‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 38 sur 90 · LIVRE lu CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE lu CHAPITRE Y

cessaire au royaume. Les princes allemands avaient déposé Venceslas dans la diète de 1400, et lui avaient donné pour successeur à l*empire Robert, auquel ils n'obéissaient pas mieux ; l'Angleterre consommait une révolution en brisant le pouvoir absolu de Richard II : déposé par le parlement, ce monarque était mort assassiné : Hereford, duc de Lancastre, cousin de Richard, et proscrit par lui, régnait en sa place sous le nom de Henri IV, et luttait contre des rébellions sans cesse renaissantes. Le conseil du roi de France avait intérêt à le ménager; mais le duc d'Orléans, dont l'influence croissait chaque jour, prend à tâche d'excKer sa colère par des affronts sanglants : il rompt la trèye, et après la mort du duc de Bourgogne, survenue en 1401, il exerce un pouvoir absolu. Il décrète aussitôt une taxe énorme, dont il partage le produit avec la reine. La misère du peuple devient intolérable; le droit de prise s'exerce impitoyablement sur les chaumières , sur les hôpitaux même ; les pauvres , les malades, sont vio* lemment dépouillés par les officiers des grands : ce droit est enfin suspendu pour quatre ans par ceux qui en ont le plus abusé. Les princes dissipent l'argent du trésor eu fêtes et en orgies, tandis que ce malheureux roi, abandonné de tous, privé de soins, dévoré par la vermine et souvent par la faim, comprend seul tous les maux de son peuple, parce qu'il les partage, et compatit à des souffrances qu'il n'est plus en son pouvoir d'adoucir.

Le duc d'Orléans rencontre bientôt un rival redoutable RWauté

des doc»

dans le nouveau duc de Bourgogne , Jean sans Peur, qui ^'^^f^ arrivait de Flandre à la tête d'une armée. A son approche, g^^^; la reine et le duc d'Orléans se retirent a Melun : Bourgogne enlève les enfants de France, et les garde à Paris, où il flatte le peuple, et lui permet de prendre les armes.

6^ DBDXIÈKB ÉPOQUE.

Son rival s'appuie snr les partisans da pouvoir absohi. L'un et l'autre rassemblent des troupes ; la guerre ciirite ^t sur le point d'éclater. Les autres princes mainlientteflt pourtant la paix. Bourgogne et d'Orléans se réconcilient, s'embrassent, et communient ensemble. Tout à coup d'Or*

i^»jM^- léans meurt assassiné , dans Paris , par une troupe de si-

**"iéan2'" caires : la terreur règne au conseil , d'où Bourgogne est "®^- tdiassé; il se retire dans ses États, puis il revient suivi d'une armée , et se proclame hautement le m«irtrier de son ennemi. Déjà son forfait semble oublié ; la toucbantc Yalentine de Milan demande seule vengeance, et est obligée de fuir ; Jean sans Peur est maître à Paris, et il choisît Jean Petit, fameux docteur en Sorbonne, pour faire devant tonte la cour fàpologie de son crime. Jean Petit soutint publiquement que le duc d'Orléans fut un despote, et que c'est un devoir de tuer les tyrans.* Le meurtrier ne consentit qu^un an plus tard à demander le pardon du roi et des jeunes princes d'Orléans : la paix fut jurée entre eux à Chartres , et la mauvaise foi des signataires lui fit donner le

foS^e. °^"^ ^® P^^ fourrée. Cette année vit-Gènes se soulever **^' contre les Français, à qui elle s'était offerte; ils furent chassés d'Italie.

Tout-puissant alors , le duc de Bourgogne signale son autorité par le supplice de Montaigu, aimé du roi et grand mahre de sa maison. L'heureuse fortune de Montaigu et son ancienne liaison avec d'Orléans l'avaient rendu coupable aux yeux de Jean sans Peur. Accusé de sorcellerie et de maléfices , il avoue tout dans les tortures : il est décapité ; les princes se partagent ses dépouilles, et ils s'unissent

Guerre contre Bourgoguc. L'ainé des enfants dX)riéans ^use une

civile. *-- V *

Arm-^ fitle du comte d Armagnac , qui entre] dans la ligue, dont ^Sa^' il devient l'âme et le bras. Uiie armée de fiéroces Gasecms

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iBaréhe sons ses ordres , et menace Paris , où Jean sans Pe«r earesse la plus vile populace. Il s'appuie du nom du roi, qu'il tient en «a puissance, fait proscrire tous 1^ princes par le conseil, et arme dans la capitale un corps 'âMUte de cinq cents garçons bouchers ou écorcbeurs, qui 4e lean Caboche, leur chef, prirent le nom de cabochiens. Vue guerre effroyable commence entre le parti d'Armagnac et celui de Bourgogne ; l'un et l'autre appellent les Anglais, et leur rendent la France. Les Armagnacs pillent et ravagent avec une cruauté inouïe les environs de Paris, tandis que les cabochiens f(mt trembler la capitale qu'ils défendent. Ckmvoqués dans cette anarchie, les états généraux sont muets, sans courage et sans force : l'université fait d*înutiles remontrances ; les bouchers font la loi : ils piHent , emprisonnent , égorgent impunément au gré de leurs sauvages fureurs, et trouvent des juges pour condamner leurs victimes. Ils assiègent le duc de Guienne, dauphin , dans son hôtel, où le chirurgien Jean de Troyes Taccable de reproches ; les favoris du prince sont massacrés. Le roi, toujours esclave du parti qui domine auprès de lui, approuve et sanctionne tous ces excès, qui épouvantent Bourgogne lui-ménK. Enfin, lassée de tant d'atrodtés, la bourgeoisie prend les armes, et secoue le joug des écorcbeurs; le dauphin est délivré par elle. Bourgogne s'éloigne, et le pouvoir passe aux Armagnacs. Les princes rentrent dans Paris, et le roi Charles prend l'oriflamme pour combattre Jean sans Peur, dont il atait naguère été l'instrument. Son armée est victorieme; Bourgogne se tsoamet , et le traité d'Arras suspend la guerre, mais non les suf^lices «t les lavages*

Henri T, roi d'Angleterre, juge le moment propice pour nvasion fondre sur la France , et il débarque en Normandie avec AogtL.

une armée* Charles YI rassemble des forces trcûs fois pins

Batauie Dombreuses, et ses généraux perdent la bataille d'Azin-

coort." court, où périrent huit mille gentilshommes français : les

ducs d'Orléans et de Bourbon sont faits prisonniers, et le

parti d'Armagnac , auquel appartiennent ces princes, est

Suite de écrasé. La guerre civile se réveille plus terrible. Le comte

la guerre

civile. d'Armagnac, nommé connétable, ne règne à Paris que par la terreur ; il fait noyer une multitude de Bourguignons dans la Seine, où il défend aux Parisiens de se baigner, pour qu'elle garde le secret de ses meurtres. La reine Isabeau de Bavière pouvait seule balancer l'autorité de d'Armagnac; celui-ci la fait exiler à Tours par Charles, troiisième dauphin, président du conseil au nom du roi. Bourgogne enlève la reine à ses gardiens, et elle se réconcilie avec lui. Peu de temps après, un bourgeois de Paris, nommé Périnet le Clerc , livre une des portes de la capitale à risle-Adaro, officier de Jean sans Peur. Les Bourguignons rentrent dans la ville, d*où Tanneguy-Duchàtel en- Massacre lève le dauphin : la populace se soulève de nouveau, sous mlgnacs. la condulte du bourreau Capeluche : elle se saisit du comte

d'Armagnac et de ses partisans, et les entasse dans les prisons ; ils sont massacrés avec lui, et dix-huit mille Armagnacs périssent égorgés dans les rues. Bourgogne ramène la reine dans la capitale, dont la détresse devient affreuse : les Armagnacs sont maîtres du cours de la Seine au-dessus de la ville, et les Anglais le sont au-dessous; la famine et la peste déciment les Parisiens. Progrès Henri V poursuivait ses ravages au cœur du royaume : Angbiis il avait conquis la Normandie tout entière ; Bouen méme^

dans le ^ «i /

royaume, malgré la valeur de ses habitants, soutenus par 1 héroïque Alain Blanchard, était tombé en son pouvoir. Les princes comprennent enfin la nécessité de s'entendre , et Jean sans

LIVBB II. CRIPITBB V. SOS

Pear conjure le dauphio de s'unir à lai. Le jeune prince lui désigne un rendez-yous au pont de Montereau : Jean sans Peur s'y présente, et Tanneguy-Duchàtel , premier officier du dauphin, frappe le duc de sa hache d'armes, et l'assassine sous les yeux du prince, qui fait poursuivre à ^^f^ outrance tous les Bourguignons présents au rendez-vous. ^^^!^ Ce meurtre rend la paix impossible. Piylippe le Bon, non- '^*^' veau duc de Bourgogne, offre, pour venger son père, la couronne à Henri V, et la reine donne sa fille Catherine en mariage à ce roi. La cérémonie nuptiale se célèbre à ♦ Troyes, où Henri V et Charles VI signent, le 21 nMi'ï|^ttp^ 1420 , le fameux traité par lequel la couronne de France, ***^ à la mort de Charles, était dévolue à perpétuité à Henri et à ses descendants. L'administration du royaume devait, pendant la maladie du roi, être confiée à Henri Y, qui Jurait de maintenir la juridiction du parlement, ainsi que les droits des pairs, des nobles , des cités, villes et communautés de France, et de gouverner chaque royaume se* Ion ses lois et ses usages. Ce traité fut accueilli avec faveur par les Parisiens, et solennellement approuvé par les états généraux, convoqués dans la capitale et présidés par le roi. Mais Henri Y prit à tâche de détruire le nouveau peuple qu'il devait gouverner; et ce fut lui qui par ses cruautés rendit au dauphin le cœur des Français. Ce jeune prince, âgé de seize ans, fut condamné par le parlement pour homicide sur la personne du duc de Bourgogne, et déclaré déchu de ses droits au tr6ne.Il erra longtemps dans les provinces du sud, fuyant devant les armes anglaises, sur lesquelles ses généraux remportèrent à Bau- ^^^<^^^ gé, en mai 1421, une glorieuse mais inutile victoire. La g|j* * mort subite de Henri V, en 1422, prépara pour le dau- j^i««^j. phin de nouvelles destinées. Charles VI mourut peu de yi'StZ

Henri^v. tsmpsBpfès; fl tvait oecQpé le trône qnarante-dens bbs '. Avec ce règne déptorfibie finirent les scandales da grand adûsoie d'Ocddent. Innocent VU, pois GvégoiK Xli, avaimit «accédé en Italie à Bonifftoe IX. L'antipape Benoit XM vivait encore, et la France demeuraitneHtreentre lui et son rival, lorsque les cardinaux des deux cours se réwiirent d'un commun accord, et convoquèrent, en 1409, te coDdie de Pise, qui déposa Grégoire et Benoit , en produnaiit Alexandre Y : Alexandre mourut, et lut remplacé par Jean XXIU. Enfin, l'empereur Sigîsmond convoqua,

StrS^t ^^ ^***» *® fiimeux concile de Constance, où assistèrent •

**teS^" avec hii plusieurs princes <te l'Empire, vingt-sept ambas- ^?aîd sadeurs de souverains, et un grand nombre de prélats et dc!?5? de doctews. La supériorité des conciles généraux ««ries

1400M4M. papes y fut établie par un décret ; Jean XXIII, convaincu déprimes énorn^s , fut déposé; et l'assemblée , en choiâssant Martin V pour lui succéder, le considéra seul comme pape légitime. Grégoire XII avait abdiqué; l'opiniâtre Benott XIII lutta ji»qu'à la mort, retrancbé en Espagne dans sa forteresse de Peniscole.

Le concile de Constance condpimna la doctrine criminelle professée par Jean Petit, l'apologiste du crime de Jean sans Peur , tenta de réparer le tort immcMC que le «diisme avait fait à la religion catholique ; mais l'esprit de doute et d*examen perçait de toutes parts. Déjà Jean Wydiffe avait prêché une réforme hardie en Angl^^rre, et ses disciples, nommés Lollards, se multipliaient chaque jour; Jean Huss et Jérôme de Prague , autres réformateurs HK^s entreprenants que Wycliffe , fixèrent l'attention de

» Pour l'état de la France à la mort de Cliarles VI , voyez carte ■• 11.

fÀUtnague, Le omeièe âe€oiiitaiioe les fit iirtier, malgré - 4e«liilfoDBchitt qoB ie premier «yait reçu de remperenr : liient-étoiiffer leur iiérMe par lear Bapplk^ ; il setrem^ ^pfttt : lesprlaoipeB établis fàr des homMesne menrent pas ttvec en ; la Tidenee .et la trsAâsoD n eogeBâreot qn'iodlgoitton , Imiae et révolte. Bientôt la guerve des Husiites léâala, €t ftit le signe précurseur de riacendie qui dans le «lèele «uivant devait cbangor la liice du monde ehrétien.

Aucune époque ne fàt plus stérile en grands cnracilères Hommes et plus féconde en scélérats que le règne de Charles Vf. f^j^ Qoelfipios hemmes cependant y acquirent en France une |^j^ f^totion digne d*étre transmue avec honneur à la posté» bi!!^ iMé : ce furent le ohmicelier de i^aniversilé, Jean Gerson, ^"^ qoî «e distingua «ntre tous p«r son zèle ardent et déshité- Miié pour i'extin<^n du schisme, et à qui Ton attribua 4e^Myre aAœirable de VlmiÉation; Tavocat général Jean Desmarets, qui fut traîné à Téchafoud comme complice des séditions auxquelles il avait au contraire opposé Tautorité de sa vertu ; le magistrat Juvénal des Ursins , père de l'historien de ce nom, intrépide à braver la fureur des grands en réprimant leurs violences criminelles; et le grand citoyen Alain Blanchard, qui s'immortalisa dans la défense de Bouen, et paya de sa tête son dévouement à la France et à son roi. La nation à cette époque ne s'honora d'aucune invention utile; mais l'on vit naître, au milieu des flots de sang, les jeux de cartes et les farces dramatiques des confrères de la Passion et des clercs de la basoche.

Le sombre tableau des crimes et des malheurs de la considérations France durant cent cinquante ans, depuis la mort de saint morales.

Louis jusqu'à celle de Charles YI; remplit i'àme d'horreur

tes DlUXlàHB SPOQI».

et d'épouvante : e'est néanmeiiis un speetacle féeond en graves enseignements, qne celui des calamités effroyables que tant de violences ont attirées sur leurs auteurs, quels qu'ils fussent, monarques, princes et seigneurs, bourgeois et paysans. La cruauté, les fraudes, le despotisme brutal de quelques-uns des successeurs de saint Louis, suscitent des guerres qui désolent leur r^e et leur vie ; les grands, assassins et assassinés, expicunt par leur propre sang celui qu'ils (mt versé; enfin, les violences de la bourgeoisie lorsqu'elle devient puissante, le refus de tout sacrifice personnel, et les horribles excès des paysans ou des Jacques^ déshonorent et ruinent pour longtemps la cause populaire* Des siècles de malheur enseignèrent à la nation ce que nous ne devons jamais oublier : ils lui apprirent qu'un peuple ne peut jouir en paix des avantages d'une nation grande , forte et libre , que lorsqu'il sait comprendre ceux de l'union, de l'obéissance aux lois, et du sacrifice de l'in* térét particulier à l'intérêt général^ à la patrie.

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