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LIYAE III. CHAPITRE III

des affaires dans ce duché, lorsque, en 1490, la jeune Anne de Bretagne, pour échapper à ses persécuteurs, consentit à épouser le roi des Romains, Maximilien d'Autriche. . Ce prince était absent, et le mariage ne se fit que par procuration. Trompé dans ses espérances , le sire d'Albret trahit les Bretons, et vendit à Charles YIII la ville de Nantes, dont il était gouverneur. Le roi obtint de nouveaux avantages, et bientôt après il surprit Rennes, où était la duchesse, et s'empara de sa personne. C'est alors que l'on vit s'accomplir un fait étrange dans les annales de l'histoire. Anne de Bretagne et Charles VIII étaient mariés, la première avec Maximilien, le second avec Anne d'Autriche, âgée de onze ans, fille de ce même Maximilien et de Marie de Bourgogne ; mais aucun des deux mariages n'avait été consommé; ils furent annulés l'un et l'autre par l'Église, et Charles YIII épousa, en 1491, Anne de charies Bretagne, qui lui céda tous ses droits de souveraineté, l^f^^ s'engageant, si elle devenait veuve, à n'épouser que Thé- ^'JSf*®ritier du royaume. L'année suivante, Charles YIII promit solennellement de respecter les privilèges des Bretons; il Jura qu'il ne lèverait aucun subside sur eux sans le consentement des états de la province; que nul Breton ne serait appelé en jugement ailleurs que devant les juges de scm pays, et qu'il n'y aurait appel du parlement de Bretagne, qu'on nommait alors les grands jours y au parlement de Paris, qu'en cas de déni de justice ou de faux jugement.

Charles, âgé de vingt- deux ans, était le plus puissant souverain de l'Europe. Dès Tannée précédente il avait secoué le joug de sa sœur. Le premier acte de son autorité fut la mise en liberté du duc d'Orléans, qu'elle tenait captif dans la tour de Bourges, et qu'il combla de témoi-

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gnages de tendresse et de confianee. Il s'abandonna bientôt à ses Idées chevaleresques, et ses relations avec les souverains étrangers favorisèrent ses projets aventureux. Maximilien d'Autriche, dont il enlevait la femme et répudiait la fille, avait ajourné sa double vengeance, pour détruire l'année qui, sous le grand Matthias Corvinus, dëfèndit rindépendance de la Hongrie contre les Turcs Traité de et Ics Allemands. L'année suivante il ût la paix à Senlis

Seolis.

^^rtM avec Charles, qui lui rendit sa fille Marguerite, et lui î'A^M- sd)andonna sa dot, consistant dans les comtés de Bour- SmtS gogne et d'Artois, qui étaient alors au pouvoir des Au- |o£*"et trîchîens. Le roi d'Angleterre Henri VII, que Charles VIII H95. * avait aidé à conquérir son royaume, le payait d'ingratitude; et, ayant obtenu de grands subsides de son peuple pour faire la guerre à la France, il assiégeait Boulogne avec une armée. Charles obtint la paix en reconnaissant, Trajié par le traité d'Étaples, une dette de sept cent quarante- ^ mSC*' cinq mille écus d'or payable à ce monarque avare, qui, suivant l'expression du grand Bacon, son historien, vendait la guerre à ses peuples et la paix à ses ennemis. Enfin, dans l'espoir d'exécuter ses projets de conquêtes lointaines, Charles VIII avait précédemment rendu , par le traité de Traité de Barcelone, à Ferdinand d'Aragon et à Isabelle de Castille, ROT^il^ vainqueurs des Maures et conquérants de Grenade , les ërdSffnï comtés de Boussillon et de Gerdagne, chèrement achetés ^dïto par Louis XI. On dit que des moines franciscains, gagnés ^Mf^' par les souverains espagnols, obtinrent de Charles ce traité avantageux, en lui persuadant que Louis XI, son père, souffirirait dans le purgatoire jusqu'à la restitution de ce bien mal acquis.

Charles VIII, en paix avec les États voisins et avec ses peuples , se vit maître de satisfaire sa passion pour les

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ayniE^iifes faiintâiBM et piw ks conpiâCè&cbeTiiieresquet» Blevé daiis< rigoonuMe. des: beaBBee- et ém allaires , ne p9S8fl4t&t Bttotme inslmctôoa lii8tori(}«e, iacapable de Uxdr^ catfitti et de^ tenite poétiskiB, il n'avatt noarri sou inMIf- ^^enee que de la tectttreidâs romans de ebsTn^rie, et ne s'étatt aéenné à d'aintre exnreiee qm'à œhii des joules et des «oornoisi Smi imagination» échangée par le récit de» explolis de Qiarleniagne et des efaevaUers nomands, loi psrsHadait qn'il était appelé à soiTre leur exemple. Il rèra la conquête de Constantinople, et borna d'dx>rd son am-' hitioa à celle de l'Italie et de la Sicile.

Depuis iKN^emps l'Italie enfiammaitla cupidité des Français.. Les prétentions suceesslTcs des deux maisons. d'Anjou avaient s^pelé, depuis saint Louis, à diaque gé* nération» des essakns d'aventwriers français ou prorençanx dans c^e belle contrée. Ceux qui n'y sueoombiâent pas revenaient couverts de brillantes anmures fabriquées en Lombardie, ou de sompinettses étoffes de Florence. Ils vantaient les dâiees4'un ptns doux cUmat^ tes vins exquis du Midiy les merveiUesde f industrie , le luxe, et tous les biens qui les avsâent tentés^ Borne, d'ailleurs, capitale dm monde religieux, attirait tous les regards, et jamais les rois de France ne perdirent Tltalie de vue. Louis XI^ entre autres, avait cberehé à acquérir des droits sur eMe ; c'était à son instigation que le vieux roi de Sicile Eené d'Ânjon désigpa peur son béritîer Charles du Maîoe^ son neveui au. pr^iidiee de René II , duc de Lorraine, fils de sa fille atttée. Cbarles du Makie,.soiiverain: reconnu de la Pro^ venoe, en prenant le titre de roi de Sicile, nomma Loirîs à son tour son béritier universd : ce testament était l'ut niijpe «lire snr lequel Chsil^i YIII appuyait ses prétei^tons à la couronne de Naples et de Sicile, alors possédée

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par Ferâinand d'Aragon , fils d'Alphonse te Magnanime. sitoation il y avait toujours dans le royaume de Naples un parti sidie^ favorable à la maison d* Anjou, et qu'on nommait le parti HM.' angevin. Il fut grossi de la plupart des lirons, révoltés contre l'atroce tyrannie de Ferdinand. Ils appelèrent inutilement René de Lorraine dans le royaume; à son défaut, ils s'adressèrent à Charles YIII, et lui offrirent la couronne* Ce prince avait encore un autre appui en Italie. Louis le Maure, fils du grand Francesco Sforza, était tout-puissant à Milan. 11 s'était, en 1479^ emparé de la régence de ce duché, supplantant au pouvoir Bonne de Savoie, bellesœur de Louis XI, et mère du jeune duc Jean Galéas , . abruti par les voluptés, et incapal>le de régner lui-même. Louis le Maure, oncle de Jean Galéas, lui avait laissé le titre et l'appareil de la souveraine puissance; mais il gardait toute l'autorité dans ses mains. Affligé des divisions de l'Italie, il songeait à la réunir en un seul corps, et son génie provoquait la haine jalouse de tous les souverains de cette contrée. Menacé par les Vénitiens, et se m^ant du nouveau pape Alexandre YI, toujours prêt à se vendre au plus offrant, il crut avoir besoin des Français pour se maintenir, et les appela en Lombardie. Dès lors Charles YIII n'hésita plus : encouragé par ses deux favoris, le cardinal Briçonnet, évêque de Saint-Malo, etde Yese, sénéchal de Beaucaire, et vainement combattu par Anne de Bourbon et par son mari, il résolut de partir. Déjà il songeait, après avoir conquis l'Italie, à se faire livrer par ie pape le sultan Zizim, que son frère Bajazet II, empereur des Turcs , avait chassé du trône ; et il voulait, avec l'appui de son nom, marcher sur Constantinople. Yers ce temps , Ferdinand d'Aragon mourut, laissant deux fils, Alphonse II, qui lui succéda, déjà célèbre dans les guerres

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contre les Tares, et Frédéric, à qui son firère ocmfla le cornmandement de sa flotte.

€e fut au mois d'août de Tannée 1494 que l'armée fran- Départ de

Charles

çaise s'ébranla pour passer les Alpes : elle était composée ^^^^^^ de trds mille six cents hommes d'armes, de douze mille ^£^ archers ou arbalétriers, de huit mille fantassins gascons, **^' armés d'arquebuses, et de huit mille Suisses et Allemands^ formant en tout trente-deux mille hommes, accompagnés d'une artillerie formidable, et la meilleure de TEurope. L'Italie s'émut à leur approche : Venise et les États voisins prirent l'alarme, et leur furent hostiles; Milan et Gènes se montrèrent seules favorables.

En arrivant dans la première de ces villes, le rd vit dans la citadelle le duc Jean Galéas, qui, presque dépourvu de sens, épuisé par les débauches, languissait atteint d'un mal que le poison peut-être avait causé, et qui peu après le mit au tombeau. Louis le Maure prit aussitôt le titre de duc de Milan. L'armée française continua sa marche à travers la Lombardie, et arriva sur le territoire de Flo» rence , où quelques places qui voulurent l'arrêter furent emportées. Les Suisses y commirent d'effroyables barbaries, massacrant tous les prisonniers, habitants et soldats. La terreur précéda l'armée. Épouvanté par le récit de ces atrocités, Pierre de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, et chef de la république florentine , livra aux Français plusieurs villes et chAteaux forts. Le peuple, indigné, se souleva contre lui : ce jeune homme, incapable et présomptueux, chercha un refuge à Venise, et les Florentins se crurent libres. Ils accueillirent avec acclamations les Français, comme des libérateurs : Pise et Florence ouvrirent charies leurs portes, et Charles, admis en allié dans ces villes, y rence.^ entra en vainqueur. Étranger à la révolution qui s'était

SM DBOXiio» iSpoqgb;

opéiéei anieiir de lui , ignorant les motifs éê l'aocn^l bfea* veillant de ce peuple , il parle en maiire à ses dépotés , et leur dit, en répondant à leurs harangues amicales, qu'il ne sait eœore s'il leur donnera pour goorerneurs les Médleî» ou des conseillers français. L'indignation des Florentin» est au comble. « S'il êst ainsi, dit Pierre Gaponi, ckrf à» la députation, s&nnez vos trompettes, nous sommerons nos eioches. » Le peuple court aux armes^ les maisons et les vastes palab de Florence se remplissent de soldats : Glmr* les Ylfl reconnaît le péril, et renonce à ses prétentions : il nqppefle Gaponi , obtient un subside pour l'aider dans son entreprise, et prom^ de rendre à la ÛVk de la guerre les fiM^eresses livrées par Médicis. Ferdinand, fils d'Alphonse II, diargé par son père d'arrêter les Français, n'est soutenu ni p»r le pape ni par les Florentins. Trop faible pour lifter seul, il recule^devant l'ennemi, et Charles VIII «itre dans la ville pontifleale sans tirer l'épée. Alphonse^ dont les armées se fondaient sans combattre, réduit au d^ sespoir, abandonne son peuple et sa couronne, et ne siHige plus qu'à ses trésors et à sa eonseieoee. Ministre des cruau** tés de son père , il voyait se dresser devant lui le» ombres deses vict»nes, ^ reconnaissait la main de Dieu dans ses ADdica- désastres. Agité d'une terreur sij^perstitieuse, il abdique en f^^Ai- fflfveur de son fils Ferdinand ; puis il s'embarque aveeses *^* ' ridiesses, et cingle vers Mazarra en Sicile. Là il s'enferme dans la maison de» religieux olivétans, passant les jour^ nées en jeûnes et en prières, et il meurt la même année. Ferdinand II voit son armée 'saisie d'effroi. Une sédition éolateà Naples : il part pour la calmer^ et confie ses tren-»pes au Milmais Trivulaio, qui le trahit, et vend l'armée à Charles VIII. Ferdinand ne revient que pour être témoin de c^e infâme trahison; il retourne à Naples, qui li^

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ferme ses porté», et s'embarque avee sa finnine pour l^tto* dHsehia. Charles TIII arrive derant Naples^ dont 11 con* Entrée de firme tous les privilèges : il fait dans la ville une «nlrée viii f triomphale^ et la partie continentale du royaume de l^le ««»»• ' est soumise.

Les guerriers français, enivrés de leur glœr^ no songé* mit qu'à s'enrichir promptement : leurs capitaines avaie^ demandé au roi les premières dignités et les fiefs les ptu» importants du royaume, et Charles ne refusait rien; il ne savait ni les noms des barons angevins auxquels il de-* vait de la reconnaissance, ni ceux des barons aragonais qa'il lui importait de ménager : il les offensait tous , et à peine y eut-il un gentilhomme qu'il ne jetât dans le parti des mécontents, par un déni de Justice ou par quelque outrage in>prudent. Cependant l'orage grondait derrière lui : les puissances de TEurope s'alarmaient de ses succès rapides : TËspagne, Maximilien, Venise et le pape se liguèrent secrètement contre lui, et l'Ame de cette ligue était son ancien alHé Louis le Maure. La conduite des Français à son égard avait été aussi injurieuse que téméraire : oubliant ses services et le besoin qu'ils avaient encore de lui, il» lui reprochaient hautement la mort de Jean Galéas , refusaient de reconnaître son titre, et le duc d'Orléans, invoquant les droits qu'il tenait des Yiseonti, s'intitulait hii-méme duc de Milan. Louis le Maure n'attendit que lo moment^le la vengeance, et ce moment se présenta bientôt Philippe de Comines, ambassadeur du roi à Venise, informé des projets de cette ligue redoutable^ se héta d'en donner avis au roi , qui s'endormait sur son triomphe, au milieu des occupations les plus frivoles et les plus insensées. Charles ordonne aussitôt la retraite; et, rejetant Toffire que lui fait Ferdinand de tenir de lut en fief la cou-

roiine de Naples , il Domme son pareot, Gilbert de Montpc^er, viee-roi du royaume, et lui emiûe une partie de l'armée.

Le duc d'Orléans ) que Charles avait laissé à Asti pour conserver les communications avec son royaume , compromet par 9on imprudence la retraite des Français* Impatient de saisir la couronne ducale de Milan , il attaque Louis le Maure^ qui l'enveloppe lui-même et le bloque dans Novarre^ dont d'Orléans s'était emparé. Toute la Lombardle est soulevée ; l'armée vénitienne arrive, et s'unit aux Milanais; François de Gonzague, marquis de Mantoue, commande leurs forces réunies. L'armée française, très'inférieure en nombre, les rencontre près de Fornovo. [Elle est attaquée au passage du Taro, et remporte Batauie uuc victoire signalée. Cette bataille de Fornovo, où une FornoTo. muItltudc dltalleus perdirent la vie, assura la retraite de Traité'de ChaHcs YIII. Lc roi. par le traité de Verceil, fit la paix

VerceiL

avec Louis le Maure, qu'il reconnut pour duc de Milan : il lui rendit Novarre, et ce prince reconnut en retour qu'il tenait Gènes en fief de la couronne de France. Tandis que Charles rentrait dans ses États, Ferdinand et Gonzalve de Cordoue, le vainqueur de Grenade, et le plus grand cçipitaine de son siècle, attaquaient les Français laissés dans le royaume de Naples. Le vice-roi, Gilbert de Montpensier, est contraint à évacuer la capitale : il se laisse enfermer dans Atella; réduit à capituler, il met bas les armes avec cinq mille guerriers, et s'engage à sortir du royaume après avoir rendu toutes les places, à la réserve de Gaète, de Venosa et de Tarente. Une épidémie moissonne ses troupes : il en est atteint lui-même, etmeurtà Pozzuolo : cinq centa soldats lui survivent à peine. Charles YIII reçoit la nouvelle de ces désastres à Lyon et à Tours, au milieu de fétea

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licencieuses; en vain il veut sauver sa conquête : Nai^ks u» et la Sicile sont perdues pour la France. Le roi projetait ^^'^l^ une seconde expédition, lorsqu'on 1498 il fut frappé d'à- ^,^*^)^' poplexie à la suite d'un choc violent : il mourut dans son mou de château d'Amboise, à l'âge de vingt-huit ans. viuf*

Un des traits distinctifs de son caractère fut une extrême bonté. « La plus humaine et douce parole d'homme qui « fust jamais, écrit Gomines, estoit lasienne; car oncques <c il ne dit à aulcun homme chose qui lui dust desplaire. » Son incapacité était généralement connue, et ses suoeès militaires aux yeux de ses contemporains tinrent du prodige. Sa douceur et sa bonté furent appréciées. La France lui sut gré de ce qu'il aurait voulu faire pour elle^ et donna des larmes à sa mémoire. Il avait, dans l'espaee de deux ans, perdu trois fils, en très-bas âge. Leduc d'Orléans, petit-fils du frère de Charles Y I, était son parent le plus proche.

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