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CHAPITRE PREMIER

Règne de Charles VIL 1422 — 1461.

Les rois de France, en avenant plus absolus, avalent perdu, par l'abus du pouvoir, ce qui avait fait en grande partie leur fortune depuis Louis le Gros jusqu'àsaint Louis. Le peuple, écrasé de taxes arbitrairement établies, pillé par les soldats mercenaires , opprimé par tes nobles qui composaient la force principale des armées, cessait de regarder la cause de ses souverains comme la sienne, et leur retirait sa confiance et son amour. Cette désaffection des peuples se manifesta par de nombreuses révoltes, et contribua puissamment au rapide succès des étrangers au cœur du royaume. Les fléaux qui frappèrent la France pendant cent cinquante ans et ébranlèrent la monarcbie ne furent suspendus que dans le cours des dernières années du règne

de Charles Y; nous les avons vus reparaître pins terribles durant le long règ;ne de son malheureux fils : à la fin de cette dernière époque la monarchie n'existait que de nom^ et le royaume semblât toucher à une dissolution générale. Dieu réservait cependant un plus glorieux avenir à la France.

Un pouvoir central, énergique et puissant, était seul capable de porter les derniers coups èr la féodalité armée^ de maintenir en corps de nation, d'une manière durable, tant de peuples d'origine diverse qui conposMcnt idovs le royaume, et d'unir à la couronne les États qui, entre le Bhin, les Pyrénées et l'Océan , en étaient encore séparés. Les Anglais contribuèrent eux-mêmes à rétablir la fortune de la France. L'oppression intolérable qu'ils firent peser sur les vaincus , la baH>arie de leur gouvernement exterminateur, rallia contre eux tous les (^primés^ unit ceuxci par le poids d'un malheur commun, créa en eux un sentiment national , et fit que les peuples se tournèrent de nouveau avec espérance vers le prince proscrit par leurs tynms, et qui seul pouvait les soustraire à un joug ediem: : ee prince était Charleis VU. Depuis son avàiemeni au tréae jusqu'à TextinctioQ totale de la grande fiéodayté, pen&mt un siècle, les destinées^ du pouvoir royal semUèrent de nouveau intimemait liées avec celleade la ni^on, et il ae cessa p<^t de grandir commeelle en puissance.

Un avei^le hasm'd ne préside point aux destinées do mmde. L'histoire, qui boqs. a SK^ntré les progrès, bien lants B e^ voai, mai&réels de l'himiai^ vers un oïdiete cheses meilleur , cmistate snifisamment uae action provi^ dentieUe , au mdMeu des innombrables cdamités suseitées fax nos passions et nos vioes. Cette œtion de la b<mté di^ vine devient soiaible lorsqu'elle anure le triomphe d'une

LIYAE ni. CMJkJfVimà I. Slt

cause en apparence désespérée, et qae les moyens qu'eUe emploie poar atteindre ce but semblent le plus dépourvus de puissance et de force : tel est le signe principal au^el il faut reconnaître Tappui que Dieu daigna prêter à la France, après la signature du fatal traité deTroyes. Du côté des étrangers, on avait vu naguère un monarque victorieux, dans la force de Tâge, maître des deux tiers du royaume, fort de l'assentiment des états généraux et de son étroite union avec le roi et la reine de France* Mainte** nant Henri Y n'était plus; mais on comptait encore dans le parti anglais la plupart des princes français et les grands feudataires de la couronne, la capitale, et ui^e armée nombreuse et bien organisée. De l'autre côté on voyait une noblesse turbulente, des capitaines indisciplinés, des bandes d'aventuriers féroces qui eberchaient bien moins à sauver le royaume qu'à s'en partager les dépouilles ; enfin un jeune prince de dix-buit ans, sans force d'esprit et de caractère, entaché du soupçon d'un grand crime, flétri par un arrêt du parlement, abandonné de son père et de sa mère, et ne régnant que de nom sur quelques provinces en proie à l'anarchie. Mais le salut et la destinée de la France étaient attachés au triomphe de sa cause , et Dieu l'assura en peu d'années, contre toute prévision humaine. Catherine de Valois , fille de Charles YI et femme de Benri Y, avait mis au monde un fils, qui succéda à son père en 1422, sous le nom de Henri YI; il avait alors à peine un an^ et fut salué comme roi de France et d'Angleterre. Le duc de Bedford, frère aîné de Henri Y, gouverna le royaume au nom de son neveu , et sut s'attacher les deux plus grands feudatedres de la couronne, Jean YI, duc de Bretagne, et Philippe le Boa, duc de Bourgogne : celuiv d, pour venger plus sûrement sop père assassiné, donna

)13 BBUXIÈMB BPOQOS.

sa sœur au dae de Bedforâ, et fat longtemps le plus ferme soutien des Anglais en France.

Situation Le dauphin Charles, Agé de dix-neuf ans , avait pris, les VII.' aussitôt après la mort-de son père, le titre de roi , et résidait à Bourges avec la reine Marie d'Anjou , sa femme. Les Armagnacs , dirigés par Tanneguy Buchàtel , considéraient alors Charles YII comme leur chef; et le peuple, dont la mémoire était encore frappée des effroyables excès de ce parti , hésita d'abord à se prononcer en faveur du jeune prince , que ses ennemis désignaient avec mépris sous le nom de roi de Bourges. Les soldats de l'armée de Charles étalent pour la plupart étrangers, comme ceux de Henri YI : son armée se composait d'Écossais et de féroces Armagnacs ou Gascons , longtemps sujets de l'Angleterre ; son connétable même , le comte de Buchan , était un Écossais ; et le roi, entouré de ces hommes farouches, parut prendre pendant longtemps aussi peu d'intérêt que le peuple au succès de sa propre cause.

Batauies La bataille de Crevant-sur- Yonne , perdue par ses trouvante- pes, et celle de Yemeull, plus désastreuse encore, et où et df périt le connétable , firent sentir à Charles YII la nécessité

Vernieatl. *

t4>s-iMi. d'acquérir à tout prix de puissants soutiens. Il jeta les yeux sur le fameux Eichcmont , frère du duc de Bretagne, et lui offrit l'épée de connétable. Richemont n'accepta que sous la condition que les Armagnacs seraient chassés de la cour, et que Charles éloignerait de sa personne les assassins de Jean sans Peur. Tanneguy-Buchàtel , le plus puissant et le plus coupable , s'éloigna le premier, et hâta, par son exil volontaire, l'utile rapprochement de Richemont et du roi. Délivré de la faction qui le tenait en tutelle, Charles cessa d'être regardé comme Tinstrument d'un parti odieux, et parut régner lui-même; mais il s'écoula

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des années encore avant qu'il fût roi en effet , et digne du dévouement de son peuple. Sans caractère et sans volonté, anctère incapable d'aucune occupation sérieuse, indolent et vo- violences luptueux , il fut le jouet et Fesclave de ses favoris ou de ^^^^ tous ceux qui obtinrent de l'ascendant sur son esprit, et ^^^^ il les oubliait aussitôt que le hasard ou la violence le séparait d'eux. Il reçut tour à tour deux favoris de la main du connétable, les sires de Giac et de Beaulieu : il leur accorda successivement une aveugle et folle confiance, et les vit sans colère, l'un après l'autre, assassinés par ce même Eichemont qui les avait placés auprès de lui, et à qui leur crédit faisdt ombrage. Eichemont avait donné un troisième favori au roi, le sire de la Trémouille; mais celui-ci prévint le sort de ses prédécesseurs en provoquant la disgrâce du connétable ^ et Charles vit avec indifférence sa cour et sa noblesse partagées entre les deux rivaux. Il languissait alors à Xlhinon dans la mollesse et les plaisirs, tandis que son parti s'affaiblissait chaque Jour et que la discorde était dans son camp. Déjà les Anglais menaçaient Orléans, la plus importante des villes qui lui demeuraient fidèles : ils s'étaient emparés de la tête du pont et des ouvrages extérieurs, malgré la bravoure de Dunois, bâtard d'Orléans; enfin la défaite des Français et des Écossais à là journée des Harengs ' semblait assurer la chute com- •loumée plète de cette ville, et porter le coup mortel à la cause de ""[^T* Charles.

A mesure que les Anglais obtenaient de nouveaux triomphes, leur joug devenait plus intolérable , et développait

' Cette journée reçut son nom (Tun convoi de poisson salé amené par les Anglais à ceux qui assiégeaient Orléans. L'artillerie française 1)risa les tonneaux où ce poisson était contenu , et le champ de bataille fut couTert de harengs.

114 jifmmkMM bmqi».

dans le rc^nme un sentiment national eapabte é'^érer ées ^odiges , s'il éMt mis en action par i*espoir et ït^etm^ fiance : Tenthousianne religiaix s'y mèUtit dans le eoewr des Français^ qni, voyant dans leurs manx les châtiBMtlB d'un Diea vaigeur, attendaient de la Divinité seule le terme de lenrs souffrances.

Tels étaient en 1429 les sentimenis de la niasse de la Vocation natîMi, lorsqa'unejeune fille de Vingt a««, nommée Jeanne jpanne d'Arc, née de pauvres parents, au village de Demremy, Hi9. sur la frontière de Lorraine , aoBcmça qu'elle avait reçu de Dieu mission de faire lever le siège d'Orléans, et de con« duire le roi à Reims pour son sacre. Elle était belle, douée d'une àme noble et pure, et joignait beaneoup de raumi et d'bumiUté à une ^*a»de ferveur religieuse. Elle assura que des voix intérieures loi avaient révélé la volonté céleste, et demanda à être ccmduite à Cbi&ou auprès de Charles VII. Amenée en sa présence, elle le distingua, ^t-on, sur4e^hamp entre toussesecHirtisans, et, s'agenmiillant devant lui , elle lui répéta Tordre qu'elle affirmait avoir reçu du ciel. Charles, qu'elle nommsit encore dauj^bin, la fit examiner par des prélats et des matrones, pour s'assurer de la vérité dé son inspiration; et sur leur rapport, ajoutant fol à sa parole , il lui fit donner une armure corn*piète , et renvoya jotodie ses troupes à Blois. Le bruit se répand auasitèt dans 1^ deux armées qu'un être doué d'ow puissance surnaturelle va combattre pour Charles YII ; et tandis ^ne le» Français voient l'intervention divine dans ce prodige, les Anglais, frappés de terreur, n'y veulent reconnaître que l'influence du démon.

Orléans Jeanne conduit l'armée à Orléans , et la première , un

uélkvre *■

jeïïîne étendard à la main , elle attaque les ennemis. Ils combat- **hm; tent en tremblant, et reculent devant cUc ; le siège est levé,

LIVBB iU* CHA9ITBB I. 31$

et la France est délivrée 4es éteaagers au sud de la Loire. De» lors Jeanne, sons le nom de la Pucelle d'Orléans^ devient bieiQtôt céi^re dans tout le royaume; la France se réveille, Tentàousiasme gagne tous les coeurs, lœe foule de soldat» accourent jkius les drapeaux de Charles, et Bedf<Nrd voit ses Anglais saisis d'épouvante. La victoire de Patay, où le célèbre Talbot est pris , ajoute à la renommée de Jeanne, qui anrache le monarque à son indolence d: Fentraioe à Reims pour la cérémoaie du sacre. Troyes ferme ses portes à Tarrnée, et le conseil de guerre veut en lever le siège ; mais Jeanne s'y présente : ses voix inté* rieares, dit<elle, lui ont assuré que sous deux jours la ville sera rendue. L'événement suit la prédiction , et le second jour Troyes est livrée aux Français'. Bs marchent sur Beims, et les chefs ennemis ea sortent sai^ avoir corn» battu. Charles entre dans la ville, où il est sacré le lende- sacre de main par racchevéque, en présence de trois princes du yii. sang. La Pucelle se tmt proche du rai et du maltre«autel pendant la cérémonie , debout et son étendard à la main : sa mission était accomplie.

Après le sacre, Jeanne embrassa les genoux du monarque, et lui dit : « Gentil roy, maintenant est exécuté le <c plaisir de Dieu , qui vouloitque vous vinssiez à Rheims ft recevoir votre digne sacre, en montrant que vous estes «t vrai roy, et celui auquel le royaume doit appartenir. « J'ai accompli ce qui m'a esté commandé, qui estoit de « faire lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le roy. Je « v<mârots bien qu'il me flst ramener auprès mes père et « mèfe , à garder leurs brebte et bétail. » Ces vœux çl^aplea et t<)U€^aBts ne furent point exaucés : les. capitaines de

' ChroniqQe oè U Paceller

816 DSUXIÈM£ SPOQUfi.

Charles avaient reconnu dans Jeanne leur plus puissant auxiliaire 9 et la supplièrent de rester avec eux. Elle y consentit à regret, et montra depuis le même courage dans les combats, mais non plus la même confiance en ellemême : elle fut blessée au siège de Paris , et enfin prise en défendant héroïquement Gompiègne. Sa captivité excita chez les Anglais les transports d'une joie barbare. L'Infortûnée fut enfermée dans les cachots de Rouen , et Tévêque de Beauvals instruisit son procès. En répondant aux inquisiteurs, qui cherchaient à la convaincre d'hérésie, elle déploya une force d'âme et un bon sens admirables : ce fut à Dieu qu'elle attribua tous ses succès. Uévêque lui demandant si elle était en état de grâce , Jeanne dit : « SI je n'y suis , Dieu m'y veuille mettre I si j'y suis , Dieu m'y veuille tenir I » Interrogée sur ses actes et ses paroles dans les batailles ^ elle répondit : « Je disols : Entrez hardiment parmi les Anglois ; et j'y entrois moi-mesme. » Dieu hait-il les Anglois? demanda i'évèque. « De l'amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglois, dit-elle , je ne sais rien; mais je sais qu'ils seront mis hors de France, excq^té ceux qui y mourront » — Son espoir était-il fondé en son étendard ou en elle-même? — « Il estoit fondé en Notre-Seigneur, et non ailleurs. » — Enfin, pourquoi fitelle porter son étendard en face du roi à Reims? — « Il avoit été à la peine, dit-elle; c'estoit bien raison qu^il fnst à rhonneur. »

Tant de droiture et de bon sens ne touchèrent point ses juges : ils avaient déclaré que Dieu ne pouvait vouloir le triomphe de Charles Vil ; d'après cela , le démon seul , à leurs yeux , avait inspiré Jeanne. Elle fut condamnée à être brûlée vive, et exécutée à Rouen. Sa douceur, sa pureté virginale, sa piété fervente, ne se démentirent pas on

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moment dans sa craelle épreuve; elle mourut, les yeux Mort de fixés sur uu crucifix, protestant de son innocence , et arra- <j*Arc. chant des larmes à toute la ville , témoin de son supplice.

Charles apprit sa 0U)rt avec indifférence : il ne fit rien pour la prévenir ou la venger, et attendit vingt-cinq ans avant d'ordonner que la mémoire de l'héroïne f&t réhabilitée : il était retombé dans sa coupable indolence. Son favori, la Trémouille, l'avait arraché aux travaux de la guerre ; et, pour conserver sur lui son ascendant, il le retenait au château de Chinon par l'attrait des fêtes et des plaisirs. Charles, entouré de ses maîtresses, manquait de nouveau à sa fortune, tandis que ses capitaines combattaient isolément en chefs de partisans, ne recevaient de lui ni ordre, ni paye, ni secours, et soumettaient le pays où ils dominaient à d'effroyables exactions. Les Anglais cependant étaient encore plus odieux au peuple : en vain Bedford, pour contenir la capitale, appelait dans ses murs le Jeune roi Henri VI, et l'y faisait sacrer; en vain il déposait lui-même le titre de régent pour en revêtir un prince français, le duc de Bourgogne : les Anglais et leurs alliés les Bourguignons étaient également détestés , et on s'insurgeait de toutes parts.

Le plus habile des capitaines de Charles, le connétable Bichemont, tombé dans sa disgrâce , s'indigne enfin de sa conduite frivole, et, déjà meurtrier de deux favoris du roi, il se décide à frapper Clément le troisième, attribuant avec raison la faiblesse de Charies à la funeste influence de la Tréroouille. Un gentilhomme accepte cette 'mission sanglante : il surprend la Trémouille au lit, le blesse, l'enlève; et le connétable, maître de son ennemi, le retient captif. Charles l'approuve, et lui rend ses bonnes grâces; Bichemont commandera l'armée. Vers le même

Sfi D«CrXlàli£ BFOQCI.

temps, en 1435, moitrut Bedfcnrd, faem-fràpe au doe de Boui'gi^e , et sa mort romp^ les Ii«i8 âe«e doo avee l'Angleterre. Il vérifia enfiti ses loegs vessentiineiits à Tinté* Bêt de la France , en se rapprockaot de Châties par le traité Jl^ ^'^^^^' I^ Français lurent nnis; le maintieii de la do-

*^' minatkm anglaise devenait impossible : Paris ouvrit scf portes au roi , et Mentôt il ne reste plus aux Anglais que la Mormandie «t la ôoyemie.

^chfri4^ Un diangement extraordinaire et oompteit s*était alors

^''' opéré dans Tàffie de Charles VU; et l'honneur en fut en partie attribué à sa inattresse Agnès Socei. Une volonté pkine ^'énergie avait pris la plaee de son inddente iadif- ^lérence ; sa frivolité se transforma en prudence et en sag^se, eit ses goûts voluptueux n'e^cduaient f^us une active persévérance dans les travaux guerriers et politic^es. Les Français, depuis l'union de Charles avec le dvtc de Boiir* gogne, commençaient à jouir de cpi^ciue repos; niaia alors> comme au temps de Charles Y, à la suite de longues guerres civiles, des compagnies demenôenaires, sa^^ solde et sans emploi, in^esrtaient le royaaoie. Les capitaines de Charles VU , et parmi eux les célèbres la Bire et Xain* trailles, longtemps habitués à guerroyer pûur leur compte et sans discipline, continuaient, au mépris du traité d'Arras , à piller la Bourgogne , et se faisaient une gloire du nom à'écorcheursy que la l^ine du peuple leur avait donné. Qiarles réprima leurs désordres, et, dans les états généraux tasus à Orléans, il fit adopter une sage mesure, qui contribua puissamment à la |»iix intérieure et à l'affermissement de Tautorilé royale : il demanda et obtint Organisa- uuo taille de 1 ,200,000 livres pour solde d'une armée per-

tioQ d'une tir tr

^ra^. manente. Cette taille était destinée à rentretien de quinze mS^' oents gendarmes ; chacun d'eux devait étoe suivi de cinq

bomme» à eheyal, dont nâ pa^, wà cootdier et trois arehera. Le roi les di^m de^is en quiBze compagoles d'or* . doBiuuEiCey qjtt'ii diMémiiia dams^ toutes les places du royauDoe : oeUes^ei farent chargées de l'entretien de kur garnison ; la ps^e pour eliafiie homme d'armes, pour lui ' et pour sa suite, fat de 15 livres par mois. Charles cornpléta l'oi^aisaticMi de Tarmée permanente , en obligeant ^Aq«e paroisse à fournir un arefaer , choisi par elle entre les meilleurs tireurs d'are , et à qui son élection conférait divers privilèges. Ce renoQTetlement du système militaire eut d'inmienses résultats : le roi dbKïnl ainsi une armée toujours nombreuse, et toujours prête à se porter en masse fMoe tous les points menacés par la révolte ou la guerre. Il y fit entrer l'élite de ses capitaines et de ses soldats d aventmre : la terreur conlint ceux qui ne purent y être admis. C'est aux états de 1439 qu'il faut attribuer en partie le mérite de cette eréatloa. Charles évita depuis de les convoquer, et rendit perpétuelle, soui leor n«n, la taille Tajne qu'il ava^ obtenue, et qu'il augmei^ de 600,a00 livres. tuX.

Les crimes de toute espèce s'étaient multipliés d'une manière effrayante : le ro* donna au prév6t de Paris, Robert d'Ëstouteville, plein pouvoir déjuger et de condamner toute persmme convaincue d'un crime quelconque. Les parlements, dont les droits étaient méconnus, gardèrent le silence : toute liberté fut étouffée , et le royaume livré à un pouvoir despotique. Le peuple avait trop souffert de la licence; il sortait d'une horrible anarchie, et sentait le besoin d'une autorité centrale et vigoureuse. Le commerce renaquit, l'i^rieulture devint florissante, et le roi fut salué comme le restauri^ur de l'ordre. Quelques capitaines mécontents , soutenus par des princes du sang et par le dauphin Louis, avaient seuls tenté de résister à Charles :

S20 BBCXIÈMS ÉPOQOB.

Prjtu©. leur révolte, qnî reçut le nom de Praguerie, fut prompte^

s^ô. ment réprimée. Les prinees se soumirent, et le dauphin

se retira dans la proyince du Dauphiné : depuis lors une

inimitié profonde subsista entre le roi et son fils. Char*

^ les YII, après avoir pacifié Fintérîeur, acheva d'expulser

BatajjUM les Auglais.du royaume. La victoire de Formigny soumit

"tSm* ^^ Normandie à ses armes ; il marcha ensuite en Guyenne,

CMtiilon, ®^ I^ conquit deux fois, puissamment secondé par Dunois

Ex^^'i- et par Jean Bureau , grand maître de son artillerie. La

Angiato! victoire des Français à Castillon affranchit cette belle

province du joug de l'étranger. Bordeaux obtint alors un

parlement. Tant de succès Justifièrent le surnom de Fte*

torieux, donné à ce rd par ses contemporains; et bientôt

il ne resta plus à l'Angleterre, de toutes ses possessions sur

le continent, que la seule ville de Calais ^ Une longue

période de guerres civiles et de calamités commençait pour

ce royaume avec la démence de Henri YI, qui venait d'é*

pouser l'altière et vindicative Marguerite d'Anjou.

Une trêve avait suspendu les hostilités entre les Anglais et les Français, lorsque l'empereur Frédéric III demanda l'appui de la France contre les«antons républicains de la Suisse. L'assistance de Charles Vil fut également sollicitée par René, duc de Lorraine, contre la ville libre de Mets et contre Toul, Verdun, et quelques autres villes» qui se disaient sujettes de l'empire. Charles Yll accueillit ces demandes, et envoya deux armées, l'une en Suisse et l'autre en Lorraine. Le dauphin Louis commanda la pre* mière, composée d'hommes de toutes nations et d'une bande d'aventuriers contrainte à l'inaction par la trêve avec l'Angleterre. Cette armée rencontra celle des cantons

* Voyez carte B* 12.

LIYBB III. CHAPITU I. 331

suisses à Saint-Jaeqaes, près de Bâle. Les Suisses étaient Bataïue alors la meilleure in&nterie de l'Europe : armés de longues oa^^

piques, qu'ils maniaient avec autant de force que d'adresse, ils avaient remporté de grandes victoires depuis un siècle sur la ciievalerie de TËmpire. Ils s'avancèrent avec furie contre l'avant-garde de l'armée française, et la mirent en déroute ; mais, s'étant aventurés imprudemment contre le gros de l'armée, ils forent à leur tour repoussés et rompus. Le dauphin , frappé de leur valeur , fit la p/tix malgré l'empereur et FEmpire; il désira s'attacher les Suisses, et conclut une alliance avec ceux qu'il avait combattus.

Les événements de la campagne de Lorraine furent peu décisifs. Les villes de Toul et Verdun reconnurent le roi pour protecteur; Metz résista, fut assiégée, et acheta le maintien de sa liberté par une contribution de guerre. Cette campagne rapide mit en évidence les prétentions de Charles VU sur une partie de la Lorraine , et n'eut aucun autre résultat important

La trêve avec l'Angleterre était expirée : Charles VII ramena ses forces contre les Anglais, et acheva d'expulser ceux-ci du royaume.

Charles VII, en s'abstenant de convoquer les états gé« néraux, qu'il redoutait, rassembla plusieurs fois les états provinciaux de Normandie, de Guyenne et de Languedoc, et leur promit de ne point lever sans leur aveu de taxe sur ces provinces. Il décida que dans la répartition des impôts il y aurait appel du plaignant à la cour des aides; cou^des et cette cour reçut de lui une organisation régulière. Enfin, donnant ses soins à l'Église, ce fut lui qui, en 1438, promulgua solennellement, devant le clergéfrançais rassemblé à Bourges , la pragmatique sanction. Cette ordonnance p»$!!!?' proclamait les libertés de l'Église gallicane, telles que le «»ïï2<»«

3)2 DStltln» BPOQUt.

eoDClle, alors siégeant à Bâie, tes avait déftfiies; die reconnaissait ta supériorité des conciles généraux sur le pape, restreignait à un petit nombre de cas les droits d^appel à Rome, privait la cour pontificale du revenu des bé^ néfices vacants, et confiait aux charpitres des églises Té* lection des évêques.

Charles était devenu le monarque le plus sage et le plus ptiissaffît de l'Europe ; mais ses jnstes mxÀfts de défiance et de ressentiment à l'égard du dauphin empoisonnèrent ses derniières années. Louis , marié d'abord à MargTiêrïte d'Ecosse, avait épousé en secondes noees, contre te vœu de son père, Charlotte , fille du duc de Savoie. Le rOilui ordonna de venir se justifier à sa cour, où le comte de Bammartin, ennemi du prince, était toal-puissant. Le dauphin, craignant tout des conseillers de son père, et ne pouvant obtenir sûreté pour sa personne , songea d'alx>rd à résister à force ouverte, et rassembla des troupes; puis , d^J^iun <^^^^î^<^u ^^ ^^^ impuissance, ii prit ta fuite, et chercha *goè"' *^ refuge à la ^ur de Bourgogne, ou il M accueilli par Philippe le B^ et par Charles , son fils , avec honneur et munificence. Le roi prit aussitôt possession du Bauplitné , en fit saisir tous les revenus , et véunit cette province aux États qui relevaient direetonent de la couronne. Le dauphin avait imploré le pardon de son père ; mais le roi connaissait son cottur fiiux et perven : vainement vonlut-tii le contraindre à demander sa grâce de vive voix ; un exemple redoutable avait réceomient accru la défiance de son fils. Le duc d'Alen^mi, prince du sang, fat accusé par le roi de trahison et de compUdté met l'Angletenre : les pairs du roy^nae, ccmvoqués pour son Jugement, le eiMi^mnèrent à noort* Charles commi» la peine, et fit enfcriner le pince dans la tour du Louvre. Le dauphin refusa

Livxm m. GBsk^ms i. Ut

de s'€Kço6eF à nu diétidieiit seiifblable. Le roi âèa lors onit vhrre au miliea des émisnires de sMi fito et de ieurs embAches; enfin, teemblant d'être empoisoiuié par eux , il n'oia phn praadre de nourritare, et se lôlaaa mourir de ^^^e lerim : il expira le â2 jailli 1461, dans sa cinquante-bni* ^"^itième arasée.

Le eommeree et l'indastile firent à la fin de ce r^ne observa-

■ . tlons gé-

aiieinreax progrès en France et en Europe. Les besoins nérau». des nations étaient connus; on appréciait les productions diverses et Fétendue de leur consommation dans cbaque oeutrée ; des bommes Instruits et possesseurs de grands capitaux pouvaient établir des facteurs dans toutes les places marcbandes, et embrasser' l'Europe et l'Asie dans leurs spéculations commerciales. Cest ainsi qu'à Florence Cosme de Médicis s'éleva au oiveau des princes,. et fonda la fortune de sa maison. Son contemporain Jacques Cœur, négociant français , obtînt , par des moyens semblables , d'immenses ricbesses , avec lesquelles il soutint généreusement les finances de Charles VIL Ce prince l'anoblit, et le nomma son argentier : mais les malheurs de ce marchand célèbre attestèrent bient6t tous les vices d'un gouvernement arbitraire. D'avides courtisans convoitèrent la fortune de Jacques Cœur, et prévinrent le roi contre lui : ses biens furent aussitôt saisis , et ses immeubles distribués à ceux qu'on lui donna ensuite pour juges. On compta parmi eux l'homme qui lui succédait dans sa charge. Accusé de concussion, et privé de tout moyen de défense, Jacques Cœur fut condamné sans preuve, et banni du royaume.

La France était en paix ; mais elle gémissait sous une État des multitude de fléaux et d'abus. Lés lumières cependant muT eommençaient à peroer ; la poésie française avait acquis ^?i* de la grâce et de l'harmonie ; les vers lyriques de Charles

134 DBDXlim BPOQUB.

d'Orléans et du roi René d* Anjou obtiareot une réputaUoD méritée : on compte encore parmi les poètes de ce temps Olivier de la Marche et Alain Chartier, historiographe de France, enfin François Villon, qui créa le genre burlesque. Ces hommes auraient sans doute contribué à donner à la poésie française un cachet national, si le plus grand événement du quinzième siècle n^eût jeté les esprits dans une ^^miit ^^^^ ^'^^' ^^ ^^^ ^^ Constantinople par Mahomet II, fl^ sultan des Turcs, dissémina dans toute l'Europe les richesses littéraires de la Grèce et de Borne ; et le puissant génie de l'antiquité imposa son Joug au génie à pdne né de la littérature moderne. Avec la chute de Tempire grec en 1453 finit le moyen âge, et Ton s'accorde à dater de cette grande catastrophe le commencement de Thistoire moderne.

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