‹ Histoire de France (volume 2)Chapitre 41 sur 90 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

Rè^e de Charles VIII.

1483^ l4fS.

Charles VIII ^ fils et successeur de Louis XI, monta sur le trône à l'âge de treiee ans. Il avait deux soeurs, dont l'aînée était mariée au sire de Beaujeu : on retrouvait en elle l'esprit et quelques traits du caractère de son père 4 eeluici la préférait à ses autres enfants, et l'avait spécialement chargée avec son mari du soin de diriger le nouveau roi. Jeanne, sa cadette , disgraciée de la nature, était mariée au duc d'Orléans. Charles avait passé une partie de sa jeunesse solitairement dans le château d'Amboîse, où de longues maladies avaient déformé son corps. Tenu par son père dans une ignorance profonde de toutes choses, il ne savait arrêter son attention sur rien. Incapable d'ap- .plication et de discernement, et sentant sa faiblesse, il vécut longtemps en tutelle , bien qu'il fût majeur à la mort de son père , ayant alors atteint sa quatorzième année.

Anne de Beaujeu, profitant de l'influence qu'une Ion-

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gue habitude loi donnait sur son frère, conserva la garde de sa personne, et s'empara du pouvoir conjointement avec son mari. L'autorité lui fut bientôt disputée par les ducs d'Orléans et de Bourbon, et par le comte deClermont, tous trois princes du sang : le premier, héritier présomptif du trône ; le second, frère atné du sire de Beaujeu. Ils révoquèrent de leur chef toutes les aliénations du domaine faites par Louis XI ; et, pour mettre un terme à des rivalités dangereuses , ils convoquèrent à Tours les Éuts états généraux. Les députés se séparèrent en six bureaux.

généraux ,^ ,... ,^ ,« ,

de 1484. sous le nom des six nations de France , de Bourgogne , de Normandie, d'Aquitaine, de Langue d'oc et de Langue d'oil, et se montrèrent, à plusieurs égards, dignes des états de 1355, sous le roi Jean. Ils portèrent la main à tous les abus, signalèrent toutes les réformes, et invoquèrent l'ancienne constitution française , qui cependant n'était écrite que dans les cœurs et n'existait que de nom. L'ordre du clergé demanda les libertés de TÉglise gallicane], malgré le vœu des évéques; la noblesse réclama tout ce qui pouvait lui rendre son ancienne importance militaire; et le tiers état , présentant le tableau des misères du peuple, conjura le roi de retirer à lui le domaine de la couronne aliéné par Louis XI, et suffisant pour les dépenses du trône; il supplia que la taille fut abolie, affirmant que les habitants de plusieurs districts de la France s'étaient enfuis en Bretagne ou en Angleterre : « D'autres» « dit-il, sont morts de faim ; d'autres , dans leur désespoir^ «ont tué leurs femmes, leurs enfants , puis eux-mêmes; « enfin , un grand nombre , auxquels on a dérobé leur bé- « tail, s'attellent eux-mêmes à la charrue avec leurs en- « fants ; plusieurs, pour éviter qu'on saisisse leurs bœufs, « n'osent labourer leurs champs que de nuit. » Après avoir

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fait cette âiergiqae protestatioo, les états , menacés par les princes , faiblirent , et s'en remirent à la sagesse de Tenfant roi pour faire droit à leurs demandes. Ils nommèrent le duc d'Orléans président du conseil, donnèrent la seconde place au duc de Bourbon , connétable , et la troisième au sire de Beaujeu : ik décidèrent que les états seuls avaient le droit d'imposer le peuple, ordonnèrent des réductions dans l'armée, et votèrent une taille de 1,200,000 livres pour deux ans, déclarant qu'à l'expiration de cette époque il fallait les convoquer de nouveau pour obtenir que cetimp6t fût maintenu. Ils établirent ces principes sans prendre aucune des garanties nécessaires pour les faire observer. Bientôt les discussions dégénérèrent en querelles honteuses pour la répartition de la taille entre les provinces : profitant de ces divisions et de la lassitude des députés, les princes firent tout promettre par le roi, et se hâtèrent de dissoudre les états : aucune promesse ne fut tenue , aucun de leurs vœux ne fut exaucé.

Le duc d'Orléans , jeune prince plus occupé de ses plaisirs que des affaires , fut bientôt écarté par Anne, sa belle- Anne dé sœur, du conseil dont les députés l'avaient nommé prési- goayei^ dent; et l'on vit le royaume gouverné par une femme qui royaume. n'avait de titre au pouvoir, ni par le vœu des états, ni par les lois du royaume. La sagesse et la vigueur avec lesquelles cette princesse employa l'autorité firent oublier au peuple qu'elle l'avait usurpée ; mais une ligue se forma contre elle, composée des princes du sang et des grands ugnedes seigneurs : à leur tête figuraient les ducs d'Orléans et de Bourbon, le prince d'Orange, Philippe de Gomines et le comte de Dunois, fils du fameux bâtard de ce nom, et le plus habile n^ociateur de son siècle.

La Bretagne était alors en proie à l'anarchie. Le vieux

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dttc François IT, presqoe imbécile , ne régnait pivis qne de nom. Il avftit donné tonte confiance an fils d*on taillear nommé Landais, dont il avait fait son trésorier et son ftvori. Les nobfes bretons, indignés des emautés de ce dernier, s*étalent lignés contre Ini et contre leur dtoc. Anne d© Beanjen , agissant toujours au nom du roi , fit alliance avec eux. Elle s'unit également avec René de Lorraine , et les Flamands , alors révoltés contre Maximilien d^Âutriche y leur souverain. Le duc d'Orléans , qui fut coupable , moins pour avoir combattu Tusurpation de sa belle-sœur que parce qu'il appela lîétranger dans le royaume , se ligua avec François II et son favori , avec Maximillen et avec Ricbard îll, roi d'Angleterre. Ricbard était devenu roi à fbrce d'attentats : tuteur de ses deux neveux à la mort dTÈ- 4ouard iV, il avait commencé par contester leur naissance, puis il les avait fait étouffer. Les ducs d'Orléans et de Bre-^ tagne s'unirent avec ce monstre, et pour prix de ses secours ils s'engagèrent à lui livrer Henri de Riehetnûnty prince de la race royale, réfugié sur le continent , et vengeur des Lancastre. Anne de Beaujeu soutint ce prince, et lui donna quelques troupes , avec lesquelles il débarqua t'iQ delà en Angleterre. Bientôt la bataille de Bosworth, où périt

guerre

des deux Richard m, assura le trône à son rival : Henri de Richeroses en '

^^' mont , petit-fils d*Owen Tudor et de Catherine de Valois, "**• fut reconnu roi d'Angleterre en 1485. Il avait épousé Élîsabeth d'York, et réunissait ainsi en sa personne les droits des deux familles entre lesquelles le royaume s'était partagé depuis tant d'années : la guerre des deux roses,' ou des maisons d'York et de Lancastre, finit à son av«iement au trône. Vers le même temps, les nobles bretons triomphèrent : ils saisirent Landais dans la chambre même de leur souverain, qui le leur livra, en deBMndanl sa

LiYB» uu cmàprsmm m. $40

^âce : ce (ut en v«&b. Oa cfMràanBfi» Lsoidais àniort, an rexéciLta^, et le faible Françei» II ajf>pnrava) ia sentence.

Anne de Beaftjca pmfite habilemeiit du succès de se» ^^f^^^ alliés : elle scmunet le midi , et enlève la Guyeene au comte ^\^^de GottiniBge; puis elle fait enlrer une armée royale en Bretagne^. Les princes rcbetie» sent cMitteniés : Dooois ranime leur courage ; il s'adresse à {dusieurs princes éloigués les ufisdes autres, auxiiods il fait espérer qu'ils obtiendront la main de la fille du due de Bretagne, héritière duduidié : c'est ainsi qu'il Ibtte tour à.tour et qu'il attire dans son parti Alain d'Âlbret, se^neur du Béarn , Mazi^ milien, d'Autriche , récemment éki roi des Romains^ et le puissant vicomte deBcdiao. dépendait Atme fait tenir à son frère un lit de justice au parlement de Paris, où les princes ligués et les principaux seigneurs de leur parti sont 2\|furnés à comparaître : Ils font défaut, et, au meto de mai suivant 9 un Jugement est rendu, par lequel le comte deDunois, Leseun, comte de Gomminge, Philippe de Gominea, sire d'Argentou, et plusieur» autres seigneurs, sont condamnés comme criminels de lèse-majesté : aucune sentence n'est prononcée contre les princes.

Anne poursuit ses avantages. Elle confie l'armée royaie à la Trémouiile, qui mardie en Bretagne, et rencontre iVmée des princes près de Saiirï-Aubin^u^Gormier. Le nataréehal de Bieux, le sire d'Albr^ et Chateaubriand la comnaandaiettt ; le duc d'Orléans et le prince d'Orange étcôent dans ses rangs. La bataille s'ei^)age ; elle est gagnée Bataïue par la Trémouiikv et prépare ta réunion de la Bretagne à Aubia^dâ la France^ Le duc d'OrWûw^ le prince d'Orange et un ""•' gr»id nombre de selgneufs sont fûts prisonniers. Le vainqueur les invhe à sa table ; etlorsque le repas est achevé, deux motoes frsmcisoains ^e^ent dans la salle* Les con-

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vives sont frappés de stupeur; la Trémonille se lève, et dit : « Princes y je renvoie votre jugement au roi; mais vous« chevaliers, qui avez rompu votre foi et faussé votre serment de chevalerie, vous payerez votre crime de votre tête. Si vous avez quelques remords sur la conscience, voilà des mdnes pour vous confesser. » La salle retentit de sanglots; les chevaliers embrassent en suppliants les genoux des princes, qui, saisis d*horreur, restent immobiles. On entraîne les condamnés dans la cour, et ils sont mis à mort. Le duc d'Oriéans et le prince d*Orange sont conduits en France, où Anne les retient prisonniers. Le Traité de traité de Sablé, eondu la même année, suspend les hos-

Sablé. , ' ^ ? r

1487. tilités entre la France et la Bretagne.

Le connétable duc de Bourbon était mort : son fïrère, le sire de Beaujeu> avait hérité de son titre et de toute sa puissance. Anne, devenue duchesse de Bourbon, se vit, après la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier, en possession d'une autorité qui cessait d'être contestée. Cette princesse avait depuis longtemps en vue la réunion de la Bretagne à la couronne. Aucun projet ne pouvait être plus utile au royaume, constammeqt mis en péril par Tindépendance de ce grand fief. Peu de mois après la signature du traité dS?Fw5- ^ ^^^^i *® ^îcwx François II mourut. Charles VIII ré- ^Dwell* ^'^™^ 'û g^"ï® ^oble de ses filles, dont Anne, l'aînée, avait Bretàffi?. ^ P^^^^ douze aus, tandis que des princes et de puissants ***^' seigneurs se disputaient la main de cet enfant. Plusieurs partis se formèrent en Bretagne, ou les divers prétendants appelèrent les Anglais et les Espagnols. Ceux-ci, envoyés par Ferdinand d'Aragon et par la célèbre Isabelle de Castille, combattaient les prétentions du sire d'Albret, que soutenaient les Anglais. Tous étaient ligués contre la France, mais fort affaiblis par Tanarchie. Tel était Tétat

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