CHAPITRE II
Règne de Louis XI '.
Louis XI avait trente-huit ans lorsqu'il monta sur le trône. Son règne fait époque, non-seulement par l'extension considérable qu'obtint sous lui le royaume , et par raffermissement de l'autorité absolue du monarque , mais •oittkiae encore à cause de la nouvelle tendance de la politique «uit XI. européenne , et de l'impulsion puissante que le caractère de Louis sut lui imprimer. L'art des négociations était
* Pour le règne de Louis XI, voyez ma Géog. hist de la France, p. 53-56, carte n<^ 13.
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jasque alors presque inconnu : les souverains, dominés par leurs passions aveugles et violentes , sacrifiaient toujours au lurésent les intérêts de Tavenir, et la force décidait de tout. La politique commençait cependant à devenir pour eux un objet d*études sérieuses : Louis fut le premier qui érigea la diplomatie en système. Doué d'un esprit subtil et astucieux, il ût de cet art le sujet des méditatimis de toute sa vie, et contribua plus que tout autre à substituer en politique le pouvoir de Tinteiligence à l'autorité de la force; mais il méccmnut totis les principes de la morale, et l'on attribua faussement à son mépris pour eux la plus grande partie de ses succès. La politique qui repose sur la perfidie est aussi féconde en calamités que celle qui ne reconnaît pour loi qu'une violence brutale. L'babitude que se fit Louis XI de tromper toujours lui devint souvent funeste , et il ne fut redevable de la plupart de ses avantages sur i^s ennemis ni à sa fausseté ni à ses trahisons * il triompha de tous, parce qu'il sut comprendre ses véritables intérêts , connaître les hommes, apprécier le mérite et s'en servir; et parce que, embrassant dans ses projets l'avenir et le présent, il les soumit presque toujours aux calculs de la réflexion et d'une prudence consommée. On peut dire enfin qu'il s'attira ses revers par ses vices, et qu'il obtint ses plus brillants succès par les qualités de l'intelligence, qui s'allient avec une saine morale.
La féodalité avait repris toute sa puissance pendant la sttaatioD longue anarchie des règnes précédents ; et Charles YII lui- France, même, quoiqu'il maintint dans le respect les ducs de Bretagne et de Bourgogne et le comte d'Anjou, grands vassaux de la couronne, n'obtint d'eux aucun gage d'obéissance» Les maisons de ces trois princes le disputaient à la maison royale en pouvoir et en splendeur : celle de Boui^ogne^
tiê DIUXI^IS éPOQ0I«
ttiaitresse de la Boiirg(^ne, de la Flandre , des Pa^^^Bas^et de la Franche-Gomté , était la plas riche de TËarope ; eelle d'Anjou possédait, ontre le comté de ce nom , le Maine, la Lorraine , la Provence, et enclavait les domaines du r(Â dans ses vastes possessions. Le midi gémissait sons la tyrannie des comtes d'Albert, de Foix, d'Armagnac, etd*ane Ibule d'antres seignenrs, qui la plupart exerçaient dans leurs terres une autorité despotique et absolue. Le système féodal était alors le plus grand obstacle aux tendances qui rapprochaient les peuples habitants d'un même sol, et aux progrès salutaires du sentiment national ; il était devenu enfin le fléau de l'Europe , qu'il avait sanvée au dixième siècle : la gloire de lui porter le coup mortel appartint à Louis XL
Ce prince, qui de fugitif devenait roi , était instruit des complots tramés contre lui à la cour de son père, ainsi que de rinimîtié que lui portaient les hommes les plus infhieûts du royatime ; et , selon îexpression d'un éerivaio célèbre, il ne vit dans le début de son règne que le corn* mencement de sa vengeance \ Il crtrt avoir besoin de l'appui du peuple contre ses ennemis, et promit à son avènement de diminuer les taxes , et de soumettre les charges nationales à l'approbation des états généraux. Ses libéralités envers tous ceux qu'il cherchait à gagner épuisèrent le trésor ; les impAts furent augmentés, et les états gênéraux laissés en oubli. Quelques insurrections éclatèrent : Louis sut les comprimer. Un des premiers actes de son règne fut l'abolition de la pragmatique sanction , qn*ii décréta en haine des institutions de son père,; il eu rétablit pourtant, à la fin de sa vie, les dispositions principale.
* tfOBtesquieu.
LIVAX ia« GKAPITBB II. Sf7
Uoe ftQtre ordonnaBee, d'on ioléi^ en appar^icé ftitile, irritai profondéifient la noblesse. Le roi, passionné ponr la ehttsseet jafoox de ses plaisirs comme de son autorité, interdit cet exereiee dans les Ibrêts royales ; et bientôt il loigntt à cet édH d'astres actes, qui furent de nouveaux motifs de mécootentemeiït. Économe pour lui*môme, se* ¥ère dans l'administration des finances, il ne permettait pas^qu'eHes fussent pillées par les princes de son sang. Son jong pesait également sur tous ; son active vigilance surveillait à la fois obaque partie du royaume, et il n'y voulait souffrir d'autre t^^ran que lui-même.
L'irritation devint générale ; les princes voulmrent des apan^iges qui les rendissent indépendants ; les grands demandèrent des dignités et de l'or ; ils appelèrent de tous teurs vceux ranarcfaie du règne de Charles YI, et se liguèrent contre Louis XI. Celui-ci , cherehant à diviser ses deux plus redoutables voisins, François II, doc de Bretagne, et le comte de Ckarollais^ fils du duc de Bourgogne , les excita contre lui-même. Il leur avait donné perfidement à tous deux le gouvernement de la Normandie, dans l'espérance de les voir se le disputer ; ils s'unirent l'un et l'au* Ire eontre celui qui les Jouait. Les ressentiments du comte de Chardllais étaient d'autant plus vifs que Louis avait été comblé des bienfaits de Philippe le Bon, son père. Ce comte , qui depuis fut Charles le Téméraire, et l'un des plus puissants souverains de l'Europe, offrait un contraste firappant avec Louis XI : violent et indomptable, toujours gouverné par l'orgueil ou la colère, il se montra toute sa vie Fennemi le plus ardent et le plus .terrible du monarque SM si^eraio. Ce fut autour de lui et du duc de Bretagne 4ae de rallièrent les princes du sang et les grands seigneurs iftéconlents, au nombre desquels il faut compter ceux qui
82S DBUXliMB ÉPOQUE.
s*étaient acquis le plus de gloire soos le feu rd, el qui
rayaient le mieux servi : Dunois, Saint -Pol , Tanneguy-
Dnchâtei et Antoine de Chabannes, eomte de Dammartin.
lime da Ils donnèrent à leur ligue le nom de Ligue du bien public,
pobuc et mirent à leur tête Charles de France, fr^e du roi, qui
réclamait pour lui la Normandie comme apanage. La sau*
Batatue glautc Jouméc dc Montlhéry , où Louis abandonna le
Ibéry. champ de bataille au comte de Charollais, fut MentAt sui-
IMS. * '
vie dû soulèvement de la NormancUe en faveur des princes. Le roi, se voyant le plus faible, déposa les armes, et eut recours aux négociations. Nul ne possédait mieux que lui l'art de gagner les cœurs par des paroles insinuantes et flatteuses. Il feignit d'étouffer ses justes ressentiments ^ Traité de d'oublicr tontes ses injures, et signa le traité de Gonflans, i^. par lequel il donnait la Normandie à son frère, et satisfaisait les prétentions exorbitantes des princes. Louis leur céda de bonne grâce des villes, de vastes domaines et des gouvernements , et combla de dignités les seigneurs rebelles; Saint-Pol fut nommé connétable. Mais Louis ne donnait ainsi d'une main que pour reprendre de l'autre quand le moment serait venu. Il étudia ses ennemis, et dès lors son principal soin fut de gagner à tout prix les plus habiles, de diviser les autres, et de les accabler tour à tour. C'est ainsi qu'il s'attacha le duc de Bourbon et plusieurs des ministres de son père, entre autres le chancelier Juv^ nal â^ Ursins et le célèbre comte de Dammartin. Il avait États gé- besoin de l'appui de la nation, et convoqua les états g^né- "t?u^^^ ranx à Tours en 146S : cependant il ne consentait à recourir au peuple qu'autant que celui-ci ne manifesterait d'autre volonté que la sienne; et le chancelier rappela, dans son discours aux états, ces paroles du peuple hébrea à Josué : « Nous ferons tout ce que tu voudras : que ceux
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« qui refuseront de t'obéir soient condamnés à mort. Telle « est, ajouta le chancelier, la réponse que les dépotés dd- « vent faire aux commandements dn roi. » Louis fut obéi ; jamais états ne se montrèrent plus serviles. lis annulèrent, d'après le vœu du roi, le traité de Ckmflans, retirant la Normandie à Charles de France, et déclarant que ce prince aurait dû s'estimer satisfait de la rente de douze mille livres fixée par Charles VII pour l'apanage des princes du sang. Louis, ayant obtenu d'eux ce qu'il souhaitait, s'empressa de les congédier. Ils n'étaient restés assemblés que huit jours.
Charles de France, irrité de perdre la Normandie, s'unit encore au duc de Bretagne et à Charles le Téméraire, devenu duc de Bourgogne par la mort de Philippe le Bon, son père. Tous trois traitent avec l'Angleterre contre la France, et invitent le roi Edouard IV à transporter une armée dans le royaume. Louis prévient leur attaque ; il Noaieue marche à Timproviste contre le duc de Bretagne , qui , se- ^^ paré de ses alliés et saisi d'épouvante, se soumet^ par le <*'^g^ traité d'Âncenis.
Le roi cherche alors à gagner son peuple; il donne des chartes à beaucoup de villes, protège le commerce par de sages ordonnances , et réorganise la milice nationale de Paris > composée de tous les hommes de seize à soixante ans, dont il fait le dénombrement ; elle montait à quatrevingt mille hommes rangés sous soixante bannières, et elle fut remise eu possession du droit d'élire ses officiers. Louis s'efforce ensuite de trouver des alliés dans les État» de son plus puissant ennemi. Les villes riches , populeuses et manufacturières de la Flandre étalent promptes à se révolter contre les violences cruelles du duc de Bourgogne^ leur souverain : Gand, Bruges et Liège se distinguaient
(ZSO »B¥XlàHB BFDQCFE.
eiUxe elki p»r Jeiir p^nanee , et par leur énergie pour la liberté. Louis enveie iro énufsaire daos eetle dcnitère ville, déjèi irritée eontre l'évéqne, mn prlaee MK^netrara , allié de Cfaftrles^ et TexeHe à la révolte en lui promettant son appui. En mêoie tenops, pour mtenx tcomper le due, et pour endorpsir sea son^pçons, il hii demftràe un sauf^conduit, l'obtient , et, se fiiMt trop en ses propres moyens de séduction , il se rend auprès de son ennemi à Péronne* A pdne est-il arrivé, qae la révoke de Liège éclate : Charles apprend que la popnlaee s'est portée à d*horribles excès; que Févêque Louis de Bourbon , son parent, son allié, eat massacré, et que Louis XI est Tautenr de la sédition. A cette nouvelle sa rage neconnait plus de bornes : il tient le roi prisonnier, et menace de le faire périr. LoQte se son- Ttaité de flKt à tout pour sortir du péril: il signe le traité de Pé-
Péronne. '^ ^ ^ ,^^ , , v;
iM8. ronne, qui lui enlève toute souverameté sur les Etats de Bourgogne, et donne à son frère ia Champagne et la Brie pour apanage; enfin il offre au duc de marcher en persom» contre les Liégeois révx)ltés. Il est libre à cette condition ; mais auparavant il est témoin de la ruine de cette malhenreuse ville, que lui-même avait Simievée: il voit une paille * de ses habitants massacrés, et félictle Charies de son affreux triomphe.
L'Angleterre était alors désolée par la guerre des Deux roses "■ : Louis XI , prenant parti pour la rose rouge, s'unit contre Edouard IV avec sa parorte Marguerite d'Anjou , femme de Henri VI, et avec le fameux comte de Warwick, surnommé k Faiseur de rois. Edouard, vaincu, se retire
' On donna ce nom à celte guerre civile , parce que les deux maisons qui se disputaient le trône, celle d'York et celle de Lancastre, avaient adopté, la première une rose blanche, et la seconde une rose rouge, pour signe de ralliement.
Liicn ni. (SAJina ii. ast
ta MoUande, et tovplore TaBSiitmiee au àme Chartes, son b&UL49ète. LoaiSf «ods inquiéliide do côté de VÂn^t^ênt, foamM set aYunti^^ : il convoque une assemblée de no* ^hto, qu-U eot sdn de (^éfsirlai-méfne, AtComines, pirmi ceux qui ne oontrediraieot point son rmûoit ; et il lait annoter par enx le traité de Péronne , sons prétexte ^J^^^: que Gliarles ne l'atait imposé qu'en faussant sa parole. ^^^^î^ Loolft en se dégageant de ses obligations se créait de nou- ^^ÏX^* veaux dangers. Edouard IV, aidé par Cliarles le Témémire, atait repris sa couronne; Henri VI et son fils étaient morts assaMinés ; le duc de Bourgogne appelait en France ^^^^\^ le monarque anglais , et promettait Marie, sa fille et son ^|^ béritière, à Chartes de France, duc de Guyenne , qui ré- *'^^eaument avait reçu de Louis XI cette province >n apa- **"* nage; le duc de Bretagne renouvelait ses intrigues , et te onmétable de Saint-Pol vendait ses services aux deux partis, cherchant à s'élever aux dépens de l'un et de Tautre. Le roi se voyait menacé d'un nouvel orage, lorsque son frère XovûAml malade , et mourut après quelques mois de souffrance. Louis, accusé d'empoisonnement, ne ^en défendit pas, et sa mémoire demeura entachée de ce crime. Le duc de Bourgogne fit aussitôt marcher ses troupes en Picardie; maisTadmlrable défense de Beau vais, où Jeanue JBacfaette s'immortalisa par son courage^ arrêta son armée, tondis que te roi négociait tour à tour avec chacun des princes rebelles , et s'attachait par ses libéralités les deux hommes les plus habiles de leur parti, le sire de Lescun , favori du due de Bretagne, et Pliillppe de Comines , confident du due de Bourgogne.
Les manœuvres de Louis sèment la division entre les chefs de la ligue : le duc de Bretagne signe une nouvelle trêve, et Charles marche contre le connétable de Salnt-Pol,
332 DSUXlkMB BPOQUB.
qui s'était emparé pour son propre compte de la ville de Saint-Qoentiii. Le roi profite de ce .moment pour écrafler qaelquet-Qos de ses ennemis : il &dt juger et condamner à vengean. mort, pour la seocmde fois, par le parlement de Paris, le, Louis XI. duc d'Âlençon. Le cardinal la Balue devait sa fortune à Loois XI, et Tavait trahi; celui-ci le fait enfermer dane une cage de fer de hait pieds carrés, inventée par le cardinal lui-même, et où il resta captif pendant dix années* Enfin, lecardinal d*Alhi, Jean Goffredi, ancien évéque d'Ar* ras , et inquisiteur fameux en Flandre, où il avait exercé d'atroces barbaries, est chargé par le roi de punir le coupable comte d'Ârmagnac, Tun des soutiens de la ligue du bien public, et qui en épousant sa prc^re sœur avait ajouté rinceste à tous ses crimes. Assiégé dans la ville de Lectoure, il se rendit au cardinal, qui lui avqit promis sûreté pour sa personne, et qui le fit aussitôt poignarder sous les yeux de sa femme enceinte : celle-ci fut empoisonnée; et l'a^reux Goffredi, voulant exterminer tous les té-» moins de son parjure , donna Tordre d'égorger jusqu*ao dernier des habitants de Lectoure, et de livrer la ville aux flammes.
^^b? Les maladies et les supplices avaient délivré Louis XI ^ïries de plusieurs de ses puissants adversaires, et il put réunir ^rair?^ SCS forccs coutrc Charles de Bourgogne. Ce dernier était alors occupé en Allemagne. Souverain du duché de Bourgogne, de la Franche-Comté ', du Hainaut, de la Flandre, de la Hollande et de la Gueldre, il voulait, en y joignant la Lorraine, une partie de la Suisse et la succession du roi René, comte de Provence, recomposer l'ancien royaume
' Le comté impérial de Bourgogne avait acquis, par sa forte position dans les montagnes, une sorte d'indépendance, d'où lui vint le nom de Franche-Comté.
UYJtl m. CHAJPITBI II. S33
de Lorraine, tel qnll avait existé sous les CarloriDgiens, et se flattait, en offrant sa iiiie à Maximiiien, fils de Fré* déric III 9 d'obtenir de cet empereur le titre de roi. Trompé dans ses espérances, le duc de Bourgogne essaya du moins d'enlever la Lorraine au jeune René, son souverain, allié de Louis XI ; mais il était réservé h un petit peuple, déjà célèbre par son héroïque valeur et par son amour pour la liberté, 4'abattre cet homme si puissant : appelés au secours des Alsaciens, victimes de l'oppression de Charles, les Suisses accoururent de leurs montagnes, et l'armée boarguignonne éprouva devant Neuss un premier échec.
Edouard IV, roi d'Angleterre, attiré par le duc de Bretagne, était alors en France avec une armée nombreuse; Charles eut honte de loi montrer les débris de la sienne, et les Anglais demeurèrent isolés dans le royaume. Louis XI, toujours plus prompt à négocier qu'à combattre, gagna par ses largesses les confidents d'Edouard, et s'empressa de signer avec lui une trêve de neuf années. Le roi par ce traité donnait solxante-quinze mille éeus comptant à Edouard , et s'engageait à lui en payer soixante mille chaque année, jusqu'à ce qu'un mariage projeté entre le dauphin et la fille du monarque anglais pût s'accomplir. Charles, abandonné par les Anglais, et rempli de ses projets de vengeance contre les Suisses, signa également avec Louis une trêve de neuf années : l'une et l'autre farent nommées trêves marchandes^ parce que les Intérêts de commerce y étaient respectés. Chacun de ces t^t» deux ennemis, qui n'avaient de commun que la soif du ^^!^ sang, sacrifia dans cette occasion ceux dont son adversaire voulait tirer vengeance. Charles livra le connétable de Saint-Pol à Louis; celui-ci lui abandonna les Suisses et René de Lorraine^ ses alliés. Le coupable Saint-
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JPol porta sa tète ftar Té^afeod; imfs les SuMwai vain**
cpiliieiit suec^sBivement deux armées bourgnigiioiines aux
Umcases journées de OrftWMNi et dt Morat Charles le Té*
Batauie mérake M tué devant Naac^, dans une tm^ènie betaitts
de Nancy.
c^riel ^^'^^ perdit ooBtre eux; el les peu^es apprirent tvee des *^rSÎS^" teansports de joie qu'ils értaient d^yrés d'un tyran âuroa<» ""• dieetcniel.
A eette nouvelle Louis s'empare snr-le^^liaiiip du cbi* ehé de Bourgogne at de pljiisieurs ^dlies fortes sur la Somme, sous le prétexte que ce sont des fiefs maseulios ; ^ il réclame la tutelle de la fitie de Qiades, Marie ée Bout* gogoe, qu'il veut faire épouser au dauphin. 1^ cruauté s'iriHe à mesure que saséenrité s'aeerotL Jacques d'Anna^ gnae, duc de Nemoues, autrefois complioe de ses eunemit^ était son prisonnier : il le fait juger par le parlement, auquel il adjoint des commissaires enriehis d'aveuQce des dép^uiiles da malheureux duc. Nemours est oondamné à laort, et Louis ordonne que ses enfants jsoient placés^sous Téchafaiid pendant le supplice de leur père et arrosés de son sang; il les &it jeter ensuite dans des eaehots, où ils sulnsseï^ d'horriUes tortures.
La perfidie et la fèrodté du rd soulèvent contra lui lea
nouveaux États dont il s'étût emparé; lûentdit un puâs-^
saut et mortel ennemi l'y menace : c'est Maiâmiiien d' Au^
triche, réçenunent uni à Marie de Bourgi^e, et qui ré*
Bataille damc SOU héritage. La sauvante et ludéeîse bataille da
1S(^ GuinHegate, livrée en 1479 par les Français aux troupe»
Ti^é ^flamandes et bourguignonnes de Maximilien , est suivie
d'Arras.
dâ'^feux ^'^^ trêve; et quatre ans plus tafd, après la mort êm^
^S?tdc Marie, la j^ne Marguerite tf Autridie» <^ée de deuxans^
/li'^u- est promise au dauphin. Le triâté d'Arras, fondu par Loite
""i^* avae les Bla<s de Flandre et avec Teipapereur, liri conflime
LIYftB m. GHAPITIH II. «35
la possession du duché âe Boargogae, de la FraneheGomté o«comtédeBoar^g»e%«tdes comtésde MAcon, d* A4ixerne et d'Artois.
René d'Anjoa, souverain de Provence et roi titulaire de Sidie, était mort peu d'années auparavant. Loais avait entretenu son amitié par des largesse», dont le vieux monarque, toujours occupé de toumms et de fêtes, avait conatamment beiKiio. René nomma pour son successeur scm neveu Charles , comte du Maine ; et après lui il appela Réanion Lonis'lCI à reOTeillir son héritage. Charles ne lui i^irvécut ^^^^^f que dix-sept mds; et Louis^qui avait déjà, plusiears années /j^^^JS. auparavant, saisi l'Anjou, réunit encore à la couronne de ''u/!!' France la Provence et le Maine.
Cependant le roi vieillissait, et tremblait de mourir : Terreurs
et snper-
après avoir trompé tout le monde, il ch^chait à se trom* ;*,5^*fg°^f per lui-même : libre des soucis que lui donnait la poli* tique, il semblait consumé par une mélancolie sombre et farouche. Caché dans son diâteau de Plessis-lez-Tours^ sa demeure habituelle, redoutant l'approdie de ses eonfi* dents et des membres de sa famille, il redoublaU: de pré* eautions et de supplices. Dix mille chauss&-trapes étalent disséminées dans les avenues du château , autour duqud r6dait sans cesse le grand prévôt Tristan l'Ërmîte. Tout homme suspect était penda ou noyé, sans jugement. Des archers écossais veillaient sur les murailles, frappaient de mort tous ceux qui s'en approchiûent À la portée de Imirs flèches; et tandis que les aaiirons de la résidence royale reten^ssaient des cds de tant de victimes, le monarque, dont la dévotion fanatique égalait ta croaulé, multipliait ses pèlerinages, dépouillait ses peuples pour enrichir les
' On disait plus babituellemeiit ia camië de BQW^^e,
396 BlUXliMB SPOQdB.
églises, faisait venir à grands frais des reliqaes de toutes parts, demandant à Dieu et aux saints de prolonger sa misérable vie. La Vierge surtout était l'objet de son culte particulier; il inventa pour elle la prière appelée Angélus; il la créa comtesse de Boulogne, et ne méditait pas uo acte 4e perfidie ou de cruauté qu'auparavant il n'eût imploré son secours. Ce fût lui qui porta le premier constamment le nom de Très-Chrétien y et nul homme ne montra davantage à quelle aberration peut entraîner une foi superstitieuse séparée de toute morale. Aucun serment n'était sacré pour lui, s'il n'était prêté sur la croix de Saint -L6, qu'il croyait faite d'un morceau de la vraie croix. Ses étranges superstitions étaient celles de son temps, où l'on pensait généralement (}u'il suffisait de quelques pratiques extérieures de dévotion pour effacer les crimes les plus énormes.
Il y a dans l'histoire des époques malheureuses où le despotisme seul peut lutter avec avantage contre l'anarchie ; et le règne absolu de Louis fut fécond en utiles résultats. Les ennemis puissants qu'il soumit étaient ceux de la France : il porta des coups mortels à cette seconde féodalité qui s'élevait sur les ruines de la première, et qui sans lui peut être eût prolongé la misère et l'abrutissement des peuples; il fit beaucoup pour la force et pour la sécurité de la France, en étendant ses frontières vers leurs limites naturelles ; il Joignit à la couronne le Roussillon, la €erdagne % la Provence, la Bourgogne, l'Anjou^ l'Artois, et les villes qui défendaient les bords de la Somme. Il survécut à la plupart de ses ennemis ; et lorsque la tombe eut
* Louis XI avait acquis du roi d*Aragon, par le traité de Senneterre, ea 1462 , le Aous^Uon et la Cerdagœ.
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renfermé ceax qui auraient pu détroire son ouvrage, Dieu, qu'il avait tant offensé, ne lui permit pas d'en jouir : il mourut le 30 août 1483, laissant le sceptre au Jeune Charles, j^^j^^^'j flon fils. Cet enfant lui faisait ombrage ; Louis l'avait lai^é <^<»dans Tignorance, pour que son ambition, qu'il redoutait, jFftt moins dangereuse ; et il ne lui fit apprendre de la langue latine que cette seule sentence, résumé fidèle de sa politique :
Qui nescit dissimulare nescit regnare '. La France fut redevable à Louis XI de plusieurs sages ordonînstitutions , créées presque toutes dans le dessein de cen- Loub^xi! traliser l'action du pouvoir et d'abattre les restes de la féodalité. Pour atteindre ce but, il tenta d'établir dans le royaume l'uniformité des coutumes et celle des poids et mesures ; il créa les postes, en établissant sur les grandes routes des courriers destinés seulement à transmettre les nouvelles publiques au roi et à porter ses ordres ; il remplaça les corps des francs archers par des corps suisses et quelques compagnies d'ordonnance par une garde écossaise. L'édit le plus remarquable de son règne est celui qui déclara les charges judiciaires inamovibles : cet édit fonda l'indépendance et le pouvoir des parlements, et ne fut cependant point inspiré par l'amour de la justice : car nul n'eut pins souvent que Louis XI recours, dans les jugements criminels, aux commissions et aux voies illégales et violentes. Sous son règne la législation devint une science; les écoles acquirent une vie nouvelle, et les lettres obtinrent une considération dont elles n'avaient pas joui jusque alors. Louis chercha longtemps, mais en vain, à gagner le cœur du peuple par la simplicité de ses ma-
' Qui ne sait pas âissimnler ne sait pas régner.
tS8 BBUXlàlOt nOQIHI»
nièresct la femiliarité de ses estratieiis avec des homiiies d'humble coadiUon : il fat plus haï qu*auea& des prinoes ses cdotoaiporaios, noa que eeex-ci fussent moins perfides et moins eruels; mate ils semii^deat eommettre le mal par im instinct aveugle et:brataly tandis que Louto étaitîférace de sang-froid, et soumettait le crime au (»lcol. Jaloux ée toute supériorité, il ne s'entoura que d'hommes obscors : Jean Cottier, son médecin; Olivier le Dain, son iMirbier; Tristan l'Ermite, qu'il nommait son compère ^ étaient ses confidents. 11 n'y eut pas un grand homme sous son rè§pe ; mais l'histoire nous a conservé la belle réponse adressée au roi par le premier président Jean de la Vaquerie. Ce magistrat, jugeant uu édit royal contraire au bien public, se présente devant Louis XI, à la tête de son corps : « Que « voulez-vous, >» lui dit le roi. — « La perte de nos charges, » répondit la Vaquerie, « et même la mort , plutôt que de n trahir nos consciences, n invention Lïmprimerie, qui devait changer la face du monde, fut pHmerlê. inventée en Allemagne sous ce règne. Cette invention, dont plusieurs pays se disputent l'honneur, est généralement attribuée à Jean Guttemberg , de Mayence. Louis XI , sur la demande de deux théologiens, fit établir la première imprimerie française à la Sorbonne. Il protégea le commerce, fonda des manufactures d'étoffes précieuses, respecta la valeur des monnaies, et permit aux nobles de s'adonner au négoce sans déroger; mais, quoiqu'il vécût sans faste et fût pour lui-même d'une sordide parcimonie, iï épuisa son royaume par ses largesses envers tous ceux qu'il voulait gagner, corrompre, ou maintenir fidèles. Les taxes , qui ne montaient du temps de Charles VII qu*à 1,800,000 Jivres, s'élevèrent sous son successeur à 4,700^000, somme prodigieuse pour on temps où le crédit
LIY&B III. CBAFITAB III. 9t9
pobtic n'existailpas, où ragricultnre , le eommeroe et l'industrie, sources des richesses publiques, étalât encore dansTenfance.
L'habile Philippe de Gomines, qui vécut longtemps dass l'intimité de Louis XI, fat l'historien de son règne. Ses Mémoires, écrits avec finesse et profondeur, peignent admirablemait la politique de ce roi, qui eut une influence si forte et si durable sur celle de toute l'Europe.