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CHAPITRE IV

Règne de Louis XII.

Le duc d'Orléans avait trente-six ans lorsque, sous le Avénenom de Louis XII, il monta sur le trône. Il prit aussitôt i^atoxil les titres de roi de France, de Jérusalem, des Deux-Sleiles, et de duc de Milan, afin de ne laisser à l'Europe et à ses sujets aucun doute sur ses prétentions à Tégard de l'Italie. L'avènement de ce prince rendit à la couronne l'apanage d'Orléans, dont faisaient partie le duché d'Orléans^

aS4^ OBUXIÈICK éPOQUB.

leMMMté de^BiW««to6loide VaMs. Louis XII aecorda ce dëmitrotnité ea apanage à FrançoiS) oamle d'Angealéme, s&A coaaiii etson snee^sear. Il traita avee bonté la TrénMviUe et saaanciens eoiiemiSy disant que le roide France oubliait les injures du due d'Orléass ; etil deana toute sa CMâasee à George d'Ambofoe, areheréque de Rouen et <ispQi8'Cardinal, boome intègre et bien intentionné, maia dont les lumières n'égalaient point le zèle.

Les premiers actes de Lovûs XII furent sages et utiles. Il dln^ma les impôts » rétablit l'ordre dans les fiuMiees et Tadministration^ et confirma une ordonnance que le cbanoolier^oy de Roquefort avait fait signer à Charles YIII Grand pouT la créatioa d^une cour souveraine ou grand consdl. Cette cour, composée du cbaneeliery de vingt conseillers clercs ou laïques, et des maîtres des requêtes de l'hAtel, était destinée, disait le roi, à soutenir ses droits et prérogatives. Elle fortifiait et régularisait l'autorité royale, et mérita à Louis XII la reconnaissance des peuples, par les sages réformes qu'elle apporta dans la législation : elle restreignit les privilèges abusifs de l'université, par lesquels la juridiction des tribunaux et la perception des impôts étaient sans cesse entravées. Les quatre facultés s'assemblèrent à ce sujet, et prononcèrent comme de coutume la cessation des études et des prédications. Le roi et ses ministres réprimandèrent sévèrement leurs députés : la lutte dara huit mna, après lesquels l'univertité se scnunit, et cessa di'avDir recours à cet expédiât scandaleux.

La rdne Ame s'était retirée en Bretagne anssitèt après la owfft de Charles VIII , son ^ux, et andt eu hâte d*y faire acte de souverakieté, en freq^puit monnaie et es publiMit des édits« Son dudié allait échapper à la France* si eUe n^épousaît le roi ^ et Louis résolut d*aeeom^co

LIYBS^ in* C1K49ITBB lY. 85S

maeîige» Il était mftrié aree Jeanne, û\h ê» Louis XI ; el qwHqa'U n'y eût aœuB moUf légal â» lUvorae, il sollicita du pape AlexuadreYI la raptureâe ee premier engagement, et se le rendit favorable en prom^tant le doché de Valentinois à César Bor^a, s&q fits. Jeanne, qui vivait séparée de son mari, adcmnée tout entière à des e^rardees de piété, opposa, par conscience, une résistance inattendae h un projet qui lui semblait coupable ^ et le seandale d'un bontenx procès devint public. Tous les moMs allégués parle roi étaient faux ou illusoires: cependftiM; les juges prononcèrent le divorce, et les dispenses pMtr un nouveau mariage furent apportées à Louis par Mariage César Borgia , qui remit à George d'Amboise le <topeau ^^^^^^ de cardinal. Louis XII épousa sur-le-champ Anne de Bre*- ^J^Sf^®tagnt, et le contrat prouva qu'il avait encore plus agi dtms l^iBllérétdesa propre grandeur que dans celui de la France; car le duché n'était point irrévocablement réuni à la coii^ ronne; mais il fut déclaré transmissible au second enfant de la reine, ou, à défaut du second enfant, à son plus proche héritier.

AusMIét après cette union, Louis fit valoir sur le Milanés des droits qu'il ne pouvait invoquer qu'en qualité de petit*fils de Valentine Yisconti. Le duché de Milan était un fief impérial masculin ; les droits invoqués par Louis XII étaient donc nuls : ils furent soutenus par une puissante armée, qui, avec le secours des Yénitiens et du pape, soumit le Milanez en vingt Jours. Louis Sforza ou leconooète Maure ^ abandonné de tous, se réfugia chez son gendre, ^u^^^* ^empereur Maximilien. L'administration des Français fut on^essive à Milan; une révolte éclata bientôt; Louis Sforza y revint avec des forces imposantes, et la Trémouille, à la tèle d'une nouvelle armée, passa en Italie.

356 DBUXliMB BPOQUB.

Louis le Maure défendait Novarre avec des troupes Dom« breuses , quand la Trémouille parut devant eette place* Des Suisses combattaient dans les deux années , et fSsisalent la prineipale force de Louis; ils le trahirent, ca]^tulèrent honteusement malgré lui, et le livrèrent aux Français. Louis XII abusa envers son prisonnier des droits du vainqueur ; il le retint jusqu'à sa mort à la tour de Loches, dans une étroite captivité , qui dura dix années. Maître dut Milanes, il aida le pape et César Borgia à soumettre la Romagne; puis il conclut avec le roi d'Aragon, Ferdinand Trattë^de le Catholique , en 1500, le traité secret de Grenade , par

*«<K>. ' lequel il partageait avec lui le royaume de Naples, dont il nomma vice-roi le jeune Louis d'Armagnac , duc de Nemours.

Frédéric régnait alors à Naples : menacé par les armées françaises, il sollicita Tappui de ce môme Ferdinand, qui venait de le dépouiller, et qui s'empressa de lui envoyer le célèbre Gonzalvc de Cordoue ; celui-ci introduisit promp* tement les Espagnols dans les principales forteresses, puis il signifia au malheureux Frédéric, indignement trompé, le

Guerre traité de partage. La guerre entre les spoliateurs fut Tunil'Espagne que résultat de cette odieuse conquête. Les Français et les

France. Espaguols sc disputèrent les revenus du royaume ; et lorsque Gonzalve se crut en force, les hostilités éclatèrent. Il remporta deux victoires consécutives, Tune sur d'Aubi-

Batauie guy à Sémluara, l'autre sur Nemours, à Cérignoles, où

if^' le jeune vice-roi perdit la vie. Louis XII rassembla troisnouvelles armées, dont deux marchèrent sur l'Espagne; la troisième s'avançait vers Naples, quand tout à coup la mort du pape Alexandre VI bouleversa Tltalie ; César Borgia tomba en même temps dangereusement malade : l'un et l'autre avaient, dit-on, bu par mégarde du poison

LITBB m. GHÀPIT» lY. 357

qu'ils destiDaient à un cardinal invité à leur table. La maladie de César Borgia an moment de la mort de son père annula son pouvoir^ et lui enleva tout le fruit de ses infftmes intrigues. Louis XII perdait dans la perscmne d'Alexandre YI son plus puissant allié en Italie , où le belliqueux et irascible Jules II , successeur de ce pontife , lui crài bientôt de nouveaux périls et d'insurmontables obstacles. L'armée française, commandée par le marquis de Mantoue, fut longtemps tenue en écbee par Gonzalve sur les bords du Garillan , puis enûn , attaquée par ce grand capitaine, elle prit la fuite. Gaète ouvrit ses portes aux Espagnols, et les Français furent partout repoussés , malgré les exploits de la Palisse , de d'Aubigny, de Louis LesFran. d'Ars, de d'Aligre, et l'héroïque valeur du chevalier Sênt^nê Bavard, le plus célèbre entre ces illustres guerriers. Le ^^^ royaume de Ptoples fut une seconde fois perdu pour la <i<^^ap^«» France.

Tandis que la France éprouvait à l'extérieur de si grancte revers, un danger plus grand la menaçait à l'intérieur, La reine Anne, princesse ambitieuse et hautaine, tout entière occupée des intérêts de sa famille, était peu touchée de la grandeur et de la prospérité du royaume : elle voulait pour sa fille Claude un époux qui eût en perspective le sceptre de la monarchie universelle , et lui destinait le jeune Charles de Luxemliourg, qui fut depuis Charles-Quint.

Ce prince 9 fils de l'archiduc Philippe, souverain des Pays-Bas, héritait de l'Espagne par sa mère, et Louis XII, p^r le traité secret de Blois, lui céda, pour dot de la Traifé princesse Claude , la Bretagne , la partie de l'héritage des \^. ducs de Bourgogne réunie à la France, tous ses droits smr le Milanez et le royaume de Naples. Le roi signa ce traité,

tiê . IHWKlàia S90QVI.

qu'il feudmit ^pulifier <ie tnàiiOQ «oYevs k Fraiiee «i LdQis ^ «Q le iHj^Muit /avait «u l'osage de«a ttâmn ; nais il était alors âaogerettseiBclil malade; ^m/erut sa fiû j^eo* chaine^ eila reine, ne sott§eant«Qeore qu'à ses prc^reftin** târètey disposa tout «ur-le-ehaaip pour sa retraite «nBre* tagoe. Déjà elle s'était embarcpée avec ses trésors, lorsque le maréchal de Gié , gouveraear d'Angers , et sorinteiidttil de l'éducatiou du jenae François d'AngouStoe, mit «b** stade à cette fuite, qui mesaçait de porter lOiteinte à l'inté* grité du royaume : il fit saisir les bâtiments chargés des n* diessesde iardne, et lui signifiaqu'il l'arrêterait eile-mème si elle passait outre. Louis XII se rétid)lit, et le maréchai, traduit pour cet acte de fermeté devant le paHemmt de Toulouse, fut puni.par la perte de tous ses «onplois.

La féodalité expirait : cepmidant , tel était eneore le napect pour ses coutumes, qu'en Tannée 1505 Loufo Xilflt hommage à l'empereur Maximilien pour le duché de M»lan, et lui prêta serm^t d'obéissance. L'année suivante il reçut des états généraux , rassemblés à Tours , le sur- Mariage nom de Père du peuple, et fut swpplié par eux de taiarier prin^ sa fille Claude à François, comte d'Angoulème, héritisr Fr^çois pr^aoïnptif de la couronne. Cette demande prévem^t le "^'léme^' «eeretdésir du roi, qui , se reprochant le fimesle traité de û^me ]^(rfs, avait déjà saisi une occasion de le rompre. Il exauça t4neà7â le vœu dcs éfaits, et les fiançailles de la princesse Claude et iw)6. * de François d'Angoulème furent immédiatement célébrées. 'Liuls XII , miUgré ses revers , a?ait toujours les yeux fixés sur ritalte. Gènes obéissait alors aux Français , qui , apportant dans cette républ^ue tous les pr^'ugés de la no» blesseffodéie, s'indignèrent d'y vo^r des tK>urgeois exercer le pouvoir eoi^'^ntemeet avec les nobles. Ceux-ci, ^soutenus par le gouvermment français^ insultaient le

LlYRS UX. CajaHïM IV. M9

.peuple 9 et marchaient armés de poignards , sur leMpielè Us .avaftent Mt graver u&e devise outrageimle. Le peuple se révolta , prU; im teiaturier pour doge, et chassa les Frao- -fais. Loais XII jura à' m tirer vengeanee, et parut bieutèt sous les murs de Géaes avec une brillante armée. Il entra lou^xu

châtie ;

répée à la main dans la ville vaincue, fit pendre avec le j^^} doge soixante et dix-neuf des principaux citoyens y et par- *^^' donna aux autres en les frappant d'une taxe de trois cent mille fiorins , suffisante pour ruiner la république.

Yeoise servait de boulevard à la France contre l'Allemagne, et s'était montrée sa fidèle alliée dans la campagne d'Italie. Le roi devait la ménager, par politique autant que par reconnaissance; mais la haine qui animait les souverains de l'Europe contre ks républiques étouffa te«t autre sentim^t dans le cœur de Louis XII; U excita, sans provocation et sans motifs, l'empereur Maximllien , le pape et le roi d'Aragon , contre les Vénitiens ; le cardinal d'Am- -boise fut l'âme de cette ligue, comme sous le nom de Ligme ugue de

^ ^ ^ Cambrai. 1

de Cambrai, ville où le traité d'alliance fut signé entre i^^*«»i j ces souverains et Louis XII. Les Français marchèrent aussitôt contre Venise, et remportèrent la victoire d'Agnadd. Bataïue Le roi , mettant en action les odieux principes du Floren- dS*" txù Machiavel, soumit ses ennemis par la terreur, et traita ks vaincus avec une cruauté impitc^able. L'État vénitien iut promptement concis jusqu'aux lagunes ; mais le pq^ Jules II avait pour but de rendre l'État pontificat dominant en Italie, d'affranchir la péninsule du joug étranger, et d'établir les Suisses gardiens de ses libertés. Il n'était entré qu'à regret dans la ligue de Cambrai , pour scramettre •quelques places de la Romagne, et par Jaleosie à l'égard de la puissance vénitienne. Ce n'était cependant qu'avec l'aide des Vénitiens qu'il pouvait délivrer l'into dn sea

iwe.

pkis dangereux ennemis : il se rapprocha d'enx après leurs revers , et , se détachant de la ligue de Cambrai , il en forma Ligae une autre, qu'il nomma sainte, avec les Vénitiens, I^ ^ttiof' Suisses et Ferdinand le Catholique. Tous ensemble attaquent les Français ; ceux-ci obtiennent encore quelques brillants avantages sous le jeune et impétueux Gaston de Foix, duc de Nemours , neveu du roi , qui remporte trois BataiUe victoires eu trois mois. La glorieuse bataille de Ravenne , RaTenne. OÙ cc prluce vainqucur trouva la mort, fut le terme des succès de Louis XII en Italie.

Un concile, tenu à Fisc par quelques cardinaux schismatiques , partisans du roi de France et de l'empereur, avait suspendu l'autorité du pape. Louis XII, malgré le trouble de sa conscience et le profond discrédit où tomba ce concile, avait fait publier sa déclaration en France, dans l'espoir de contraindre le pontife à demander la paix. L'inflexible Jules II répondit à cette hardiesse du roi en signant la ligue sainte, et en convoquant le concile de Latran , où quatre-vingt-trois évêques de toutes les parties de la chrétienté le reconnurent pour chef de l'Église. De nouveaux désastres marquèrent pour la France le cours de cette année : Gênes se révolta, et Ferdinand le Catholique conquit la Navarre. Jules II ne jouit point cependant des disgrâces de Louis : il mourut en 1513, et le cardinal de Médicis, ennemi de la France , lui succéda sous le nom de Léon X. Éclairé par l'expérience, Louis XII se rapprocha enfin de Venise, et s'unit à cette république par le traité d*Orthez. L'empereur Maximiiien, Henri VIII, roi d'Angleterre, Ferdinand le Catholique, et le pape, formèrent Ligne de coutrelui la coalition nommée Ligue de Matines. La Tré- . «SIS. ' mouUlie conduisit en Lombardie une armée française, qui iùt défaite par les Suisses à Novarre; elle repassa les Ai-

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pes » abandonnant les Vénitiens à eux-mêmes , et l'Italie fut perdue sans retour.

L'armée anglaise gagnait alors en Artois la bataille de Batauie Guinegate , connue dans rhistoire sous le nom de la Jour- Vte. ^ née des éperons y à cause de la déroute complète de la gendarmerie française. Les plus illustres capitaines , et entre autres la Palisse, Bussy d'Amboise, et le chevalier Bayard, y furent faits prisonniers. Pressé à la fois par les Suisses, qui assiégeaient Dijon , par les Espagnols et par les Anglais ; privé de son seul allié, par la mort de Jacques lY , roi d'Ecosse, tué à la bataille de Flodden; enfin, tour- . mente par sa conscience , Louis XII renonça au schisme , abandonna le concile de Plse, transféré à Lyon , et signa, en 1514, une trêve à Orléans avec toutes les puissances Hostuifé» ennemies. doespar

Les charges et les malheurs de tant de guerres avaient ^or^^ obligé le roi à augmenter les impôts , à réclamer des dons gratuits et à aliéner son domaine. La reine Anne n'était plus, et, pour assurer la paix entre l'Angleterre et la France, Louis demanda et obtint en mariage Marie, sœur de Henri YIII , en s'engageant à payer pendant dix ans une rente de cent mille écus au monarque anglais. Ce mariage fut fatal à Louis XII ; il mourut le l^' janvier 1515, Mon de peu de mois après sa célébration.

On cite de ce prince des mots heureux et des traits de courage. A la bataille d'Agnadel, comme l'artillerie véni* tienne donnait de son côté, on lui cria qu'il s'exposait trop : « Point, point I dit-il, je n'ai pas peur; et quiconque « aura peur, qu'il se mette derrière moi '. » Louis XII aimait le peuple , et soutint sans prodigalité la dignité de sa

' Mémoires de Brantôme.

Unis XII.

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couronne. Il était économe; sa oour Tacciisa d*étre avare, et le fit représenter comme tel en plein théAtre; il l'apprit sans colère : « J'aime mieux , dit-il, voir mes eocRtisans a rire de mon avarice, que de voir mon peuple pleura de « ma dépense. » Il eut recours à iHi«xpédient dangereia y la vénalité des charges, pour augmenter ses rev€B«s sans fouler le peuple : cependant il n'étendit point cet usage aux offices de Judicature. L'importance du parlement de Paris, déjà diminuée sous les règnes précédents par la création des parlements de Toulouse, de CrrenoUe, de Bordeaux eA de Dijon , fut encore affaiblie sous Louis XII, par eelie des parlements de Rouen et d'Aîx. Les sages règlements de ce roi pour Tadministration de la justice et des finances le rendirent digne du beau nom de Père du peuple, que lui avaient décerné les états de Tours; mais si dans ses rapports avec ses sujets la politique de Louis XII est en génépouuque: rai digne d'éloge, il n'en est pas de même de sa politique de ce roi. g^^érieurc et de ses rapports avec les étrangers. L'exemple et les principes de Louis XI avaient fait école en Europe , et la diplomatie était née avant que la science du droit des gens fût connue et respectée. Les peuples croyaient n'avoir aucun devoir moral à remplir les uns envers les autres, et pensaient que l'intérêt personnel et les succès justifient les fraudes , les trahisons , les violences les plus atroces. Le célèbre Florentin Machiavel avait fait de cette affreuse politique une science , dont les disciples les plus fameux furent Ferdinand le Catholique , Alexandre VI, et l'exécrable César Borgia , le héros de Machiavel. Louis XII rivalisa de violence et de perfidie avec eux, achetant , trahissant et sacrifiant les peuples sans scrupule, d'aj^ès l'intérêt du moment. 11 ne recueillit, ainsi que la plupart de ces souverains^ que des fruits amers de tant d'actes hon-

LiTBs III. eetki^ttts» IV. sas

têtrx. Il fallait encore que fEnfDpe et ises roto sooffriMeot de longues calamités avant de pressentir que les natfonB sont liées entre elles comme les individus par des elMga*tions sacrées ; et que la morale peut seule, en s*unisBi»ait étroitement à la politique , leur garantir la paix et la se* curité.

Pendant le siècle qui vient de S^écouler le-monde a prts considé. une face nouvelle. De grandes guerres ont affaibli l'aristo- gSénSIs eratîe, rallié les peuples autour des souverains, et donné un développement prodigieux au sentiment de llndépen*' dance nationale. Les trois grandes nations, TEspagne, TAngleterre et la France, se sont constituées, et toute l'autorité a passé dans la main des rois. La république mfli* taire des Suisses s'est élevée un moment par la chute de la maison de Bourgogne ; mais les puissants États répubtî-^ caîns du nord et du midi se sont éclipsés. La ligue Hanséatique, composée de quatre-vingts villes , et qui occupait tous les rivages septentrionaux de l'AUemagne , a perdu sa prépondérance commerciale; celle-ci a passé aux villes rivales du Bas-Rhin et de la Hollande , devenues sujettes de l'Autriche, dont Frédéric lil et Maximilîen fondent la puissance future. Venise est humiliée ; Florence et Gènes sont affaiblies. Au milieu de cette fusion de tous les pouvoirs politiques en un seul, sous ce triomphe du principe monarchique en Europe, couvait le germe de la plus grande révolution qui ait ébranlé le monde chrétien. Cet événement fut l'émancipation de la pensée humaine, dont jusque là le pouvoir spirituel avait contenu l'essor.

L'Église catholique était la seule autorité généralement état de reconnue qui eût survécu à la chute de l'empire romain ; *^' seule elle avait pu dompter les barbares et lutter efficacement contre l'effroyable anarchie, de cette époque, par des

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principes d'ordre et de vertu clirétienne, et par le mérite d'une grande partie des membres de son clergé ; elle seule aussi conserva une puissance d'organisation sociale, au milieu du bouleversement universel , et fonda les gouvernements du moyen âge, en s*attribuan't une autorité toutepuissante sur la raison humaine, dans un temps où la raison était aveugle , et où les hommes ne reconnaissaient entre eux d'autre droit que celui de la force brutale. Cest ainsi que l'Église romaine remplit une double mission, qui était de constituer la société moderne sur une base du*étienne, et de lui donner le lien d'une foi commune , assez puissant pour que l'Europe repoussât le flot de l'invasion musulmane , destructeur du christianisme en Asie. Lorsque ce, double but fut atteint, et que l'Église eut dirigé la réaction des croisades , mille causes minèrent chaque jour son autorité., tandis qu'à c6té d'elle grandissait une autorité rivale. Les disputes théologiques soulevées par le grand schisme d'Occident provoquèrent parmi les fidèles les progrès de l'esprit d'examen : déjà le clergé n'était plus respecté comme l'unique dispensateur des lumières; la chute de Constantinople avait dispersé les écrits de l'antiquité dans toute l'Europe; les. expéditions d'Italie, si malheureuses sous le rapport politique, venaient d'initier la nation française à une civilisation plus avancée, à la connaissance des chefs-d'œuvre de Raphaël et de Michel- ' Ange et des trésors d'une littérature créée par Boccace, le ^Dante et Pétrarque, et qu'avaient récemment enrichie Machiavel et l'Arioste; l'admiration excitée par la littéture ancienne et par celle de l'Italie inspira le goût des études philologiques; l'imprimerie enfin, nouvellement inventée , seconda puissamment les travaux d'investigation, de recherche et d'examen , et répandit avec une rapidité

LIYBB m. CHAPITBI lY. 365

inouïe toutes les opinions nouvelles. On vit à cette époque, et presque sans interruption , le trône de Rome oc* cupé par une suite de pontifes dont Tesprit était le moins conforme à celui du christianisme. Après Alexandre Vf parut Jules II, pape guerrier, dont l'orgueil ambitieux versa des flots de sang ; le magnifique et frivole Léon X vint ensuite, et ajouta aux afflictions de l'Église. Cepen* dant de hardis réformateurs, Wycliffeen Angleterre, Jean Huss et Jérôme de Prague en Allemagne avaient reproduit quelques-unes des doctrines des Albigeois, et l'horreur excitée par le bûcher de Jean Huss préparait la voie à des réformateurs nouveaux, lorsque recommença Todieux trafic des indulgences. La construction, des magnifiques monuments de Léon X, et surtout l'église de Saint-Pierre à Rome, exigeait, des sommes immenses : le pape vendit ses pardons aux fidèles; des moines parcoururent l'Europe par son ordre, et trafiquèrent des indulgences romaines jusque dans les cabarets et les lieux de débauche. Luther origme

de la

parut alors : cet homme fameux, moine de l'ordre des au- '^'gJJ*gustins, tonna contre le coupable commerce de la cour pontificale , et tenta d'abord de réformer les abus de l'Église, ce qui fit donner le nom de réforme à la révolution qu'il opéra. Il fallut près de deux siècles pour l'accomplir, et son origine date de l'époque où la grande féodalité expire en France, et où le pouvoir monarchique atteint le plus haut degré de sa force dans les grands États constitués au quinzième siècle.

Cette époque est celle des plus grandes entreprises et Découdes inventions les plus célèbres. Le Génois Christophe Co- **§Î{J^^' lomb avait découvert l'Amérique en 1492, et donné un "***«• nouveau monde à l'Espagne; bientôt après, en 1497, le Portugais Yasco de Gama trouva la route des Indes, en

dûiri)lai}l le cup de BonoerEs^raiice. Le commerce maritune quittait la mer Méditercaoée pour couvrir rOoéan dfi ses flottes : une Douvelle tactique militaire était créée : Tusage de La poo^ à canon, géûérakmeut r^ndu» achevait d'enlever à l'aristoeratie la supériorité de la force ; la diplomatie avait pris naissance; les souverains commençaient à comprendre qu'il laliait kJancer mutuellemenj; leur influence y pour empè(^er les plus puissants de s'agrandir aux dépMis des plus faibles ; enfin, l'imprimerie alkdt établir entre les hommes des liens nouveaux et indestructibles. Toutes les forces créées par ces grandes déeouvertes du quinzième siècle devaient s'essayer et se développer, omjointement avec la réfome religieittei éBÊïh le seizième : tout aimonçmt que celui-d serait un stôcde de développement intelleetuel , de. mouvement et de 4iombat.

MONARCHIE ABSOLUE

DE L*AVÉNEMENT DE FRANÇOIS I**^ A LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX PAR LOUIS XVI.

MONARCHIE ABSOLUE

DE L'AVÈNEMENT DE FRANÇOIS V' A LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX PAR LOUIS XVI.

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