Une fbule de malheureux, dépouillés de toute ressource, se ca* ehèrent dans les forêts, où ils se formèrent en bandes qu'on désigna sous le nom de iuchins^ et qui furent longtempf la terreur des nobles^et des riches.

Les États du nord soumis à la couronne n'étaiait ni plus paisibles ni plus heureux. Le comte Louis de Flandre, chassé par son peuple et brAlant du désir de se venger» obtient l'appui du jeune roi son suzerain. Une armée nombreuse de chevaliers se rassemble ; Giarles VI marche à sa tète, et rencontre les Flamands auprès de Rosebecque. itatauie Le combat s'engage. Cllsson, nommé connétable, et le ^^' brave Sancerre, commandent sous lui. L'armée française rencontre auprès de Rosebecque une armée de 50,000 Flamands, commandée par Philippe d'Artevett, fils du fameux Artevelt, principal auteur de la révolte. Les Flamands occupaient une excellente position défensive; ils voulurent marcher à l'ennemi, et demandèrent à grand cris la bataille. Artevelt , contraint d'accéder à ce vœu, forma toute son armée en une seule phalange carrée ; lui-même prit sa place au milieu de ses braves Gantois; puis cette masse énorme et compacte se porta en avant, la pique basse, d'un pas égal et ferme , et sans proférer un mot L'artillerie do

iwa.

LIVAB H. CHàPITHB V. 2§|

roi ne pot rompre cette terrible phalange ; les Flamands avançaleaty disent les chroniqueurs, avec l'impétuosité des sangliers. La ligne française recula; mais l'ennemi présentait un front moins large, et fut bientôt enveloppé de toutes parts. Après le premier choc , les deux ailes de l'armée royale fondirent à la fois sur cette masse, incapable de se déployer et de se défendre; les Flamands furent refoulés sur eux-mêmes par les longues lances des chevaliers, et des milliers d'hommes périrent étouffés sans blessure : le carnage fut affreux. Philippe d'Artevelt périt dans le com* bat. Les villes de Flandre furent livrées par le vainqueur aux flammes et au pillage : Gand seul résistait encore. Gourtray,^! coupable seulement pour avoir été le théâtre d'une ancienne défaite des Français, est par l'ordre du jeune roi détruit de fond en comble, et tous ses habitants, sans distinction d'4ge ni de sexe, sont massacrés. L'armée victorieuse marche sur Paris : le moment de frapper est venu. Les Parisiens reconnaissent avec effroi que la défense est impossible ; ils sortent en armes et en habits de fête au-devant du roi et des princes , et reçoivent l'ordre de se retirer et de déposer les armes. Le jeune roi de quatorze ans entre dans la ville en vainqueur irrité ; pendant plusieurs jours il se tait ; Paris est dans l'angoisse : enfin les échafauds sont dressés, les supplices commencent, cent châtiées plus riches habitants sont exécutés; de ce nombre est Parisieiu. le vertueux avocat général Jean Desmarets, dont le crime ^m^ est d'avoir voulu concilier tous les partis. « Maistre Jean, ^jjgf- « lui disait-on en le menant au supplice, criez mercy au « roy, afin qu'il vous pardonne. » Desmarets répondit : « J'ai servi le roy Philippe son grand aïeul , le roy Jean et « le roy Charles son père, bien et loyalement; jamais ces « trois roys ne me surent que reprocher, et de mesme ce-

âf4 imv%vBmt BPO<;iiB.

« hri-«i ne ferolt, 6*ii aroit ommaissanced^oiiRiie : à Bieu « seoi je Tiras <nrier merey. > Uoe fouie d'enrtres cft<^fa» afttoo Aeat leur sentenee. Les dues alors se jettent aux i^eAs in roi, et demandent faypocrftement merci pour la yUle, en le«OBjQrant de .convertir les supplices en amendes. Ghaifes «Kance leurs vœux aipides. Lesri<^ttsses de iabonrgeohrie sent confisquées, tous les impôts sont rétablis, et P»ris perd ses franchises , avec le droit d'élire son prévôt et ses éche^ins : les soldats démolissent les portes principales, et attachent les chaînes de fer qui servent de défense à tontes les rues. Rouen, Reims, Ghàions, Troyes, Sens, Orléans, sont traités de même par descommissaires rc^aux, ^i (Hvdonnent des confiscations et des supplices. Les dues s'empaient de tout Targeot des villes, qu'ils dépensent ea furof usions , et le trésor reste vide.

La révolte de Flandre n^étaitpokit étouffée; tant 4 V liFoeités commises par les Français avaietft excité une borreor et une indignation générâtes : la ville de Gand, qui senle comptait plus de cent nrîlle âmes, donnatt T^x^mpte de Isi persévérance et du courage. Adcwmann y comm«i« 4ait ; Pierre Dubote et lui raniment les Flamands et s'allient 'avec Richard IL Une armée anglaise , commandée par révoque de Norwich, descend dans la Flandre et la pitié, saccageant les villes occupées , malgré le vœu de leurs habitants, par les garnisons françaises. Ghwles yn onrche à la rencontre des Anglais. La Flandre, vlethne de ses protecteurs et de ses ennemis , devient un tiiéfttre d'incendies et de meurtres ; riiér(H8me des Gantois sauve cette malheureuse contrée. Les deux partis, ^rgés de imtia, -désirent également ta paix. Le comte de Flandre seul, furieux contre la ville de Gand, entrave les n^oclotions; iaqoitieBt de tont délai, le duc de Berry in^^pe le comte

et le tue d'MO coup de poigoard : la mert du eonte Louis temûAe ta guara. Une tvève «st signée ea 1364, et fai FAaadce fasse auâoe ée fieui^K>gB^9 cpû^avait épousé Mar- ^^^^^, gueffiie , «liéritàèie ée oe poissant comté •: Gaod se sMimet ^^ J^ à ee piiDoe Tanaée ettivai^><et'eei»arve toatas ses frao- Ifjlfc. ehisea. ''^*-

Leshodtiltlés reeemaieneBQt, dans leeoBvsâe celte a»aée, entie la Erance et fAi^etenre. ^haskes iesvole utte armée en Ecosse sous la conduite de Jeaa de Vienne, amiral de Franœ ; eile débarque à ÉdiniiNeargyquiïComptait à peine dors ^atre cents maisons d'une apparence grossièfe. Uneaulre arméetimrdieen CastiUepours'opposer à Jean de €^d, duc de Lasiecttfere, ottcèe de Riidiavd II, et prétendant à Ja couronne deree royaume; eoAn, Gfaacles lui-même et ses onoles se diapoaMit à faire «une desoenAe «n Anglelem. DinuaeiMes préparatife sont ordonnés; on Projet de

" , descente

rasseniftile en Flandre une armée f(M*midable,'doiit vingt ^"[^^^ff^' nriHe chevaliers et aistant d'arbalétriers «ont la force prin- ^^^^* c^ale; quhize cents Taisseaux serviront au transport :ini f^, .Teuetune ville prête à recevoir l'armée à son débarquement ; OUvier de Glisson , connétable , en faitconstmire une de tpoto raîtte pas de diamètre, ûb^b les forêts de la Bretagne; elle peut être démontée , ^ forme la charge de soixantedouze vaisseauK : cetarmement prodigieux est rassemblé au port de TÉcluse. Mais le roi s'oublie au milieu des fêtes ; Il part, et les plaisirs retardent sa marche. Il ne vient au rendez-vous qu'-à la fin de novembre , et le duc de Berry se fait longtemps attendre encore. En arrivant il détourne Charles de cette expédition; le roi y renonce, licencie l'armée, et abandonne aux chefs le pillage des ap- ^^f^ pnyvisionnements. Trois millions de livres sont ainw per- i^«»*«» dus sans profit pour la nation comme pour le roi. L'armée

29S Diuxiim ipoQUi.

françalie envoyée au secoars des Écossais eontre rAngle* terre est battue ; celle qui combat en Castille n'est pas plus heureuse, et la honte est l'unique firuit de tant de projets ambitieux. Deux ans plus tard , Charles , toujours épris de la guerre, et dirigé par ses oncles , soutient le duc de Brabant, et fait pour lui, sans succès, la guerre au duc de Gueldre. Harcelée, poursuivie par les maraudeurs alleroands, son armée revient en France dans la détresse et chargée d'humiliations.

Le roi ouvre enfin les yeux. Il écoute les anciens conseillers de son père : ceux-ci, et entre autres Bureau de hi Rivière , Jean de Noviant et Jean de Montargls, lui montrent les finances au pillage, la justice méconnue, la sûreté publique sans garantie, Finstruction de la jeunesse abandonnée, les routes, les places fortes, les arsenaux périssant faute d'entretien ; partout un affeux désordre produit par la rapacité des princes et des grands ; enfin une multitude de brigands, soi-disant soldats de l'Angleterre, mattres d'un grand nombre de châteaux au cœur du royaume ; ils attribuent avec justice tant de malheurs au gouvernement des princes, et persuadent le jeune roi. Dans un grand conseil, où le cardinal de Laon Tinvite à eiercer désormais le pouvoir royal sans partage, Charles signifie à ses oncles qu'il gouvernera seul. Cette déclaration inat* tendue annonce une heureuse révolution pour le peuple ; mais , peu de jours après, un événement sinistre frappe la cour d'épouvante : le cardinal de Laon meurt empoisonné. Le duc de Bourgogne part aussitôt pour Dijon ; et le due de Berry , déjà meurtrier du comte de Flandre, se retire en Languedoc.

^rf^ Après avoir secoué le joug de ses oncles, dont un seul, 'iUî?' le duc de Bourbon, mérita quelque estime, Charles YI

Le roi

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prit de sages mesures dans rintérét da peuple. Il aurait fait plus de bien encore s'il avait eu plus de lumières et moins de goût pour les plaisirs. Bureau de la Rivière, Lemercier, sire de Noviant, le Bègue de Vilaine, tous honorablement connus sous le règne précédent, formèrent le conseil royal, que dirigea Olivier de Clisson. Bientôt une foule d'officiers, avides spoliateurs des peuples, furent destitués; et les princes, irrités, désignèrent sous le nom de marmousets les partisans du nouveau gouvernement, que la nation accueillit avec faveur et espérance.

Charles donna aussi ses soins à Textinction du grand schisme; mais aucun des deux papes ne se montrait disposé à sacrifier ses prétentions ou ses droits aux intérêts de la chrétienté ; les efforts du roi à cet égard furent impuissants. Il tourna son attention vers l'intérieur du royaume , et entreprit un voyage au midi de la France. Des fêtes l'attendaient dans toutes les villes, et les gémissements des peuples lui parvinrent au milieu de ses plaisirs licencieux. Il vit le Languedoc dévasté : l'affreuse misère de cette belle province attestait la barbarie du duc de Berry, son gouverneur. Bétizac, ministre de ses exactions, fiit arrêté par l'ordre du roi : un cri général s'élevait contre lui, cependant ses juges laïques n'osèrent le condamner; et l'on n'obtint sa sentence de mort qu'en le dénonçant à rÉglise comme hérétique. Charles destitua le duc de Berry , son oncle, et délivra ensuite la province des brigands qui l'infestaient; enfin, s'intéressant aussi aux progrès de la moralité du peuple et de l'instruction militaire, il ferma les maisons de Jeu, et ouvrit partout des tirs pour l'arc et pour Tarbalète. Ces heureux présages d'un meilleur avenir furent de courte durée. Les princes nourrissaient des projets de vengeance contre le parti qui leur avait enlevé le pouvoir,

tt9% DfiUXfiÈMffi BPOQ0I.

«t excitaient la haine de Jean âe Montfort, doodeBretagne, eontre le connétable de Clisson , chef de ee parti. GUssm arait fait épouser à«a fille le comte de Penthièvre, fils de GharleB de Blois, ancien compétltear de Mimtfort; les deux eimemis s'étaient fiait une gaerreacharaée, et Charles avait souvent ioterposé son autorité entre eux. Le duc de Bretagne y déjà coupable d'une insigne trahison à Fégaid de Qisson, fie reprochait de n'avoir pas consommé son crime en l'égorgeant, lorsqu'un de ses amis, le sire de €raon<, nat da~ ^^^ ^ ^^^^ ^^ guct-apeus au connétable, l'assassine, et te ^^^ réfugie en Bretagne, auprès de Montfort. Clisson ne mou- ^ÎSS?"' rut pas de ses blessures, et le roi, furieux, jura de le venger. Il somme le duc de livrer l'assassin : Monfort refuse , et Charles marche en Bretagne avec une armée. Il sortait du Mans à la tête de ses troupes , au mois de juillet de l'année 1392, et traversait une forêt, lorsqu'un homme en délire s'élance soudainement au-devant du roi , saisit les rônes de son cinval, et dit : O roi^ ne va pas plm avant, tu es trahi. Les gardes éloignent cet homme : le roi se tait, et continue sa mardie ; mais ces paroles l'avaient saisi. Tout à coup sa lance, que tenait un de ses pages, heurte derrière lui le casque de son écuyer; à ce bruit, o^esyi Charles tressaille; il se retourne en criant : Je suis trahi;

devient ' '

SSl P^^9 lançant son cheval au galop, il fond l'épée à la malQ sur ses officiers, et tue ceux qu'il peut atteindre. Il était fou.

Déaor- Ici commeuce la troisième et fieitale période de ee règne tectioDs. désastreux. La faction des ducs ressaisit le pouvoir ; le doc de Bourgogne surprend la signature royale, et exerce seul l'autorité ; l'armée qui marche en Bretagne est dissoute ; le conseil du roi est cassé; tous ses ministres sont poursuivis et jetés dans les cachots; le connétable prend la fuite, et

UT» it. CÊÊJ^nwn y. 199

«e reûre en Bretagne, où ilreownnienee k guerre eontre Montfort. Le parlement sert les passtmis da due de Soiir* gogne ; il bannît le connétable eomme trattre, loi Me sa charge, et le condaimie à mie amende de «nt mille mares d'argot. Tels furent les premiers faits qui ingnalèrent cette horrible époque. Bientôt d'affreases divisions édatèrenft parmi les princes.

Il n'existait aucune loi fondamentale qui pût régler J*a- VBnir de la monardiie, et décider entre tant de prétentions rivales. Le sort de l'État fiit donc abandonné atuc oncles du roi, dont l'avidité barbare était déjà trop connue ; à «a femme, la reine Isabeau de Bavière , princesse f rivdie , avare , passionnée pour les fêtes et pour les pUifiirs; enfin, au duc d'Orléans, firère du roi, exclu d'aboed du gouvernement par ses oncles ^ et qui se montra {ironq^ tement leur digne émule en des|>otisme et en rapacité. Charles était considépé comme r^nant toujours^ ofaacui cherchait tour à tour à s'emparer de lui, chacun ëpiaft «es moments lucides pour se maintenir au pouvoir Les éclairs de sa raison étaient plas funestes encore que les accès de son délire : incapable de suivre les atfaires, <m d*»veir une volonté à lui , toujours subjugué par le partt dominant, il semblait ne jouir par intervaltes de quelques lueurs de l>on sens que poar sanctionner les actes les phn iyranniques et les éibm les plus odieux ; c'cBt ainsi que le royaume de France f\A gouverné pendant vingthuit ans.

On attribua la maladie du roi anx enchantements; les princes et les grands en profitèrent pour frapper ceux qi^ils voulaient perdre. Valentine de Milan, femme du duc d'Orléans , fut elle-même aecusée de sortilège , et éloignée, sous ce prétexte, de Gludrles, dont elle avait gagné

SOO ]>EUXlàMB ÉPOQUE.

la confianee. Les Jaifli, sagement méDagés par le feu roi, offraient toujours de grandes ressources à l'État; mais, créanciers des grands et chargés de malédictions par le . clergé, ils furent chassés. Les princes firent partout fermer les tirs de l'arquebuse, et ouvrir les maisons de jeu, sa* chant bien que lorsqu'on veut tyranniser un peuple, H faut le désarmer et le corrompre.

Une trêve de vingt-huit ans avait été signée avec Richard II ; mais l'humeur inquiète et turbulente des Français leur permettait peu de goûter le repos. Sigismond , depuis empereur, et alors roi de Hongrie, avait demandé leur secours contre le redoutable Bajazet, sultan des Turcs : le comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, lui amena une nombreuse armée de chevaliers; elle fut Baut^ vaincue sous les murs de Nicopolis ; l'élite des guerriers de p^ la France périt ou fut prise dans cette journée. La seule rançon du comte de Nevers fut de deux cent mille écus , et le peuple de Bourgogne l'acquitta.

Suite da Cependant l'infortuné Charles YI attribuait son mal au iffîne. schisme qui désolait la chrétienté, et se croyait puni du État de ^^^' ^^^ ^ négligence à l'éteindre. L'inflexible Pierre de ^et d?fa ^^^^ 9 ^^ ^^^^ '^ ^^^ ^^ Benoit XIII , avait remplacé France, f antipape Clément VII. Le roi eut en vain recours aux prières et à la force pour le contraindre à consentir, ainirî que le pape légitimement élu , Boniface IX , à une cession mutuelle. L'obstiné Pierre de Luna résista aux soldats qui l'assiégeaient dans son palais d'Avignon , comme il avait résisté aux vœux du roi, de la Sorbonne et du clergé. Les principaux États de l'Europe étaient alors en proie à Tanarchie ou aux guerres civiles ; et les chefe inhabiles qui gouvernaient la France ne surent pas même profiter de cette circonstance favorable pour maintenir là paix, si né-

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